- il y a 2 ans
Documentaire sur Jacqueline Gareau qui à remporter le marathon de Boston 1980, après la disqualification de Rosie Ruiz qui s'est incrustrée dans le parcours à 1.6 km de la fin, franchissant le fil d'arrivé en 1ere position chez les femmes.
1ere diffusion le 15 Octobre2021 sur la chaîne sportive québécoise RDS.
1ere diffusion le 15 Octobre2021 sur la chaîne sportive québécoise RDS.
Catégorie
🥇
SportTranscription
00:00Rosy, elle était un peu transportée, la dame, malgré elle.
00:09Elle a couru New York, mais pas complètement.
00:13Elle a pris le métro.
00:22Elle a jasé à quelqu'un qui s'adonnait qu'elle était une journaliste.
00:25Puis, elle est allée à la fin du Marathon New York avec son numéro.
00:29Ils l'ont laissé passer dans la chute. Ils lui ont donné un temps.
00:33Elle se retrouvait avec un 2h56.
00:37Bien, elle trouvait ça le fun. C'est le fun mon affaire. Je suis bonne coureuse.
00:47En voyant courir, je ne voyais pas d'autres femmes comme ça.
00:51Puis, je ne voyais pas ben, ben de gars non plus.
00:55Avant, chez moi à l'école, je marchais beaucoup.
01:02C'était presque une affaire de 10 km par jour que je faisais entre la maison et l'école.
01:11Et ça, c'était au Maroc.
01:14Le Marathon, c'était une expérience. C'était une longue prière.
01:19Parce que c'est long.
01:222h26, c'est excellent. Dans le temps, c'est excellent.
01:26Mais Jacqueline a fait 2h28.
01:29Mais tu sais, j'ai couru 2h48 au Marathon pareil.
01:32Pas trop pire dans ces années-là.
01:34Les meilleurs me battent par 40 minutes.
01:36Puis là, ma future femme me toche par 20 minutes.
01:40Jacqueline, elle aurait pu faire le meilleur temps au monde.
01:48Sans problème.
01:50J'étais plus conscient d'un ami de moi, Patti Catalano,
01:54maintenant connue comme Patti Dillon,
01:56qui était égale avec Jacqueline et Joan Bonnoit Samuelsson à l'époque.
02:00Ils étaient tous assez équilibrés, se battant les uns contre les autres.
02:05Mais tu sais, bien sûr, j'ai appris à propos de Jacqueline.
02:20La course à pied
02:34La course à pied a commencé à se développer à partir de 1970.
02:41On n'avait pas de formateur, on n'avait pas de prof d'éducation physique.
02:45Quand j'étais engagé, je n'avais pas de diplôme.
02:49Et des professeurs qualifiés en éducation physique, il n'y en avait pas.
02:54Courir, ça devient un exercice au début.
02:57Mais après ça, ça devient une passion, ça devient une drogue.
03:00On ne peut plus s'en passer quasiment.
03:03Je suis née sur un chemin de terre à côté de la rivière Rouge,
03:07sur une terre à patates.
03:10On a vécu beaucoup dehors.
03:13Aller flatter nos vaches, avoir tiré le lait, nourrir les cochons.
03:20Ma mère, vu que j'étais dans le milieu de la famille et que je n'étais pas une enfant difficile,
03:25elle n'avait pas besoin de s'occuper de moi.
03:27Donc, elle me laissait faire mes devoirs, mais là, je suis toute seule.
03:30Moi, le sport, c'était jouer dehors.
03:33On pouvait faire de la tourbogane, monter de notre côte, la descendre.
03:43Jacqueline, des temps qu'elle était blessée, elle courait dans l'eau.
03:47Donc, ce n'est pas facile d'être un coureur.
03:58Je n'avais pas aucun indice que j'avais un talent.
04:02Rendu au secondaire, on a joué au ballon-ballet à l'école.
04:06On me dit que je n'étais pas assez vite.
04:08Ils m'ont mis dans les buts.
04:11Mais je comprends maintenant parce que moi, j'ai beaucoup de faiblesse.
04:16Jacqueline, elle avait une morphologie qui ne pouvait pas supporter la vitesse.
04:24Et là, on travaillait sur la piste et elle était tout le temps chez un chiropraticien pour les tendons.
04:34Ça, c'est un handicap parce qu'il faut connaître la morphologie du coureur
04:39pour pouvoir le conseiller.
04:43C'est sûr que j'ai été analysée à au-dessus de 90% de fibres lentes.
04:48Donc, c'est bon pour longtemps, mais ça ne va pas vite, du coup.
04:52Mais le marathon, ce n'est pas une question de vitesse.
04:56C'est une question d'endurance.
04:59Si tu arrives à la fin et on pense qu'il va plus vite, non.
05:03Il maintient son rythme.
05:05À 12 ans, mon père était malade, il n'était pas bien.
05:09Donc, ma mère a décidé d'aller en ville.
05:12On avait même un bloc appartement qui avait déjà été acheté sur la rue David-Thune près de Chalaga.
05:17Entre Rouyn et Chalaga.
05:19C'est un gros changement de la campagne.
05:21Étant adolescente, tu t'adaptes vite.
05:23J'étais au niveau, on appelait ça scientifique dans le temps.
05:26Puis, on m'a fait sauter la 12e année parce que mes notes étaient fortes.
05:30Mais venant d'une famille pas poésie à 100%.
05:34Je ne voulais pas que ça coûte trop cher.
05:36Donc, je me disais, je vais faire mes études assez rapidement.
05:39Puis, finalement, j'ai décidé de prendre une technique, une technique d'inalothérapie.
05:43Au cégep de Rosemont, je fumais un peu de la cigarette.
05:47C'était une petite affaire de Marie.
05:50Pas beaucoup.
05:56J'étais inalothérapeute, mais je ne réalisais pas.
05:59Rendue à l'hôpital, à l'Hôtel-Dieu,
06:01je me rendais compte que quand j'allais voir mes patients,
06:04qu'ils voulaient une dernière cigarette quasiment avant de mourir,
06:07je les voyais cracher leur poumon.
06:10Ça m'a fait réaliser que, moi, la cigarette, ce n'est pas une bonne affaire.
06:16On fumait tous les deux. Fumer dans les années 70, c'était la norme.
06:20Mon ami qui s'appelait Jean-Claude Beaudry,
06:22qui était inalothérapeute à cette même hôpital,
06:24on est devenus partenaires.
06:29Moi, je faisais de la course comme ça, en amateur.
06:38On a commencé à courir une journée de verglas sur le Mont-Royal.
06:43On a couru dans le Snake.
06:47C'est un chemin assez tortueux qui se rend jusqu'à la Croix.
06:51Notre parcours quotidien, c'était ça.
06:54C'est en allant vers le Mont-Royal, faire des tours de Croix, puis revenir.
06:59Puis, en allongeant la distance, c'est devenu quand même très important.
07:24Mon mari, c'était devenu pour elle quotidien.
07:27J'ai été très surpris parce que je ne pensais jamais
07:29que Jacqueline avait ce potentiel-là en elle.
07:32Puis ça, il n'y a personne qui aurait pu le prédire.
07:35Je ne pense pas que ça dépend de personne non plus qu'elle l'aille développer.
07:38C'est sa force à elle. Ça lui appartient.
07:44J'ai décidé ma place pour marinter.
07:48J'étais en première année, puis je faisais des fautes.
07:50Je n'étais pas contente.
07:52J'ai dit à ma mère, elle avait sept enfants.
07:55Ça a l'air que je ne donnais pas de troubles, donc on m'a oubliée.
07:59J'avais une certaine tristesse.
08:05Peut-être que je manquais qu'on s'occupe de moi.
08:10Ma passion, la course à pied, m'a beaucoup aidée à disperser.
08:16Parce que, vous savez, la course à pied, on a des endorphines.
08:19Ça nous fait du bien.
08:21Ça fait du bien au cerveau.
08:23Oui, c'est pour arrêter de fumer, mais finalement, ce n'est pas plus que ça.
08:27Ma connexion, pour me sentir enracinée, moi, c'est mon remède.
08:31Ça commence, on dort pas bien.
08:33Donc là, c'est tout le système.
08:35Le système hormonal, il ne lance plus de bonnes hormones parce que tu es trop stressée.
08:39Ça tombe sur la rate. Après 40 jours, la rate n'en peut plus du stress.
08:43Donc c'est là qu'on fait des...
08:45On s'en va trop bas.
08:47Donc c'est la vigilance.
08:49Mais à ce moment-là, je ne l'avais pas.
08:52Elle avait un potentiel génétique.
08:54Ça, c'est indéniable.
08:56Elle a une volonté incroyable.
08:58Je l'ai vue faire du ski de fond.
09:00Elle se dirigeait vers la fin.
09:02Puis elle était tellement en hypoglycémie
09:05qu'elle a attendu sur le bord pour pouvoir faire le dernier 10 000.
09:09Puis il y a quelqu'un qui a apporté quelque chose à manger.
09:12Puis elle a continué.
09:13Puis elle a fini le marathon de ski de fond.
09:15Je faisais mes études en commerce, en administration.
09:19Je n'avais pas de but social.
09:21J'avais une vie académique.
09:23Je me levais le matin, j'allais courir.
09:25Je prenais ma douche, je déjeunais, j'allais étudier.
09:28Ce qui était plaisant pour moi, c'est que j'étudiais beaucoup
09:32le domaine de la course à pied en termes d'entraînement physiologique et tout ça.
09:36Puis je pouvais l'appliquer facilement sur ce que je faisais.
09:39Je restais près du CEPSUM à l'Université de Montréal.
09:42Donc, mon terrain de jeu, c'était le Mont-Royal.
09:45C'était la même chose pour elle.
09:47Donc, souvent, on se voyait.
09:49Je voyais que le mot «détermination» était imprimé sur le front.
09:58Je trouvais ça sympathique.
09:59J'allais faire ça.
10:01Je ne me rappelle pas trop, trop, trop quel genre de préparation j'avais.
10:05Mais j'avais de l'endurance.
10:07Parce que je courais en endurance beaucoup.
10:09J'ai fait 3h44.
10:11Le lendemain, je suis retournée travailler.
10:13Comme si c'était une longue course.
10:15Aucune courbature.
10:16Ça regardait bien.
10:18Donc, c'était en septembre 1977.
10:21J'ai gagné la sculpture de bois en étant deuxième.
10:24L'été 1978, Jacqueline est venue avec un ami
10:29dans mon magasin de sport sur la rue Saint-Hubert.
10:33Il dit, «Voilà, je te présente Jacqueline.
10:36» J'ai dit, «Maintenant, Jacqueline veut s'entraîner pour le marathon. »
10:40J'ai dit, «Jacqueline, le marathon, est-ce que tu y as du temps? »
10:43Elle a dit, «Oui, j'ai amplement du temps. »
10:46J'ai dit, «Le marathon, c'est beaucoup de sacrifice. »
10:49J'ai dit, «Maintenant, s'il vous plaît,
10:53on peut commencer à partir du mois de septembre. »
10:56Les connaissances que nous avons ici au pays
10:59par rapport à la course, on était un peu dilatants.
11:03Jacques Girard, c'était un excellent coureur, c'était une élite.
11:06Ça prend des gens qui ont des spécialités comme ça
11:09pour être capable de diriger quelqu'un d'autre.
11:12Je vous donne 12 ans.
11:15N'importe quelle compétition, ça n'a pas d'importance.
11:19Mais après 12 ans, tu peux me blâmer si tu ne réussis pas.
11:24Parce que ça prend une période d'endurance.
11:27Il faut développer l'endurance.
11:30Il y avait quatre femmes qui ont couru.
11:33J'ai dit, «Combien as-tu fait? »
11:35Elle a dit, «3 heures 44. »
11:37C'est pas si mal, 3 heures 44.
11:40C'était pas très révélateur.
11:42Mais par la suite...
11:44Septembre, elle est revenue et on a commencé à s'entraîner.
11:47On courait ensemble.
11:50Une heure et demie le soir et une heure le matin.
11:55Le matin, au début, je faisais avec elle,
11:58mais après, elle le faisait toute seule.
12:01Mais le soir, on courait ensemble.
12:04Et on faisait des accélérations à la fin.
12:07Au mois de mai, il y avait le marathon d'Ottawa.
12:11Alors j'ai dit, «Tu peux participer,
12:14mais ça n'a pas d'importance le résultat.
12:17Parce que c'est pas dans notre plan. »
12:19C'est un homme passionné pour la course à pied.
12:22Ça lui faisait plaisir.
12:24Il ne me charge pas comme entraîneur.
12:26Il m'a appris à développer mes fibres rapides.
12:29Je faisais des 200 et je suivais le groupe de gars.
12:32C'est comme ça que je suis arrivée à recasser 3 heures.
12:35Et elle avait gagné le marathon d'Ottawa.
12:42De 3 heures 44, elle est passée à 12 heures 44.
12:47Et au mois de septembre,
12:51le marathon de Montréal, 79.
12:54Jacqueline n'est pas connue.
12:56Et on n'a pas mentionné le nom de Jacqueline.
12:59C'était une personne qui arrivait de New York
13:02qui était censée gagner le marathon de Montréal.
13:05Je commençais quand même à sentir que je m'améliorais.
13:09Ma foulée devenait beaucoup plus économique.
13:12Mais me comparer, voir où est-ce que j'étais rendue,
13:15je ne pensais même pas.
13:18Je ne pensais pas que j'étais vide.
13:20Et là, finalement, je suis arrivée à la course.
13:22Et c'est Jacqueline qui est arrivée la première
13:25en 2 heures 40.
13:28Et ça, c'est le record du Québec.
13:30C'est dans une année.
13:32Elle a fait une progression énorme.
13:36J'ai eu un appel de Fred Lebeau de New York qui dit
13:40Jacqueline, on aimerait ça vous avoir.
13:43À notre course, on va vous offrir un cachet de 2000 $.
13:49J'ai dit, oh, est-ce que c'est vrai?
13:52C'était comme en dessous de la table dans le temps.
13:54C'est comme ça que ça marchait.
13:56Puis je suis arrivée 3e en 2 heures 39.
14:03Retourne à la maison, toute contente.
14:05Puis pendant l'hiver, je voulais retourner à Ottawa.
14:08Puis là, c'est là que mon mari Gilles Lapierre
14:11est arrivé chez mes Djawhar.
14:14Jacqueline, vraiment, dans ses débuts-là,
14:19elle savait pas trop où se garocher, où se diriger.
14:23Elle avait pas les connaissances.
14:25Elle avait un talent qu'elle réalisait
14:27qui était en train de sortir.
14:29Plus elle matait le volume puis l'effort,
14:32plus elle continuait de progresser, progresser.
14:34Elle avait pas de plafond.
14:36En plus de course à pied, Jacqueline faisait du ski de fond,
14:38faisait du camion, faisait du vélo.
14:40Elle mettait tout ça un par-dessus l'autre.
14:42C'était un volume épouvantable.
14:44Puis à un moment donné, je pense qu'elle a focussé
14:46un peu plus sa course à pied,
14:48moins toutes les autres activités.
14:50Bing! Elle arrive 3e à New York en 2 heures 39.
14:53C'est là que je l'ai rencontrée pour le vrai.
14:56Mes Djawhar, qui étaient un pionnier de la course à pied
14:59dans ces années-là, à Montréal, avaient un magasin.
15:03Moi, je dis à mes amis que je vais à Boston.
15:05Puis Jacqueline, c'est...
15:07C'est la course pour elle.
15:09C'est là qu'elle devrait se pointer.
15:11Le marathon de Boston, c'était le marathon.
15:37Donc, elle prévoyait faire Ottawa.
16:05Puis là, je l'ai appelée.
16:07Puis on est allés super ensemble.
16:09Je lui ai dit, il faut que tu viennes faire Boston.
16:11Puis je vais m'occuper de la logistique,
16:13des arrangements, les billets d'avion,
16:15puis où on va rester, puis tout ça.
16:17Lui aussi, il avait arrêté de fumer,
16:19puis il commençait à courir.
16:21Il avait déjà couru Boston,
16:23puis il trouvait que c'était une course extraordinaire à faire.
16:26Ça fait que c'est lui qui m'a guidée là.
16:30Pour moi, il avait un oeil sur moi en même temps.
16:34Je pense que oui.
16:36On apprenait à se connaître.
16:38C'était purement connaissance.
16:41Puis on s'en allait vers comme amis.
16:44Ça a pris une année au complet
16:47avant que ça devienne ce que c'est.
16:51La fin de la relation, c'est devenu quand même assez normal
16:55parce qu'on m'a proposé un poste au Mont-Sinai, à Sainte-Agathe.
17:00C'est la distance.
17:03Finalement, Jacqueline, elle ne m'a pas quitté.
17:06C'est moi qui est partie.
17:08Elle n'a pas eu à faire un choix.
17:16Pour ce qui est du marathon de Boston,
17:19moi, je n'étais pas là. Je ne suis pas allé.
17:21J'étais déjà ailleurs.
17:23Je l'ai suivi, par exemple, à travers les journaux.
17:25Le marathon de Boston, c'était un marathon
17:28qui était très, très populaire et très reconnu.
17:31Il s'était identifié aussi à Billy Rogers.
17:34Il était très connu.
17:35C'était un grand coureur.
17:37C'était l'emblème de Boston à cet égard-là.
17:59J'ai grandi en Nouvelle-Angleterre et ici, à Maine.
18:02Les gens étaient familiers de mon nom
18:05parce que j'avais conduit certaines des courses locales
18:08avant mon premier marathon de Boston.
18:11Je n'ai pas ressenti de pression.
18:13Je me suis juste préparée
18:15pour essayer de compléter 26,2 kilomètres.
18:18J'ai certainement eu des blessures,
18:20mais j'ai réussi.
18:21J'ai réussi.
18:23J'ai réussi.
18:25J'ai réussi.
18:27J'avais entendu parler du marathon de Boston
18:29et de certains des grands coureurs,
18:31comme Johnny Kelly, Clarence DeMare et Bill Rogers,
18:34mais je ne m'attendais pas à la pression
18:39qui m'attendait au fait que j'ai conduit et que j'ai gagné.
18:44Le départ du marathon de Boston se fait dans la ville de Hopkinton,
18:48qui est un beau petit village.
18:52C'est vraiment d'un point A à Z, là, de Hopkinton.
18:56On passe à Ashland, Nantuck, Newton.
19:01Il y a une certaine particularité
19:03de l'Hopkinton, c'est qu'il n'y a pas d'église.
19:06C'est vraiment une ville qui est très, très petite.
19:11Il y a une certaine particularité
19:13que le départ, même, on descend assez à pic.
19:17On se laisse souvent aller avec la foule
19:19et c'est un peu l'erreur que la plupart des gens font.
19:23On va trop vite dans le premier demi.
19:29Ils prennent un autobus et ils t'amènent à un petit village,
19:32Hopkinton, à 26 000 du centre-ville de Boston.
19:36C'était pas chaud le matin,
19:38donc on arrive là puis on s'installe sur le gazon
19:41puis on attend.
19:43T'arrives là à 9 h le matin, le départ est à midi.
19:46Donc là, tu tombes en ronde,
19:49tu fais des pipis nerveux, souvent,
19:51tu veux rien, tu retournes.
19:53Finalement, hop, OK, c'est en ligne de départ.
19:58Là, Jacqueline me dit, il faudrait faire un pipi.
20:00T'as droit à 40 000 personnes.
20:02Tu sors pas de là pour aller dans le petit boisé à côté
20:06puis penser que tu vas revenir.
20:08Comme de fait, je l'ai jamais revu.
20:10J'ai perdu mon amie qui était là.
20:12Fait que t'arrives au départ,
20:14puis là, je me plaçais.
20:16Je commençais à New York,
20:17donc je méritais un numéro assez bas, 22.
20:20Le directeur de la course dit, va-t'en en arrière.
20:22T'as pas d'affaires au départ avec les autres femmes.
20:25Faut que tu t'en ailles un peu plus loin.
20:27Donc, je suis allée un petit peu en arrière.
20:28Tu t'es faite prendre.
20:30Le départ, ça part.
20:33Donc, je suis pas partie avec toutes les femmes en avant.
20:36J'ai dû faire du zigzagage.
20:40Je suis moins vite qu'elle.
20:42Je pars à mon rythme.
20:44Puis là, ça faisait quasiment 5 km.
20:49Là, d'un coup, il y a un coup de vent qui passe à côté de moi.
20:53Puis là, j'ai dit, Jacqueline, va pas trop vite.
20:56Elle est passée bien trop vite à côté de moi.
20:58J'avais hâte de rattraper les filles
20:59pour courir avec les filles.
21:01C'est un avantage de courir en groupe.
21:03Là, elle a repris le temps perdu.
21:05Puis à un moment donné, elle est tombée avec le peloton de tête.
21:08À 5000, à peu près, on pourrait dire 8 km,
21:11j'ai vu Catherine Chouetteur sur le camion de presse.
21:16Puis là, c'est là qu'elle m'a montré que j'étais première.
21:19À un moment donné, elle s'est détachée du peloton de tête.
21:22Quand je suis arrivée ici, j'étais seule.
21:24Il n'y avait pas d'autres coureuses autour de moi.
21:27Je me concentrais certainement sur mon rythme,
21:30parce que c'était toujours ma première classe.
21:32Puis là, tout d'un coup, au collège de Wellesley,
21:36ça se met à crier.
21:40Les voix de jeunes filles, ça nous donne des frissons.
21:43C'est comme un tunnel de cris
21:46qu'on va avoir quand on finit les marathons,
21:49où tout le monde est là pour te transporter vers le fil d'arrivée.
21:52Mais c'est comme un peu ça, mais c'est pas encore le fil d'arrivée.
21:57C'est une course très bonne pour les coureurs de stratégie,
22:00parce qu'il y a beaucoup de descente,
22:02et des descentes assez compliquées aussi,
22:04et de grands plats.
22:06C'est comme courir à travers le pays.
22:10Je pense que c'est la course la plus délicate et importante du monde.
22:17En 1980, je m'étais entraînée à Montréal,
22:20et beaucoup au Mont-Royal.
22:23Je pense que c'était le parcours idéal
22:26pour l'entraînement du Marathon Boston.
22:30Le Marathon Boston, c'est pas mal en ligne droite,
22:33à la caserne de pompiers, juste avant les côtes de Newton.
22:36C'est là qu'on fait un beau 90 degrés.
22:42Là, on sait que ça va être le commencement des fameuses côtes de Newton.
22:46Ça va demander une belle concentration
22:49pour rester dans une belle dépense d'énergie,
22:52sans trop pousser, parce qu'après les côtes,
22:54il y a encore pas mal de kilométrages à faire.
23:10La fameuse affiche Sidcoe.
23:13Ça, ça nous dit qu'on approche la fin,
23:16dans la ville de Boston même.
23:19Ça commence à être beaucoup de monde autour de nous.
23:23Il y avait Catherine Switzer,
23:26qui suivait le cloton des filles.
23:31Il y avait un genre de golf court avec une caméra.
23:34Là, ils sont rendus probablement jusqu'à dans les derniers milles,
23:37avant le fil d'arrivée.
23:39Il y a trop de spectateurs, Montréal, c'est trop étroit.
23:42Donc, il n'y avait plus de place.
23:44Elle est sortie du parcours, et moi, j'ai continué,
23:47parce que j'allais finir la première.
23:50À un moment donné, les applaudissements baissaient.
23:53Il y a quelqu'un qui a crié «second woman».
23:56Elle n'a pas tout à fait compris.
24:18J'ai essayé de gagner une 4e fois.
24:20J'ai gagné quand je suis rentré dans l'endroit de fin,
24:23et j'étais assis pour être interviewé.
24:25Puis vient la gagnante des femmes,
24:27et elle est venue me placer à côté.
24:47Il y avait deux gagnants à Bill Rogers,
24:49et il y avait une gagnante qui avait un beau chandail jaune,
24:52métal, quelque chose.
24:54Je pense que c'était sa compagnie
24:56qui l'avait amenée ici, à Boston.
24:58Elle n'a pas compris, là.
25:00Elle a dit «ben, je ne l'ai pas vue».
25:02Personne ne l'avait vue non plus, le peloton des femmes.
25:05Tout ça, elle était suivie.
25:18Qui est-elle? Quel temps a-t-elle couru?
25:21Elle n'a pas couru un marathon.
25:23Non, non, mais ça se peut pas, là, t'sais.
25:48Ils ont commencé à poser des questions
25:50avec le jargon de la course à pied.
25:52Quel genre de pace que tu fais en entraînement?
25:54Quel genre d'intervalle que tu fais en entraînement?
26:17Rosie, quel genre d'entraînement as-tu fait?
26:19As-tu fait beaucoup d'intervalles lourds?
26:21Quelqu'un d'autre m'a demandé ça,
26:23et je ne sais pas quels sont les intervalles.
26:25Quels sont-ils?
26:27Quels sont tes attributs à cet améliorement de temps?
26:29Hum, je ne sais pas.
26:35Donc là, tout le monde a réalisé que
26:38à Houston, on a un problème.
26:41Que Boston avait un gros problème.
26:43Ça n'avait pas de l'air d'un athlète.
26:47Il n'y avait pas un athlète de trois heures au marathon,
26:49même pas un athlète de trois heures et demie au marathon.
26:51Mais Boston, dans ces années-là,
26:53ça se met dans le contexte des années 70-80.
27:17C'était un cours qui, physiquement,
27:19a diminué les chiffres des top 100.
27:22Et c'était l'extent de la traction.
27:25Rien de ce que tu verrais aujourd'hui.
27:47On a fait nos vérifications,
27:49avec les photos et tout ça,
27:51à différents checkpoints.
27:52Jacqueline, bien, tu sais,
27:54elle ne parlait pas bien l'anglais aussi,
27:56dans ces années-là.
27:58Finalement, on est retournés à l'hôtel,
28:00on a fait notre douche, on s'est échangé,
28:02et on est repartis à l'aéroport.
28:04On est retournés chez nous.
28:17J'ai couru toute la course.
28:1926 kilomètres.
28:21J'ai des douleurs pour le prouver.
28:23J'aime Rosie, je pense qu'elle est une bonne fille,
28:25mais, au moins à mon avis,
28:27ce n'est pas possible.
28:32Ça a pris la meilleure partie d'une semaine
28:34pour vraiment faire la recherche forensique,
28:37pour voir si elle avait vraiment
28:39couru toute la course,
28:41ce qui n'était pas facile à faire.
28:43Fred Lebeau était là, au marathon Boston, en 1980.
28:46Le temps de qualification qu'il avait fait
28:48était à sa course à New York.
28:50Il est revenu et a essayé de regarder les records
28:53pour voir si elle avait fini
28:55cette course aussi.
28:57Apparemment,
28:59Rosie Ruiz a pris le métro à New York.
29:01Elle n'a jamais commencé
29:03de la ligne d'entrée.
29:05Il faut se rappeler qu'elle courait
29:07pour sa compagnie.
29:09Elle se retrouvait avec un 2h56.
29:11Son patron dit, wow,
29:13Rosie, je vais te payer ton voyage
29:15à Boston et tu mettrais mon chandail
29:17avec le nom de la compagnie.
29:19Elle est embarquée dans le jeu.
29:46Vous devriez juste le dire,
29:48si vous avez fait un erreur.
29:50Mais elle ne pouvait pas le faire,
29:52donc elle a dû tenir ça pour des années.
29:54Elle n'a jamais abandonné son médaille.
29:59J'ai eu une appendectomie,
30:01alors je n'y suis même pas allée
30:03au marathon Boston,
30:05les années où Jacqueline a gagné.
30:07J'ai reçu un appel
30:09d'un ami d'enfance
30:11qui m'avait envoyé
30:13que cette femme avait supposément gagné,
30:15mais que personne ne l'avait croyé.
30:17Je n'aime même pas mentionner son nom,
30:19mais Rosie Ruiz.
30:21Elle m'a dit, je pense que c'est une farce.
30:23Je pense qu'elle n'a pas vraiment couru
30:25et que les gens pensent
30:27qu'elle est tombée à la fin.
30:29Boston, pour le métro,
30:31c'était compliqué,
30:33donc elle était à la fin.
30:35Puis là, elle s'est dit,
30:37il y a pas mal de monde qui a passé,
30:39ça va être le temps que je rentre.
30:41Quelqu'un l'ont vu s'arroser
30:43puis rentrer dans le cours,
30:45des étudiants qui étaient sur un balcon.
30:47Quelqu'un l'ont vu s'arroser et rentrer dans la course, des étudiants qui étaient sur un balcon.
31:17Elle s'est fait prendre au jeu, d'après moi elle ne voulait pas finir première, mais moi je n'étais pas encore passée.
31:29Ce n'était certainement pas ce que Jacqueline méritait.
31:33Sa course était, vous savez, étonnante.
31:36Nous avons partagé ce moment, nous étions les deux gagnants de la course à Boston.
31:40Pour moi c'était première, jusqu'à temps que j'arrive au fil d'arrivée, puis je n'ai pas brisé le ruban.
32:10C'était l'une des courses les plus traditionnelles.
32:13Ce qui m'a le plus impressionné de Jacqueline, c'est son caractère, son esprit.
32:20Son esprit était vraiment rare.
32:23Je vous le dis parce que je connais beaucoup de top runners, et beaucoup d'entre eux auraient été vraiment ballistes.
32:30Mais elle était l'opposé.
32:32C'est pourquoi je pense que Jacqueline est une championne.
32:35Une vraie championne, d'une manière unique.
32:39Je serais vraiment en colère.
32:43Être là à ce moment exact, c'est quelque chose qu'elle n'aura jamais vécu.
32:50Elle n'a pas été accueillie à ce moment-là.
32:56Ça s'est passé après la récognition.
32:59J'ai eu la médaille une semaine après, huit jours après.
33:04Nous avons donc décidé que l'ordre finit par être ajusté,
33:08et que Mme Gareau soit reconnue comme la championne des femmes en 1980.
33:13Elle a gardé la médaille, puis j'en ai eu une autre qui était la même grosseur que les hommes après.
33:25Le prochain marathon, le marathon de Montréal,
33:28va être arrivé deuxième.
33:29Moi, j'ai battu avec celle qu'elle avait battue à Boston.
33:34Donc, Serge Asseneau, qui était promoteur du marathon de Montréal,
33:38l'avait invitée, puis c'était quasiment un match de boxe qui avait monté.
33:44Mais c'était ça l'intention, puis c'était ça de développer l'intérêt.
33:49Quand j'ai battu Patti Catalano à Boston, qui était sa place,
33:56Serge Asseneau l'a invitée à Montréal, puis elle est venue me battre.
34:00Je suis partie probablement un petit peu trop vite.
34:02J'avais de la pression, mais je voulais gagner.
34:04Elle est restée en arrière, puis elle est venue me chercher en dernier.
34:08C'est la tactique.
34:11Des fois, je manquais de tactique.
34:13J'étais trop enthousiaste, puis je me sentais tout le temps capable, puis je vais.
34:18J'ai appris à connaître l'entraînement beaucoup plus par la suite,
34:22puis à savoir qu'un marathon, tu te gères bien, puis tu gardes un rythme régulier.
34:41Donc, à cause de Boston, ça a donné un commanditaire,
34:46puis ça a aidé Jacqueline, si tu veux, à devenir plus une coureuse professionnelle.
34:51On avait conseillé à Jacqueline à cause de la commandite
34:57que ça lui prend un entraîneur international.
35:01Jacqueline est venue me voir pour me dire, j'ai dit,
35:04Jacqueline, nous n'avons rien signé, et tu es libre de choisir ce que tu veux.
35:11Et pour ta commandite, tu dois aller pour.
35:16Quand j'ai gagné le marathon Boston, j'étais une allothérapeute 40 heures par semaine.
35:22C'était fatigant.
35:24J'avais pas trop le choix de prendre des journées de congés un petit peu plus.
35:28Gilles me parle, il dit, tu sais, Jacqueline, les athlètes de haut niveau,
35:31souvent, ils font ça à temps plein.
35:34Ils ont donné une année sabbatique.
35:37Elle l'a pris, puis c'était quasiment impossible.
35:40Si tu veux performer à un certain niveau comme athlète,
35:43quand t'es rendu à ce niveau-là, tu peux pas avoir un job à le temps plein.
35:48La deuxième année, ça allait pas mal bien encore.
35:51Donc, j'ai dit, je pense que j'y retournerai pas.
35:56Puis, à un moment donné, on n'est pas à haut niveau tout le temps,
35:59fait que c'est pas tout le temps toi qui gagnes les bourses.
36:02Donc, c'est pas la grande richesse.
36:07On est encore dans la période où les sous ne devaient pas aller à l'athlète amateur.
36:15C'était le mouvement olympique.
36:17Ils ne devaient pas aller à l'athlète amateur.
36:20Le mouvement olympique était encore géré par des dinosaures,
36:24puis ils voulaient pas absolument aucun professionnel dans le sport.
36:29Pas d'argent, pas rien.
36:31C'était de l'hypocrisie pure.
36:33Les mythes d'athlétisme en Europe, c'était tous des emblots de brume en dessous de la table.
36:37Tous les athlètes européens étaient soit dans l'armée ou facteurs
36:40ou engagés par leur gouvernement.
36:44Jacqueline a commencé tard à courir. Je pense qu'elle avait 20 ans, 21 ans.
36:50Les hauts et les bas. Les bas ont été surtout causés par des blessures.
36:55Les blessures, c'était la surutilisation.
36:59À cause de l'impact de course à pied,
37:02c'était peut-être pas tout à fait prêt à subir le volume d'entraînement qu'elle se donnait.
37:09La détermination qui était sa grande qualité est également son grand défaut.
37:14Elle l'a faite. Elle a été blessée en 81.
37:1782 était une année moche un peu.
37:20Mais 83, elle est revenue très très forte.
37:23Elle a fait son meilleur temps à Boston, en 2029.
37:26Elle est allée aux championnats du monde à Helsinki en Finlande.
37:30Elle est arrivée cinquième au monde au marathon.
37:33Elle est arrivée deuxième au marathon de Chicago,
37:35qui était devenu un des gros marathons importants.
37:3883 était une grosse année.
37:40Le marathon féminin n'existait pas au niveau olympique.
37:44C'était la première année.
37:45Pour les Olympiques, il y a 84, j'étais sérieuse,
37:48donc je me suis expatriée à Tallahassee, en Floride, pendant l'hiver.
37:53Je m'entraînais aussi avec la chaleur.
37:56On avait été à Los Angeles en février pour visualiser le parcours
38:02et on avait gagné ce pré-Olympique marathon-là.
38:05C'était exactement la même chose.
38:07On finissait dans le stadium.
38:09Au niveau préparation, c'était parfait.
38:12Je suis à peu près certaine que j'ai recommencé trop vite après le marathon.
38:16Mes muscles n'avaient peut-être pas repris toute leur récupération qu'il fallait.
38:22J'ai eu un gros problème ici en avant de la périostite.
38:27En tout cas, ça n'allait pas bien mon affaire.
38:30Ça a tout ralenti la préparation pour le marathon à la fin de juillet,
38:36après celui des Olympiques 84.
39:00Je suis arrivée au Marathon.
39:07Le départ, j'étais confiante, mais jusqu'à 30 kilomètres.
39:11Puis après ça, ça a commencé à ne pas marcher.
39:15La crampe au moellet tellement que j'étais obligée de marcher.
39:19J'étais obligée de marcher.
39:21J'étais obligée de marcher.
39:23J'étais obligée de marcher.
39:25J'étais obligée de marcher.
39:27La crampe au moellet tellement que j'étais obligée de marcher.
39:30Ça faisait trop mal.
39:32Là, je ne savais pas quoi faire.
39:34Le groupe s'en allait.
39:36Je marche. Qu'est-ce que je fais?
39:38Mais pour moi qui étais compétitive, je ne peux pas marcher.
39:42Ça me donne quoi?
39:44J'ai arrêté.
39:46C'était une bonne déception.
39:48Une bonne déception.
39:50C'était la première fois pour un marathon olympique pour femmes.
39:53J'étais dans les favorites à cause de ma victoire justement à Los Angeles.
40:24J'ai eu quelques critiques,
40:27entre autres des gens tremblés qui disaient
40:31«Jacqueline s'occupe trop de ses affaires,
40:35le travail de mon mari».
40:37C'était lui qui travaillait, ce n'était pas moi.
40:40J'étais concentrée sur ma course,
40:42tellement que peut-être que ça aurait été mieux que j'en fasse moins.
40:46Il y avait des gars, des journalistes de hockey
40:51qui ne connaissaient rien là-dedans.
40:53C'était nos gens de journalistes qui suivaient un peu,
40:57une fois trois ou quatre ans, les Olympiques.
41:01J'étais déçue, pour ne pas dire vraiment comme un petit down.
41:05Mais je suis revenue six mois après avec mon deuxième meilleur temps
41:08qui était 2h29, 32.
41:10À ma connaissance, c'est la première fois que Jacqueline Garot
41:14n'a pas terminé un marathon.
41:17On reprochait à Jacqueline de s'être présentée là, non préparée.
41:23Moi, j'ai lu ça et j'ai trouvé ça terriblement injuste.
41:27Elle n'avait pas eu de support pour courir.
41:29Elle s'était bâtie toute seule.
41:31Elle n'avait aucun compte à rendre à personne dans ce sens-là.
41:35J'ai écrit un éditorial.
41:40«La Presse, 23 août 1984.
41:43S'il y avait des médailles de courage à distribuer,
41:46il y en aurait sûrement pour tous les athlètes qui se sont entraînés
41:49durant des années en vue des Olympiques et qui reviennent les mains vides.
41:54On leur demande de rendre des comptes
41:56comme si nous avions dû sacrifier quelque chose à leur réussite.
41:59Jacqueline Garot a commencé à courir à l'âge de 21 ans.
42:02En raison de ses débuts tardifs,
42:04on s'est toujours étonné des hauts standards atteints par cette jeune femme.
42:07En moins de quatre ans et sans autre encadrement que son goût de la course
42:11et une détermination à toute épreuve,
42:13elle s'est hissée parmi les meilleures marathoniennes au monde.
42:16Elle a fait tous les sacrifices nécessaires pour être une grande championne.
42:20Maintenant, elle sait ce que la défaite veut dire
42:23et elle comprend que lorsqu'on n'est plus la première de la course,
42:27on n'intéresse plus personne.
42:29Chère Jacqueline, nous tous qui t'aimons,
42:32nous sommes tristes de constater ça qui t'est réservé.
42:35Pour nous, tu demeures une grande championne.
42:38Jean-Claude Vaudrival-David. »
42:44C'était pas facile, t'sais.
42:46J'ai fait tout ce que je pouvais,
42:48puis tout ce que je savais avec l'expérience que j'avais, t'sais.
42:53C'est sûr que moi, je suis un petit animal sauvage.
43:06Je dirais les années de 36 ans à 39 ans, là, c'était pas facile.
43:12Quand l'athlète vieillit, bien, les petits pépins,
43:15ça devient quand même plus difficile.
43:18On s'est questionnés, moi et mon mari, Gilles,
43:21« Est-ce qu'on fait un enfant? Qu'est-ce t'en penses? »
43:24J'avais 37 ans, puis lui, il avait 6 ans de plus.
43:27On commence à être vieux, tu trouves pas, c'est sûr.
43:30Donc, je continue à courir.
43:32Je vais en aller faire un 10 km à Phénix,
43:34puis j'ai fini pas trop mal,
43:37mais j'ai fini avec une nausée.
43:40Puis là, après ça, au Colorado, je m'en vais dans un sauna chaud.
43:43Le char de là, tout est tourdi.
43:46Elle est tombée enceinte.
43:49J'étais contente. J'ai dit « Wow, c'est extraordinaire. »
43:54Puis là, bien, comme elle dit, c'est ma médaille d'or.
43:58On est revenus au Québec, puis j'ai accouché,
44:01puis j'étais heureuse avec mon enfant.
44:05Elle pouvait continuer à courir parce que dans ces années-là aussi,
44:09la carrière de maître s'était développée à Côte-Sapie.
44:13C'était devenu un big business.
44:15Il y avait des prix pour la maître.
44:17Je pouvais encore compétitionner.
44:19J'étais encore assez bonne au niveau forme physique.
44:23Je lui ai dit « Oui, oui, c'est correct.
44:25Vas-y, moi, j'ai pas de problème.
44:27Je peux m'occuper de Yannick. »
44:29Mais la petite fille Jacqueline,
44:31c'est pas ça qu'elle voulait dans son cœur,
44:33mais elle l'a fait pareil parce qu'elle était habituée.
44:36Elle ne voulait plus.
44:37Elle se sentait tellement tiraillée.
44:39Le fait de laisser le bébé à la maison,
44:42puis s'en aller faire des compétitions,
44:44puis de revenir.
44:46Elle n'a vraiment pas aimé ça.
44:49Je voulais faire mon nid.
44:50Je voulais m'occuper de mon bébé.
44:52À un moment donné, elle s'est occupée de Yannick à plein temps,
44:57puis j'ai été une fantastique mère.
45:00Au Saint-Ange, dans le cours de Saint-Pierre,
45:03parce que notre fils était demandant.
45:05C'était un hyperactif.
45:07Ce que je voulais, c'est un beau petit nid,
45:09puis je voulais être heureuse avec mon bébé, mon mari.
45:18C'était un mélange de trop d'entraînement, trop vite,
45:21faire de la compétition.
45:23Vraiment, je n'avais plus besoin de faire ça à ce moment-là.
45:27Puis ça a bousculé beaucoup.
45:29Je suis allée voir un psychologue.
45:33Puis là, ça a donné que j'ai fait une dépression post-partum,
45:38qui normalement, elle vient plus vite, 8 mois après.
45:41Mais moi, c'était comme plus 6 mois après,
45:45parce que justement, j'étais contre moi-même.
45:48Je faisais des choses qui n'étaient pas là dans mon cœur.
45:52Puis on ne fait jamais ça.
45:54C'est jamais bon.
45:55Je suis aussi allée voir mon médecin.
45:57Elle a dit non.
45:58Elle a appelé mon mari.
45:59Il m'a dit, ça ne va pas.
46:01Quand tu ne l'as plus, tu ne l'as plus.
46:03Tu as besoin d'aide.
46:04Il y a une raison à ça.
46:05Puis il faut s'en occuper.
46:07C'était de l'anxiété, mais qui me faisait mal ici.
46:10Mal à l'âme.
46:11Tellement mal à l'âme que je ne voulais pas vivre.
46:15À un moment donné, je pensais quasiment
46:18de me garrocher devant une auto.
46:20Ce n'était pas sain.
46:23On ne me voyait pas sortir de ces pensées-là
46:27qui n'étaient pas bonnes.
46:29Ça, ça gérait ma vie.
46:32Je n'étais pas capable de me sortir la tête de l'eau.
46:38Mon père était anxieux.
46:40Il faut que je fasse attention.
46:42Et si je tombe en fatigue, je sens que je suis fébrile.
46:47Moi, quand je travaille, je vais jusqu'au bout.
46:50J'en donne beaucoup.
46:52Puis là, je m'entraîne, puis j'en donne beaucoup encore.
46:55Je me connais.
46:57Je sais que je suis capable d'aller loin.
47:01Donc, si je vais trop loin,
47:04il y a une fébrilité qui s'installe.
47:06Donc, c'est un manque d'équilibre qui t'amène ça aussi.
47:11Même quand tu n'as pas le système nerveux un peu fragile,
47:15il faut que tu relaxes.
47:17Il faut que tu relaxes.
47:19Ça peut être une maladie, un mal d'estomac.
47:21Ça peut être...
47:23Tu gardes tout à l'intérieur.
47:25Tu as des problèmes d'intestin.
47:27Moi, c'était le système nerveux qui était attaqué.
47:31Je peux vous dire qu'à 21 ans,
47:33quand mon beau Jean-Claude est parti travailler
47:36dans le Laurentide comme une allothérapeute,
47:39ça a fait une séparation.
47:41Je crois que c'était correct,
47:43parce que moi, j'allais dans ma course à pied,
47:45et c'était le trauma qui était.
47:47Je ne l'ai pas compris.
47:49Donc, j'ai fait ma première petite dépression.
47:51Ce n'était pas de l'anxiété, mais c'était de la tristesse.
47:53Puis, la course à pied m'a aidée.
47:55Ça m'a soulignée.
47:57Ça m'a redonné mes hormones,
47:59qui sont plus normales.
48:01Donc, à chaque fois qu'on a des pensées sombres,
48:04si on les garde trop longtemps,
48:06ça affecte tout votre système.
48:12Dans le domaine que je travaille maintenant,
48:14je suis beaucoup dans la thérapie,
48:17parce que je sais que le corps parle.
48:19Ce n'est pas juste physique, nos problèmes.
48:21La plupart du temps,
48:23il y a une petite connotation émotionnelle
48:25dans nos problèmes physiques.
48:27Donc, c'est pour ça qu'il faut aller chercher dans le corps
48:29la source du problème,
48:31pour que la rivière d'énergie soit plus fluide.
48:34Vous pouvez le régler assez facilement
48:36en allant ici,
48:38puis en allant enlever le «blockage».
48:42Ce que Jacqueline a accompli
48:44dans une courte période de temps,
48:46je suis encore impressionné de son cheminement.
48:51Son cheminement était vraiment exceptionnel.
48:54Je pense d'où elle vient, en plus.
48:56Elle courait au-dessus de 100 000 par semaine.
48:59Ça allait jusqu'à 120 000.
49:01Des diètes spéciales, etc.
49:03Tout était axé sur la course à pied.
49:07Une pionnière à mettre le sport féminin sur la map.
49:11Parce qu'au Québec,
49:13c'était juste le hockey.
49:16Je pense que ça a ouvert les yeux
49:19des médias sur d'autres athlètes
49:21dans d'autres domaines
49:23qui font des choses exceptionnelles.
49:25Sylvie Fréchette,
49:27Sylvie Bernier.
49:29Un paquet de filles qui ont commencé
49:31à percer dans leur milieu.
49:33Pour le reste, ça l'a fait approver.
49:35La preuve, c'est que Jocelyne Garot,
49:37en ce moment, à plus de 60 ans,
49:39elle travaille encore.
49:45Elle est passée à la retraite
49:47avec une maison de 5 millions
49:49et une Lincoln continentale
49:51où elle va avoir une grosse voiture de sport,
49:54une Ferrari.
49:56Elle continue à participer
49:58dans le domaine de la course à pied
50:00et à promouvoir le sport féminin.
50:03Jusqu'à présent,
50:05c'est la seule femme canadienne québécoise
50:08qui a gagné le marathon de Boston.
50:10Jusqu'à présent.
50:14Il y a beaucoup de gens qui ont gagné Boston.
50:16On ne s'en rappelle pas.
50:18Cette fraude-là, ça a donné beaucoup de publicité
50:20à Jocelyne.
50:22Beaucoup plus que si elle avait juste gagné Boston
50:24normalement.
50:26Ce qui s'est passé avec Rosie Ruiz,
50:28c'est que c'est un homme qui a fait
50:31une erreur.
50:33C'était une sorte de tragédie.
50:35C'était comme une tragédie grecque.
50:38C'était l'instant ultime de Jocelyne.
50:41Elle l'a perdue
50:43parce que l'autre athlète
50:45ne savait pas ce qu'elle faisait
50:47et est tombé devant elle.
50:49Elle n'a pas voulu le faire.
50:51J'ai toujours eu de l'empathie pour les deux.
50:53Il faut avoir de l'empathie pour les deux.
50:55Vraiment.
50:58Rosie Ruiz,
51:00personne ne l'a remarqué au point de départ.
51:02C'est quelque chose qui a été très difficile
51:05pour Rosie,
51:07et certainement pour Jocelyne.
51:11Jusqu'à présent, je ne sais pas pourquoi elle a fait ça.
51:13Personne ne le sait.
51:15Je crois qu'elle a toujours pensé
51:17qu'elle avait gagné toute la course.
51:19Dans une interview, au moment donné,
51:21je l'ai écoutée et c'était beaucoup d'années après.
51:23Elle a dit, je suis désolée pour Jocelyne,
51:25mais j'ai gagné ce marathon-là.
51:29Comment lui en vouloir?
51:31Pauvre elle.
51:33Récemment, Rosie Ruiz a décédé.
51:35On disait un petit mot sur elle.
51:37C'était tout beau.
51:39On n'a pas parlé de Boston, c'est sûr,
51:41mais c'est une bonne affaire.
51:43On n'est pas obligés de dire tout.
51:45Il parlait qu'elle avait étudié la musique,
51:47qu'elle avait aussi élevé des enfants
51:49avec son partenaire,
51:51qu'elle avait plein d'amour,
51:53que c'était difficile ses 10 dernières années
51:55à combattre le cancer.
51:57Ça m'a touchée.
51:59Cette petite personne-là,
52:01il y avait du bon dans elle.
52:03Tout ce qu'on me parle d'elle,
52:05c'est le tricher, c'est pas beau.
52:07Mais moi, je n'ai pas vu ça quand j'ai vu ça.
52:09J'ai vu une femme qui a vécu
52:11une vie difficile
52:13parce que son action lui a apporté
52:15de vivre avec un mensonge.
52:19Toutes nos vibrations qui ne sont pas bonnes,
52:21c'est pas payant pour la santé
52:23de notre corps.
52:2710 ans à combattre un cancer, c'est pas drôle.
52:29J'ai eu beaucoup d'empathie
52:33et un peu de tristesse.
52:35Je me dis, moi, j'ai eu
52:37le bon côté de l'affaire,
52:39j'ai eu toute la gloire.
52:41On va toujours se rappeler que j'ai gagné Boston.
52:43Puis elle, on l'a toujours
52:45traité de tricheuse.
52:47Je lui ai pardonné.
52:49Je me dis, repose en paix,
52:51puis il y a d'autres choses pour toi en haut.
52:53Ça y appartient, c'est sa vie.
52:55Puis moi, je la libère.
53:19Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
Commentaires