00:00 RTL midi. Agnès Bonfillon, Eric Brunet.
00:03 Je le dis au leader du monde entier, aucune pression, aucune décision d'une instance internationale n'empêchera Israël de se défendre.
00:13 En tant que Premier ministre d'Israël, je promets aujourd'hui, à Jérusalem, en ce jour de commémoration de l'Holocauste, que si Israël doit rester seul, Israël restera seul.
00:27 Toujours aussi inflexible Benyamin Netanyahou, c'était ce week-end, mais il le dit depuis les attaques du 7 octobre, le Premier ministre israélien en claire, rien ni personne n'arrêtera l'État hébreu dans sa lutte contre le Hamas.
00:42 Alors qu'une opération d'ampleur est en cours dans la ville de Rafah, nous en parlions dans le journal, que peut-on espérer des pourparlers attendus dans les prochaines heures au Caire ?
00:51 Nous sommes avec David Rigoulet-Rose, bonjour.
00:54 Bonjour.
00:55 Vous êtes chercheur associé à l'IRIS, spécialiste du Proche-Orient.
00:59 Peut-on parler d'une attitude jusqu'auboutiste de Benyamin Netanyahou ? On a l'impression que rien ni personne, effectivement, ne peut l'arrêter.
01:08 Oui, sans doute, mais c'est aussi lié à l'impasse actée du week-end dernier, concernant des négociations qui avaient été assez largement finalisées et finalement qui ont échoppé sur un point central.
01:21 C'était la question du cessez-le-feu qui était attendue et il n'y avait pas la même lecture des conditions du côté du Hamas et du côté du gouvernement.
01:33 Du côté du Hamas, le prérequis c'était un cessez-le-feu a priori définitif et complet, alors que du côté d'Israël, ça ne pouvait être qu'un cessez-le-feu suspensif dans une première phase, éventuellement prolongeable dans une seconde.
01:46 Mais là, on voit bien que le langage n'était pas le même des deux côtés.
01:50 Pour parler sur l'accord de Trèves auquel le mouvement islamiste a donné son feu vert, il faut qu'on en parle, alors que le gouvernement israélien, lui, le juge loin de ses exigences, c'est la formule qui a été lâchée hier soir.
02:02 Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'on peut y croire ? On a le sentiment quand même que les Israéliens sont très sceptiques.
02:08 Oui, ils sont très sceptiques. Et d'ailleurs, ce qui montre leur scepticisme, c'est la décision dite à l'unanimité du cabinet de guerre dont fait partie Benny Gantz,
02:18 qui est un opposant déclaré au premier ministre israélien, mais qui a validé le principe du lancement de l'opération sur Rafah.
02:25 Donc, ça montre à quel point les Israéliens considèrent que l'impasse actée ce week-end ne pouvait que, mécaniquement, conduire à ce qui se passe aujourd'hui,
02:38 c'est-à-dire au lancement de l'opération qui avait été annoncée de longue date, mais qui avait été différée dans le cadre du processus de négociation qui était à l'œuvre.
02:45 On a entendu Benjamin Netanyahou dire ce week-end qu'aucune instance, aucun pays n'empêcherait Israël de se défendre,
02:51 autrement dit d'aller jusqu'au bout dans sa lutte contre le Hamas.
02:55 Que peut-il se passer aujourd'hui au niveau international ? On voit Joe Biden qui dit surtout n'attaquer pas Rafah.
03:01 On voit que les chars israéliens sont dans Rafah actuellement.
03:05 Oui, alors la position américaine, c'était justement dans le cadre du processus de négociation d'essayer de parvenir à obtenir ce cessez-le-feu suspensif
03:13 pour pouvoir initier une perspective par la suite pour éventuellement prolonger un cessez-le-feu et donc se laisser une marge de manœuvre
03:21 qui manifestement n'a pas été validée par le Hamas.
03:24 Et ça explique d'ailleurs la formulation du secrétaire américain qui disait que c'était une proposition d'accord extraordinairement favorable
03:34 et il incombait selon lui au Hamas d'accepter effectivement cet accord.
03:40 Et faute de quoi évidemment les choses seraient revues sous un autre angle.
03:44 Et on peut penser que si les américains sont défavorables a priori effectivement à l'opération sur Rafah,
03:49 ils imposeront un certain nombre de limites.
03:51 Ça explique peut-être la déclaration d'ailleurs des autorités israéliennes en disant que pour l'instant c'était une opération à caractère limité
03:58 mais que le principe effectivement a été établi.
04:02 Une question sur la société israélienne, la rue israélienne.
04:05 On a tendance nous à présenter souvent Netanyahou comme un chef d'état qui est jusque-boutiste
04:11 et qui prend en otage la société israélienne.
04:14 Mais vous venez de le dire par exemple Benny Gantz qui est un homme politique israélien
04:18 plutôt de gauche, qui vient de la gauche, mais qui est dans le cabinet de guerre de Netanyahou aujourd'hui
04:23 est favorable à la poursuite de la guerre.
04:25 Et donc c'est pas si simple que ça quand même non ?
04:28 Non la situation est très compliquée en interne.
04:31 C'est là-dessus qu'a parié en partie le Hamas concernant son obstruction sur une finalisation d'un accord.
04:40 La société israélienne est très divisée, de toute façon il y a une défiance avérée à l'endroit de la personne du Premier ministre
04:46 mais il se trouve qu'on est en situation de guerre.
04:48 Donc c'est très difficile d'organiser des élections qu'il perdrait certainement si elles étaient organisées aujourd'hui.
04:54 Mais ce que je voulais vous faire dire c'est sur la question de la guerre
04:57 on a l'impression qu'il n'y a pas que les électeurs de Netanyahou potentiels qui sont pour la poursuite de l'opération.
05:03 Non, il y a sans doute un consensus, et là qui se heurte évidemment aux familles des otages
05:08 parce qu'elles sont concernées au premier chef par rapport à la guerre qui est en cours et à ses conséquences.
05:15 Mais sur le fond, il y a probablement effectivement, c'est le résultat du 7 octobre,
05:20 il y a un consensus sur la nécessité de cette opération militaire.
05:24 Après les modalités c'est autre chose, il y a des désaccords de fond entre Benny Gantz et le Premier ministre.
05:30 Merci David Rigoulet-Rose, chercheur associé à l'IRIS, spécialiste du Proche-Orient. Merci beaucoup.
05:35 Dans un instant tout autre sujet, nous partons dans les Pyrénées à la Mongie où attendent brouillard et neige.
05:42 Tout près du Tourmalet.
05:45 Jusqu'à 13h, RTL Midi. Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
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