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  • il y a 2 ans
"Il va grandir sans référence féminine ?" "Qui est le père ?" : autant de questions auxquelles Christophe Beaugrand, et son mari Ghislain, ont dû faire face lorsqu'ils ont décidé de fonder leur famille. Il y a 3 ans, le couple témoignait de leur parcours pour devenir parents.

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Transcription
00:00On lit parfois des trucs dégueulasses sur Internet.
00:02Vous avez cliqué sur un bouton pour commander un bébé,
00:04comme Amazon ou ce genre de trucs.
00:06Non, c'est pas vrai, ça ne se passe pas comme ça.
00:08Moi, j'ai eu envie d'être papa parce que j'avais rencontré la bonne personne.
00:11Christophe, lui, il voulait être papa de toute façon.
00:14Je pense que quand je me suis rendu compte que j'étais homo,
00:17très jeune, je pense à une dizaine d'années, je le savais,
00:19j'ai eu cette crainte de ne pas pouvoir fonder une famille.
00:21L'adoption en France pour un couple homosexuel est très compliquée.
00:25Donc très naturellement, on s'est dirigé vers la GPA.
00:27Et évidemment, avec son lot de questions sur la morale, l'éthique,
00:31on se les a posées bien en amont.
00:33Il faut bien comprendre que la GPA n'est pas réservée qu'aux homosexuels.
00:36A savoir que dans le monde, la majorité des couples qui font appel à la GPA,
00:39ce sont des couples hétérosexuels.
00:40Exactement. Donc GPA, c'est gestation pour autrui.
00:42Et en fait, il y a deux femmes qui rentrent en ligne de compte.
00:44Il y a d'un côté la donneuse de vocie et de l'autre, une mère porteuse.
00:47Ce n'est pas la même personne.
00:49Ce qui fait que la personne qui va porter votre enfant,
00:52Whitney en l'occurrence pour nous, qui a porté notre petit garçon aux États-Unis,
00:55elle n'avait aucun lien génétique avec notre petit bébé.
00:58On comprend complètement qu'on puisse être contre la gestation pour autrui,
01:00parce qu'évidemment, ça peut choquer certaines personnes.
01:04Ça interpelle.
01:04Il y a certaines femmes qui doivent se dire « moi, je serais incapable de le faire ».
01:07Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que contrairement à tout un tas de clichés
01:10qu'on peut lire sur les réseaux sociaux, notamment venant d'associations
01:13comme la Manif pour tous, par exemple,
01:14ce n'est en aucun cas des « riches occidentaux »
01:17qui vont exploiter une femme dans la misère au bout du monde.
01:20Ça, ce n'est pas vrai.
01:20Alors, je ne dis pas que ça n'existe pas, mais nous, pour les couples homosexuels,
01:24les deux seuls pays où c'est possible de le faire dans un vrai cadre juridique et éthique,
01:28c'est les États-Unis et le Canada.
01:29Et en l'occurrence, ça ne se passe pas du tout comme ça.
01:32Les femmes sont choisies sur leur niveau de revenu.
01:34Il faut qu'elles aient suffisamment d'argent pour que l'argent ne soit pas une motivation.
01:37On lit parfois des trucs dégueulasses sur Internet.
01:39Vous avez cliqué sur un bouton pour commander un bébé, comme Amazon ou ce genre de truc.
01:43Non, ce n'est pas vrai. Ça ne se passe pas comme ça.
01:45Dans une GPA éthique, c'est l'humain qui est au centre de cette aventure.
01:49C'est-à-dire que la donneuse nous choisit,
01:52la mère porteuse nous choisit.
01:54Et de toute façon, c'est un feeling, c'est un match.
01:56Rien ne se passe sans ça.
01:58L'argent, finalement, c'est une chose secondaire.
02:01Après, il faut l'avoir.
02:02Si on met tout bout à bout, c'est entre 100 et 150 000 euros.
02:07Donc, c'est une somme très importante.
02:08Évidemment, on est totalement conscient d'être des privilégiés.
02:12Mais ce qu'il faut savoir, quand les gens dénoncent du business, par exemple,
02:14c'est qu'au final, la mère porteuse, elle touche de l'argent,
02:18mais une somme très faible par rapport à la somme totale dont il est question.
02:22Ce qui coûte le plus cher, ce sont les frais médicaux.
02:25Parce qu'aux États-Unis, pour le coup, ça c'est vrai, la santé, c'est du business.
02:28On n'a à aucun moment profité, entre guillemets, d'une femme dans la faiblesse.
02:33Ce n'est pas ça du tout.
02:34Ce sont vraiment des personnes qui ont envie de partager cette expérience-là.
02:37Et d'ailleurs, la preuve, on a gardé contact avec Bruna, qui a donné ses ovocytes,
02:42et avec Whitney, qui a porté notre petit garçon.
02:44Avec Whitney, notamment, on a vraiment gardé une relation très proche, forcément,
02:47parce qu'on a suivi toute la grossesse avec elle.
02:49Elle, comme nous, on avait envie de créer une relation forte et surtout de garder un lien,
02:53parce que ça me semblait important pour notre petit garçon qu'il puisse connaître son histoire.
02:57Ça a mis deux ans entre la première prise de contact avec l'agence
03:00et après, oui, notre petit garçon est né le 9 novembre 2019.
03:04Deux ans, ça peut paraître long, mais pour une GPA, c'est une GPA assez rapide.
03:08Je me suis senti papa tout de suite et c'est vrai que c'est une émotion indescriptible
03:12quand t'entends pour la première fois ton bébé qui crie, qui pleure.
03:17Il y a un prolongement de soi naturel, ce qu'on appellerait l'instinct,
03:21et en même temps, on rencontre cette petite personne.
03:23La question qui revient le plus, c'est qui le père ?
03:26Je peux comprendre qu'on puisse avoir cette curiosité,
03:28mais ce qui me tient vraiment à cœur, c'est d'expliquer à quel point
03:31la partie génétique et la partie parentalité, c'est totalement décorrélé.
03:36Donc c'est pour ça que c'est une question à laquelle on répond pas,
03:38parce que c'est un projet parental qu'on a ensemble depuis le début.
03:41La deuxième question qui nous fatigue un petit peu, c'est
03:44est-ce que c'était pas trop dur pour Whitney de l'abandonner ?
03:47C'est le mot abandon qu'on fait souvent.
03:48Il n'y a pas eu d'abandon.
03:49C'est ça qui est assez compliqué à expliquer.
03:51C'était un don et pour elle, ce qui était important,
03:56et elle nous l'a souvent répété pendant sa grossesse,
03:58elle sera la plus heureuse au moment où notre enfant sera dans nos bras.
04:03Quand on entend, effectivement, ce qui nous agace beaucoup, c'est
04:06mais alors est-ce qu'il aura toujours des contacts avec sa maman ?
04:09C'est pas sa maman.
04:10C'est un enfant qui a deux papas.
04:11Il a ses parents, hein.
04:12Ses parents, ils sont là.
04:13Il n'y a jamais eu d'abandon de qui que ce soit.
04:15Il y a juste deux femmes qui nous ont aidés à devenir parents.
04:17Mais en aucun cas, ces femmes ne sont des mères.
04:20Et puis, troisième question qui m'insupporte, c'est
04:22il va grandir sans référence féminine.
04:25Je pense qu'on ne vit pas dans une grotte qu'avec des hommes.
04:27Il a ses deux grands-mères, on a fait le choix de deux marraines.
04:31Au bout d'un moment, cette question n'a pas de sens.
04:33C'est pour ça qu'on prend la parole et qu'on donne de la visibilité.
04:35C'est pour montrer à tous que finalement, nos familles,
04:37elles sont « normales », même si je n'aime pas trop cet adjectif.
04:40Mais nous, on a une notoriété.
04:42Et si jamais elle peut servir à quelque chose
04:44pour que les gens envisagent un peu différemment, peut-être,
04:47les familles homoparentales, on aura servi à quelque chose.
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