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  • il y a 10 heures
Tassiana Aït-Tahar a été livreuse pendant 5 ans.
Entre l'algorithme Uber qui rend parano, les agressions invisibilisées et la pression, elle raconte l’envers du décor d’un métier qu’elle n’osait même plus avouer à ses proches.

Son livre « Uber Life » est à paraître le 27 mars 2026 chez Fisheye Éditions. | Speech

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Moi, je n'assumais pas que j'étais livreuse, par exemple.
00:01Je ne le disais à personne parce qu'on était vus comme des pestiférés.
00:04Et tu dis, ouais, c'est un taf temporaire, mais c'est quoi temporaire ?
00:07Genre temporaire jusque quand ?
00:10Je m'appelle Tassiana et j'ai été livreuse de plateforme pendant à peu près 4-5 ans.
00:14Moi, de base, j'étais étudiante.
00:15La fac, ça ne m'avait pas vraiment plus.
00:17Je faisais plein de jobs alimentaires.
00:18J'avais fait du ménage, de la restauration, de l'intérim, toujours un peu les mêmes jobs.
00:22Et en fait, je ne supportais pas le monde du travail.
00:24J'ai vu pas mal de mes potes le faire.
00:26Ils disaient, ouais, toi, tu devrais faire ça.
00:27Tu es tranquille, tu es dans ta voiture, tu fais ce que tu veux, tu vas faire grave de l
00:29'oseille.
00:30Et quand je suis venue à Paris, j'ai vraiment intensifié mon travail de livreuse, mes horaires, etc.
00:34Au début, tu ne te rends pas compte.
00:35Tu te dis que tu es dans une liberté, plus on s'intensifiait.
00:38Plus je voyais qu'on n'était pas du tout considérés, même dans la société.
00:41Il y avait de plus en plus d'histoires, de bagarres entre les livreurs.
00:44Les sociétés de livraison, elles font exprès de ne pas communiquer sur leur algorithme,
00:47justement pour garder les livreurs dans le flou et les inciter à travailler plus.
00:52On va avoir des rushs entre 11h et 15h.
00:53Entre 15h et 20h, c'est mort.
00:56Mais tu dois quand même rester connecté.
00:57Nous, on va développer des superstitions.
00:58Dans le sens où on se dit, si je reste tout le temps connecté,
01:02bizarrement, le lendemain, j'ai beaucoup de courses.
01:03Et donc, tu te dis, ça ne sert à rien que je prenne des jours off.
01:06Parce que si je prends un jour off, mon algorithme va être catastrophique après.
01:09Si je me déconnecte un petit peu, mon algorithme est catastrophique.
01:12Du coup, tu n'as plus de vie sociale.
01:13La jalousie, ça crée des bagarres.
01:15Moi, j'ai vu des livres se mettre des coups de couteau pour des histoires de terrain
01:17et pour des histoires de commandes.
01:18Parce qu'en gros, ça te met dans une pression considérable.
01:20C'est l'algorithme qui maintient le livreur.
01:22Je n'ai jamais subi de l'agression S quand j'étais livreuse.
01:25Mais par contre, j'ai plein de collègues qui ont reçu un tas de messages
01:27avec plein de propositions écœurantes.
01:30En fait, la plupart du temps, c'est des hommes.
01:31Ils n'osent pas vraiment en parler.
01:33Ils ne vont pas forcément se dire
01:33« Ah, je vais aller porter plainte parce qu'ils sont dans des situations précaires.
01:36Ah, je ne vais pas dénoncer à la plateforme
01:37parce qu'en fait, tu as peur de te faire sauter ton compte. »
01:39On parle énormément des gens qui subissent des agressions
01:41de la part de VTC et de livreurs, mais on ne parle jamais de l'inverse.
01:44Et tu te dis, ouais, c'est un taf temporaire.
01:45Mais c'est quoi temporaire ? Genre temporaire jusque quand ?
01:48Moi, je n'assumais pas que j'étais livreuse, par exemple.
01:49Je ne le disais à personne parce qu'on était vus comme des pestiférés.
01:53Par exemple, à un moment donné, Place de la République,
01:55c'était interdit aux livreurs dans le sens où tout était bloqué.
01:58Tu ne pouvais pas accéder à la place
02:00parce qu'ils ne voulaient pas voir de livreurs se regrouper.
02:02Une vraie volonté d'invisibilisation.
02:04On a besoin d'eux, mais on ne veut pas les voir.
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