Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 ans
L’Équateur, petit pays autrefois paisible, connaît depuis plusieurs mois une crise sécuritaire sans précédent. Sous le joug des gangs, les habitants de la ville de Guayaquil vivent désormais dans la peur. Un reportage de notre correspondante Pascale Mariani.
À Guayaquil, capitale économique de l’Équateur, la vie quotidienne a basculé au début de l'année 2024. Le 9 janvier, les images de la prise d’otages en direct d'un plateau de télévision par un groupe de jeunes en armes font le tour du monde. Le même jour, plusieurs endroits de la ville sont attaqués. Les gangs de Guayaquil déclarent la guerre aux institutions et à l’État équatorien. Le gouvernement de Daniel Noboa, élu en 2023, décrète aussitôt une situation de conflit interne et instaure l’état d’urgence. Ce dernier octroie à l’armée des pouvoirs spéciaux pour intervenir notamment dans les prisons. Elles étaient devenues les quartiers généraux de la mafia.À lire aussiL'Équateur, l'ancien havre de paix sud-américain devenu un État failliDepuis, les familles désespérées n’ont plus de nouvelles des détenus. À Guayaquil comme dans la plupart des centres de détention, l’armée a pris le contrôle des prisons et interdit les visites. Des nouvelles inquiétantes parviennent aux proches aux abords des prisons. Ils seraient battus et sans soins médicaux.En quelques années, le crime organisé est devenu tout-puissant à Guayaquil. Coincé entre la Colombie et le Pérou, les deux principaux producteurs de cocaïne, l’Équateur est idéale... Lire la suite sur notre site web.
Visitez notre site :
http://www.france24.com

Rejoignez nous sur Facebook
https://www.facebook.com/FRANCE24

Suivez nous sur Twitter
https://twitter.com/France24_fr#

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00 -Aguayaquil, métropole bourdonnante de 2,6 millions d'habitants,
00:06 la vie quotidienne a basculé au début de cette année.
00:10 -Le 9 janvier, à exactement 2h08 dans l'après-midi,
00:19 un groupe de délinquants est entré dans les studios de TC Télévisions.
00:23 Ils étaient 13 au total.
00:27 13 en total.
00:29 Ils ont capturé ici des membres de la rédaction,
00:33 d'autres sont entrés dans les bureaux
00:35 et ils les ont pris en otage avec des collègues
00:38 qui étaient en direct dans le studio.
00:41 Musique de tension
00:43 -Les assaillants ont entre 16 et 25 ans.
00:48 Ils seraient membres du gang des tiguerones.
00:52 ...
00:58 -Les jours précédents,
01:01 des messages circulaient sur les réseaux sociaux.
01:04 Les gangs disaient
01:05 "Nous ne sommes pas de simples bandes de délinquants,
01:09 "nous sommes la mafia
01:10 "et nous travaillons pour des cartels de la drogue."
01:14 Nous pensons que c'était ça, le message
01:17 qu'ils voulaient transmettre en direct.
01:20 -L'arrivée de la police fait avorter le plan initial.
01:25 -Que se vaille à la policière !
01:27 -Que se vaille à la policière !
01:29 -Ce qu'on a finalement vu, c'est un message beaucoup plus fort
01:33 que ce qu'ils auraient pu dire avec des mots.
01:36 -Comment résumeriez-vous ce message ?
01:38 -Le chaos.
01:41 Ils voulaient montrer le chaos.
01:44 -Les assaillants tentent de s'échapper,
01:46 mais le studio est sans issue.
01:48 Ils finissent par se rendre.
01:50 Le même jour, d'autres gangs attaquent à Guayaquil
01:54 un hôpital, une université, les prisons.
01:56 Le crime organisé défie comme jamais l'Etat équatorien.
02:00 L'assaut de TCTV n'a pas fait de victimes,
02:04 mais laisse dans les esprits une trace indélébile.
02:07 -Des impacts de tir ici,
02:12 ici,
02:13 et là-haut, il y en a deux.
02:18 -Merci.
02:19 -Gracias.
02:20 -Gracias.
02:21 -Je vous ai connu.
02:23 -Face à cette flambée de violence,
02:25 le gouvernement de Daniel Noboa, élu en 2023,
02:29 a décrété une situation de conflit interne
02:32 et instauré l'état d'urgence.
02:34 L'armée a désormais plus de pouvoirs
02:36 pour intervenir, notamment dans les prisons.
02:39 Elles étaient devenues les postes de commandement
02:42 des organisations criminelles, sur fond de corruption généralisée.
02:46 Avant l'offensive des gangs,
02:48 Fito, le puissant chef de la bande des Choneros,
02:52 s'était évadé de la prison de Guayaquil.
02:54 Devant le complexe pénitentiaire,
02:57 les familles implorent des nouvelles des détenus.
03:00 -Ils ne donnent aucune information.
03:02 Ils disent que tout va bien,
03:04 mais nous, on veut entrer pour les voir.
03:07 Tout ce qu'on sait, c'est qu'ils passent la journée
03:11 en sous-vêtements, c'est tout.
03:13 Avec ces militaires,
03:15 on ne sait pas ce qui se passe.
03:17 C'est pire qu'avant.
03:19 -Les visites sont suspendues depuis janvier.
03:23 -Ici, il y a des proches
03:25 qui passent des journées entières à attendre des nouvelles
03:28 des détenus, des journées sans manger, sans boire suffisamment.
03:32 -Des informations inquiétantes filtrent aux abords de la prison,
03:36 comme cette vidéo de détenus rasés et tabassés,
03:40 impossibles à authentifier.
03:42 -Hier matin, ils les ont réveillés à l'aube
03:46 et ils les ont tous roués de coups.
03:49 -Anna Morales est la fondatrice du comité des familles
03:52 pour la justice dans les prisons.
03:55 Elle les aide à faire valoir leurs droits.
03:58 Cette famille est venue de la ville de Cuenca
04:01 pour s'enquérir de l'état de leurs proches,
04:04 transférés à la prison de Guayaquil.
04:07 -Quand on a eu la chance de voir les détenus,
04:11 vendredi, pendant une audience,
04:14 il a levé la main et elle était toute cassée.
04:17 Vous l'avez vue ?
04:20 Oui, de nos yeux à l'audience.
04:23 -Tout ce que la famille demande,
04:27 c'est qu'ils reçoivent des soins médicaux,
04:30 qu'ils soient opérés.
04:32 S'il doit purger sa peine, qu'il la purge, mais dignement.
04:35 Notez mon numéro, écrivez-moi
04:39 et je vous donnerai l'adresse.
04:42 -D'un jour à l'autre, les prisons sont passées
04:45 du joug de la mafia à la thérapie de choc des militaires.
04:48 Dans ces bureaux du centre-ville,
04:51 le comité de défense des prisonniers prête
04:54 une assistance juridique aux familles.
04:58 Il a été fondé après une journée de violence, en septembre 2021.
05:01 -Ce sont nos enfants.
05:04 Lui, c'était mon fils.
05:07 -La plupart de ces jeunes sont morts dans ce massacre
05:10 perpétré par les gangs à l'intérieur de la prison.
05:14 Il a fait 125 victimes.
05:17 -C'était la première fois qu'un acte aussi inhumain
05:20 avait lieu ici, en Équateur.
05:23 Certains n'ont pas été enterrés entiers, car toutes les parties
05:26 de leur corps n'ont pas été retrouvées.
05:30 La plupart ont été décapités.
05:33 -Nicole, elle, a perdu un frère dans la tuerie.
05:36 Elle a été emmenée pour trafic de drogue.
05:39 Un co-détenu libéré lui a envoyé ce message vocal.
05:42 -La vérité, elle est avec la tuberculose.
05:46 Je ne sais pas si tu connais cette enfermeté.
05:49 Hier, elle a fait le...
05:52 Elle a eu des coups de pied, de la sanguine.
05:55 -Avant, c'était la mafia qui leur donnait les médicaments,
05:58 si on payait le prix.
06:02 Sinon, les détenus n'y avaient pas accès.
06:05 Depuis que les militaires ont pris le contrôle des prisons,
06:08 il n'y a plus aucun traitement.
06:11 Je ne peux même pas lui faire parvenir
06:14 de médicaments de l'extérieur, parce que l'armée l'interdit.
06:18 -Une épidémie de tuberculose sévit dans les prisons surpeuplées.
06:21 Faute de médicaments, certains malades risquent la mort.
06:24 Un avocat du comité rédige gratuitement pour les familles
06:27 des recours en justice pour que les détenus
06:30 reçoivent des soins médicaux sans réponse.
06:34 -La torture et les mauvais traitements
06:37 sont le résultat obtenu en confiant la gestion
06:40 des centres pénitentiaires à une institution
06:43 qui n'a ni la formation ni la compétence pour cela.
06:46 Notre position est qu'il n'est pas nécessaire
06:50 de violer les droits humains pour rétablir la sécurité
06:53 et reprendre le contrôle des prisons.
06:56 -Guayaquil est devenu l'épicentre
06:59 de la guerre contre le crime organisé,
07:03 un homicide de 84 pour 100 000 habitants.
07:06 C'est l'une des villes les plus dangereuses
07:09 du continent sud-américain. Ces dernières années,
07:12 les narcotrafiquants ont assis leur pouvoir
07:15 dans cette ville portuaire. Baignée d'un fleuve se jetant
07:18 dans l'océan Pacifique, elle jouit d'une situation idéale
07:22 pour exporter la cocaïne produite en Colombie et au Pérou,
07:25 cachée dans des containers ou de petites embarcations.
07:28 Selon les autorités, deux cartels mexicains
07:31 ont été détruits par le biais de gangs locaux
07:34 devenus tout-puissants dans les quartiers populaires.
07:38 -Cette année, ces organisations criminelles
07:41 ont voulu démontrer leur force. Elles veulent montrer
07:44 qu'elles sont des cartels avec un pouvoir économique
07:47 et une branche armée, et qu'elles sont déterminées
07:50 à affronter l'Etat. Et pire, elles veulent former
07:54 un Etat parallèle.
07:56 -Dans ce quartier, le plus violent de Guayaquil,
07:59 la police cherche à conquérir les plus jeunes.
08:02 Elle organise des cours de vacances à l'accent très militaire.
08:06 Au programme, arts martiaux et défense personnelle
08:10 adaptés à la réalité locale.
08:13 A Guayaquil, des milliers d'adolescents
08:16 sont les petits soldats des gangs.
08:19 -C'est quoi, trois ?
08:21 -Ce sont les plus vulnérables.
08:24 Ils veulent quitter leur foyer et sont influencés
08:27 par la co-culture. Devenir membre d'un groupe délinquant
08:30 est un moyen de gagner de l'argent facilement
08:33 et de devenir indépendant. Un enfant de 12 ans
08:36 peut gagner de 3 000 à 4 000 dollars mensuel.
08:40 Ca ne l'intéresse plus d'étudier.
08:42 -L'état d'urgence a pris fin en avril,
08:45 mais suite à un référendum organisé par le président Noboa,
08:49 l'armée et la police ont conservé des pouvoirs spéciaux,
08:53 dans les prisons comme dans les rues.
08:57 Elles appréhendent un groupe de motards.
09:00 Ces jeunes ont investi une voie rapide
09:03 pour organiser une course illégale.
09:06 ...
09:09 -Où allait-elle se dérouler, cette course ?
09:13 -On a vu ça sur Facebook. On sait rien.
09:16 On est juste venus voir.
09:19 ...
09:22 Et regardez ce qui nous arrive.
09:26 -Nous sommes dans un conflit armé interne.
09:29 Qu'est-ce qu'il y a, ici ?
09:31 Il y a des bandes de délinquants et une course,
09:34 probablement organisée par des bandes.
09:37 Il se passe beaucoup de choses, ici.
09:40 ...
09:44 ...
09:47 -Parmi les capturés, un enfant de 12 ans.
09:50 -Tu sais que nous sommes dans un conflit armé ?
09:53 -Ca veut dire quoi ? -Nous sommes en guerre, ici.
09:56 -Caillez-vous !
09:59 -Depuis la déclaration de conflit interne,
10:02 Goyaki enregistre une nette diminution
10:05 du nombre d'homicides. Ses habitants
10:08 vivent dans la peur.
10:10 -Il y a des enlèvements et des vols,
10:13 mais surtout des enlèvements. Enfants, adultes, vieillards,
10:17 ils enlèvent tout le monde. C'est très dangereux.
10:21 -Ce n'était pas comme ça, avant.
10:23 -Ravier travaille comme conducteur pour une plateforme locale.
10:27 Il a été victime d'un enlèvement express contre rançon.
10:31 -Vous voyez le feu rouge, là-bas ? J'étais arrêté comme ça.
10:35 Une voiture m'a bloqué le passage.
10:39 Une voiture ici, une autre là. 4 personnes en sont sorties
10:43 avec des revolvers et m'ont menacé par la fenêtre et le pare-brise.
10:47 -Les agresseurs lui font faire le tour des guichets automatiques.
10:50 Il est alors contraint de retirer 2 000 $.
10:53 -Puis, ils m'ont fait débloquer mon téléphone.
10:57 Ils ont appelé ma femme et lui ont demandé une rançon de 3 000 $.
11:01 -Les enlèvements et extorsions sont les principaux fléaux
11:05 de la capitale économique de l'Équateur.
11:08 Toutes les familles sont touchées.
11:10 -Ca va ? -Oui.
11:13 -Il m'a raconté qu'ils lui ont volé sa maison.
11:16 Les bandes organisées ont forcé sa famille
11:19 à leur laisser leur maison.
11:21 C'est ça, la situation dans mon pays.
11:24 Ils nous ont pris notre maison.
11:27 On a dû partir car ils ont tenté d'enlever ma soeur.
11:30 Ils m'ont mis un revolver sur la tempe.
11:33 -Quelles que soient leurs classes sociales,
11:36 les habitants de Guayaquil vivent barricadés dans leur maison,
11:39 souvent dans des quartiers fermés.
11:42 -Mon projet, c'est d'émigrer aux Etats-Unis.
11:45 Je vais continuer de travailler pour économiser de l'argent.
11:48 Je m'en irai avec ma famille.
11:50 -Comme lui, beaucoup d'Équatoriens rêvent de partir.
11:53 Ils sont toujours plus nombreux à prendre chaque jour
11:57 le chemin de l'exil, en attendant des jours meilleurs.
12:00 ...
Commentaires

Recommandations