00:00 (Générique)
00:04 Allez, bonne fin de journée, RTL bonsoir, votre émission se poursuit.
00:07 On va accueillir maintenant, on en a bien besoin, notre invité pour tout comprendre.
00:11 Emmanuel Macron persiste et signe, il n'exclut pas un envoi de troupes occidentales au sol en Ukraine.
00:16 C'est en tout cas ce qu'il a répété aujourd'hui dans l'hebdomadaire britannique The Economist.
00:20 Envoi de troupes sous conditions précise le président.
00:23 Alors quelles sont ces conditions ? Est-ce que c'est réaliste ? Est-ce que cela peut vraiment arriver ?
00:28 Pour nous éclairer, on est avec le général Dominique Trincan, ex-chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, bonsoir.
00:34 - Bonsoir.
00:35 - Vous êtes notamment l'auteur de "Ce qui nous attend, l'effet papillon des conflits mondiaux".
00:40 Alors, le président a émis des conditions pour l'envoi de troupes au sol.
00:43 La première, je le cite, "que la Russie perce des lignes de front et que l'Ukraine nous demande de venir".
00:49 C'est possible ça, comme configuration, général Trincan ?
00:52 - Oui, alors les deux conditions répondent à deux problématiques différentes.
00:58 La première, que l'Ukraine le demande.
01:01 Je rappelle que selon l'article 51 de la Charte des Nations Unies, tout pays agressé a le droit de se défendre
01:07 et on a le droit de lui venir en secours.
01:10 Et donc ça répond à cette problématique-là.
01:12 Et donc une assise légale, si j'ose dire.
01:15 La deuxième, la percée russe.
01:17 Je pense que ça c'est une possibilité qu'il faut toujours envisager.
01:21 Comme vous le savez, dans les planifications militaires, on envisage toujours le pire.
01:25 Mais je pense aussi que le déclaré à l'avance par le président Macron est un avertissement à la Russie.
01:31 "Attention à la Russie de ne pas aller trop loin, sinon vous risquez de vous retrouver à plus forte affaire que uniquement l'Ukraine".
01:38 Et je pense que c'est un effet dissuasif que le président cherche à avoir envers la Russie.
01:45 - Vous dites "il faut envisager le pire", mais là, à l'instant T, à l'instant où on se parle,
01:50 à court terme, la Russie a-t-elle la possibilité de percer certaines lignes de front ukrainiennes ?
01:55 - Alors aujourd'hui, la situation sur le terrain est difficile pour les Ukrainiens,
01:59 qui font face à une offensive russe qui progresse très doucement,
02:05 avec des succès tactiques minimes,
02:08 mais qui n'empêchent pas qu'à un moment, il puisse y avoir une percée.
02:12 Et donc c'est pour envisager la solution la pire, que cette déclaration a été faite.
02:17 Le pire n'est jamais certain, dit-on.
02:19 Oui, mais il faut le préparer.
02:20 - Et une percée en termes militaires, ça veut dire quoi en gros ?
02:24 Ça veut dire qu'il passe une ligne, ou qu'il fasse une grosse offensive ?
02:27 - Ça veut dire une grosse offensive.
02:29 À mon avis, il y a deux directions qui seraient extrêmement dangereuses,
02:33 et qui nécessiteraient probablement une intervention extérieure.
02:36 C'est une percée en direction de Kiev, ou une percée en direction d'Odessa.
02:41 Alors pour Odessa, actuellement, il n'y a pas de risque de ce côté-là pour l'instant,
02:45 parce que le front ne bouge pas de ce côté-là, il est arrêté par le Nièvre, il faut le rappeler.
02:50 En revanche, dans le Donbass, aujourd'hui, il y a des avancées très minimes,
02:57 et ma perception, c'est que stratégiquement, la Russie n'a pas intérêt à aller au-delà du Donbass.
03:02 C'est-à-dire qu'elle a intérêt à dire "voilà, j'ai conquis les populations russophones, et on s'arrête là".
03:08 - Mais général, c'est trop au sol. Ce serait pour faire quoi ?
03:11 Emmanuel Macron a parlé de mission logistique, pas de combat.
03:14 Ça peut changer la donne, ça, sur le terrain ?
03:16 - Eh bien écoutez, actuellement, l'Ukraine a un grand déficit de soldats.
03:21 Et il y a des soldats qui sont retenus ailleurs, soit dans des données logistiques,
03:27 soit dans de la défense antiaérienne sur l'arrière, soit face à la Biélorussie,
03:32 dont l'intervention en Ukraine est quasiment nulle,
03:35 mais toutefois, ça mobilise des troupes, et ça permettrait de libérer ces troupes pour aller combattre sur le front.
03:41 - Et quand Emmanuel Macron avait émis pour la première fois la possibilité d'envoi de troupes au sol en février dernier,
03:47 la plupart des pays européens et les États-Unis, d'ailleurs, n'avaient pas adhéré.
03:51 Dans les faits, est-ce que la France peut y aller toute seule ?
03:54 - Alors le premier point, c'est que vous vous souviendrez que les pays ont fait une levée de boucliers le lendemain de l'annonce,
04:01 et dans les trois semaines qui ont suivi, la moitié des pays a dit que finalement, oui, il fallait étudier toutes les options.
04:07 Je rappelle que la France est le seul pays en Europe dans lequel un président a autorité directe pour s'exprimer comme cela.
04:15 Les autres sont des premiers ministres qui doivent s'adresser d'abord à leur parlement.
04:20 C'est ce qui s'est passé.
04:21 Alors je mets les Américains de côté parce que, évidemment, il vaut dire que c'est un sujet européen,
04:26 et qu'il n'y aura pas un soldat américain sur le sol, même si c'est un secret de polychinelle, il y en a déjà.
04:32 Mais pour les autres pays, on a déjà, par exemple, la Pologne et les Pays-Bas, qui sont tout à fait d'accord avec cette position-là.
04:38 Donc la France ne serait pas seule.
04:40 - Des troupes occidentales, des troupes européennes, sur le sol ukrainien, même si ce n'est pas pour combattre,
04:46 est-ce que c'est une ligne rouge pour Vladimir Poutine ?
04:50 - Alors écoutez, depuis deux ans, on n'arrête pas de craindre les lignes rouges de Poutine.
04:55 Il est temps que ce soit M. Poutine qui craigne les lignes rouges occidentales.
05:01 Et la ligne qui a été tracée par le Président est une offensive majeure russe qui casse le front ukrainien.
05:08 C'est à ça que doit penser M. Poutine. Il est temps que ce soit lui qui doute, et non pas nous.
05:13 - Général Trinquant, certains de vos confrères, alors je pense au général Lecointre par exemple,
05:17 disent que la Russie veut vraiment la guerre avec l'Occident, et qu'on finira bien par y arriver un jour ou l'autre.
05:22 Vous partagez ce point de vue, qui n'est pas hyper optimiste ?
05:25 - Oui, mais je pense que la guerre, elle a commencé.
05:27 Simplement, on ne reçoit pas des obus en France, mais on a des attaques de communication, de cyber,
05:32 on a des six lignes au GPS qui sont brouillées du côté des Pays-Baltes et du nord de l'Europe.
05:40 On a de multiples attaques, on a l'attaque actuelle en Géorgie par le biais du Parlement georgien
05:46 qui veut empêcher la Georgie d'accéder à l'Europe.
05:50 On a un certain nombre d'attaques qu'il faut prendre sérieusement en compte dès aujourd'hui,
05:55 avant que ça ne devienne effectivement des obus qui tombent sur le territoire européen.
05:59 - Merci beaucoup Général Dominique Trinquant pour vos explications ce soir,
06:03 après ces déclarations du Président de la République.
06:05 Merci d'avoir été notre invité pour tout comprendre dans RTL Bonsoir.
06:09 Émission qui va se poursuivre, tout autre chose dans un instant,
06:13 la bouffée d'oxygène avant 19h, cet grand match des infos pour briller au dîner,
06:17 entre vous deux d'ailleurs Isabelle et Cyprien, ce soir on va faire le plein d'anecdotes avant de passer à la table.
06:22 Julia Selye, Isabelle Choquet et Cyprien Séni.
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