00:00 RTL bonsoir, Julia Selye, Isabelle Choquet et Cyprien Signy.
00:04 Allez, bonne fin de journée, RTL bonsoir, l'émission continue.
00:07 On va accueillir maintenant notre invitée face à l'événement au cœur du débat de la semaine.
00:12 Est-ce qu'il faut instaurer, oui ou non, un couvre-feu pour nos adolescents ?
00:16 Point à pitre, Nice, Béziers, plusieurs grandes villes semblent franchir le pas.
00:20 Bonsoir Robert Ménard.
00:22 Bonsoir.
00:23 Vous êtes le maire de Béziers et depuis lundi, dans trois quartiers de votre commune,
00:27 les moins de 13 ans n'ont plus le droit d'être seul dans les rues entre 23h et 6h du matin.
00:32 Cette mesure, Robert Ménard, elle était nécessaire ?
00:35 Elle était nécessaire, elle était indispensable.
00:37 Elle est tellement indispensable que j'ai essayé de le faire il y a dix ans quand je suis devenu maire.
00:42 Mais à ce moment-là, l'ère du temps n'était pas la même.
00:45 Peut-être que les gens n'avaient pas pris conscience des problèmes de violence et de violence des plus jeunes.
00:51 Et après quatre ans de procédure à l'initiative de la Ligue des droits de l'homme,
00:57 comme si elle n'avait rien d'autre à faire, la Ligue des droits de l'homme, que de s'occuper de ça,
01:00 j'ai perdu devant le Conseil d'État et on a dû arrêter l'expérimentation qu'on faisait.
01:06 Bien sûr qu'il y a un problème aujourd'hui, pas dans un certain nombre de quartiers, mais dans toute la ville.
01:12 Mais on n'a pas le droit de prendre un arrêté qui couvre toute la ville.
01:15 Donc on s'est concentré sur trois quartiers.
01:18 Mais oui, il y a des enfants de plus en plus jeunes dans la rue et surtout de plus en plus violents.
01:23 Je discute avec la police municipale, ils me disent "ce qui se réglait à coups de poing il y a quelques années,
01:28 maintenant ça se règle à coups de couteau".
01:29 Et oui, il faut faire quelque chose.
01:31 - Vous l'avez dit, le Conseil d'État avait retoqué la mesure à l'époque en expliquant
01:35 que vous n'aviez pas assez justifié en quelque sorte votre idée.
01:39 Vous avez des chiffres précis sur la délinquance des moins de 13 ans à Béziers ?
01:43 Vous dites "c'est indispensable", mais est-ce que vous avez des chiffres pour les tailler ?
01:45 - Des chiffres précis on n'en a pas, puisque si on choisit les moins de 13 ans,
01:50 c'est qu'ils sont irresponsables pénalement, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas être condamnés.
01:54 Et donc on n'a pas de chiffres précis, mais on a des indications sérieuses.
01:58 Je vais vous en donner deux.
02:00 - Lesquelles ?
02:00 - En 2019 par exemple, il y a une école, vous vous rappelez, vous en avez parlé sur RTL à cette époque-là,
02:06 parce que c'est une école d'un des trois quartiers où des gosses avaient mis le feu.
02:10 Des gosses qui avaient été scolarisés dans cette école-là.
02:14 Je prends cet exemple. Je ne veux pas dire que s'il y avait eu à ce moment-là,
02:19 cette passage-passe en pleine nuit, s'il y avait eu cette arrêtée, on aurait évité,
02:25 mais en tout cas je le pense un petit peu.
02:27 - Mais au quotidien, il y a des gamins de 10, 11, 12 ans qui se baladent vraiment seuls à minuit,
02:32 une heure du matin dans votre ville ?
02:33 - Bien sûr, je vous propose, mais pas que chez moi, dans tout un tas d'endroits,
02:36 écoutez, allez vous promener dans un certain nombre de quartiers "un petit peu difficiles",
02:42 mais on sait tous ce que ça veut dire, et vous verrez si vous ne voyez pas des gosses qui ont 10, 12 ans.
02:47 Quand il y a eu les émeutes l'été dernier, moi comme maire, j'ai accès aux images,
02:53 vous savez, de la vidéosurveillance, je l'ai vue, et il y avait plein d'enfants sur 80, 90 personnes
02:58 ou 100 qui ont participé à ces émeutes, il y en avait une bonne partie qui étaient des gamins.
03:03 Cette mesure, ce n'est pas une mesure de droite ou de gauche, c'est une mesure de bon sens.
03:08 Demandez aux gens, mais vous avez vu, il y a un sondage qui a été fait,
03:11 les deux tiers des Français y sont favorables.
03:13 - Est-ce que ce n'est pas surtout un symbole aussi, et un message que vous envoyez aux parents,
03:17 en leur disant "laissez pas traîner vos gamins" ?
03:20 - Bien sûr que c'est ça ! Les parents seront obligés d'aller au commissariat chercher leurs enfants.
03:25 Théoriquement, on peut leur mettre une amende, théoriquement même,
03:28 on peut les déférer devant la justice et saisir la justice.
03:31 - Vous comptez mettre des amendes d'ailleurs ?
03:32 - Mais non ! - Puisque l'idée c'est quand même de ramener les enfants à la maison,
03:36 et ensuite de régler le problème d'autorité dans les familles.
03:38 - On n'en a jamais fait des amendes, c'est juste l'occasion, on l'a vu,
03:42 moi j'ai le souvenir d'un certain nombre d'enfants, les parents qui venaient chercher les enfants,
03:46 ils se faisaient remonter les bretelles, comme on dit, un vrai savon,
03:50 en leur disant "mais ça va pas bien la tête, qu'est-ce qu'ils font vos gosses,
03:53 dans telle rue à 2h du matin ?"
03:55 C'est pas que pour réprimer les parents ou les gosses, c'est pour les protéger.
04:00 Parce que imaginez, vous avez des enfants, monsieur,
04:03 vous les avez à 10 ans dans une rue à 2h du matin,
04:06 vous vous inquiétez pas pour leur sécurité, c'est aussi une mesure de protection,
04:10 parce qu'il y a des familles qui n'en ont rien à faire pour dire les choses,
04:14 et puis il y a des familles, on dit "familles monoparentales" beaucoup,
04:18 c'est des femmes seules pour dire les choses clairement,
04:19 où elles sont dépassées par les événements.
04:22 Je me souviens de maman qui venait me dire "ah monsieur le maire, vous m'avez rendu un service"
04:26 et je lui disais "pourquoi ?"
04:28 Elle me dit "au moins quand mes enfants veulent pas m'obéir, je leur dis
04:32 si tu sors, le maire va envoyer la police et on va te ramener au commissariat.
04:36 Faisons des tests, voyons si ça marche, si ça marche pas,
04:39 si c'est pas utile, on le laisse tomber."
04:41 – Dans l'application concrètement, Robert Ménard,
04:43 un gamin de 12 ans qui se balade en ville avec un copain de 18 ans,
04:47 on l'arrête ou on l'arrête pas ?
04:48 – Bien écoutez, bien sûr qu'on va l'arrêter, si c'est ses parents,
04:51 on va pas le faire, on le fera pas, mais si c'est un gamin de 18 ans,
04:55 bien sûr qu'on le fera, pourquoi on le fera ?
04:57 Parce que vous avez pas remarqué comment s'organise le trafic de drogue ?
05:00 Dans les points de deal, c'est de plus en plus des enfants,
05:04 tout le monde a compris, en particulier les dealers,
05:06 que les garçons, les enfants de moins de 13 ans,
05:09 on n'allait pas les arrêter, alors qu'on va les arrêter.
05:12 – Robert Ménard, est-ce que vous avez eu l'occasion d'échanger
05:15 avec le gouvernement sur ce couvre-feu, avec Gabriel Attal ou Gérald Darmanin ?
05:19 On sait qu'au ministère de l'Intérieur, votre initiative est plutôt bien vue.
05:22 – Écoutez, moi j'en ai parlé avec le préfet, qui lui-même en a parlé
05:26 avec M. Darmanin, demandé à M. Darmanin,
05:28 je ne crois pas que la préfecture va attaquer cet arrêté,
05:32 parce que la préfecture, elle peut, je ne crois pas qu'aujourd'hui,
05:36 le ministre de l'Intérieur le fera, et donc le préfet.
05:39 Attendez, ce serait quand même se moquer du monde.
05:41 Je vous rappelle qu'un, il a annoncé lui, un couvre-feu à partir de 18 ans,
05:49 en Guadeloupe, et puis vous avez le Premier ministre qui dit,
05:51 "tiens, il faudrait y réfléchir", voilà, on y réfléchit,
05:54 et on commence à le faire.
05:55 – On vous pose cette question parce que le Premier ministre
05:57 a rappelé la semaine dernière, ça ne vous a pas échappé,
05:59 un sursaut d'autorité avec plusieurs pistes, plusieurs mesures.
06:03 Est-ce que sur cette question, vous avez la sensation
06:05 que Gabriel Attal a pris la mesure de la situation,
06:08 après toute une série de faits divers ces derniers jours
06:10 qui ont impliqué les adolescents ?
06:11 – Oui, je pense que oui, ils se sont rendus compte
06:14 qu'il fallait faire un certain nombre de choses.
06:15 Mais ils s'en étaient rendus compte, Gabriel Attal,
06:17 quand il était ministre de l'Éducation nationale.
06:20 Moi, si je n'avais jamais vu un ministre prendre autant de bonnes mesures,
06:23 de mesures de bon sens, de mesures d'évidence, en quelques mois,
06:26 quand il a été à l'Éducation nationale,
06:28 il faut qu'il fasse la même chose pour le reste.
06:31 Il a eu raison sur l'uniforme, mais là, aujourd'hui,
06:34 il faut faire la même chose avec le couvre-feu.
06:37 Et, seigneur, voyons si ça marche.
06:39 – Sur l'uniforme, Robert Ménard, parce que vous faites partie
06:41 des villes qui ont été les premières à tenter cette expérimentation,
06:44 après deux mois de pratique, vous vous en tirez un premier retour ?
06:47 – Oui, bien sûr, on a fait un premier bilan auprès des parents
06:50 et des enseignants, et on change un certain nombre de choses.
06:54 Qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne marche pas ?
06:55 – Par exemple, sur les tenues elles-mêmes.
06:57 – Alors, ils sont contents parce qu'on s'aperçoit,
07:00 enfin, ça ne va pas vous paraître tout bêtasson,
07:01 mais par exemple, les gosses font attention à leur uniforme.
07:04 Deuxièmement, oui, on gagne du temps le matin.
07:07 J'ai des chiffres précis et tout sur les parents qui disent,
07:10 oui, on gagne du temps, on perd moins de temps à discuter
07:13 sur qu'est-ce que les enfants vont mettre.
07:15 Ensuite, est-ce que les uniformes, ceux qu'on avait choisis,
07:18 enfin non, on n'avait rien choisi du tout,
07:19 ceux que les parents et les enfants avaient choisis,
07:21 les enseignants avaient choisis, est-ce que c'est exactement ça ?
07:24 Non, il faut modifier, donc dès septembre,
07:26 on modifiera un certain nombre de choses.
07:29 Il fait chaud ici, enfin en Corse, il fait plutôt froid en ce moment,
07:32 et en fait il fait chaud dans notre midi,
07:34 et donc on essaye d'adapter les choses.
07:36 – Une petite question bonus, Robert Ménard,
07:38 vous l'ex-proche de Marine Le Pen, vous avez pris vos distances,
07:42 vous avez un peu le vent en poupe en ce moment,
07:43 est-ce que vous préparez la présidentielle de 2027 ?
07:47 – Je me suis dit, tu sais, je vais éviter cette question-là.
07:49 – Vous répondez toujours avec beaucoup d'ironie,
07:51 est-ce qu'on peut avoir une vraie réponse ?
07:52 – Attendez, non, je ne réponds pas avec ironie,
07:55 je vais vous dire deux choses sérieusement,
07:57 on n'a pas, en gros, aujourd'hui, je ne vois personne
08:02 qui incarnerait cette sensibilité que j'essaye d'exprimer là à votre micro,
08:07 c'est-à-dire ne pas avoir honte de ce qu'on est,
08:12 être attentif aux gens, être réaliste, et en même temps changer les choses,
08:19 parce qu'en général les gens ils vous disent,
08:20 "ah oui c'est plus compliqué, c'est le meilleur argument pour ne rien faire",
08:23 je pense qu'on peut dire que les choses sont compliquées et faire.
08:26 Écoutez, à mon petit niveau, ma ville, venez voir à Béziers,
08:29 elle a changé en disant, ça veut dire qu'on peut changer,
08:31 je pense qu'on peut changer au niveau français,
08:33 est-ce que je pense que mon cerveau l'a joué là-dedans ?
08:37 Pourquoi pas ?
08:38 – Pourquoi pas ? C'est la réponse ce soir, merci Robert Ménard,
08:40 maire de Béziers, merci d'avoir été notre premier invité dans RTL Bonsoir,
08:44 après donc l'instauration de ce couvre-feu pour les moins de 13 ans dans votre commune,
08:47 merci beaucoup.
08:48 – RTL Bonsoir
08:50 – Et RTL Bonsoir continue avec votre RTL Inside.
08:55 – Au bord du terrain de foot où Emmanuel Macron tape la balle
08:57 avec Didier Deschamps, Pires Drogba ou encore Eden Hazard en ce moment même.
09:01 – Et puis la visoconférence, Alex le menu ?
09:04 – Écoutez, je sais que vous aimez le sport, Olivier Giroud un petit peu.
09:07 – Ah forcément, notre footballeur, à tout de suite.
09:10 – RTL Bonsoir jusqu'à 20h.
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