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  • il y a 2 ans
Florence Rey et Audry Maupin. Une fille et un garçon. Jeunes, beaux, amoureux, des idées libres plein la tête. Jusqu'à l'automne 1994 où on les comparer, par facilité, à Bonny and Clyde. En une nuit, quatre morts sur le pavé parisien. Trois policiers et un chauffeur de taxi. La cinquième victime est Audry Maupin lui-même, abattu au terme d'une course poursuite insensée dans les rues de la capitale. Pourquoi cette équipée d'une violence tout aussi gratuite qu'inouïe ?
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
Regardez L'heure du Crime avec Jean-Alphonse Richard du 19 avril 2024

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Transcription
00:00 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
00:05 Jean-Alphonse Richard.
00:07 Les infos car il me n'a gagné le phare.
00:12 Mesdames, messieurs, bonsoir.
00:13 Deux policiers et un chauffeur de taxi sont morts ce soir.
00:17 Des suites de leurs blessures par balle après une course aux poursuites près du bois de Vincennes.
00:21 Six autres personnes, dont deux policiers et les deux autres agresseurs, sont aussi blessés.
00:27 Bonjour, Florence Ray et Audrey Maupin.
00:31 Une fille et un garçon, jeunes, beaux, amoureux, des idées libres plein la tête.
00:36 Jusqu'à l'automne 1994 où on va les comparer par facilité à Bonnie & Clyde.
00:41 En une nuit, quatre morts sur le pavé parisien, trois policiers et un chauffeur de taxi.
00:46 La cinquième victime est Audrey Maupin, lui-même abattue au terme d'une course poursuite insensée dans les rues de la capitale.
00:54 L'enquête va se concentrer sur la survivante du duo Florence Ray, dont la photo s'affiche alors dans tous les journaux.
01:01 On va la décrire comme une froide passionnaria qui serait une tueuse de flics.
01:06 Même si c'est un autre portrait qui va se dessiner au fil des investigations.
01:10 Une question obsédante va rester sans réponse.
01:13 Pourquoi cette équipée tout aussi gratuite qui nouille ?
01:16 Pourquoi un tel carnage trente ans après ?
01:19 Sait-on vraiment ce qui s'est passé ou pas ?
01:22 Question posée aujourd'hui à nos invités.
01:25 L'affaire Ray Maupin, la nuit sans retour des tueurs de la nation.
01:29 Le garçon m'a dit "vas-y, roule, roule, putain, je viens de buter deux flics, tu vas nous sortir de là".
01:36 La fille a répété "vas-y, roule".
01:38 L'enquête de l'heure du crime, la seule émission radio 100% fait d'hiver.
01:41 A tout de suite sur RTL.
01:44 Jean-Alphonse Richard sur RTL.
01:46 L'heure du crime.
01:48 14h30, 15h30, Jean-Alphonse Richard sur RTL.
01:54 L'heure du crime.
01:56 Dans l'heure du crime, aujourd'hui, l'affaire Florence Ray et Audrey Maupin.
02:00 Un tout jeune couple qui n'a jamais fait parler de lui, inconnu de la police.
02:05 A l'automne 1994, à Paris, ils vont faire une entrée fracassante dans la chronique judiciaire
02:11 en semant derrière eux la mort, le bruit et le chaos.
02:14 Mardi 4 octobre 1994, 21h25, un homme et une femme cagoulés surgissent dans le poste de garde
02:22 de la préfourrière de Pantin, dans le 19e arrondissement de Paris.
02:26 Le couple, armés de deux fusils à pompe, met en joue les deux gardiens de la paix qui surveillent les lieux,
02:32 contraints de s'allonger face contre terre.
02:34 On leur dégraffe leur ceinturon, on s'empare de leurs armes, des P38 spéciales.
02:39 Les braqueurs aspergent les fonctionnaires de gaz lacrymogènes,
02:42 les fils du téléphone sont arrachés, le couple s'enfuit.
02:46 Trois minutes plus tard, 21h28, ils se dirigent vers un taxi, arrêté à un feu rouge et si engouffre sans prévenir le chauffeur,
02:54 le Guinéen Amadou Diallo et son client, le docteur Georges Monnier, sont stupéfaits.
02:59 La jeune femme, qui va être identifiée sous le nom de Florence Ray, 19 ans,
03:03 et le jeune homme, Audrey Maupin, 22 ans, s'installent à l'arrière.
03:08 Maupin pose son revolver sur la nuque du chauffeur et lui demande de rouler jusqu'à la place de la Nation.
03:13 Il exige aussi que le chauffeur et le client leur remettent leur carte d'identité.
03:18 Georges Monnier s'exécute, mais Amadou Diallo tergiverse.
03:22 « Le ton monte, ta carte, ou je t'éclate la tête », hurle Maupin.
03:26 Florence Ray aurait alors saisi l'oreille du chauffeur en disant « ta carte, ou je t'arrache l'oreille avec un couteau ».
03:34 21h40, le chauffeur de taxi Amadou Diallo grille un feu rouge au carrefour du cours de Vincennes et du boulevard de Charonne.
03:40 Il percute volontairement une voiture de police.
03:43 Le chauffeur baisse sa vitre et hurle aux trois policiers « ils veulent nous tuer, ils veulent nous tuer ».
03:49 La fusillade éclate.
03:50 À l'arrière, Audrey Maupin fait feu avec le pistolet Manurhin 38 spécial dérobé à la fourrière.
03:56 Deux des trois policiers, Laurent Gérard, 25 ans, et Thierry Ménard, 30 ans, n'ont pas eu le temps de dégainer.
04:03 Le premier est atteint mortellement de deux balles, dont l'une tirée dans le dos.
04:07 Le deuxième est tué d'une balle alors qu'il faisait face au tireur à 1m50 de lui.
04:12 Le chauffeur de taxi s'écroule, lui aussi, touché à la carotide par la même arme.
04:16 Son client, le docteur Monnier, s'est réfugié derrière un lampadaire.
04:21 Impossible de savoir qui tire vraiment.
04:23 Le troisième policier, Régis Descaraux, blessé à la cuisse, certifie avoir vu Florence Ray, genou à terre, recharger son fusil à pompe.
04:31 « La fille était comme une ampoule allumée », dira le médecin qui se trouvait dans la voiture.
04:37 Quand il a tenté de la raisonner, elle lui a répondu « Pas de psychologie, docteur ! »
04:42 Trois morts, quatre blessés, dont deux passants et Audrey Maupin qui boitent.
04:47 Avec Florence Ray, ils s'approchent d'une Renault Super 5 bloquée dans la fusillade.
04:52 Deux hommes à bord, Audrey Maupin extirpe le passager.
04:56 Il le frappe à coup de crosse. Il oblige le conducteur, Jacques Ben Simon, à redémarrer.
05:00 « Il m'a dit, vas-y, roule, roule ! Putain, je viens de buter deux flics, tu vas nous sortir de là ! »
05:06 La fille a répété « Vas-y, roule ! » témoignera Ben Simon.
05:10 La voiture fonce vers le bois de Vincennes, l'avenue de Gravel, prise en charge par un motard de la police.
05:15 « Descends-le, descends-le ! » aurait alors crié Florence Ray à Audrey Maupin, propos qu'elle démentira plus tard.
05:22 Le motard est blessé. Un autre motard de la police, Guy Jacob, arrivé en face des fuyards, est tué.
05:28 Audrey Maupin, touché par quatre balles, s'effondre sur le tableau de bord. Il décèdera le lendemain.
05:34 Florence Ray, indemne, est interpellée. 21h50, en seulement 25 minutes, 5 personnes ont trouvé la mort.
05:42 3 policiers, un chauffeur de taxi et Audrey Maupin, dont on ignore alors tout de ses motivations.
05:49 Et évidemment, l'enquête va se pencher sur ce couple.
05:53 Florence Ray, Audrey Maupin, soupçonnée d'être des tueurs de flics alors qu'on ne sait pas vraiment ce qui s'est passé.
05:59 Quelle a pu être la dérive de ces deux jeunes gens ? La survivante, c'est Florence Ray.
06:04 On va voir dans la chapitre suivante ce qu'elle va raconter aux juges et aux enquêteurs, ou peut-être ne va pas raconter.
06:10 Il faut pour l'instant remonter le fil de cette course poursuite. Bonjour Xavier Benerozzo.
06:15 Bonjour Jean-Alphonse.
06:16 Merci infiniment d'être avec nous aujourd'hui dans le studio de l'heure du crime.
06:20 Vous êtes journaliste, vous connaissez bien cette affaire et d'ailleurs vous l'avez suivie à l'époque pour RTL, notre station.
06:27 Vous étiez ici le responsable de la rubrique justice/police.
06:32 Alors il y a cette première fusillade et immédiatement c'est un déferlement de violence.
06:38 Il n'y a pas de sommation ?
06:40 Non, il n'y a pas de sommation mais le souvenir que j'en ai, pardonnez-moi l'expression, c'est un immense bordel.
06:44 C'est un immense bordel, c'est-à-dire qu'en fait il faut se rendre compte qu'à l'époque RTL espionne clandestinement les ondes de la police
06:54 et que ce soir-là on entend TNZ1, TNZ1, ça c'est l'indicatif de l'état-major de la PP, de la préfecture de police,
07:02 pour nous dire qu'il y a quelque chose qui se passe.
07:04 Alors les reporters partent en catastrophe sur cette histoire, sur leur petite moto rouge, et on arrive cours de Vincennes.
07:10 Et là, quand je vous dis que c'est un immense bordel, c'est qu'on n'arrive pas à suivre.
07:14 On ne voit pas ce qui se passe.
07:16 On ne voit pas ce qui se passe, on ne sait pas ce qui se passe, parce que comme c'est mouvant, c'est-à-dire que les fuyards sont encore en train de partir.
07:24 Ce n'est pas fini.
07:26 Et il y a, alors sur les ondes, les policiers demandent des renforts parce qu'effectivement leurs collègues sont touchés.
07:34 Et bien plus tard dans la soirée, il y aura ce message dont je me rappelle, puisque les hommes sont touchés, Delta, Charlie, Delta, ça veut dire "décédés".
07:42 C'est le message qui concerne deux gardiens de la paix.
07:45 Et je voudrais juste, si vous me permettez, vous parler un peu des gens dans cette affaire, des deux îlotiers qui ont été percutés dans cette affaire.
07:54 On va le voir dans le détail, qui ont été percutés par le chauffeur de taxi qui a essayé de...
07:59 - Il y a trois policiers dans la voiture.
08:01 - Il y en a un autre, Régis, qui va être grièvement blessé.
08:04 Mais ce qui a affolé la police ce soir-là, ce qui a rendu dingue les policiers, c'est que les deux policiers qui vont trouver la mort sont des îlotiers.
08:14 Et ce sont des îlotiers, c'est-à-dire qu'ils font de la circulation, ils ne savent pas forcément se servir d'une arme, ils gèrent, j'allais dire, ils sont les éboueurs un peu de la société.
08:25 Et moi j'en ai rencontré pas mal. Et ce sont des gens qu'on voit, des gardiens de la paix qu'on voit parfois dans des circonstances assez épouvantables.
08:33 Il y en a un qui m'avait raconté qu'un nourrisson était mort dans ses bras.
08:38 Donc ce sont ces gardiens de la paix qui ont été, je veux dire, flingués un peu comme des chiens pour une raison qu'on ne s'explique pas.
08:47 - Alors ça c'est très important. Juste encore un mot, Xavier Benerozzo.
08:50 Évidemment on va penser à une équipe de malfrats. - Mais évidemment !
08:55 - C'est le moins qu'on puisse dire. Ils ont volé des armes, ça a l'air de... on ne sait pas si c'est vraiment un hold-up, enfin etc.
09:01 En plus ça est un peu mélangé. Mais on n'écarte pas non plus la piste terroriste.
09:05 - Alors on n'écarte pas la piste terroriste et vous allez voir dans le détail, on en parlait tout à l'heure avec l'une des avocates avant de démarrer cette émission,
09:14 c'est que si on n'écarte pas la piste terroriste c'est que Florence Ray et Audrey Maupin cochent absolument toutes les cases des apprentis terroristes,
09:25 des apprentis anards pour faire, j'allais dire, des actes terroristes plus structurés.
09:31 Ils volent des armes. Alors Action Directe, qui était une mouvance gauchiste, a volé des armes avant.
09:37 Et après, il ne faut jamais oublier que des terroristes corses ont volé une arme dans une gendarmerie pour signer un attentat, celui contre le préfet Claude Hérignia.
09:48 Vous voyez ce que je veux dire ?
09:50 - Je comprends très bien, ça veut dire qu'il y a un terreau favorable à cette époque, il y a une résurrection effectivement.
09:56 On est loin d'Action Directe, c'était les années 80 Action Directe.
09:59 Mais le fait est que il y a eu une résurgence, il y a eu une ébullition, il y a les groupes autonomes etc.
10:04 Tout ça est un peu mélangé et ça offre un terreau favorable.
10:07 Bonjour Maître Françoise Berrux. - Bonjour.
10:10 - Merci infiniment d'être avec nous aujourd'hui et également dans le studio de l'Horreur du Crime.
10:13 Vous êtes avocate au barreau de Paris.
10:15 Ce dossier, vous le connaissez sur le bout des doigts parce que vous êtes l'avocate des familles des trois policiers tués.
10:20 Je donne leurs noms. Laurent Gérard, Thierry Ménard et Guy Jacob, le motard, le dernier à perdre la vie dans cette histoire.
10:27 Alors, on vient d'en parler avec Xavier Benerozzo, Audrey Maupin, il est mort dans la fusillade.
10:31 Florence Ray, qui sont-ils ? Quel est ce couple ?
10:35 - J'allais dire qu'avant le procès, c'était un couple qui a fait couler beaucoup d'encre,
10:40 qui apparaissait comme Bonnie and Clyde, les Tueurs Nés.
10:44 Et puis au procès, Maupin étant absent, il a été particulièrement, j'allais dire, entre guillemets, maltraité par Florence Ray
10:55 en le sens qu'elle a fait peser toute la responsabilité sur lui. Un mort ne vous contredit pas.
11:00 Et elle, elle est apparue comme une jeune fille effacée, bredouillante, désolée,
11:05 comme si tout ce qui s'était passé ne la concernait pas.
11:09 - C'est un couple qui est dans la mouvance, on dit autonome à l'époque.
11:13 En gros, je traduis un peu, c'est l'extrême gauche radicale qui est prête à prendre les armes, la gauche de la révolution, c'est ça ?
11:19 - Oui, mais alors je pense qu'on a été resté au terreau.
11:22 Dans la mesure où ils étaient dans ce squad depuis quelques mois
11:25 et que le mot, j'allais dire la phrase clé du couple qui a été énoncée d'ailleurs par Florence Ray,
11:33 comme ayant été tenue par Maupin, c'était "je veux être libre, la liberté, et la liberté faut de l'argent".
11:40 Donc j'allais dire que moi, mon raisonnement s'est arrêté, et à l'issue notamment du procès,
11:45 à "ce sont des jeunes qui souhaitaient faire des braquages pour avoir de l'argent,
11:50 qui ont effectivement fréquenté des gens marginalisés,
11:56 mais qui n'étaient pas encore marginalisés, puisqu'en fait ils étaient de famille tout à fait concrète,
12:00 ce n'étaient pas des losers, ce n'étaient pas des paumés.
12:04 - Ils sont issus de milieux "populaires" ?
12:07 - Oui, des milieux classiques.
12:10 - Ni des hérités ? - Non, pas du tout.
12:13 Elles, tous les deux, ils se sont connus à l'université, ils faisaient des études.
12:17 Et je pense, moi c'est ce que je transpirais du dossier, et surtout de l'audience,
12:23 qu'effectivement l'objectif c'était d'avoir de l'argent facile.
12:27 D'ailleurs, ils ont quand même acheté, du moins l'un d'eux, des fusils de chasse à l'époque,
12:34 à la Saint-Maritaine on pouvait acheter des fusils de chasse juste en donnant...
12:38 - Avec un faux nom. - Et avec un faux nom, ce qui est extraordinaire !
12:42 On pouvait revenir, comme elle l'a fait le lendemain, pour demander
12:45 à ce que le fusil ne soit plus trois coups mais six coups, c'est mieux.
12:48 Mais j'allais dire, c'est plutôt l'inventaire, à mon sens,
12:55 plutôt de malfrats, entre guillemets, de braqueurs,
12:58 que de gens qui ont une passion idéologique extrémiste.
13:03 Pas d'explication précise, on ne peut compter donc que sur la survivante, pour en donner.
13:09 L'affaire Rémaupin, la nuit sans retour des tueurs de la Nation,
13:12 ce soir, elle était en panique, subjuguée par son compagnon,
13:16 car elle était sous emprise d'une passion très adolescente.
13:19 L'enquête de l'heure du crime, on se retrouve tout de suite sur RTL.
13:22 Heure du crime consacrée aujourd'hui à l'affaire Florence Réaudry-Maupin.
13:37 Le 4 octobre 1994, ce jeune couple se retrouve accusé d'une fusillade sanglante en plein Paris.
13:43 Cinq morts dans trois policiers et Audrey Maupin, sa compagne a été arrêtée.
13:48 Mercredi 5 octobre 1994, Florence Réaudry, 19 ans, est en garde à vue dans les locaux de la brigade criminelle.
13:54 Cheveux châtains, mi-longs et bourriffés, et gratinures sur la joue droite.
13:58 Elle a le regard d'une adolescente effrontée.
14:00 "Je n'ai tué personne", sont les seuls mots qui sortent de sa bouche.
14:03 Le juge Hervé Stéphan, qui la met en examen pour les meurtres et tentatives de meurtre,
14:08 ne parvient pas à obtenir plus d'explications sur les raisons de l'équipé sauvage.
14:13 Impossible de savoir si le couple, qui se coupait de la société,
14:17 logeait dans des squats, fréquentait la mouvance autonome anarchiste,
14:21 a agi par conviction politique pour tuer du flic ou par simple crapulerie.
14:27 A Florime et Rogis, Florence Ré est à l'isolement.
14:29 On s'en méfie car on a trouvé un plan de la prison dans une de ses chaussures.
14:34 Même si ceux qui viennent la visiter, sa mère, ses avocats, les parents d'Audry,
14:39 décrivent une jeune femme dépassée par les événements.
14:42 19 jours après les fusillades, la suspecte, gros pullover de laine mauve,
14:47 est à la préfourrière de Pantin pour une reconstitution.
14:51 Elle refuse de répéter les gestes de la soirée.
14:53 Une inspectrice de la crime va alors la remplacer.
14:58 Vendredi 25 novembre, un mois après son arrestation, Florence Ré craque face au juge Stéphan.
15:03 Elle reconnaît sa participation au hold-up de la préfourrière.
15:06 Elle explique que c'est Audrey Maupin qui a eu l'idée de l'expédition.
15:09 Il s'agissait de voler des armes pour commettre des braquages.
15:13 Trois mois auparavant, Audrey a acheté un fusil à pompe de fabrication chinoise.
15:18 Le 30 septembre, c'est elle qui a acheté un fusil Mossberg sous un faux nom à la samaritaine.
15:24 Puis, 4 octobre au matin, deux cagoules.
15:27 On l'interroge sur un troisième homme aperçu par un témoin.
15:30 À la sortie de la fourrière, Florence Ré finit par admettre qu'un complice faisait le gai.
15:35 Elle donne son nom, Abdellah Kim Dekar, alias Toumi, algérien, 30 ans, il vit dans la marginalité.
15:41 Selon elle, ils connaissaient très bien Audrey.
15:44 Ils avaient dégoté ensemble le fusil à pompe chinois.
15:47 Dekar est arrêté. Il nie. Il jure ne pas connaître Florence Ré.
15:52 Explique être victime d'un complot dans la mouvance autonome qui l'a infiltrée pour le compte des services algériens.
15:59 Explication totalement nébuleuse d'un inconnu connu pour sa mythomanie.
16:03 Il est mis à un examen incarcéré.
16:05 Florence Ré, entendue à de nombreuses reprises par le juge, répète que le but de la soirée était bien de voler des armes.
16:12 Elle a suivi Audrey, qu'elle trouvait beau, intelligent.
16:15 Elle a été séduite par sa colère, ses idées.
16:18 En janvier 1994, la jeune femme a coupé les ponts avec sa famille, une mère institutrice, un père plombier,
16:24 pour partir à l'aventure avec celui qui la faisait rêver.
16:27 Puis tout s'est emballé. Je regrette. Je n'ai pas réfléchi pour suivre Audrey.
16:31 Je me fais des reproches là-dessus, dit-elle au juge.
16:34 Les enquêteurs estiment que la jeune femme cherche à minimiser sa responsabilité.
16:38 La nuit fatale, des témoins certifient l'avoir vue tirée au fusil de chasse.
16:43 D'autres assurent qu'elle encourageait son compagnon à faire feu.
16:48 Le juge écrit, "Elle n'est pas l'auteur des coups mortels,
16:52 mais par sa présence et son action, elle a largement contribué à leur réalisation."
16:57 Les psychiatres estiment que Florence Ré était comme aimantée par son compagnon.
17:02 Elle s'est sentie subjuguée. Elle était sous emprise d'une passion adolescente,
17:06 a vécu les événements dans un état de panique.
17:09 "Incapable de se détacher d'Audrey Maupin", écrivent les experts.
17:14 Et on va voir si ce portrait d'une jeune femme sous emprise, sentimentale,
17:19 et qui ne peut pas faire marche arrière, va être celui qui va prévaloir devant la cour d'assises.
17:25 Pour l'instant, il faut parler de cette enquête qui va durer de longs mois,
17:29 parce qu'il faut que les policiers soient précis sur cette question.
17:32 Jeune femme qui est sous le choc, ou bien est-ce qu'elle est plus dure qu'on la croit ?
17:37 Maître Françoise Berrux, vous êtes avec nous aujourd'hui dans le studio de l'Horreur du Crime,
17:41 vous êtes avocate et dans cette affaire vous avez défendu les intérêts des familles des trois policiers
17:47 tués, Laurent Gérard, Thierry Ménard et Guy Jacob.
17:50 Pendant un mois, c'est étonnant d'ailleurs, Florence Ré ne bronche pas.
17:54 Il n'y a pas un mot. Elle dit simplement "je n'ai tué personne", aucune déclaration.
17:58 Elle joue les durs ou elle est vraiment dure ?
18:01 Elle joue le jeu du voyou. Un voyou n'avoue jamais.
18:10 Tu ne dis rien, tu contestes et tu en dis le moins possible pour ne pas être ensuite mis en porte à faux.
18:17 Je pense que c'est une technique effectivement de défense habile.
18:23 Après elle a eu la technique de défense habile "je suis une petite jeune femme amoureuse"
18:30 mais quand on entend, on lit ce qu'on dit, les témoins qui ont eu très peur aussi...
18:38 Ils ont failli tout simplement mourir.
18:40 Le passager du taxi, M. Ben Simon qui a été pris en otage
18:44 et les policiers ont même cru qu'il faisait partie de cette bande de malfrats.
18:48 Lui, il est chef Ebel, tous ont une anime quand elle dit à ce pauvre chauffeur de taxi
18:55 "allô je vais te couper l'oreille avec un couteau si tu ne me donnes pas tes papiers"
18:59 alors qu'on sait que les papiers pour quelqu'un qui est en situation régulière en France mais qui est étranger
19:04 c'est sa vie, c'est sa survie et qu'on le menace de lui arracher l'oreille.
19:10 Quand on dit à Mopin "tire, tire, tire, bute-le"
19:14 nous ne sommes plus dans la petite femme qui est soumise, émue.
19:20 Je suis d'accord avec vous. Juste encore une petite question Françoise Bérux.
19:24 Le fait est que la balistique elle exonère la responsabilité de cette jeune femme
19:31 parce que la balistique elle dit c'est le pistolet qui a tiré
19:34 et le pistolet c'était bien Audrey Mopin qui le tenait.
19:37 Alors déjà, pour Jacob non. Jacob a été touché par deux, M. Jacob par deux projectiles
19:43 et notamment un qui a été tiré par Florence Ray alors qu'il titubait.
19:48 Fusil de chasse ?
19:49 C'était un fusil de chasse mais à l'arrière où se trouvait Florence Ray il y avait un fusil de chasse et un manurhin.
19:55 Et elle était présente, elle a tiré, certes elle n'a pas, on a considéré qu'elle n'avait pas commis les mortes
20:04 mais quand vous dites qu'elle n'est pas responsable, si c'est un mouvement à deux, c'est une union à deux, c'est la complicité.
20:11 C'est "je tire et je te permets également de tirer et de tuer".
20:15 Merci pour cette précision parce qu'elle est importante, parce qu'effectivement on a dit que la majorité des tirs sont faits avec le P38,
20:22 c'est-à-dire ce manurhin qui a été volé à la préfourrière, c'est lui qui a servi le plus souvent.
20:29 Xavier Benerozzo, il y a des interpellations, il y a des perquisitions qui sont faites,
20:35 notamment dans le squat où vivait ce couple, on trouve de la documentation.
20:39 Ce que vous dites avec justesse, c'est qu'on ne sait pas ce que c'est que ce petit bout de femme qui est capable de tout et de faire des choses absolument incroyables.
20:47 Avant de vous répondre, je veux juste faire une précision.
20:49 Elle peut être aussi une graine d'anarchiste, elle peut être ancrée, pourquoi ?
20:55 Parce qu'elle ne dit rien, comme beaucoup d'États-rats, des terroristes pu confirmés devant l'appareil.
21:02 On dit que c'est une femme, mais chez les anarchistes, il y a Louise Michel qui est bien connue en France, ça remonte à longtemps.
21:12 Les femmes ont très bien, dans les milieux terroristes, des rôles de combattantes, elles peuvent prendre un pétard.
21:20 C'est ça qui est fascinant, et vous le dites très bien aussi François, c'est qu'on ne sait pas où la placer exactement sur les chiquiers.
21:28 Est-ce qu'elle est en train de nous enfumer en disant "oh là là, j'y pouvais rien, je suis une pauvre petite fille etc."
21:34 Est-ce que c'est une histoire d'amour vraie ? Parce qu'elle adorait celui qu'on appelait l'albatros, dont on va parler l'alpiniste Audrey.
21:43 Et puis les policiers de la brigade criminelle sont confrontés à cet énigme, et donc pour répondre à votre question,
21:51 ils vont aller perquisitionner dans le squat.
21:54 Dans le squat par exemple, il va y avoir la preuve par A+B qu'ils ont bien tiré, ils sont bien entraînés.
22:03 Il y a aussi un certain nombre d'écrits qui sont de la mouvance anarchiste, ils ont acheté aussi des cagoules par exemple.
22:10 On est toujours dans cette ambiguïté, dans cette affaire, en se disant "est-ce que ce sont des pini-clés ?"
22:15 Il y a certains éléments qui laissent penser à cette thèse, par exemple il n'y avait pas de voiture-relais
22:22 après la préfourrière de Pantin, c'est-à-dire que si vous commettez un acte terroriste, en général vous êtes pris par une autre bagnole pour ficher le camp.
22:30 Là dans ce cas précis, le coup plie par à pied, donc on se dit "c'est bizarre, c'est bizarre"
22:35 et d'un autre côté le coup n'était pas si mal préparé que ça, vous voyez ce que je veux dire ?
22:40 Oui, mais après il y a le taxi etc. Effectivement, il s'enfuit de toute manière, mais avec la catastrophe que l'on connaît par la suite.
22:47 Pour un mot, Françoise Bérux, les psys parlent d'une relation de subordination de Florence Rey à Audrey Maupin,
22:54 ça c'est aussi quelque chose qui compte dans le dossier ?
22:57 Bien sûr, c'est l'appréciation des psys.
23:01 Des psychiatres, évidemment, ils sont souvent contestés, mais enfin ça existe.
23:04 Moi j'ai tendance effectivement à me rapprocher des déclarations des gens qui malheureusement pour eux ont été aux premières loges
23:11 et qui étaient témoins de ces faits, qui en 25 minutes sont quand même très regroupés,
23:17 un braquage, deux fusillades et deux prises d'otages, et qui eux disent qu'elle avait effectivement une totale autonomie.
23:25 Et qu'elle était plutôt "à l'excité" entre guillemets, parce que tuer c'est quand même pas facile, vous savez ?
23:32 Et là c'est tuer, et retuer c'est exécuter.
23:35 Quatre ans après les faits, la jeune femme va comparaître aux assises.
23:39 L'affaire Ré-Maupin, la nuit sans retour des tueurs de la nation.
23:43 Non, je ne maîtrisais rien du tout, j'étais très paniqué, j'ai agi comme un automate pour me protéger.
23:48 L'enquête de l'heure du crime, fusil en main, quel rôle a vraiment tenu cette jeune femme dans la soirée du 4 octobre 94 ?
23:55 C'est à suivre, dans un court instant, sur RTL.
24:08 Elle m'a fait monter derrière, et l'autre elle est montée à côté de moi.
24:11 Et j'avais ce fusil à pompe juste dans les reins comme ça.
24:15 Elle me disait "roule, allez vas-y roule, prends le périf, prends le périf".
24:18 Au programme, aujourd'hui de l'heure du crime, l'affaire Florence Ré-Audrey Maupin.
24:24 Un soir d'octobre 94, ce couple qui voulait commettre des hold-ups, s'est lancé dans une cavale sanglante à Paris.
24:30 Cinq morts, dont trois policiers. La jeune femme a échappé au tir, quatre ans plus tard elle est jugée.
24:35 Jeudi 17 septembre 1998, Florence Ré, 23 ans, cheveux attachés en queue de cheval, veste en jean et pantalon de toilet écru,
24:44 prend place dans le box de la cour d'assises de Paris.
24:47 A ses côtés, le troisième homme, Abdelhakim Dekar, alias "Toumy", jugé pour complicité.
24:52 Les photographes ne mitraillent que le visage blême de la jeune femme.
24:56 Elle pleure, elle regarde ses parents, son frère aîné, les familles des victimes, pas moins de 32 parties civiles la dévisagent.
25:03 Ses premières paroles sont décousues.
25:05 "D'abord, je voulais dire aux familles que j'étais désolé, ça a été un enchaînement effroyable, j'aurais aimé que ça n'arrive pas."
25:11 Elle parle d'Audrey Maupin qu'elle a suivi les yeux fermés, dans le squad de Nanterre qu'elle a détesté, où elle avait froid.
25:18 Elle raconte qu'Audrey et Toumy se montaient la tête pour faire des braquages.
25:22 Rien de politique dans tout ça. Audrey était assez sensible aux images de gangsters, ça lui plaisait.
25:28 "Et vous ?" demande le président. "Moi, j'avais pas tellement de solutions, j'étais très déprimé, avec Audrey je me sentais pas intéressante, d'une certaine façon j'avais besoin de lui montrer que j'étais là."
25:39 Florence Ray répète "J'ai tué personne, même si j'ai conscience que j'ai pu en blesser avec mes tirs."
25:45 Un premier témoin, Jackie Ben Simon, pris un otage dans la Renault 5, livre un tout autre visage de la jeune femme.
25:52 Lors de la fusillade, il certifie qu'elle l'encouragait Audrey Maupin à buter les policiers.
25:58 Florence Ray dément. Le témoin poursuit. "Dans la voiture, la fille m'a pointé son arme entre les deux sièges en criant 'si tu t'arrêtes, je te bute'."
26:06 À un moment, elle a dit aussi "tu sais faire des demi-tours comme dans les films."
26:10 L'accusée ne sait plus très bien ce qu'elle a dit. "Se croyait-elle dans un film ?"
26:14 Réponse "Non, je pense que je devais être très stressé."
26:17 Un témoin décrit pourtant son sang-froid. Explication "Non, je n'étais pas du tout calme, j'étais très paniqué, j'ai agi comme un automate pour me protéger.
26:26 Je suis vraiment effaré d'avoir été au milieu de cauchemars avec tous ces blessés et tous ces morts."
26:32 Procès qui va durer 15 jours et on va voir dans la suite quelles vont être les prochaines paroles de Florence Ray.
26:41 Maître Françoise Berrux, avocate au barreau de Paris, à ce procès vous défendez les familles des trois policiers tués.
26:49 Je redonne leurs noms, il faut sans arrêt donner leurs noms parce que ce sont les seules victimes,
26:54 enfin il y a cinq personnes, mais ce sont les seules victimes de cette épopée.
26:57 Laurent Gérard, Thierry Ménard et Guy Jacob.
27:01 Alors Maître Françoise Berrux, vous regardez cette accusée, évidemment elle est là,
27:07 vous avez les yeux fixés sur elle comme tous les photographes, les caméras et les jurés.
27:12 Est-ce qu'elle correspond à la description que vous aviez d'elle ou vous êtes surpris par certains détails ?
27:19 Non, elle ne correspond absolument pas à la description qu'on attendait d'elle et la description que les témoins ont pu faire d'elle.
27:27 De même qu'on ne comprend pas quand elle nous indique qu'elle a voulu se protéger,
27:34 qu'elle a en quelque sorte subi la situation, je rappelle quand même que sur la place de la Nation,
27:40 les policiers n'ont même pas pu dégainer.
27:43 Ils n'ont pas eu le temps, ils sont sortis de la voiture.
27:45 Un qui se cachait, on lui a tiré dans le dos, l'autre il était à 1m50, tir mortel,
27:52 le pauvre chauffeur de taxi était caché derrière sa voiture, une balle dans la nuque.
27:57 Il n'y avait pas de protection, on pouvait s'en aller, prendre par exemple une autre voiture en otage qu'ils vont faire ultérieurement.
28:03 Il n'y a pas eu de tir immédiatement de la part de la police, il n'y a pas eu de riposte, ils n'ont pas eu le temps.
28:09 Ils ont été exécutés en fait.
28:11 C'est le terme, ils ont été exécutés, c'est tout à fait le terme idoine.
28:16 Qu'est-ce que vous inspire cette femme et sa défense ?
28:20 Quand vous l'entendez parler, c'est une petite voix, c'est ça ?
28:22 C'est une petite voix, c'est une "je ne sais plus", "je ne comprends pas, j'ai suivi".
28:29 J'allais dire que la suite des événements après sa libération conditionnelle me conforte dans l'idée que ce n'était pas une petite chose
28:38 qui a été manipulée par un tueur-né comme le serait Maupin selon elle.
28:44 Puisqu'après elle a quand même fait partie figurante dans un film, le rôle d'une nonne, je veux dire quelqu'un qui...
28:54 Mais ça lui appartient ça, être Berucs, effectivement.
28:57 Ça lui appartient, mais on parle souvent du droit à l'oubli, on reprend sa vie.
29:02 Les parties civiles, les victimes, elles, elles ont pris perpète.
29:05 Donc on réorganise sa vie, mais pas de manière, j'allais dire, aussi frontale me semble-t-il,
29:11 et avec un certain védétariat. Voilà ce qui me choque.
29:16 Xavier Benerozzo, journaliste, et vous avez suivi à l'époque cette affaire,
29:19 vous étiez à RTL lorsque toute cette affaire s'est déroulée, vous la connaissez parfaitement.
29:23 Alors il y a ce procès, 32 parties civiles, on imagine que l'ambiance elle est très lourde.
29:29 Oui et puis surtout il y a une question qui hante tous ces gens, c'est pourquoi,
29:34 et en fin de compte, l'accusé ne répond pas.
29:37 C'est ça, j'allais dire, on n'a absolument aucune réponse,
29:43 et là il y a Franck Moulin qui me rappelait qu'effectivement lui, il a couvert l'audience,
29:48 et c'est un vrai problème pour la défense de Florence Ray.
29:52 C'est-à-dire qu'à un moment donné, Henri Leclerc, un grand avocat pénaliste, va dire "vous êtes mauvaise".
29:58 Il la supplie en quelque sorte de parler, de s'expliquer,
30:02 et les gens, la famille du chauffeur de taxi, la famille des policiers,
30:06 expliquez-nous ce qui vous est passé par la tête.
30:09 On est dans une espèce de configuration d'une petite bonne femme,
30:14 qui était très amoureuse et qui aurait été embringuée dans une histoire qui l'aurait complètement dépassée.
30:19 Moi je partage un peu l'avis de François, c'est que c'est un peu court,
30:26 et ça ne correspond pas à beaucoup de témoignages qu'on a entendus,
30:31 d'une nana qui rechargeait son flingue et qui tirait sur les policiers.
30:36 Une accusée qui risque 30 ans de prison, comment va-t-elle affronter les victimes ?
30:40 L'affaire Rémaupin, la nuit sans retour des tueurs de la nation, vous saviez ce que vous faisiez.
30:46 Aucun moment vous n'avez tenté d'arrêter l'enquête de l'heure du crime.
30:49 On se retrouve dans un instant sur RTL.
30:51 Retour aujourd'hui dans l'heure du crime sur l'affaire Florence Ré, Audrey Maupin,
31:07 jeune couple au cœur d'un braquage mortel, d'une course poursuite en plein Paris, en octobre 1994.
31:13 Cinq morts, dont Audrey Maupin, Florence Ré, jugée aux assises, affronte les familles des victimes.
31:19 Mardi 22 septembre 1998, 5 jours après l'ouverture de son procès,
31:25 Florence Ré fait face aux familles des victimes décédées dans la fusillade.
31:29 Brigitte Jacob, veuve du motard Guy Jacob, abattue au bois de Vincennes par un tir d'Audrey Maupin,
31:35 explique que quand Guy est mort, elle est morte avec lui.
31:38 Si des témoins disent ne plus se souvenir de ce qu'ils ont vécu il y a 4 ans, moi,
31:42 je peux raconter précisément le glas de Notre-Dame, les haies d'honneur.
31:46 Elle se tourne vers l'accusé.
31:48 "Mon fils, il a 20 ans, le même âge que vous, il ne vous pardonne pas."
31:52 La mère du policier Laurent Gérard, tué Place de la Nation, dit à Florence Ré,
31:57 "Vous saviez ce que vous faisiez, à aucun moment vous n'avez tenté d'arrêter."
32:01 L'accusé répond, "Je voulais pas ça."
32:04 Jeudi 24 septembre, Chantal, la mère d'Audrey Maupin, vient témoigner.
32:08 "Je sais qu'Audrey est responsable de tous ces morts, tous ces blessés. J'ai perdu mon fils."
32:13 "Je suis désolé de toute la souffrance qu'il a créée ce soir-là."
32:16 Dit-elle. La maman raconte, "On ne pouvait plus discuter avec Audrey."
32:20 "Il n'aimait pas avoir tort, il avait abandonné ses études."
32:23 "Il disait que ça servait à rien, que ça ne ferait pas changer le monde, qu'il fallait tout foutre en l'air."
32:28 Elle dit l'avoir vu pour la dernière fois le 4 octobre au matin.
32:31 "Je croyais qu'il était venu me souhaiter mon anniversaire, mais il est resté moins de 5 minutes."
32:36 "Il était sec, excité, depuis, je ne fête plus mon anniversaire."
32:41 L'avocate générale estime que Florence Ray est bien co-responsable du carnage.
32:45 Elle réclame 30 ans de prison. L'accusée est cop de 20 ans.
32:49 4 ans pour Abdelhakim Dekar pour association de malfaiteurs.
32:54 Maître Françoise Bérux, à ce procès, vous défendez les familles de 3 policiers.
32:59 Tué, Laurent Gérard, Thierry Mémard et Guy Jacob.
33:03 Guy Jacob dont la veuve est là à l'audience et sa présence va peser sur les débats.
33:08 Ces familles, on l'a dit, elles attendent des réponses, elles ne l'en ont pas vraiment.
33:12 Dans quel état d'esprit sont-elles ? Il y a de la colère chez elles, du ressentiment.
33:18 Comment vous les sentez ces familles que vous avez côtoyées pendant des mois ?
33:20 Pendant des mois, la colère, oui. Du désespoir, oui.
33:26 Madame Jacob, il faut le savoir, s'est mariée à titre posthume.
33:32 C'est-à-dire avec le siège de son futur mari vide dans une mairie.
33:38 Ces gens me disaient "Nous, notre vie, elle s'est arrêtée là".
33:43 Et pourquoi elles n'assument pas ? Pourquoi les témoins décrivent son côté actif
33:51 et volontaire dans ces exécutions répétées ?
33:56 Et pourquoi elles n'assument pas ? Pourquoi elles jouent ce rôle ?
34:00 Elles se réfugient derrière "Je n'avais que 19 ans, j'étais jeune,
34:06 j'étais influençable et je suis encore une petite chose".
34:09 Je pense que c'est un très bon mode de défense qui a été tout à fait canalisé
34:15 par mon confrère Leclerc, qui est un des plus grands avocats pénaliste de notre temps.
34:21 Il faut bien le dire.
34:22 Il y a exactement un maître Henri Leclerc qui est dans son rôle,
34:25 et effectivement Xavier Benerozzo à ce procès.
34:27 Oui, alors il est dans son rôle, c'est un immense avocat,
34:31 mais ce que vous venez de rappeler c'est surtout aussi le fait que la mère d'Audrey Maupin
34:37 donne une clé à l'audience, si vous voulez.
34:40 Elle dit que son fils est déjà engagé, lui, pas l'accusé Florence, mais son fils mort,
34:48 semble déjà engagé dans une espèce d'embryon de parcours révolutionnaire.
34:54 Il veut tout faire péter.
34:56 "Rien ne l'arrêtera", dit-elle, "sauf une balle".
34:59 Ça veut dire aussi que lui, il est déjà plus "dans la lutte", dans le combat, si vous voulez.
35:06 Est-ce qu'elle a voulu, par amour, suivre ce révolutionnaire ?
35:13 C'est un peu la thèse développée, parce que ça arrange aussi ses affaires à Henri Leclerc,
35:19 de faire le procès du mort, en disant que c'est lui le deus ex machina de toute cette affaire.
35:25 Mais je pense aussi que cette audience, on voit deux choses.
35:30 On voit d'une part le parcours d'Audrey Maupin, qui est vraiment plus ancré dans la révolution,
35:36 dans le parcours anarchiste, et d'autre part, lors des débats, on découvre une Florence Rey
35:43 qui a une enfance un peu étrange, parce que son père a des problèmes mentaux,
35:48 son père entend des voix, et elle vit dans l'ombre de ce père,
35:54 une vie d'enfant ou d'adolescente qui ne peut pas vraiment s'exprimer ou s'expliquer.
36:01 Donc elle aurait connu dans cette relation amoureuse avec Audrey Maupin,
36:07 une sorte de renaissance, si vous voulez.
36:10 Parce qu'elle s'était réfugiée dans les études, cette jeune femme,
36:13 et puis ensuite elle a connu Audrey, et là elle quitte sa famille, etc.
36:17 C'est établi, on voit bien cette espèce de dérive.
36:22 - Françoise Berrux, il y a ces condamnations ?
36:25 20 ans, les familles ont compris ?
36:29 - Les familles, elles sont dignes, elles ne demandent pas une peine.
36:35 Les partis civils, ce n'est pas leur rôle, elles attendent effectivement des explications.
36:39 Mais là où je ne partage pas votre avis, c'est que Florence Rey ne pouvait pas,
36:44 j'allais dire dans le cadre de ses intérêts personnels,
36:47 et de la peine qu'elle allait être prononcée, dire "j'assume,
36:51 je faisais partie de ce mouvement, c'est mes idéaux, je les assume".
36:55 Elle avait beaucoup plus de chance de s'en sortir, et d'ailleurs ça a été le cas,
36:59 puisque sur les 30 ans requis, elle en a eu 20,
37:02 et 23 chefs d'accusation tout de même.
37:05 Donc elle a pris 20 ans, elle en a fait 15,
37:08 et elle est sortie au bout de 15 ans.
37:10 Donc j'allais dire que l'option qu'elle a prise,
37:13 dans son attitude à la barre pendant ces semaines d'audience,
37:18 à mon sens, était une option calculée, mais porteuse.
37:22 La condamnée va effectivement faire 15 ans de prison,
37:25 puis se fondre dans une nouvelle vie.
37:27 L'affaire Rey m'opine la nuit, sans retour des tueurs de la nation,
37:31 une détenue modèle et une femme transformée.
37:34 L'enquête de l'heure du crime, je vous retrouve tout de suite sur RTL.
37:37 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
37:42 L'heure du crime, Jean-Alphonse Richard, jusqu'à 15h30 sur RTL.
37:48 Dans l'heure du crime aujourd'hui, nous revenons sur l'affaire Florence Rey,
37:51 Audrey m'opine, hold up et fusillade tragique en plein Paris en octobre 1994.
37:56 5 morts, dont 3 policiers.
37:58 Audrey m'opine, auteur des tirs fatales, a été tuée.
38:01 20 ans de prison pour sa compagne, qui va rester 15 ans derrière les barreaux.
38:07 Samedi 2 mai 2009, Florence Rey, 34 ans, sort du centre pénitentiaire de Rennes.
38:12 Libérée avant le terme de sa peine pour conduite exemplaire.
38:16 En détention, elle a repris ses études d'histoire-géographie,
38:19 passé un BTS d'assistante de gestion et fait des stages en entreprise.
38:23 Des proches, cités par le Figaro, évoquent une femme transformée.
38:28 Florence Rey travaille dans le milieu du cinéma.
38:32 Elle ne s'est jamais exprimée sur la tragédie.
38:36 C'est le procès de Florence.
38:38 C'est sûr qu'Audrey a tout le temps été présente dans la salle.
38:41 Mais son décès faisait qu'il n'était plus jugé, puisque c'est la loi.
38:45 C'est ma fille qui a eu une phrase forte par contre.
38:48 Elle a dit "ne faites pas payer à Florence ce qu'Audrey a fait".
38:52 C'est la voix de Bernard Maupin, c'est le père d'Audrey Maupin.
38:57 C'était dans l'émission "Faites entrer l'accusé".
39:00 Maître François Berrux, dans cette affaire,
39:02 vous défendez les trois policiers tués et leur famille.
39:05 Laurent Gérard, Thierry Mémart et Guy Jacob,
39:08 vous êtes avec nous depuis le début de cette heure du crime.
39:11 Est-ce qu'on sait aujourd'hui, est-ce qu'on a une réponse à ça ?
39:14 Est-ce qu'on sait ce qui a poussé Audrey Maupin à faire autant de dégâts ?
39:18 Est-ce qu'il y avait une volonté manifeste de tuer à tout prix ?
39:23 Est-ce qu'il y a eu un moment de folie, une absence ?
39:26 Est-ce qu'on arrive à le déterminer ?
39:28 De folie, je ne sais pas. Je sais qu'en fait,
39:32 ces plans ont été faussés dès la fourrière de Pantin.
39:36 Dès le hold-up ?
39:37 Dès le hold-up, parce qu'en fait, il n'y avait pas de menottes.
39:42 Donc déjà, les deux policiers qui se sont fait détrousser de leur manurhin,
39:45 il a fallu les gazer et partir vite.
39:47 Et puis ensuite, ce chauffeur de taxi qui ne donne pas ses papiers
39:51 pour les raisons que nous avons exposées,
39:53 qui résiste, qui rentre dans la voiture de police en se disant
39:56 "C'est mon salut, enfin des policiers !"
39:59 Et puis ensuite, c'est la liberté.
40:01 Et la liberté, elle est au bout du fusil.
40:03 Il y a deux flics, trois même, qui lui font face,
40:06 on les bute.
40:07 Il y a le chauffeur de taxi qui a complètement compromis ses plans,
40:12 on le bute.
40:13 Alors qu'il n'opposait aucune résistance
40:15 et ne présentait aucun état de dangerosité.
40:18 Et c'est le cercle vicieux, on tue,
40:21 parce qu'il y a des gens dans leur mental,
40:23 tuer quelqu'un, c'est classique.
40:25 Une vie humaine n'a pas de prix.
40:27 Xavier Benérozzo, journaliste,
40:30 et vous avez suivi, je l'ai dit, cette affaire pour RTL,
40:33 il y a une photo de Florence Ray qui reste aujourd'hui
40:36 dans la mémoire du fait divers et dans la mémoire judiciaire.
40:39 Oui, alors c'est une photo d'identité judiciaire,
40:41 c'est vrai que c'est une gamine qui a une mou un peu boudeuse,
40:45 elle va être reprise, cette photo,
40:48 comme une sorte de défi d'ailleurs,
40:51 parce que lorsque les policiers la photographient,
40:54 elle croise les bras quand elle est prise en pied,
40:57 et puis surtout elle a ce qu'on appelle un regard caméra.
40:59 Le regard caméra, ça veut dire qu'elle regarde l'objectif,
41:02 et quand vous voyez cette photo,
41:04 on a l'impression qu'elle vous regarde,
41:07 cette jeune femme.
41:09 Et après, elle n'a pas la gueule de l'emploi,
41:13 c'est ce que vous disiez au départ,
41:16 elle est plutôt mignonne,
41:17 mais on ne la voit pas dans ce rôle-là,
41:20 elle n'a pas ni la gueule de la révolutionnaire,
41:22 ni le visage d'une femme voyou,
41:26 elle a la tête d'une petite gamine,
41:30 avec un faux air de, pas de Cendrine Bonner,
41:33 mais des cheveux mi-longs.
41:35 Donc on est vraiment stupéfait de voir cette femme enfant,
41:41 impliquée dans une affaire aussi sanglante.
41:46 Vous savez, il y a Arthur Rimbaud qui disait
41:49 "on n'est pas sérieux, quand on a 17 ans,
41:51 elle en avait 18".
41:53 Mais on se demande,
41:55 qu'est-ce qui a pu lui passer par la tête ?
41:59 Une fois de plus, on ne sait pas,
42:02 est-ce qu'elle s'est fait embringuer dans cette affaire
42:04 à son corps défendant ?
42:05 Et à la fois, elle a une attitude,
42:07 qu'on a bien rappelé,
42:08 pendant les événements,
42:09 qui correspond à une attitude, j'allais dire,
42:12 de braqueur de voyous.
42:15 - D'autant que rien ne l'obligeait à tirer.
42:20 Place de la Nation,
42:23 elle a tiré toute azimut avec son fusil,
42:26 elle a blessé d'ailleurs une jeune femme
42:28 qui sortait d'une pizzeria avec son père,
42:30 elle a blessé un autre homme,
42:32 rien ne l'obligeait à tirer.
42:34 - Les témoins disent qu'ils l'ont vu recharger.
42:36 - Recharger, et alors à Graval, c'est le pompon.
42:40 Monsieur Jacob, pastitubant,
42:42 il allait s'effondrer et elle lui tire dessus.
42:45 C'est quand même impressionnant.
42:47 - Et quand Jean-Alphonse fait référence à une scène de film,
42:50 il y a un des témoins qui dit qu'ils ont explosé
42:53 la lunette arrière dans la Super 5
42:55 et ils ont flingué Guy Jacob,
42:58 le motard qui est dans la course poursuite.
43:02 - Tout à fait.
43:03 Françoise Bérux, vous avez défendu
43:05 beaucoup de policiers dans votre carrière
43:07 et notamment les trois,
43:09 ces trois victimes dont il ne faut pas les oublier,
43:11 ces victimes.
43:13 C'est une histoire qui reste comme un choc
43:15 dans la mémoire policière.
43:17 - Ah oui, terrible.
43:19 D'autant que nous avons des affaires
43:21 qui se terminent de manière aussi dramatique
43:23 mais dans le cadre d'échanges de coups de feu,
43:26 ce qui ne légitime rien,
43:28 mais dans le cadre d'une défense, d'une riposte.
43:30 Là, en l'occurrence,
43:32 je crois même qu'il y en a un,
43:34 il est sorti de la voiture, il remontait le ceinturon
43:36 de son pantalon au moment où on lui a tiré dessus.
43:39 - Oui, c'est ce que disait Xavier Benheuroso,
43:41 parce que ce sont des gardiens de la paix.
43:43 - Qui sont sur la paix, normalement.
43:45 - Sur la paix et pas forcément entraînés.
43:47 - Lors de la cérémonie,
43:49 certains pleuraient dans la cour d'honneur,
43:52 certains de leurs collègues
43:54 pleuraient devant le cercueil.
43:56 - Bien sûr.
43:57 - Merci beaucoup, Xavier Benheuroso
43:59 et maître Françoise Bérux
44:01 d'avoir été les invités aujourd'hui de l'Or du Cri.
44:03 Merci à l'équipe de l'émission,
44:05 rédactrice en chef Justine Vignot,
44:07 réalisation Nicolas Godet.
44:10 - Jean-Alphonse Richard sur RTL.
44:12 - Et l'Or du Cri.
44:14 [Musique]
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