00:00 [Musique]
00:08 Une question beaucoup plus terre à terre et peut-être une question de femme aussi.
00:12 Dans tout ce contexte assez noir d'effondrement, cette anxiété qu'on a tous,
00:19 et peut-être par empathie envers les autres espèces, est-ce qu'il faudrait arrêter de faire des enfants ?
00:24 [Rires]
00:29 Oui, c'est une question lourde ça.
00:34 Bon, en un mot ma réponse serait non.
00:39 Mais en fait, évidemment, comme vous l'avez dit, en plus c'est une question de femme,
00:43 donc ça serait extraordinairement arrogant et inapproprié que je donne, moi, une réponse prescriptive.
00:50 Que je vous dise, à vous, ce que vous devez faire. C'est évidemment pas ce que j'envisage.
00:56 En fait, pour répondre plus sérieusement, il y a deux dimensions, je crois, à cette question.
01:00 Il y a trois dimensions. Il y a la première, qui est effectivement une avancée féministe importante,
01:06 qui est de rappeler qu'on n'est pas obligé de faire des enfants,
01:09 et qu'il y a des femmes et des hommes qui n'ont pas envie d'enfants,
01:12 et que cette pression sociale qui a existé à travers l'histoire pour en faire n'a vraisemblablement pas lieu d'être.
01:19 Bon, ça n'a rien à voir avec la crise écologique, mais c'est quand même important de le rappeler.
01:23 On peut être une vraie femme, dans l'entièreté de sa féminité, sans avoir d'enfant.
01:28 Bon, ça, c'est un premier point déconnecté, mais important.
01:31 Le deuxième point, c'est de se dire, supposons que j'en ai envie. Est-ce qu'il est bien raisonnable d'en faire ?
01:37 Et là, il y a deux niveaux de réponse. Il y a la réponse individuelle et la réponse globale.
01:42 Je vais commencer par la réponse globale, qui est la plus importante.
01:45 La réponse globale, il y a un risque que je trouve très alarmant dans cette question,
01:49 et qui consiste à dire, ce n'est pas ce que vous dites, bien sûr, mais j'extrapole à partir de ce que vous dites
01:54 pour tenter de faire le tour, le panorama de la question,
01:59 et qui consisterait donc à dire, le vrai problème, c'est la démographie.
02:03 Alors, je n'aime pas du tout cette assertion. D'abord, parce que je la crois fausse.
02:07 N'oubliez pas que les 1% les plus riches font plus de dégâts que les 50% les plus pauvres.
02:12 Donc, ce n'est pas un problème de nombre.
02:15 Elon Musk, à lui seul, fait plus de dégâts que tout le continent africain réuni.
02:19 Ce n'est pas un problème de nombre.
02:21 Pour être plus clair encore que ça, en fait, tant que notre idéologie de maximisation de l'impact
02:29 et de l'utilisation des ressources ne change pas, ça ne sera pas un problème de nombre.
02:33 Si demain, vos enfants quittent la maison, est-ce que vous allez détruire la moitié de votre maison
02:37 en disant "je la rends à la nature" ?
02:40 Bien sûr que non. Vous allez stocker des vieux bouquins, ou inventer des amis,
02:43 ou simplement prendre plus de place pour écouter de la musique et prendre votre repas.
02:47 On maximise l'espace, c'est ce qu'on sait faire.
02:50 Si on était aujourd'hui deux fois moins nombreux, avec l'idéologie qui est la nôtre,
02:54 on occuperait chacun et chacune deux fois plus d'espace et on n'aurait rien résolu.
02:59 Et on utiliserait deux fois plus de ressources et on aurait deux fois plus de richesses,
03:02 deux fois plus de bijoux, des bagnoles deux fois plus grosses et deux fois plus chères.
03:06 C'est exactement ce qui se passe dans les faits.
03:09 La vraie question, c'est de repenser notre axiologie, c'est-à-dire notre système de valeurs,
03:14 et pas de réduire le nombre.
03:16 Et en plus, il y a quelque chose d'un peu scélérat au niveau éthique dans cette obsession sur le nombre.
03:20 D'une part, c'est qu'elle est fondamentalement néocoloniale,
03:23 parce que les pays à forte reproduction, c'est les pays pauvres,
03:26 et c'est quand même le comble d'aller dire à ceux qui n'y sont pour rien "c'est votre faute".
03:30 Certains l'ont dit, un ancien président de la République l'a dit,
03:33 mais ce n'est pas parce qu'il l'a dit qu'il faut le croire. Au contraire.
03:36 Et ensuite, parce que, si vous voulez, c'est un peu une manière de dire
03:40 "il faudrait qu'on soit moins nombreux parce qu'il n'y a pas assez à saccager pour tout le monde".
03:45 Parce que si on ne saccage pas, il y a assez en réalité.
03:49 Il n'y a pas assez que parce qu'on est dans cette logique de superprédation.
03:53 Donc c'est vraiment problématique comme argument.
03:55 Donc je crois que faire reposer la catastrophe sur la démographie
04:00 est intenable scientifiquement et éthiquement.
04:04 Alors néanmoins, j'en arrive au troisième point,
04:06 et si je n'ai toujours pas répondu à la fin du troisième point,
04:08 bien sûr on vous redonne la parole.
04:10 Et le troisième point, maintenant, c'était à l'échelle individuelle.
04:12 Où c'était de se dire "est-ce bien raisonnable, non pas au sens de l'impact, etc.,
04:17 mais au sens où le monde s'apprête à vivre des transformations vraisemblablement pas très gays,
04:25 est-ce que c'est une bonne idée de faire des enfants dans un monde qui risque d'être en guerre ?".
04:29 Alors ça, c'est une question qui est abyssale.
04:31 Faire un enfant, c'est toujours un pari.
04:33 Ce pari, je ne suis absolument pas autorisé à dire à qui que ce soit s'il sera gagné ou s'il sera perdu.
04:41 Ça, ça relève exclusivement de la conscience individuelle,
04:44 donc je ne donnerai aucune réponse à ça.
04:46 Je veux juste dire que s'il y a une belle leçon des pires moments de l'histoire,
04:51 c'est que souvent, même dans les pires moments de l'histoire,
04:54 qui sont abjectes et qui doivent être combattus,
04:57 y compris en ce moment, il y a des épiphanies d'amour.
05:03 Et donc, même là, tout n'est pas perdu.
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