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Dans cet épisode du Greenletter Club nous recevons le climatologue Laurent Bopp directeur de recherche au CNRS, élu à l’Académie des sciences et spécialiste du cycle du carbone océanique.
Il analyse avec rigueur les promesses des technologies de capture directe du CO₂ aspirateurs à CO₂ et explique pourquoi ces solutions ne remplaceront jamais une réduction massive des émissions. Bopp explore aussi les limites des puits de carbone naturel et technologique tout en clarifiant les enjeux énergétiques et les incertitudes scientifiques actuelles.
Cette discussion offre un éclairage essentiel sur les véritables défis pour atteindre la neutralité carbone et dépasser les idées reçues sur l’élimination du dioxyde de carbone dans l’atmosphère.

#climat #technologie #écologie #CO2 #environnement

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Transcription
00:00On a en tête ces grandes usines en Islande qui sont des aspirateurs d'air. Est-ce que ça, c
00:06'est crédible ? Alors c'est souvent financé aussi par l'industrie pétrolière. Est-ce que ça aura un intérêt
00:12un jour ? Qu'est-ce que t'en penses toi ?
00:14Je ne sais pas si on est capable de le dire aujourd'hui. Oui, c'est des techniques qui, sur
00:18le papier, fonctionnent sans doute. On a des technologies pour retirer du CO2 de l'air, mais c'est des
00:24techniques qui coûtent très cher en termes de financement, mais aussi en termes d'énergie.
00:28Et dans la littérature scientifique, dans le débat, il y a beaucoup d'interrogations sur ces méthodes-là, sur leur
00:33efficacité, sur leur coût énergétique. Et donc oui, c'est un peu les montagnes russes. Il faut y aller. Non.
00:42Donc je ne suis pas capable de dire si c'est une solution d'avenir. Il me semble qu'on
00:46doit continuer à explorer les possibilités tout en ne mettant pas, ou en tout cas ne faisant pas trop de
00:52promesses avec ces technologies-là.
01:01Quand on regarde les rapports scientifiques, comme celui du GIEC, ou les politiques publiques comme la SNBC, ou les rapports
01:08comme ceux de l'Agence internationale de l'énergie,
01:11on note partout qu'il faut, pour atteindre la neutralité carbone, baisser de manière substantielle, d'un facteur 6, nos
01:17émissions de CO2.
01:20Mais dans tous ces rapports, on voit qu'il faut augmenter les puits, à la fois les puits naturels, on
01:26l'a dit sur la SNBC, mais aussi, on voit souvent apparaître,
01:31comme c'est le cas dans la SNBC, des technologies qui permettent de retirer du carbone de l'atmosphère.
01:38D'un mot, c'est quoi les différentes familles qui permettent de booster les puits de carbone, à la fois
01:44les puits de carbone naturels et les aspects technologiques de cette séquestration du carbone ?
01:51Peut-être d'un mot, je reviens sur cette technique qu'on appelle en français élimination du dioxyde de carbone,
01:55souvent on a l'acronyme EDC,
01:57et en anglais c'est CDR pour Carbon Dioxide Removal, et le débat autour de ces techniques monte. Il monte
02:03en particulier depuis le rapport du GIEC sur l'objectif 1,5 degrés,
02:08qui a mis en avant le recours potentiel à ces techniques pour stabiliser le climat à 1,5 degrés, voire
02:14à 2 degrés.
02:15Alors je reviens un instant sur ce que je disais tout à l'heure, oui, il faut baisser nos émissions
02:19de façon drastique, mais même diviser par 6, ça ne suffit pas,
02:22vu que pour stabiliser le climat il faut être à des émissions nettes zéro. Donc si on baisse nos émissions
02:27d'un facteur 6 par exemple,
02:28ou d'un facteur 9 ou d'un facteur 10, on aura quand même besoin de compenser ces émissions restantes
02:34par une élimination ou une compensation de ces émissions.
02:39Je prends un exemple pour que ça parle bien aux gens, par exemple dans la stratégie nationale de bas carbone,
02:45qui est la grande politique publique de réduction de nos émissions,
02:49ils disent d'ici 2050, on doit mettre zéro par les transports. En revanche, ça sera impossible pour l'agriculture
02:57et un peu aussi pour l'industrie.
02:58Il y aura toujours, on aura des vaches, donc il y aura toujours des émissions. Donc ça, il faut bien
03:04les compenser.
03:05C'est l'idée derrière ces techniques CDR, c'est à la fois de compenser potentiellement des secteurs difficiles, voire
03:11impossibles à décarboner,
03:14et potentiellement aussi, dans certains scénarios, d'atteindre ce qu'on appelle des émissions négatives.
03:19Donc c'est les cas où on est allé trop loin, entre guillemets, et on veut des émissions négatives pour
03:25faire baisser le CO2 de l'atmosphère.
03:27Donc évidemment, il faut toujours dire et redire que la priorité absolue, c'est de faire baisser les émissions,
03:32et que toutes ces techniques ne permettront jamais de compenser l'ensemble de nos émissions d'aujourd'hui.
03:36Donc elles ne seront utiles que dans un deuxième temps, quand on aura été capable de faire baisser nos émissions
03:41d'un facteur 5, d'un facteur 10,
03:43pour compenser des secteurs difficiles à décarboner ou impossibles à décarboner,
03:47et pour atteindre potentiellement des émissions dites négatives.
03:52Justement, alors quelles sont les grandes familles qui permettraient soit d'augmenter les puits de carbone naturel,
04:01soit de retirer du CO2 de l'atmosphère ?
04:04Oui, ça revient un peu au même finalement, retirer du CO2, ou en augmentant les puits, on retire aussi du
04:08CO2 de l'atmosphère.
04:09C'est pour ça qu'elles sont regroupées, toutes ces techniques, dans le terme CDR ou EDC.
04:14Je dis juste d'un mot que c'est difficile de retirer du CO2 de l'atmosphère,
04:17parce que le CO2 est très dilué dans l'atmosphère, c'est des concentrations qui sont toutes toutes petites,
04:22donc c'est compliqué de retirer du CO2 de l'atmosphère.
04:26Là par exemple, tu diras peut-être le chiffre précis, on est à plus de 420 parties par million,
04:31ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire 420 molécules pour un million de molécules ? C'est ça
04:36que ça veut dire ?
04:36Absolument, en volume. C'est la fraction en volume de l'atmosphère, plutôt qu'en nombre.
04:43Et donc c'est 0,04% du volume de l'atmosphère.
04:46C'est ça. Donc c'est tout petit, cette quantité de CO2 dans l'atmosphère.
04:51Donc c'est compliqué de l'enlever, qu'on se base sur des solutions naturelles ou des solutions techniques.
04:57C'est vrai que les plantes ont trouvé la photosynthèse et donc elles sont capables d'aller chercher ce CO2.
05:02Donc il y a toute une série de techniques, de méthodes, qui visent à exploiter les processus naturels comme la
05:09photosynthèse
05:09pour enlever ce CO2 qui est déjà dans l'atmosphère.
05:12Et en fait, c'est des choses qu'on fait déjà, qu'on mentionne dans la stratégie nationale bas carbone,
05:17c'est tous les méthodes, par exemple, deforestation, reforestation, afforestation.
05:22Ça, ça permet effectivement, quand on a une plante, un arbre qui grandit,
05:27on va retirer du CO2 de l'atmosphère et le stocker dans la biomasse ou potentiellement dans le sol.
05:31Et donc à l'échelle de la planète, les chiffres qui sont publiés, c'est qu'aujourd'hui,
05:36grâce à la forestation et la reforestation, on fait à peu près 2 milliards de tonnes de CO2
05:41par rapport à 40 milliards qu'on émet.
05:43Donc c'est 0,5% si je ne me trompe pas de ces émissions.
05:48Donc c'est significatif, mais c'est petit.
05:51Et quand on se projette sur les décennies à venir, on voit bien qu'avec les surfaces disponibles,
05:57la compétition pour la terre, les ressources en eau,
06:00on ne sera pas capable de compenser 40 milliards de tonnes avec la forestation et la reforestation.
06:05C'est évidemment bien impossible.
06:06Donc on entend souvent, il suffit de réforester.
06:08En fait, ça ne suffira jamais.
06:10Ça ne suffira jamais, oui.
06:12Donc beaucoup ont pensé à d'autres techniques, d'autres méthodes.
06:16Donc je peux mentionner d'autres techniques toujours construites sur l'idée
06:19qu'on va exploiter des processus naturels comme la photosynthèse.
06:23Donc on pourrait mixer naturel et technologique.
06:26On parle de bioénergie avec capture et stockage du carbone.
06:30C'est l'idée, encore une fois, de faire pousser des plantes,
06:33de stocker le carbone sous forme de matière organique.
06:35Mais pour que ça continue à être efficace,
06:38il faut enlever cette matière organique, replanter une nouvelle forêt.
06:41Et ce carbone qu'on a fixé, l'idée, c'est finalement de le retransformer sous forme de CO2,
06:47peut-être en produisant de l'énergie,
06:49et ensuite ce CO2 de l'injecter dans des réservoirs géologiques profonds.
06:54Donc ça, c'est la bioénergie avec la capture et le stockage de carbone.
06:58Alors on peut imaginer que c'est génial.
06:59Non, il y a plein de problèmes.
07:01Souvent, quand on fait ça, on fait ça avec des forêts qui sont monospécifiques
07:05ou des plantes uniques.
07:08Donc c'est pas bon pour la biodiversité.
07:10Ça consomme beaucoup d'eau, ça consomme beaucoup de terre.
07:13Donc il y a aussi beaucoup de problèmes liés à ces techniques de bioénergie
07:16avec capture et stockage du carbone.
07:18Et puis ça devient une concurrence pour savoir si on fait des terres agricoles
07:23ou des forêts pour stocker.
07:26Et puis surtout, si on fait de la bioénergie et qu'on la réutilise,
07:29le CO2, il repart dans l'atmosphère.
07:30Donc c'est vraiment de la bioénergie avec la capture et le stockage du carbone.
07:34Donc ça voudrait dire, en gros, on fait des forêts, on les transforme en CO2,
07:40soit liquide, soit solide, puis on les remet sous terre.
07:44C'est ça, en gros ?
07:45C'est ça, c'est ça.
07:46Alors entre-temps, cette biomasse...
07:48Il faut chauffer très fort.
07:49Oui, mais cette biomasse, on peut en profiter aussi pour faire de l'énergie.
07:52Donc on aurait une centrale qui pourrait brûler cette biomasse pour fabriquer de l'énergie
07:57et le CO2 en sortie d'usine, il serait capturé et ensuite stocké.
08:02Donc là, on a un processus où on a effectivement une consommation nette de CO2
08:05qui vient de l'atmosphère au départ, qui est stockée dans des réservoirs profonds
08:08avec, au passage, la production potentielle d'énergie.
08:11Mais tous les effets délétères, toutes les difficultés dont j'ai parlé tout à l'heure.
08:16Alors ensuite, certains ont eu l'idée, géniale ou pas, on en discute dans un instant,
08:22de se tourner vers l'océan, où il y a aussi de la photosynthèse.
08:25On a parlé du plancton, avec peut-être deux arguments qui paraissent sensés,
08:29de se dire, si on a de la compétition sur les terres entre nourrir la population
08:33ou faire de la bioénergie avec capture et stockage du carbone, allons vers l'océan.
08:38Et puis en plus, dans l'océan, le plancton, il n'a pas besoin d'eau.
08:41Donc il y a moins de problèmes sur les ressources en eau.
08:43Et donc cette idée, elle date de la fin des années 80.
08:47Et elle vient d'un scientifique américain, d'un océanographe américain
08:51qui s'appelait John Martin, qui avait compris que, dans une part importante de l'océan,
08:56le phytoplancton, il est limité par un élément nutritif, le fer,
09:00dont il a besoin en toute petite quantité.
09:02Et donc il y a eu pas mal d'expériences menées par des scientifiques
09:05dans les années 90, début des années 2000, où certains scientifiques ont montré
09:09qu'en ajoutant du fer à l'océan, alors sous forme de sulfate de fer,
09:12ça, ça fertilisait le plancton, que le plancton consommait du CO2,
09:17qu'une partie de ce carbone fixé sous forme de matière organique allait chuter
09:21et donc allait être reminéralisé, transformé en CO2 dans l'océan profond
09:26et donc soustrait du contact avec l'atmosphère.
09:27En fait, c'est une augmentation de l'efficacité de la pompe biologique
09:30dont on parlait tout à l'heure, la fertilisation par le fer.
09:33Donc début des années 2000, il y a des start-up qui se sont lancées,
09:36c'était le nouvel Eldorado.
09:38Et puis on s'est rendu compte que c'était sans doute beaucoup moins efficace
09:40que ce qu'on imaginait au départ, parce qu'il y a une grande partie
09:42de ce carbone fixé par le plancton qui reste en surface.
09:45Le CO2 repart dans l'atmosphère à la fin de la saison.
09:48On s'est rendu compte évidemment que ça perturbait l'écosystème
09:51de façon importante.
09:52C'est logique.
09:53On perturbe l'écosystème pour qu'il absorbe du CO2.
09:56On s'est même rendu compte que dans certaines zones,
09:59même si on ajoute du fer, on pourrait se retrouver assez loin
10:02de ces zones avec moins de biomasse et donc avec des potentiels déficits
10:06sur les stocks de poissons et la pêche.
10:08Et puis on perturbe l'ensemble du milieu.
10:11Cette matière organique qui chute, elle consomme de l'oxygène.
10:14Donc on pourrait avoir des épisodes de perte d'oxygène,
10:17réémission d'eau de gaz à effet de serre.
10:18Donc plein de warnings qui nous font dire aujourd'hui que c'est sans doute
10:22que ce n'est même pas du tout une solution d'avenir pour éliminer
10:25du CO2 de l'atmosphère.
10:29Peut-être que je termine sur d'autres méthodes biologiques.
10:33Toujours sur la photosynthèse, certains ont imaginé même cultiver
10:35des macro-algues, donc des algues de grande taille en pleine mer.
10:39Alors l'intérêt, c'est que c'est des algues qui poussent très vite.
10:42Donc on peut imaginer des fermes, certains imaginent,
10:45des fermes en pleine mer dans l'océan ouvert avec des structures
10:48qui pourraient porter des champs de macro-algues.
10:51Et une fois qu'on a fixé le CO2 sous forme de matière organique,
10:54envoyer de façon artificielle cette matière organique dans le fond.
10:57C'est pareil que la fertilisation par le fer.
10:59On perturbe l'écosystème, on consomme des éléments nutritifs
11:02qui vont manquer ailleurs.
11:04On perturbe les écosystèmes profonds parce qu'on envoie de la matière organique
11:07et consommation d'oxygène.
11:09C'est ça une des conséquences, etc.
11:11Donc c'est sans doute aussi une technique qu'il faut éliminer.
11:15Et du coup, il y a aussi toute une famille de technologies.
11:19Alors on voit souvent de technologies qui visent à filtrer le CO2 de l'atmosphère,
11:27donc la capture directe du CO2.
11:29On a en tête ces grandes usines en Islande,
11:32qui sont des aspirateurs d'air.
11:34Est-ce que ça, c'est crédible ?
11:37Alors c'est souvent financé aussi par l'industrie pétrolière.
11:39Est-ce que ça aura un intérêt un jour ?
11:43Qu'est-ce que t'en penses toi ?
11:44Je ne sais pas si on est capable de le dire aujourd'hui.
11:46Oui, c'est des techniques qui, sur le papier, fonctionnent sans doute.
11:50On a des technologies pour retirer du CO2 de l'air,
11:53mais c'est des techniques qui coûtent très cher.
11:55Alors en termes de financement, mais aussi en termes d'énergie.
11:58C'est pour ça qu'ils ont pensé à l'Islande,
11:59où il y a beaucoup d'énergie renouvelable.
12:02Et donc la consommation d'énergie est sans doute moins un problème.
12:07Oui, on voit que ça peut théoriquement fonctionner,
12:10enfin même pratiquement fonctionner,
12:12même si ce n'est pas des quantités qui sont gigantesques,
12:14à partir du principe où c'est une énergie bas carbone en abondance.
12:17Voilà, donc il y a d'abord ça.
12:18La première limitation, c'est l'énergie bas carbone
12:20et l'efficacité de ce procédé qui permet de retirer du CO2.
12:23Puis ensuite, il y a la question de ce qu'on fait de ce CO2.
12:25Donc en Islande, ils l'injectent en profondeur dans des basaltes.
12:29Et l'idée, c'est qu'avec la température élevée,
12:32ce CO2 injecté en profondeur,
12:33il se minéralise sous forme de carbonate,
12:36où il serait stocké de façon très durable.
12:37Mais là aussi, il y a beaucoup de questions
12:39sur la durabilité de ce carbone.
12:41Est-ce qu'il est vraiment stocké sous forme de carbonate ?
12:43Et dans la littérature scientifique, dans le débat,
12:45il y a beaucoup d'interrogations sur ces méthodes-là,
12:47sur leur efficacité, sur leur coût énergétique.
12:52Et donc oui, c'est un peu les montagnes russes.
12:54Il faut y aller. Non.
12:56Donc je ne suis pas capable de dire si c'est une solution d'avenir.
13:00Il me semble qu'on doit continuer à explorer les possibilités
13:03tout en ne mettant pas,
13:05ou en tout cas ne faisant pas trop de promesses
13:07avec cette technologie-là.
13:09C'est une solution d'avenir.
13:15C'est une solution d'avenir.
13:39C'est une solution d'avenir.
13:40C'est une solution d'avenir.
13:48C'est une solution d'avenir.
13:48C'est une solution d'avenir.
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