00:00 [Musique]
00:05 Le Krump c'est plus qu'une danse, c'est une fête d'esprit.
00:07 Le Krump c'est Kingdom Radically Uplifted Mighty Brains.
00:11 L'élévation du royaume de l'esprit par le puissant éloge.
00:15 Je suis un danseur de Krump. Le Krump c'est une danse à part entière.
00:18 Il est arrivé en France par le biais du film Rise de David Lachapelle.
00:22 [Musique]
00:25 Pour le magazine Rolling Stone, Rise est un film phénoménal, un miracle visuel.
00:29 [Musique]
00:33 - J'ai eu ta raison, c'est difficile de parler de danse.
00:35 - C'est du enfumage total. Au niveau de la posture, au-dessus c'est le soleil, en-dessous c'est la lave les gars.
00:40 - Parce que c'est pas facile quand on voit rien, c'est pas faux.
00:42 - Rishka et Karush, vous êtes chorégraphes. - Là je viens de faire un mouvement, tu l'as vu ou pas ?
00:45 - C'était très beau, très réussi, j'ai adoré.
00:47 Vous êtes chorégraphes et danseurs Krump, membres du collectif Madroots.
00:51 Votre maman, elle était prof de danse, vous vous dansez depuis toujours.
00:54 Mais à 20 ans, vous découvrez ce fameux documentaire Rise de David Lachapelle,
00:58 dont on vient d'entendre un extrait sur les Krumpers d'América.
01:01 C'est un documentaire qui a fait pas mal d'émules, c'est un peu ce qui a lancé en France le mouvement.
01:04 - Il date en 2005. - 2005, il date.
01:07 - Parce que moi je l'ai vu justement, la photo, enfin c'est David Lachapelle le photographe, donc forcément.
01:13 Mais la photo et puis même ce que ça dit quoi en fait.
01:16 On est vraiment sur un truc très parlant parce que très authentique quoi.
01:20 - 2005, qu'est-ce qui s'est passé quand vous l'avez vu, Grish Kaka Ruch ?
01:24 Ça a été très puissant je crois, vous l'avez vu 100 fois, vous l'avez amené au film.
01:28 - C'était comme un coup de taser. - Ouais c'est ça, je suis allé le voir 5 fois au cinéma en effet.
01:32 - 5 fois le même film, c'est chou.
01:35 - En fait c'est vrai qu'ayant grandi dans le monde de la danse,
01:39 là il y avait quelque chose vraiment de différent qui me parlait.
01:42 Un peu comme toi je pense quand tu l'as vu, donc c'était quelque chose vraiment d'électrique, d'énergie.
01:48 Et il y avait un spirit en fait, je pense, quelque chose qui était au-delà de la danse qui m'a attiré.
01:52 - Presque spirituel, il y a des danseurs de krump qui parlent de spiritualité quasi.
01:57 - C'est partie intégrante de cette danse.
01:59 Tu peux pas danser et bouger avec ton corps sans qu'il y ait un esprit qui t'anime.
02:04 - Grish Kaka Ruch, pour ceux qui n'ont jamais entendu le mot "krump" de leur vie...
02:07 - Et moi personnellement j'en faisais partie jusqu'à ce matin.
02:10 - C'est quoi l'étymologie d'ailleurs ?
02:11 - Bah de krump c'est comme "crump" de... c'est Trump.
02:16 - J'ai entendu, j'étais là.
02:19 - On va laisser Grish Kaka Ruch nous dire.
02:21 On peut dire que c'est une danse qui est née à Los Angeles.
02:24 Et quoi d'autre ?
02:25 - Visuellement, pour que les gens puissent...
02:28 - C'est la radio.
02:29 - Franchement je te regarde là.
02:30 - Visuellement on va dire que pour que les gens aient une idée, mais peut-être ça va pas trop leur parler,
02:34 mais c'est un mélange de danse traditionnelle, de danse hip-hop, mais c'est une danse contemporaine.
02:39 - Quand tu dis "danse traditionnelle", tu parles de bourrée, tu parles de... de quel truc toi ? De salsa ?
02:46 - Aujourd'hui ce qui est intéressant avec le krump, c'est comme il a dépassé les frontières des Etats-Unis,
02:51 chaque culture peut adapter son krump.
02:54 Maintenant le krump a quand même des bases en commun, communes, communes aux mouvements.
02:58 Mais là où c'est traditionnel, c'est que c'est quand même une danse qui est née dans les gangs afro-américains,
03:05 des personnes qui sont afro-américaines.
03:07 Donc on va y trouver forcément un rapport peut-être plus proche des danses traditionnelles africaines.
03:12 Donc ça tape fort le sol, ça vibre, on dit "les chest-pops", ça vibre fort au niveau du buste.
03:18 Mais il y a aussi d'autres aspects, notamment le combat, donc on utilise les bras, les directs de boxe un peu.
03:23 Et voilà, tout ça c'est dans un univers artistique.
03:27 - Il y a même eu des mix krump avec le buto, genre japonais, c'est pour dire que ça s'empare effectivement de plusieurs traditions.
03:32 - Non mais c'est surtout que le krump, enfin moi je le vois comme ça, c'est un langage en plus.
03:36 - Exactement.
03:38 - Donc plus que... avant on faisait des effets, des choses comme ça, mais là moi quand je vois les gens faire du krump,
03:43 on sent qu'il y a un discours.
03:46 - Il dit quoi le discours krump ?
03:48 - C'est du challenge en fait, voilà, si tu viens de challenger l'autre, ou même le public, enfin voilà quoi.
03:53 - En fait, comme il dit exactement Joey, c'est tes intentions aussi derrière.
03:57 C'est-à-dire que tu peux exprimer vraiment ce que t'as à l'intérieur,
04:00 et comme on a des codes qui sont très naturels,
04:05 mais en fait ça va sortir directement dans le corps,
04:08 et en général ça parle aux gens puisque ça transmet un langage et une émotion.
04:11 - Et vous, vous partez à Los Angeles en 2006 pour rencontrer les fondateurs du krump,
04:15 tellement le film de David Lachapelle vous remue.
04:17 Vous avez passé un test qui s'appelle "La Cage", vous pouvez nous raconter ?
04:21 - Alors moi j'ai pas eu de... on dit une cage ?
04:24 *Rires*
04:27 - C'est mon plaisir !
04:30 - Je suis pas passé par la cage, mais j'ai participé à des cages où on a donné des cages à d'autres gens,
04:37 mais moi là-bas je me suis pas fait cage, par contre je me suis fait cage par un groupe.
04:40 - Mais si tu nous dis pas ce que c'est, on ne comprend rien de ce que tu racontes !
04:42 - Une cage, en fait, c'est tout simplement quand t'arrives dans le krump,
04:45 y'a des femmes, des familles de krump, et t'as le grand et ses disciples en gros,
04:49 et si tu veux rentrer dans une famille, bah on va te cage,
04:52 c'est-à-dire qu'on va se mettre à, si on est 10 dans la famille, on va se mettre à 10 contre 1.
04:56 - C'est comme les initiations au gang, quand ils se servent à te...
05:00 - Exactement.
05:02 - Et ils ont le droit de taper dans les parties génitales ou pas ?
05:05 - Non justement, c'est qu'il y a pas de contact tout peu, ou alors il est non-violent,
05:08 mais on a pas peur, contrairement peut-être dans certains battles hip-hop,
05:11 où on peut vraiment pas se toucher, nous on a pas peur de s'attraper et de se bousculer un peu,
05:16 ça fait partie aussi de cette danse.
05:18 - Et donc aujourd'hui, la Villette organise chaque année la Hill's Battle,
05:21 j'ai très peur de tout ce que je dis en anglais maintenant,
05:23 je crois que ça se rapproche, vous vous produisez vous ce week-end au musée du Quai Branly,
05:29 ça fait quoi de voir le Krump rentrer dans les institutions ?
05:32 Et Joystar va venir vous voir visiblement.
05:34 - Déjà c'est Madroots qui organise, c'est mon groupe, soutenu par la compagnie Artrak,
05:40 et en coproduction justement avec la Villette.
05:42 Donc là on a fêté les 10 ans du Hill's Battle, tu l'as bien dit, y'a pas de problème,
05:46 l'année dernière, là on prend une année de pause et on revient en 2025,
05:49 donc on exclut du 28 mai au 1er juin 2025.
05:54 Je pense que si le Krump s'institutionnalise, c'est que son message est plus grand je pense.
06:04 Et justement ça fait qu'aujourd'hui y'a d'autres personnes, d'autres univers peut-être,
06:10 qui ont reçu ce message-là, qui est quelque chose d'assez universel.
06:14 Maintenant c'est de l'art, moi je le mets en scène aussi dans des pièces chorégraphiques.
06:19 - Dans un galante notamment, il y a 2-3 ans.
06:22 - Exactement, et comme disait Joy de tout à l'heure, c'est qu'en fait ça a dépassé vraiment les frontières,
06:29 et avant c'était vraiment que dans la rue, c'est toujours dans la rue,
06:32 et ça doit rester dans la rue, et faut que ça reste authentique.
06:35 C'est pour ça que c'est important que ça s'institutionnalise.
06:38 - Tu le fais exprès ou quoi ?
06:40 - Mais faut que ce soit fait par les acteurs même du krump, ça c'est important.
06:45 - Ça me fait quand même penser à l'annonce de la ministre de la Culture de l'ouverture d'une maison du hip-hop à Paris,
06:49 alors que ça existe déjà, et surtout à cette émission Twitch...
06:51 - Tu parles de celle qui vient d'arriver ?
06:53 - Oui, à cette émission Twitch de Rap DMV où étaient invités deux rappeurs bien en vue,
06:57 Dajou et Taïk, ainsi que Rachida Dati qui a été...
06:59 - Et Dajou est un rappeur ?
07:01 - Oui, je vous laisse faire, je vous laisse décider ça, Joystar, c'est vous qui dites.
07:05 Ainsi que Rachida Dati qui a été accueillie par "Faites du bruit pour Rachida Dati"
07:09 ça vous paraît pas lunaire ça Joystar ?
07:11 - Moi j'aurais fait "Hiiiiiii"
07:13 On serait mis en bande juste pour faire "Hiiiiii"
07:16 ça aurait été très bizarre.
07:18 Est-ce que ça me paraît...
07:20 - C'est de l'institutionnalisation aussi très forte.
07:22 - Moi déjà, le Poupette Master, que ce soit Sarkozy, ça me dérange hautement si elle est là,
07:29 c'est parce que derrière il y a le nabot.
07:32 Moi tout ça me dérange franchement.
07:35 C'est pas que Dati, c'est tout ce qui se trame derrière qui me fait peur justement.
07:42 - Qui vous inquiète.
07:43 Merci beaucoup Grichka Karou, je rappelle que vous êtes Crumper,
07:47 membre du collectif Madroutzki, organisent la "He Lost Battle" chaque année.
07:51 Et puis on aura le plaisir de vous voir danser demain soir, j'espère que Joystar sera là.
07:55 - Parce que c'est très impressionnant à voir, visuellement c'est super.
07:58 - Oui, ne serait-ce que regarder les vidéos sur les réseaux, ça donne une idée de ce que ça donne en puissance exactement.
08:04 C'est organisé par vous et par la compagnie d'Artrak, et c'est dans le cadre d'un cycle "Ethnologie va vous surprendre"
08:09 c'est au Quai Branly.
08:11 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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