- il y a 23 heures
À la veille de sa première dans "La Dame aux camélias", Hugo Marchand, danseur étoile de l'Opéra de Paris, se confie sur le chemin parcouru. Maturité émotionnelle, engagement social, rapport au corps. Portrait d'un danseur qui a appris, avec le temps, à faire de ses différences une force. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-04-mai-2026-3935880
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00:00France Inter
00:03La grande matinale
00:07Sonia de Villers
00:08Il aurait voulu longtemps être plus frêle, plus fin, plus léger, plus menu.
00:14Hugo Marchand, 1m92, 85 kg, plus grand, plus massif que les autres danseurs de l'Opéra de Paris.
00:22Toute une affaire, son corps. Toute une affaire, le miroir.
00:26Quand d'enfant à adolescent, on accomplit son rêve, danser, sans cesser d'être scruté, pesé et mesuré.
00:33Aujourd'hui, Hugo Marchand a 32 ans, l'âge de la grâce absolue.
00:38Il est une étoile applaudie dans le monde entier.
00:41Demain soir, pour la première fois de sa vie, il portera au nu la dame au camélia.
00:45Un rôle de grand technicien, mais aussi de grand tragédien.
00:49Alors ce matin, que voit Hugo Marchand quand il se regarde dans le miroir ?
00:54Portrait numéro 134.
01:12Bonjour, Hugo Marchand.
01:14Bonjour, c'est Inès Villers.
01:15Vous venez donc une veille de première. Qu'est-ce qu'on fait une veille de première ?
01:19Une veille de première, on a le cœur un peu serré, mais on se prépare aussi à vivre des grandes
01:25aventures, des grandes émotions.
01:27Donc c'est bien pour moi aussi de me changer un petit peu la tête en venant ici ce matin.
01:31Et puis derrière, je vais aller à l'opéra pour les derniers raccords, dernières répétitions avant la première de main.
01:38Marguerite sera Amandine Albisson.
01:40Autre danseuse étoile, c'est elle, la dame au camélia.
01:45Vous avez une histoire avec Amandine Albisson.
01:48C'est une danseuse que vous avez laissée tomber.
01:51Mais je ne dis pas ça au sens figuré, je dis ça au sens propre.
01:56C'est vrai que la première fois qu'on a travaillé ensemble avec Amandine, j'étais un tout jeune danseur.
02:00Et j'avais dû remplacer, puisque son partenaire était blessé, j'avais 20 ans.
02:05Et on avait répété en studio pour un raccord, pour un casse-moisette.
02:09Et on avait fait une mauvaise réception d'un portée.
02:13Et je lui avais abîmé la cheville.
02:15Et c'est vrai que ça avait été très traumatique.
02:17Mais Amandine aujourd'hui, entre guillemets, est assez contente que ce soit arrivé.
02:21Parce qu'elle a rencontré son mari en allant faire sa rééducation pour cette cheville.
02:25C'est vrai ?
02:25Exactement.
02:26Elle a deux petits-enfants adorables.
02:27Et elle s'est mariée avec ce jeune homme.
02:31Et je pense que ça a changé sa vie d'une certaine manière.
02:33Donc c'est fantastique.
02:35C'est magnifique.
02:36Mais vous, quand vous dites que c'est très traumatique, vous l'avez raconté dans votre autobiographie dansée,
02:40c'est que vous en avez, à ce moment-là, conçu une peur effroyable de toucher une danseuse et de
02:47faillir à nouveau.
02:48Mais jusqu'à en avoir la gerbe, dites-vous.
02:51C'est vrai qu'on est responsable, quand on danse avec une danseuse, de sa santé physique, de son intégrité
02:56physique.
02:56Là, dans la Dame aux Camélias, il y a un travail de pas de deux qui est extrêmement technique,
03:00avec des portées qui sont virevoltantes, qui sont très hauts.
03:03Très acrobatiques.
03:05Vous soulevez la danseuse, mais quand je dis que vous la portez au nu, c'est ça ?
03:08Vous la soulevez jusque dans les airs ?
03:10Et donc ça demande en fait une précision et vraiment une responsabilité, un sérieux en fait de la part du
03:15partenaire,
03:15parce que d'une certaine manière, on peut avoir la vie d'une danseuse dans les mains.
03:19Et pendant un spectacle, il y a des aléas de costumes, de lumière, d'adrénaline et d'accessoires
03:24qui font qu'on peut aussi perdre un petit peu le contrôle.
03:26Donc il faut être en vigilance 100%.
03:28Il y a une autre histoire, quand même, sur la Dame aux Camélias.
03:30C'est que vous avez attendu des années pour pouvoir jouer ce rôle, que vous n'avez jamais dansé.
03:35Ce sera la première fois.
03:37Ce rôle, il vous a été enlevé par la directrice de la danse de l'époque, qui s'appelait Aurélie
03:43Dupont.
03:43Il vous a été enlevé. Pourquoi ?
03:45Alors, est-ce qu'il m'a été enlevé ?
03:47On va dire que j'avais 24 ans, j'étais un jeune danseur étoile.
03:50À 20 ans, on a l'impression de savoir un peu tout, d'avoir en tout cas beaucoup de convictions.
03:55On est certains de plein de choses.
03:57Et j'étais certain, en fait, de ne pas pouvoir danser ce ballet.
04:01Si je n'avais pas une relation très, très en confiance et particulière avec ma partenaire de l'époque,
04:06à Mandine, on ne se connaissait pas du tout à ce moment-là.
04:08Et j'ai eu très peur, en fait, je crois, d'interpréter ce ballet à ses côtés.
04:12Et donc, j'ai fini par faire Cendrillon à Bastille avec Dorothée Gilbert.
04:15Et d'une certaine manière, aujourd'hui, je suis heureux de découvrir ce rôle à 32 ans.
04:21C'est un rôle qui est très difficile.
04:22C'est un rôle qui demande beaucoup de maturité émotionnelle et aussi une expérience de la scène très poussée.
04:29À 24 ans, je crois que j'aurais été incapable de venir me mettre à côté de ce Armand Duval.
04:35Et aujourd'hui, j'ai beaucoup d'émotions, en fait, déjà à interpréter ce rôle à 32 ans.
04:40Je pense qu'à 24, je n'aurais pas pu.
04:42Alors, écoutez Dorothée Gilbert.
04:44Hugo est très artiste aussi.
04:47Et depuis très jeune, c'est-à-dire qu'il avait 21 ans, je ne sais pas.
04:52Il était vraiment très jeune quand il a interprété Manon.
04:54Mais il avait déjà ce côté très dramatique et sombre qui fait, je pense, partie aussi de sa personnalité.
04:59C'est pour ça que pour lui, ça n'a pas été si compliqué que ça.
05:02Et puis, c'est quelqu'un qui travaille énormément.
05:06On a vite trouvé aussi une sorte de symbiose technique.
05:11Maintenant, ça fait plusieurs années qu'on danse ensemble, mais on se comprend sans se parler.
05:16On sait comment l'autre va réagir.
05:18Il y a une sorte d'instinct qui fait qu'on sait que rien ne peut nous arriver.
05:26Dorothée Gilbert, elle a 10 ans de plus que vous et elle va faire ses adieux à la scène de
05:32l'Opéra, là, au mois de septembre.
05:35Elle a choisi Manon.
05:37Oui.
05:37Et elle vous a choisi, vous.
05:40C'est vrai que c'est une boucle qui sera bouclée le 15 octobre.
05:44C'est ça la beauté de notre maison.
05:46C'est l'intergénérationnel.
05:47C'est-à-dire que moi, j'ai appris à danser avec des maîtres à danser qui avaient 60 ans,
05:5170 ans, peut-être même plus quand moi j'en avais 10.
05:55Et puis, j'ai appris mon métier.
05:56J'ai appris à être danseur soliste avec des partenaires plus âgés que moi.
06:00Aujourd'hui, Dorothée, elle a 10 ans de plus que moi.
06:02J'avais 21 ans, elle en avait 31 quand on a dansé Manon ensemble pour la première fois.
06:06Et elle m'a accompagnée, elle m'a aidée, elle m'a donné confiance, elle m'a partagé son expérience
06:11de la scène et du théâtre.
06:12Mais maintenant, avec Dorothée Gilbert, ça a été l'épiphanie.
06:15Ça a été la révélation.
06:16Ça a été une révélation parce que c'était la première fois que je pouvais interpréter un personnage et devenir,
06:20incarner en fait, devenir quelqu'un d'autre.
06:22Et ça a été très puissant.
06:25Et la descente a été très longue.
06:26D'ailleurs, j'ai mis trois semaines à m'en remettre.
06:28La descente ?
06:29Oui, parce qu'on a travaillé deux mois pour un spectacle.
06:32Un spectacle qui aujourd'hui m'apparaît comme un moment un peu avec une conscience modifiée, presque comme si je
06:38m'en souvenais à peine.
06:39Parce qu'on est tellement shooté d'adrénaline et d'émotions, d'hormones particulières, que ça reste quelque chose comme
06:45un rêve, comme un fantasme.
06:47Et derrière, j'ai mis trois semaines pour m'en remettre, effectivement, parce qu'il y a une telle intensité,
06:52une telle violence aussi des sentiments et de ce qu'on vit en tant qu'interprète.
06:55Et là, là, sur la scène, au mois d'octobre de l'opéra, vous imaginez, toute la salle va pleurer
07:02à chaudes larmes.
07:04Tout le monde, tout l'orchestre, tout le ballet, toutes les coulisses, tous les techniciens.
07:08On sera tous émus, c'est sûr, on sera tous fortement émus.
07:11C'est la beauté de l'opéra.
07:12On ne fait que passer.
07:13On vient servir une institution, on vient servir du beau, on vient servir de la danse, de l'art.
07:18Mais ce n'est pas à propos de nous, en fait.
07:20On vient parler de la société, on vient parler du monde, on vient parler aux gens, on vient être des
07:24miroirs pour les spectateurs, pour qu'ils se voient à travers nous, à travers les histoires qu'on raconte.
07:28Mais ce n'est pas à propos de nous, c'est à propos de la beauté.
07:32À propos de la beauté, ça, vous connaissez par cœur.
07:40Moi, je vous ai vus au mois d'octobre.
07:43Je suis très peu allée à l'opéra dans ma vie, voir des ballets.
07:45Je vous ai vus au mois d'octobre, avec Dorothée Gilbert, justement.
07:49C'était la dernière fois que tous les deux, vous jouiez, vous dansiez Gisèle.
07:53Ballet classique, vous avez dansé de très nombreuses fois tous les deux.
07:56La salle était déjà en plein délire.
07:59Alors, j'imagine ce que ça va être au mois d'octobre l'année prochaine.
08:03Ça riait, ça applaudissait.
08:05On sentait une joie de vous voir danser tous les deux, qui était extrêmement forte.
08:09Et au milieu, il y a donc ces entrechats.
08:12Est-ce qu'on peut les réécouter, ces entrechats que vous nous les racontiez ?
08:16Ce morceau de bravoure au milieu de Gisèle.
08:19Est-ce que vous pouvez nous les décrire ?
08:21Oui, ces entrechats, ce sont les entrechats 6.
08:23C'est une batterie très particulière que les hommes font.
08:26Et là, c'est une série de 32 entrechats 6.
08:2832 d'affinés !
08:29C'est vraiment de la batterie.
08:32On entrecroise les pieds, on entrecroise les cuisses,
08:34pour avoir cet effet un peu comme un colibri, comme un papillon qui s'envole.
08:38Tout droit, le corps très très très droit, très tendu, les bras le long du corps.
08:43Et puis c'est comme une danse macabre en fait.
08:44C'est-à-dire que dans ce deuxième acte, la reine des Willis veut venger Gisèle
08:48en faisant danser Albrecht jusqu'à la mort.
08:51Et donc c'est une danse macabre.
08:52C'est-à-dire qu'on danse jusqu'à s'épuiser, jusqu'à plus en pouvoir, jusqu'à presque mourir.
08:55Et juste avant de mourir, Gisèle nous sauve avec ce pardon.
08:58Et vous faites les 32 d'affilée ?
09:00C'est-à-dire avec le tempo du chef, ça va dépendre,
09:02parce qu'on essaie de rester en musique, mais on en fait entre 28 et 32.
09:05Entre 28 et 32 ?
09:06Ça dépend.
09:07Alors je le disais Hugo Marchand, vous êtes grand, vous êtes massif, vous êtes musclé.
09:13Votre silhouette se détache évidemment, se distingue de celle des autres
09:16sur la scène de l'Opéra de Paris.
09:18Mais ça a été longtemps un sujet.
09:20Un sujet pour vous, enfant gymnaste,
09:25parce que vous venez de la gymnastique, avant la danse c'était la gymnastique.
09:28Donc, enfant athlète, ça a été longtemps un sujet, ce corps dans le miroir.
09:34Ça a été un sujet pour les autres en fait, pendant longtemps.
09:37Ça n'a pas été mon sujet à moi.
09:38Moi, quand j'étais en tant qu'enfant, la première fois qu'on m'a dit
09:41t'es trop grand, t'es trop gros, t'es trop ci, t'es trop ça, j'ai pas compris.
09:44Un enfant, on se juge pas.
09:46Un enfant se demande pas s'il est beau ou s'il est moche.
09:48C'est le monde des adultes, c'est la société qui m'a dit que j'étais pas comme les
09:51autres
09:52et que ça allait peut-être poser un problème.
09:53À partir de là, c'est devenu mon sujet.
09:55Aujourd'hui, j'ai voulu...
09:56C'est devenu votre sujet.
09:58À la base, ça l'était pas du tout.
09:59Ces années d'école...
10:01De vouloir standardiser, en tout cas, le corps.
10:04Aujourd'hui, mon sujet, justement, c'est de faire en sorte que ce corps
10:07qui peut paraître...
10:09Trop gros, trop rond.
10:11Ce corps qui peut paraître différent, aujourd'hui, ça peut aussi être un standard.
10:15Et en fait, j'ai envie d'ouvrir aussi la voix à tous ces jeunes hommes
10:18qui veulent danser et qui ont un corps aussi plus fort, plus athlétique,
10:23plus masculin, on peut dire.
10:25Et qu'en fait, ce soit pas du tout un problème.
10:26On peut danser avec un corps très athlétique et très sportif.
10:29On peut danser, on peut trouver sa place dans un corps de ballet,
10:32avec un corps plus athlétique.
10:34J'ai trouvé ma place, en tout cas.
10:35Et j'espère que d'autres trouveront leur place aussi.
10:38Alors, est-ce que ce corps,
10:40c'est aussi un sujet
10:44en termes de santé,
10:46de blessures,
10:47de musculature,
10:49d'entretien des articulations ?
10:50C'est forcément un sujet dans la mesure où on est des sportifs de haut niveau.
10:53Donc, on prépare notre corps avec des kinés, des préparateurs physiques.
10:58On l'utilise pour pouvoir s'exprimer, pour pouvoir danser.
11:01Et on le répare avec d'autres kinés qui nous font des soins.
11:03Donc, c'est vraiment comme une voiture de course.
11:06Kiné à qui vous dédiez votre autobiographie ?
11:09Kiné et médecin ?
11:10Parce que c'est aussi l'histoire d'une cheville qui va se briser.
11:13C'est aussi...
11:14On a dit, vous avez laissé tomber une danseuse,
11:16elle s'est blessée.
11:17Mais vous aussi, vous vous êtes blessée.
11:18C'est l'histoire qu'on a avec notre propre corps.
11:21C'est dans quelle mesure on peut le pousser,
11:23on peut le faire travailler,
11:26le respecter,
11:27sans jamais passer le moment où il casse.
11:29Et s'il est cassé,
11:30comment on le répare,
11:32comment on le récupère,
11:32comment on reprend confiance avec lui ?
11:34C'est comme dresser un cheval.
11:36Donc, on doit être en coopération constante.
11:39Et les jours où on a très mal,
11:40il faut quand même travailler,
11:41mais en coopération avec cette douleur.
11:43C'est un baromètre.
12:07Quel souvenir vous avez du boléro ?
12:10J'en ai des souvenirs très intenses.
12:11Le premier boléro,
12:12c'est un boléro où je me suis blessé,
12:14je me suis fait une déchirure à la cuisse
12:16pendant le boléro.
12:17Je l'ai terminé malgré tout avec l'adrénaline,
12:19mais ça a été un moment très bizarre.
12:22C'est-à-dire que l'adrénaline anéantit la douleur ?
12:25En tout cas, la masque ?
12:26Elle nous permet d'aller au bout.
12:28Et puis, ça a aussi un grand bonheur
12:30puisque j'ai eu la chance de le danser
12:32pour les 150 ans de l'Opéra Garnier l'année dernière.
12:34Ça a été un triomphe l'année dernière.
12:36Ça a été très émouvant pour moi
12:37et j'étais très heureux de le danser.
12:39Le boléro, c'est une pièce de générosité.
12:41C'est une pièce où on parle d'amour,
12:43c'est une pièce où on parle de l'énergie du monde,
12:46où on parle de spiritualité,
12:47où on n'est pas sœur entre l'énergie du ciel
12:50et l'énergie de la terre.
12:51Entre celle de Ravel et celle de Maurice Béjar ?
12:54Exactement.
12:55En fait, c'est une pièce qui lie,
12:56qui connecte les gens entre eux,
12:58qui fédère.
12:58Et pour moi, c'est très important.
12:59Le terme de fédérer,
13:01c'est quelque chose qui est important.
13:02La danse fédère.
13:02C'est aussi le principe de mon association,
13:05Hugo Marchand pour la danse.
13:06Mais c'est utiliser la danse comme vecteur
13:08pour faire société,
13:09pour travailler ensemble.
13:10Je trouve qu'aujourd'hui,
13:11de manière générale dans les médias
13:12et de manière générale dans la vie,
13:14on ne parle plus d'amour.
13:15On parle de politique,
13:16on parle d'économie,
13:17on parle de guerre,
13:18mais on ne parle plus d'empathie,
13:19on ne parle plus de faire attention aux gens,
13:21on ne parle plus de partage,
13:24de transmission.
13:25On ne parle plus d'amour,
13:26on ne parle plus de ces choses-là.
13:27Et ça manque.
13:28Ça ne vous manque pas ?
13:29Moi, ça me manque terriblement.
13:30Si.
13:31Et c'est pour ça que je trouve
13:32que la danse est fantastique,
13:33parce qu'on ne fait que parler d'amour.
13:35On ne parle que d'amour quand on danse.
13:36Alors, il y a l'image quand même
13:38de la danse classique,
13:40qui n'est pas tellement associée à l'amour,
13:42qui est associée à la dureté,
13:45à la souffrance,
13:46à l'école de la rigueur,
13:48au sacrifice,
13:49à la privation.
13:51Si ?
13:51Parce que ça fait parler les gens.
13:53Parce que c'est beaucoup plus...
13:54Ça ne fait pas seulement parler les gens.
13:56C'est plus croustillant,
13:57c'est plus salé de parler des choses
13:58un peu sales sous le tapis.
13:59Mais en fait,
14:00pourquoi on danse ?
14:02Pour exprimer de l'amour,
14:03pour exprimer de la générosité,
14:05pour parler des émotions,
14:06pour essayer d'être moins seul,
14:08pour faire en sorte que
14:10ce qu'on raconte touche les autres
14:12et que tout à coup,
14:12on connecte ensemble,
14:13même si on ne parle pas la même langue,
14:15même si on vient d'une région différente,
14:17d'un pays différent,
14:17même si on n'a pas la même culture.
14:19Et moi, c'est ça qui me fait
14:20assiner à la danse.
14:20Quand vous dites à vos parents
14:22« Votre père est ingénieur,
14:23votre mère travaille dans l'univers de la banque »,
14:25si j'ai bien compris,
14:26quand vous leur dites que vous voulez danser,
14:28pourquoi vous voulez danser à 9 ans ?
14:30C'est mon instinct.
14:32C'est mon instinct qui me dit
14:33qu'il faut que je danse.
14:34Et j'ai eu la chance derrière
14:35que l'engrenage se mette en place
14:37et que j'ai une famille très aimante
14:38qui me permette d'en faire mon métier.
14:40J'aime me rappeler
14:41que j'ai appris à danser gratuitement
14:42au conservatoire de Nantes,
14:43puis à l'école de danse
14:44de l'Opéra de Paris.
14:45Puis aujourd'hui,
14:46je suis presque salarié fonctionnaire
14:48de l'Opéra de Paris,
14:49j'ai une chance folle.
14:50Je suis un enfant de la République
14:52et j'ai une grande fierté
14:53de porter ces valeurs-là.
14:55Et on les oublie aussi.
14:57Aujourd'hui, la France sert encore
14:59à former des artistes gratuitement
15:01et à leur permettre de vivre
15:02de leur capacité.
15:04Et alors, quand vous emmenez
15:05les étoiles au château,
15:06parce que c'est votre grand projet
15:08et ça aura lieu
15:09la 4e édition
15:10les 13 et 14 juin en Bretagne,
15:12dans Île-et-Vilaine,
15:13à Pleuguenec.
15:15Pleuguenec, oui, c'est ça.
15:16On dit comme ça.
15:16On va à Sombor aussi
15:18au mois de juillet
15:18et on va aussi à côté de Valence
15:20au mois de septembre.
15:21Bref, vous prenez
15:22les plus beaux endroits de France,
15:23vous emmenez des étoiles,
15:25vous montez un chapiteau,
15:26vous proposez un spectacle court,
15:28beaucoup plus court
15:28qu'à l'Opéra,
15:29en plein air,
15:31pour le prix
15:32d'une place de ciné.
15:33C'est 13 euros.
15:34C'est même moins cher
15:34qu'une place de ciné,
15:35puisque je fais le cinéma
15:36ce week-end
15:36et ça m'a coûté 14 euros.
15:37Je trouvais ça très cher.
15:38Donc, 13 euros
15:39pour voir si dans ce rétoile
15:40de l'Opéra de Paris
15:41pendant 1h20,
15:42avec des pâtes de classique
15:43contemporain, néo-classique
15:44et aussi tout un processus
15:47pour travailler
15:48avec des publics éloignés,
15:49avec des masterclass
15:50et des temps d'échange.
15:51Donc, l'idée,
15:51c'est vraiment amener la danse
15:52dans les territoires,
15:53dans les régions,
15:54en faire profiter à tous
15:55et l'utiliser aussi
15:57pour se reconstruire.
15:58On travaille avec
15:59des publics particuliers,
16:01avec l'idée que la danse
16:02permet de reprendre
16:03confiance dans son corps,
16:04de mieux être ensemble,
16:07de se faire du bien,
16:08de se soigner dans la tête.
16:09Il y a quelque chose
16:10de très cathartique aussi
16:11pour les émotions,
16:11de pouvoir s'exprimer.
16:13Et d'amener les petits garçons
16:15à la danse ?
16:16D'amener les petits garçons
16:17à la danse.
16:17C'est Bob Wilson
16:18qui avait fait beaucoup
16:18d'ateliers avec des enfants
16:21autistes.
16:22Et c'est vrai que ça a été
16:23incroyable de pouvoir
16:24les voir s'exprimer
16:25à travers le mouvement.
16:26C'était un très très grand
16:27metteur en scène
16:28de théâtre américain
16:29qui est mort il y a deux ans.
16:30Qui est mort au mois d'huillet.
16:32Il y a un an, vous avez raison.
16:33c'était en 2025.
16:35Pour moi, la danse
16:36a une utilité beaucoup plus forte
16:38dans la société
16:39que ce que l'on croit.
16:40On n'est pas que là
16:40pour faire du beau.
16:41On est là pour faire du bien aussi.
16:43Alors, les petits garçons ?
16:44Et les petits garçons
16:45qui font de la danse,
16:46effectivement,
16:46on a envie de leur montrer,
16:48de leur donner des exemples,
16:49de leur donner des figures
16:49en fait,
16:50pour qu'ils puissent
16:50moins se sentir seuls
16:51et avoir la confiance.
16:52Ça m'arrive régulièrement
16:53d'avoir des messages
16:55soit de petits garçons,
16:56soit de leurs parents
16:56sur les réseaux
16:57qui me disent
16:57mon fils veut arrêter la danse
16:59ou j'ai envie d'arrêter la danse
17:01parce qu'on se moque de moi
17:01au collège,
17:02j'en ai marre.
17:03Ah, parce qu'on se moque ?
17:04Ouais, c'est des choses
17:05qui arrivent encore.
17:05D'ailleurs, il y a une très belle association
17:07qui s'appelle
17:08Changer le regard
17:08qui travaille sur ce sujet
17:10en France
17:11et qui fait danser
17:11que des garçons
17:12et qui donne confiance
17:13à ces jeunes hommes
17:14pour pouvoir s'exprimer,
17:15pour pouvoir devenir danseur
17:16et qu'il n'y ait plus de problème
17:18par rapport à ça.
17:18Moi, mon rêve,
17:19c'est demain...
17:19C'est quoi le problème aujourd'hui
17:20par rapport à ça ?
17:21C'est le même
17:22qui a 10 ans,
17:22qui a 20 ans,
17:23qui a 40 ans,
17:24qui a 50 ans ?
17:25C'est que c'est un métier
17:26pour les hommes efféminés
17:27parce qu'on manquerait de virilité,
17:29parce qu'on ne serait pas masculin
17:30comme il faut être masculin ?
17:31C'est ça le problème ?
17:32Je pense que le sujet
17:33à Paris a sans doute
17:34beaucoup évolué
17:35mais je pense que
17:35dans les régions
17:36c'est encore un vrai problème.
17:37Dans certaines régions
17:38c'est un vrai problème
17:39d'être un garçon qui danse.
17:40Et c'est pour ça
17:41qu'il faut changer les mentalités.
17:43Il faut vraiment donner confiance
17:44dans ces jeunes garçons
17:45et simplement leur dire
17:46que danser
17:47c'est quelque chose de naturel.
17:48On a tous dansé
17:52dansé autour du feu
17:52pour invoquer les dieux.
17:54On a dansé pour rentrer en France
17:55et pour rentrer en connexion
17:56avec le spirituel,
17:57avec le mystique.
17:59Et aujourd'hui
17:59tout le monde danse en boîte.
18:00Alors pourquoi c'est un problème
18:01d'être un garçon
18:01qui fait de l'annonce classique ?
18:02Vous nous faites
18:03tellement de bien
18:04Hugo Marchand.
18:06Demain soir
18:07vous êtes armant
18:08face à la dame au camélia.
18:10Je vous préviens
18:11ça finit mal.
18:12Elle meurt.
18:12Oui, ça finit mal.
18:14Mais elle meurt
18:14dès le début du ballet.
18:16C'est ça qui est bien.
18:17C'est ça qui est bien.
18:18Ensuite on vous verra
18:19dans la Bayadère
18:20à partir du 17 juin.
18:21Les étoiles au château
18:23ça commence le 13 et 14 juin.
18:25Mais toutes les infos
18:25sont sur votre site ?
18:26Hugo Marchand
18:27pour la danse.org
18:27Voilà !
18:28Merci Hugo Marchand.
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