00:00 - Des troupes occidentales en Ukraine, c'est inévitablement, on se dit, une guerre totale.
00:04 Est-ce que ça veut dire que la guerre totale, aujourd'hui, entre puissances nucléaires, est une possibilité ?
00:10 Je vais volontairement au bout de la chaîne.
00:15 - Je vous remercie de poser cette question, parce que ce n'est pas si simple que ça d'y répondre.
00:19 La vérité, c'est que dans l'intervention que le président de la République, chef des armées, a conduite hier soir,
00:26 il est parfaitement dans son rôle.
00:29 Il est dans son rôle, parce qu'il utilise cette dialectique de la dissuasion fondamentale,
00:36 c'est-à-dire celle qui a été exprimée si remarquablement au début des années 60 par Raymond Aron,
00:42 et beaucoup de ceux qui s'expriment aujourd'hui avec véhémence ou à l'emporte-pièce.
00:48 S'ils étaient interrogés par le professeur Aron,
00:51 j'imagine qu'ils auraient bien du mal à s'exprimer sur ces éléments de dialectique
00:56 qui sont le propre des pays dotés de l'arme nucléaire.
01:00 Et le discours que tient le président de la République est justement un discours
01:05 où il renverse le principe d'incertitude et où il maintient l'ambiguïté.
01:10 Vous l'avez noté par une double négation.
01:12 - Oui.
01:13 - Vous savez qu'à la question du journaliste qui lui pose la question
01:16 "Pourquoi la France serait-elle opposée à l'envoi de troupes sur le sol utrénien ?"
01:22 Il répond "Je n'ai absolument pas dit que la France n'y était pas favorable",
01:26 ce qui est une double négation.
01:28 - Oui.
01:29 - Mais en grammaire française, une double négation ne vaut pas affirmation, me semble-t-il.
01:34 Et donc tous ceux qui s'expriment feraient bien de reprendre ces principes de grammaire,
01:38 de la dialectique, de dissuasion, qui me semblent être remarquablement étudiés à Moscou
01:43 et dans les grandes écoles russes, et être pratiqués avec beaucoup d'intelligence,
01:49 beaucoup de finesse et beaucoup d'à-propos par l'école russe de Moscou.
01:54 Vous savez, on parle toujours de l'affaiblissement des 30 dernières années
01:58 dû aux dividendes de la paix en France.
02:00 Nous ne sommes pas seulement affaiblis, nous nous sommes endormis.
02:05 Nous qui avons été à l'origine de ces éléments de vocabulaire fondamentaux,
02:10 nous qui avons tant travaillé, nous qui avons eu des chercheurs absolument remarquables
02:15 sur ces questions-là, on a l'impression qu'on était passé à une autre ère
02:19 et que tout cela faisait partie d'un vocabulaire antédilué.
02:24 – On est revenu à la réalité ?
02:25 – Les Russes qui… – Il y a un rapport de force nucléaire ?
02:28 – Absolument, les Russes qui n'ont rien oublié de tout ça,
02:31 qui le pratiquent au quotidien, qui ont étudié et continuent d'étudier Raymond Aron
02:36 très sérieusement, pratiquent remarquablement ces questions.
02:41 Faisons comme eux, faisons comme les Russes.
02:43 Et c'est ce que le président a fait hier soir.
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