00:00 7h-9h, Europe 1 matin.
00:02 7h51, c'est l'heure de l'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro.
00:07 - Bonjour Alexis Brézé. - Bonjour Lionel, bonjour à tous.
00:09 - Alors en dépit des réserves publiques d'Emmanuel Macron,
00:11 exprimées notamment hier dans son interview à l'Humanité,
00:14 Marine Le Pen a donc fait savoir qu'elle se rendrait tout de même demain
00:17 à l'hommage solennel de la nation à Missak Manouchian.
00:20 Alexis, est-ce que vous pensez qu'elle a eu raison, Marine Le Pen ?
00:24 - Je pense surtout qu'Emmanuel Macron a perdu une bonne occasion de se taire.
00:28 Parce que franchement, tout est stupéfiant dans ses propos.
00:32 Et d'abord le lieu où il s'exprime. Enfin, l'Humanité.
00:37 Aucun président de la République en exercice,
00:40 pas même François Mitterrand qui a eu des ministres communistes,
00:42 aucun président jamais n'avait accordé d'entretien à l'Humanité.
00:46 Et donc là, pour nous donner des leçons de morale républicaine,
00:50 Emmanuel Macron choisit le journal d'un parti qui se revendique
00:54 comme l'héritier d'une idéologie, le communisme,
00:57 qui dans l'histoire a tout de même fait 100 millions de morts, ne l'oublions pas,
01:01 et qui en France n'a pas même jugé utile de changer de nom.
01:05 Un parti, je vous le rappelle, qui a attendu juin 1941 pour entrer en résistance
01:10 parce que jusque-là il y avait le pacte germano-soviétique.
01:13 Un parti qui, durant la guerre, n'a pas fait grand-chose pour protéger le groupe Manouchian,
01:18 et qui après s'est donné beaucoup de mal au contraire
01:20 pour occulter la mémoire des résistants étrangers.
01:23 Et ce sont ces gens-là qu'Emmanuel Macron choisit d'ériger
01:27 en arbitre des élégantes historiques. Mais on croirait...
01:29 - Bref, j'ai bien compris, Alexis, vous estimez qu'Emmanuel Macron
01:32 n'aurait pas dû désapprouver la présence de Marine Le Pen à la cérémonie du Panthéon.
01:36 - Est-ce que vous avez noté, Lionel, les termes exacts de la question qui lui a été posée ?
01:41 Eh bien, tout tranquillement, les journalistes de l'Humanité lui demandent
01:45 "Cette panthéonisation aurait-elle un sens si l'héritière politique
01:49 des bourreaux de Missak Manouchian est là ?"
01:53 "L'héritière politique des bourreaux de Missak Manouchian" ?
01:58 Mais est-ce qu'on se rend bien compte ?
02:00 Si ces mots ont un sens, ça veut dire que Marine Le Pen
02:03 est l'héritière politique des nazis, ni plus ni moins.
02:07 Alors face à cette question, Emmanuel Macron aurait peut-être pu exprimer
02:11 un léger désaccord dans la même interview sur bien d'autres sujets.
02:15 Il le fait, il dit "Vous êtes injustes, je récuse cela,
02:18 je déteste cette façon de raisonner".
02:20 Mais là, quand on lui dit que Marine Le Pen est l'héritière politique d'Hitler,
02:25 rien ! Il valide implicitement l'analyse en répondant que
02:28 "Bien sûr, il ne peut pas faire autrement que l'inviter,
02:31 mais que ce serait tout de même mieux qu'elle ne vienne pas".
02:33 En raison, je cite, de son rapport à l'histoire.
02:36 En fait, l'histoire de quoi parle-t-on ?
02:38 Faut-il rappeler qu'en 1940, Jean-Marie Le Pen avait 12 ans
02:42 et que son père étant mort pour la France, il était pupille de la Nation ?
02:45 Faut-il rappeler pour la centième fois les noms de ses héros de la Résistance,
02:49 honoré d'Estendorve, le colonel Rémy, Daniel Cordier,
02:53 Pierre Guillain de Binouville, Alain Grillotret,
02:56 qui étaient des hommes de droite, et même très à droite, et même morassiens ?
03:00 Alors bien sûr, il y a eu d'anciens collabos au FN,
03:03 bien sûr il y a eu le point de détail.
03:05 Mais Maurice Papon, il n'était pas FN, il était député UDR,
03:08 gaulliste donc et ministre de Giscard.
03:10 Et René Bousquet, ce n'était pas l'ami de Jean-Marie Le Pen,
03:13 mais entre autres de François Mitterrand, lui-même décoré de la Francisque.
03:18 Est-ce qu'on prétend pour autant exclure l'UMP et le PS
03:21 de la panthénonisation des Manoukians ?
03:22 Mais tout ça est délirant !
03:24 On a parfaitement le droit de combattre Marine Le Pen,
03:26 mais pas en disant tout et n'importe quoi !
03:28 - Mais alors là, sur cette question dite "l'arc républicain",
03:31 vous pensez que c'est le cas ?
03:32 - Je crois que là, tout le monde est d'accord.
03:33 Même les plus fervents macronistes n'arrivent pas à suivre le président,
03:36 dont c'est Pallino dit.
03:38 Alors la question c'est pourquoi ce énième revirement ?
03:40 Est-ce qu'il faut y voir un calcul politique ?
03:42 Est-ce qu'il a dit ça simplement pour faire plaisir à l'humain ?
03:45 Allez savoir.
03:46 À la réflexion, il me semble qu'il y a derrière tout cela
03:49 une grande inquiétude et au fond un grand désarroi.
03:52 Alors, de la part de celui qui avait promis de faire en sorte
03:54 que les Français n'aient plus aucune raison de voter Rennes,
03:57 on peut le comprendre.
03:58 Mais il est douteux qu'il parvienne à faire reculer Marine Le Pen
04:02 avec pour seule arme un arc fut-il républicain.
04:06 - L'édito politique sur Europe 1. Merci Alexis Brézé.
Commentaires