00:00 Il est mort pour la France alors qu'il était étranger.
00:02 Il entre au Panthéon pile 80 ans après sa mort.
00:05 Je vous explique qui était Missak Manouchian.
00:07 Missak Manouchian, vous connaissez peut-être son visage.
00:09 Il apparaît au centre de ce qu'on appelle l'affiche rouge.
00:12 D'ailleurs l'affiche rouge, ça vous dit peut-être quelque chose.
00:14 C'est le nom d'une très jolie chanson de Léo Ferré.
00:16 L'affiche rouge, c'était quoi au juste ?
00:17 C'est une affiche qui a été réalisée par les services de propagande nazis en 1944
00:22 pour attiser la haine des Français contre les résistants.
00:25 Le but, c'est de montrer des visages qui sont menaçants,
00:28 de les appeler l'armée du crime,
00:30 de bien souligner le fait qu'ils ont des noms très étrangers.
00:33 Il y a Boksov, il y a Fingerveig, il y a Vashbroth, il y a Manouchian.
00:36 Et au cas où on n'aurait pas compris, il est précisé
00:38 Juif polonais, Juif hongrois, Espagnol rouge.
00:41 Ironie de l'histoire, l'effet que va produire l'affiche rouge sur le peuple français
00:45 sera exactement le contraire de ce qui avait été prévu par la propagande nazie.
00:49 Les Français vont y voir en fait le sacrifice de jeunes gens
00:51 qui n'étaient même pas français pour un pays qui les a accueillis.
00:54 Ce qui est extraordinaire avec l'affiche rouge,
00:56 c'est que les nazis ont essayé d'inventer des monstres,
00:59 ils ont créé des héros.
01:00 Et dans ces héros, il y en a un en particulier,
01:02 Misak Manouchian, qui est un peu leur chef.
01:04 Misak Manouchian, il est né au début du XXe siècle à Adiyaman,
01:08 et en fait, il a débarqué en France en 1924.
01:11 Il avait 18 ans.
01:12 Pourquoi il a débarqué en France ?
01:13 Pour échapper au génocide contre les Arméniens.
01:16 Il arrive en France, il est pauvre, il est orphelin et il est ouvrier.
01:19 Lui, il va même travailler à l'usine Citroën à Paris,
01:22 mais son truc à lui, c'est la poésie.
01:24 Il va écrire énormément de poésie au cours des années 1920 et des années 1930,
01:28 de la poésie en langue arménienne.
01:30 Et comme il aimait la poésie, et comme il voulait devenir un lettré,
01:33 figurez-vous que, après l'usine, le soir,
01:35 il allait prendre des cours à la Sorbonne,
01:37 il allait à la bibliothèque Sainte-Geneviève,
01:38 il voulait étudier et il voulait devenir quelqu'un de cultivé.
01:42 Le Parti communiste français a très bien vu
01:43 quel intérêt il avait à mettre la main sur cet esprit fin,
01:46 sur cet esprit lettré, et il voulait en faire un cadre.
01:48 En 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale éclate,
01:51 Misak Manouchian, bien qu'étranger,
01:53 est mobilisé pour la France.
01:55 Il se bat, il fait la drole de guerre,
01:57 il revient en France, à l'arrière,
01:59 et en 1941, il s'engage avec le Parti communiste français
02:03 dans la résistance.
02:04 En 1943, le Parti communiste français le nomme à la tête
02:07 de ce qu'on appelle les FTP-EMOI.
02:08 FTP-MOI.
02:09 Front tireur et partisan, main d'œuvre immigré.
02:12 C'est avec ce groupe, qu'on appellera plus tard le groupe Manouchian,
02:15 qu'en fait ils vont être arrêtés, traqués par la police française,
02:17 puis jugés et exécutés par les Allemands.
02:20 Aujourd'hui, en 2024, il entre au Panthéon,
02:22 accompagné de sa compagne Méliné,
02:24 et avec la mémoire des 22 autres de ce qu'on appelle le groupe Manouchian,
02:27 qui ont tous été comme lui, d'immenses résistants,
02:30 arrêtés, torturés, exécutés par les Allemands en 1944.
02:34 [SILENCE]
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