00:00 Un Missak Manouchian, la patrie reconnaissante, ce soir, 18h30, le résistant communiste arménien
00:06 va faire son entrée au Panthéon avec son épouse Méliné.
00:09 Ces 23 compagnons d'armes, ceux de l'affiche rouge, entreront aussi symboliquement au
00:15 Panthéon, leur nom gravé sur une plaque.
00:18 Ce soir, l'ennemi connaîtra le bruit du sang et des larmes.
00:41 D'abord, c'est un honneur pour nous que la résistance communiste soit symbolisée
00:57 par l'IFTP et MOI, par Missak Manouchian et ses camarades, cette résistance étrangère
01:04 et communiste qui a libéré la France aux côtés des autres.
01:07 C'est un honneur et c'est une réparation parce que la résistance communiste n'était
01:11 pas au Panthéon, elle y entre aux côtés des autres.
01:14 Leur combat montre que la France est beaucoup plus large qu'une nationalité, c'est aussi
01:27 des valeurs qui structurent notre identité.
01:29 Ils se sont battus pour la France parce que la France c'est les droits humains et les
01:33 droits sociaux.
01:34 C'est ça qu'il faut rappeler aujourd'hui parce que c'est cet héritage qui aujourd'hui
01:38 est menacé et fragilisé.
01:41 Je suis là ce soir pour leur dire que la CGT, fidèle à leur combat, ne lâche rien.
01:46 Ce cercueil, celui de Missak Manouchian ce soir, ce sont des milliers de femmes et d'hommes
02:00 qui ont donné leur vie pour que nous puissions être là ce soir, leur rendre hommage, vivre
02:04 libre.
02:05 On pense à beaucoup de choses, on pense à notre engagement militant, on se demande ce
02:10 qu'on aurait fait nous à son époque, on pense au chantier qu'on a encore devant nous
02:15 et à tout ce qui reste à accomplir pour continuer le travail des Manouchians, le travail des
02:19 résistants, le travail des résistants communistes, tout ce qu'on peut faire pour être à la
02:23 hauteur, être digne de ceux qui sont morts pendant cette guerre.
02:26 Même dans les pires moments, dans les moments de désespoir où on se met à douter du genre
02:32 humain, il y a encore cette petite lueur d'espoir à laquelle il faut s'accrocher parce que
02:36 c'est ce que nous leur devons aussi.
02:38 Aujourd'hui on se retrouve devant le dernier domicile connu de Missak et Méliné Manouchian
02:53 aux 11 rues Plaisance où la CGT a décidé d'organiser un rassemblement.
02:57 C'est noir de monde, tout le monde a répondu présent, on va aller interroger les militants.
03:01 Qu'est-ce que ça représente pour toi d'être devant le domicile de Méliné et Missak Manouchian ?
03:05 C'est une transmission de l'histoire qui est importante, puisqu'actuellement au vu
03:08 des enjeux qu'il y a avec une montée d'extrême droite dans notre pays.
03:12 C'est important aussi par rapport à la jeunesse, c'est une transmission qui se fait de manière
03:15 directe.
03:16 On connaît l'histoire de notre pays, les points de bascule.
03:18 Aujourd'hui la France c'est une terre d'accueil, c'est l'histoire dont on est fiers, c'est
03:21 de la résistance qui a été internationale, en dehors des frontières, en dehors de la
03:25 question de la nationalité.
03:26 Et là ça rentre dans l'histoire officielle, c'est plus qu'un devoir de mémoire, c'est
03:30 un devoir d'histoire.
03:31 Qu'est-ce que c'est que ces médailles que vous portez ?
03:32 La Légion d'honneur, la croix de guerre 39-45, avec une étoile de bronze pour acte
03:37 de courage, la médaille des évadés et la médaille du combattant volontaire.
03:42 À l'attaque !
03:43 J'imagine que pour vous c'est quelque chose de magnifique, même pour les gens, pour
03:46 la mémoire, pour les jeunes qui forcément ne connaissent pas forcément Missak Manouchian.
03:50 C'est important, vous voyez, je vais avoir 100 ans, je suis dans 24, je suis franco-arménien.
03:55 Mon père était arménien de Constantinople et ma mère était française parisienne d'ici.
04:02 Merci beaucoup.
04:03 C'est mon plaisir.
04:04 Là il n'y a pas forcément d'extrême droite, je sais que tout à l'heure on va
04:07 normalement en retrouver au Panthéon, qu'est-ce que vous pensez de tout ça ?
04:10 C'est insupportable en réalité parce qu'il y a une tentative de manipulation, de gommer
04:15 l'histoire.
04:16 Quelque part c'est effectivement une insulte pour ce vaisselle auquel on va rendre hommage
04:19 aujourd'hui.
04:20 On sait très bien où était l'extrême droite à l'époque, on sait très bien d'où elle
04:23 vient.
04:24 Je pense que le moment que nous vivons va au contraire permettre une clarification et
04:27 la sortie de la confusion.
04:29 Je suis petite fille et arrière petite fille de résistants communistes et déportés.
04:56 Donc c'est vrai que l'histoire de la seconde guerre mondiale a toujours été très importante
05:01 pour moi.
05:02 J'essaye d'impliquer ma fille avec.
05:05 C'était un étranger qui est mort pour la France.
05:09 Être français, ce n'est pas juste une question de papier, c'est une question d'état d'esprit
05:15 et de cœur.
05:16 C'est la première fois qu'un communiste et qu'un étranger et surtout un Arménien
05:24 entre panthéons.
05:25 Je suis d'origine arménienne par mon grand-père.
05:28 Ça représente beaucoup par rapport à mon histoire, l'histoire de ma famille.
05:32 Toutes les valeurs que ma nouvelle chère représente font partie des miennes et celle
05:36 de mon histoire.
05:37 Donc c'est important pour moi de participer à ça.
05:41 Ces camarades sont des juifs d'Europe centrale et orientale, hongrois, colonais, roumains,
05:49 bulgares, des républicains espagnols, nombre d'Italiens antifascistes et quelques Arméniens
05:56 comme Armenak Manoukian.
05:57 Ils sont tombés, ils sont tombés, ils sont tombés.
06:11 Ça me fait un plaisir immense parce que j'ai l'impression de vivre un véritable moment
06:19 historique.
06:20 J'ai l'impression qu'approchant de la fin, je suis dans une conclusion qui me rend
06:25 très heureux.
06:26 Moi j'ai eu une secrète jubilation.
06:28 L'extrême droite vient rendre hommage à la résistance communiste.
06:32 Ça me fait plaisir de voir l'extrême droite à genoux devant la résistance communiste.
06:38 Ça me plaît.
06:39 N'oublions pas que ma mère a toujours dit, quoique gaulliste, qu'elle avait combattu
06:44 avec ses frères et soeurs d'armes communistes durant toute la période de la guerre.
06:49 Je suis très heureux qu'elle soit en compagnie de Misak Manoukian, de Méliné Manoukian,
06:57 de tous les résistants du groupe de l'Affiche rouge.
07:00 J'ai une lettre que m'a écrit mon père trois heures avant de mourir.
07:04 Il me dit "je meurs pour ton bonheur et le bonheur de tous les enfants et le bonheur
07:10 de toutes les mamans".
07:11 Ça explique déjà une partie de son combat.
07:13 Elle a été écrite trois heures avant de mourir.
07:16 Et cette lettre, il la termine, il écrit "Vive la France, vive la liberté".
07:21 [Musique]
07:48 Merci.