00:00 Présentez armes !
00:02 Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté
00:16 sauront honorer notre mémoire dignement.
00:19 Ce sont les derniers mots écrits par le résistant Missak Manouchian à son épouse Méliné.
00:26 C'était le 21 février 1944, juste avant de passer devant le peloton d'exécution allemand
00:32 au Mont Valérien, à l'ouest de Paris, avec 24 hommes, dont 21 camarades de son groupe de combat.
00:39 80 ans plus tard, les cendres de Manouchian et celles de son épouse sont transférées au Panthéon.
00:47 Mais à qui la République rend-elle vraiment hommage ?
00:52 L'histoire de Missak Manouchian
00:57 Missak Manouchian n'a que 9 ans en 1915 quand ses parents meurent victimes du génocide arménien.
01:03 Il débarque à Marseille à 19 ans, sans papier.
01:07 D'abord menuisier dans le sud de la France, il devient ouvrier tourneur dans les usines Citroën à Paris.
01:14 Là, le jeune apatride est au contact des organisations communistes.
01:21 Mais quelque chose le préoccupe, la montée du fascisme.
01:25 En France, le rejet des étrangers et l'antisémitisme augmentent.
01:31 La presse d'extrême droite attise toutes les tensions, la crise économique, le chômage,
01:37 le nombre croissant d'immigrés et de réfugiés d'Europe centrale qui fuient les régimes autoritaires et judéophobes.
01:44 Au milieu des années 30, les étrangers en France sont un peu plus de 2 millions.
01:50 Les abords de la chambre sont gardés. Vers la fin de l'après-midi, les premières bagarres éclatent place de l'opéra.
02:00 Quand le 6 février 1934, une manifestation dans le centre de Paris vire à l'émeute d'extrême droite,
02:07 pour Missak Manouchian, c'en est trop.
02:11 Il adhère à l'international communiste, l'ancêtre du Parti communiste français.
02:18 Au même moment, au sein du groupe dit de la main-d'œuvre immigrée,
02:22 il retrouve d'autres Arméniens, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Polonais, des Portugais, etc.
02:30 Et il y rencontre une Arménienne, elle aussi rescapée du génocide, Méliné.
02:36 1er septembre 1939.
02:41 La guerre, l'invasion, le choc.
02:45 Hitler envahit la Pologne, pays allié de la France.
02:49 Dès le lendemain, Paris ordonne la mobilisation générale.
02:59 80 000 immigrés et réfugiés se présentent eux-mêmes devant les recruteurs militaires.
03:05 Entre fin 1939 et mi-1940, près de 45 000 sont incorporés.
03:12 Parmi eux, Misak Manouchian.
03:15 Mais pourquoi ces milliers d'étrangers s'engagent-ils ?
03:21 L'historien Denis Peschansky y voit au moins quatre raisons.
03:26 L'antifascisme, pour ceux qui ont connu des régimes autoritaires et antisémites.
03:32 Le patriotisme, surtout chez les soldats polonais et tchécoslovaques réfugiés en France
03:39 après l'invasion allemande de leur pays.
03:42 Leur objectif, battre maintenant Hitler pour récupérer ensuite leur patrie.
03:48 Autre raison, l'obéissance au parti communiste pour ces militants qui rêvent d'un monde sans frontières.
03:56 Dernière motivation, largement partagée par ces étrangers,
04:02 se rendre utile à la France, leur pays d'accueil.
04:07 Sauf que la France échoue.
04:11 Vaincu, envahi, le pays dépose officiellement les armes en juin 1940.
04:19 Pour Misak Manouchian et quelques milliers d'étrangers, la lutte change de dimension.
04:27 La France a perdu une bataille, la France n'a pas perdu la guerre.
04:31 Le combat contre le nazisme, ils le porteront désormais dans l'ombre et la clandestinité.
04:37 Premier objectif, souder les combattants en contrant la propagande nazie
04:44 et le discours du régime collaborationniste de Vichy.
04:47 L'humour clandestin.
04:49 La bête humaine.
04:50 Les misérables.
04:52 Parmi les autres objectifs, informer les juifs des exactions nazies et en sauver le maximum.
04:58 Plus de 300 000 Français et étrangers juifs sont menacés de mort par les nazis
05:03 et la politique antisémite de Vichy.
05:07 Et il y a l'évasion qui mobilise beaucoup.
05:18 Il faut faire évader quiconque souhaiterait allier la France libre à Londres
05:22 et rapatrier dans leur pays les aviateurs anglais
05:25 dont les avions ont été abattus en France par l'ennemi.
05:29 Enfin, il y a la lutte armée.
05:37 Une minorité de ces étrangers de France s'y engage.
05:41 La plupart d'entre eux se battent à la campagne.
05:44 Juste un exemple.
05:46 Dans un des maquis du sud-ouest, on compte environ 4 000 Espagnols.
05:51 D'autres mènent le combat au cœur des villes.
05:54 C'est le cas de Manouchian.
05:57 Son groupe ?
05:59 Les francs-tireurs et partisans, main-d'œuvre immigrés.
06:02 Les FTP et Moï.
06:05 Leur chef militaire, en région parisienne, Boris Solban,
06:09 un communiste roumain exilé en France avant la guerre.
06:13 De mai 1942 à juillet 1943,
06:23 les FTP et Moï commettent près de 200 attentats en région parisienne.
06:28 Comme la police est aux trousses de ses résistants,
06:33 Boris Solban veut modérer le rythme des actions.
06:37 Le parti communiste refuse et place Manouchian à la tête du groupe.
06:43 Nouveau chef militaire,
06:45 Misek Manouchian applique à la lettre les ordres de la direction du parti.
06:50 Le groupe frappe l'ennemi une trentaine de fois,
06:53 avec un coup d'éclat, le 28 septembre 1943.
06:57 L'assassinat de Julius Ritter, un général SS.
07:02 La voiture ZF-10 sort en marche arrière du 18.
07:06 Elle font sautir à travers la vitre arrière droite.
07:09 Blessé, l'Allemand cherche à sortir par la portière gauche.
07:12 Riemann l'achève.
07:13 Les trois hommes disparaissent par l'angle de la rue Petrarque.
07:16 Ritter n'est pas n'importe qui.
07:19 Il était responsable du STO,
07:22 le service du travail obligatoire en France,
07:25 pour lequel des centaines de milliers de Français ont été envoyés en Allemagne,
07:29 avec l'aval de Vichy en quelques mois.
07:32 Par cet acte a été accomplie la vengeance de tous les prisonniers français
07:38 et les déportés en Allemagne,
07:40 et de tous les jeunes réfractaires qui opposent leur volonté
07:43 pour refuser d'aller travailler en Allemagne.
07:48 Mais à l'été 1943, le groupe Manouchian,
07:51 ce ne sont qu'une soixantaine d'hommes et femmes,
07:54 dont une vingtaine seulement, va au feu.
07:57 Après de nombreuses arrestations de résistants à Paris,
08:00 ils sont presque les seuls à mener la lutte armée dans la capitale,
08:03 d'où des risques accrus d'interpellation.
08:06 D'ailleurs, la BS2 les file depuis plusieurs semaines.
08:11 La BS2, c'est la brigade spéciale numéro 2 des renseignements généraux
08:16 de la préfecture de police de Paris.
08:19 Sa spécialité, la traque des résistants communistes,
08:22 les communauterroristes, dans son jargon.
08:25 Ivry prend le métro à Luxembourg et descend à Brôlaren.
08:30 Il attend 20 minutes et à 9h20 est rejoint par un homme
08:33 que nous surnommerons Bourg.
08:35 Il répond au signalement suivant.
08:37 38 ans, 1m65, corpulence forte, cheveux bruns bouclés, coiffés en arrière,
08:43 teint mat, type oriental, nez fort, le sourcil épais.
08:47 Bref, des policiers français, au service de l'occupant,
08:52 pourchassent des étrangers, en guerre contre ce même occupant.
08:56 Coup de filet, le 16 novembre 1943.
09:01 La BS2 arrête Manouchian et la plupart des membres de son groupe.
09:05 Presque tous ceux qui ont été repérés au cours de la filature sont arrêtés.
09:09 En tout, 68 personnes, les FTP-Moi de la région parisienne n'existent pratiquement plus.
09:15 Méliné, l'épouse de Missach, résistante elle aussi, échappe aux policiers.
09:21 Torturée par la police française, Manouchian et 22 autres résistants
09:28 comparaissent devant un tribunal militaire allemand le 15 février.
09:32 Sentence ? La mort.
09:35 Au moment de ce procès, le service de propagande nazi commande une affiche.
09:43 L'affiche rouge.
09:45 Son but, montrer aux Français que les résistants sont des criminels,
09:50 des étrangers, des juifs.
09:53 Objectif raté, disent des rapports de police.
10:00 Les Français, largement hostiles à l'occupant et à la collaboration,
10:05 expriment de la compassion pour ces combattants.
10:08 Des combattants étrangers, certes.
10:11 Mais des combattants, surtout.
10:14 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
10:18 "La Marseillaise"
10:22 "La Marseillaise"
10:26 "La Marseillaise"
10:29 Sous-titrage Société Radio-Canada
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