00:00 Une manière pacifique, ils y tiennent, d'afficher leur ras-le-bol.
00:03 Pacifique, mais déterminé.
00:26 Excédé par un quotidien devenu invivable selon eux.
00:30 Romain Courval va nous en faire la démonstration dans sa ferme de 200 hectares.
00:36 Nous le retrouvons au petit matin.
00:46 Comme chaque jour, il enfile sa tenue de travail.
00:51 Une combinaison et des bottes.
00:56 Direction les tables pour retrouver ses bêtes.
00:59 Alors là, on a des animaux que j'ai sevrés hier.
01:03 Ce sont des femelles qui ont entre 7 et 8 mois, qui sont de race charolaise.
01:10 Sur son exploitation, un peu plus de 200 animaux dont il faut s'occuper au quotidien.
01:18 Les horaires d'une journée type, de 7h à 8h du matin, avec une heure de coupure le midi,
01:25 et jusqu'à 8h le soir, 19h38.
01:30 - 7 jours sur 7 ?
01:31 - 6 jours sur 7, le dimanche, on en fait moins.
01:34 Une activité intense, exigeante.
01:37 Ce qui n'effraie pas Romain Courval.
01:40 Il s'y est préparé dès son plus jeune âge.
01:43 - Moi, j'ai toujours baigné là-dedans, en fait.
01:46 Depuis tout petit, les week-ends ou les vacances, j'allais aider mes parents à la ferme.
01:51 Donc c'était un peu une sorte d'évidence.
01:54 Je me suis toujours pu là-dedans.
01:56 J'ai fait le choix en 3e de partir en études agricoles pour me former vraiment à ce métier-là.
02:00 Et aujourd'hui, je ne le regrette pas du tout.
02:02 Romain Courval a repris l'exploitation familiale le 1er janvier dernier.
02:09 Et peu à peu, il découvre l'envers du décor et les difficultés concrètes du métier.
02:17 - Ça, c'est du plastique que je me sers pour faire un aliment de qualité pour les aliments,
02:23 pour la fermentation de l'herbe qui se trouve dedans, parce que c'est de l'herbe dedans.
02:26 Mais ce produit-là, il a pris, on va dire, 40% en moins de 2 ans, quoi.
02:34 Donc ça nous fait des charges encore en plus qui sont un peu difficiles à avaler.
02:40 C'est que nous, derrière, on n'a pas l'augmentation de nos prix de vente.
02:44 Donc ça s'équilibre pas, quoi.
02:47 Autre point de crispation, le prix du GNR.
02:52 Le gazole dit non routier, utilisé dans les tracteurs de la ferme.
02:57 - Aujourd'hui, honnêtement, sur l'utilisation du tracteur, on y réfléchit beaucoup.
03:01 Quand on descend pour aller voir des animaux, on l'éteint beaucoup plus qu'avant,
03:07 parce que c'est devenu un "made luxe", un peu, comme j'aime bien dire, maintenant.
03:13 L'avantage fiscal dont il bénéficiait a été raboté.
03:19 Un poste de dépense supplémentaire pour le jeune fermier.
03:23 - En chiffre, on va dire qu'il y a 2 ans, on achetait le litre de GNR 50 centimes en moyenne.
03:33 Aujourd'hui, on est arrivé plutôt à 1,10 euro, quoi.
03:37 Ça a doublé.
03:39 Une situation qui se dégrade et que suit de près Christine Courval, la mère de Romain.
03:47 - Donc il va me rester le maïs à mettre.
03:50 - Oui, je vais le reprendre comme il faut. Je vais aller voir le 50, là.
03:53 Je pense qu'il est encore un peu malade.
03:56 A 55 ans, cette mère de famille travaille elle aussi sur l'exploitation.
04:01 D'abord aux côtés de son mari, désormais avec son fils.
04:05 - Je suis très contente, très, très contente,
04:08 puisque comme mon mari a pris la retraite, ça me permet d'être avec mon fils.
04:12 Si Romain ne s'était pas installé, j'aurais pas pu rester à l'exploitation toute seule.
04:17 J'aurais dû aller finir ma carrière ailleurs.
04:19 Donc là, c'est une joie de pouvoir travailler avec son fils,
04:22 transmettre tranquillement à Romain.
04:25 - C'est aussi un peu la volonté que j'ai eue dans mon installation.
04:29 Au-delà de la mort un peu du métier, c'est de perdurer un petit peu ce que mes parents avaient construit.
04:38 Un héritage qui se transforme en fardeau.
04:42 A 6 ans de la retraite, la quincagénaire a vu son métier évoluer.
04:46 Et elle se rend bien compte que la profession est aujourd'hui sérieusement en danger.
04:51 - Il y a toujours eu une différence en ce que vraiment ça nous coûte à produire et ce qu'on peut le vendre.
04:55 Mais de toute façon, c'est pas nous qui décidons le prix de vente.
04:57 Si le revenu n'évolue pas, on va perdre les agriculteurs.
05:01 Parce que peut-être que nous encore, nos générations, on a fait un peu de sacrifice,
05:05 mais les nouvelles générations, elles font peu de sacrifice.
05:08 Ils ont les compétences pour aller faire autre chose, ils iront faire autre chose.
05:11 Une génération inquiète pour l'avenir.
05:15 Une journée par semaine, Romain Courval quitte ses vaches pour s'enfermer ici dans son bureau.
05:22 - Alors ça, ça représente une année de facture en fait sur l'exploitation.
05:28 Là, on a l'année 2021, la partie facture de 2021.
05:32 Et là, on a la facture de l'année 2023.
05:35 Des heures à faire les comptes pour tenter de voir si chaque mois, son activité est rentable.
05:44 Et bien souvent, le jeune agriculteur fait le même constat.
05:48 - On peut remarquer que le coût de production aujourd'hui pour une vache à étante,
05:53 il peut être de 6,17€ en fait, ça coûte 6,17€ du kilo.
05:58 Et aujourd'hui, le prix de marché, il est de 5,43€.
06:01 Pour rentrer en fait dans nos frais et pour juste verser un SMIC et payer toutes nos factures,
06:08 il faudrait le vendre 6,17€ en fait du kilo.
06:11 Donc on voit vraiment qu'il y a vraiment en fait ces 50 centimes ou 60 ou 80
06:16 qui manquent en fait pour vraiment vivre décemment quoi.
06:20 Alors comme ses collègues, pour éviter de sombrer et d'être dans le rouge en permanence,
06:25 Romain Courval compte sur les aides.
06:28 Celles de l'APAC, la politique agricole commune financée par l'Europe.
06:33 - Aujourd'hui, en tant qu'agriculteur, on ne peut pas se passer de l'APAC et des normes européennes
06:39 parce que sans les fonds qui nous versent, on ne pourrait pas tenir les fermes.
06:44 Mais derrière, on a une quantité de normes qui s'imposent à nous de plus en plus grande,
06:49 une lourdeur administrative qui devient un peu imbuvable.
06:53 Un empilement des réglementations.
06:56 Ce qui pour l'ancienne génération complexifie le travail des agriculteurs.
07:02 - On a des contraintes supplémentaires bien évidemment pour tout ce qui entretient des prairies.
07:06 Plus ça va, plus on en a.
07:08 Jusqu'à il y a encore quelques années, Christine Courval utilisait du désherbant autour de ce ruisseau
07:16 pour enlever les ronces et permettre l'accès aux bétails.
07:20 Mais aujourd'hui, cette pratique est totalement interdite.
07:24 - On a toujours l'impression d'être un peu des criminels, de tuer la planète
07:27 parce qu'on essaie d'entretenir nos prairies et la nature comme il faut,
07:30 alors qu'en fait, on ne fait rien de mal.
07:33 Ça nous est déjà arrivé d'être contrôlés, de trouver quelqu'un dans leur ruisseau.
07:37 Donc ce sont des agents assermentés qui arrivent avec leur pistolet.
07:40 C'est vraiment un peu impressionnant.
07:43 Et donc ils viennent voir ce qu'on a fait.
07:45 Alors forcément, si on a traité, ça se voit.
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