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Des marins pêcheurs sont soupçonnés d’avoir aidé des narcotrafiquants à récupérer plus de 630 kg de cocaïne largués en mer. C’est la technique du « drop off ». Notre journaliste Vincent Gautronneau fait le point sur cette affaire.
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00:00Des marins pêcheurs recrutés par des barons de la drogue pour aller récupérer en mer des tonnes de cocaïne.
00:06Ça s'appelle le drop-off. On vous raconte ça aujourd'hui dans Code Source Le Talk.
00:09Code Source Le Talk, c'est le podcast du Parisien, disponible en audio et en vidéo.
00:14Je suis aujourd'hui avec Vincent Gautreneau.
00:19Salut Vincent. Bonjour Jules. Tu vas bien ? Ça va, ça va.
00:22Ton travail au Parisien, c'est spécialiste police-justice.
00:25Ça veut dire que ton travail au quotidien, c'est de parler de tueurs, de trafiquants de drogue, c'est
00:31ça ?
00:31Oui, c'est la majorité du travail et on sait que c'est devenu un sujet, notamment les trafiquants de
00:37drogue, de préoccupations majeures.
00:39Il y a eu l'an dernier une loi narcotrafic qui prouve l'ampleur du phénomène en France.
00:44Aujourd'hui, tu vas nous parler de la première affaire de drop-off qui a été stoppée par les policiers.
00:51Tu vas tout nous expliquer. Mais d'abord, on a choisi de prendre quelques années de recul.
00:55On va commencer ce podcast en 2023. C'est une année où on a beaucoup parlé dans l'actualité régulièrement
01:01de ce qu'on a appelé des marées blanches.
01:03C'est quoi les marées blanches et qu'est-ce qui s'est passé en 2023 ?
01:06Les marées blanches, c'est les échouages de cocaïne qui ont eu lieu sur les plages, beaucoup en Normandie, un
01:11petit peu en Bretagne, mais aussi dans le nord de la France.
01:14Pendant plusieurs mois, on a vu comme ça des ballots de cocaïne arriver sur les côtes françaises,
01:21générant des fois des choses assez particulières.
01:24Des riverains, notamment dans le Côte-Antin, racontaient voir débarquer en pleine nuit des gens en quad avec des lunettes
01:30de vision nocturne
01:31en train d'essayer de récupérer des ballots de cocaïne sur la plage.
01:34Et on estime qu'environ 3,5 tonnes de cocaïne se sont échouées sur les plages françaises en 2023.
01:41Alors dans ce podcast, on va vraiment s'arrêter sur une affaire de drop-off.
01:44D'abord, de quoi on parle ? C'est quoi le drop-off ?
01:46Alors le drop-off, c'est une tactique, une technique des trafiquants de stupéfiants
01:51pour réussir à importer la cocaïne en France ou dans un autre pays.
01:55Le drop-off, c'est ce qu'on appelle un largage en mer.
01:59En fait, la cocaïne est mise sur un cargo, en général un cargo qui vient d'Amérique du Sud,
02:05qui vogue vers les ports européens.
02:08Et au milieu de l'Atlantique, enfin au milieu de l'Atlantique, non, à proximité, pas trop loin des côtes
02:13françaises,
02:13les ballots de cocaïne vont être largués avec une balise, souvent, une balise GPS.
02:19Une balise GPS en fait, voilà, une balise GPS qui peut faire de la lumière, ça dépend des modèles de
02:24balises.
02:25Ce qui va permettre à des pêcheurs de repérer les ballots de cocaïne largués et de venir les récupérer en
02:32mer.
02:32Et donc ça, pour être clair, les policiers, ils savaient que ça existait, j'imagine,
02:36mais jusqu'à l'affaire qu'on va raconter aujourd'hui, ils n'arrivaient pas vraiment à interpeller des gens
02:40sur le fait, c'est ça ?
02:41En réalité, le drop-off, on sait qu'il existe par les échouages de cocaïne.
02:45La première fois, quand il y a 5 kilos de cocaïne qui s'échoue sur une plage, on peut se
02:49poser la question.
02:50Quand il y a 3,5 tonnes, on comprend que soit c'est tombé d'un conteneur, mais c'est
02:54un accident.
02:55Mais quand ça se reproduit plusieurs fois sur un espace-temps relativement court,
03:00on comprend tout simplement qu'il y a des largages en mer et que visiblement, ils n'ont pas tous
03:05été récupérés.
03:06Et donc, au départ de l'affaire qui nous intéresse aujourd'hui, l'affaire du chalutier Lucky,
03:12il y a un renseignement humain en 2023, c'est ça ?
03:16Oui, c'est la PJ de Rouen qui apprend qu'un pêcheur se livrerait au drop-off.
03:23Donc les enquêteurs de la police judiciaire de Rouen et de l'OFAST vont se mettre,
03:28pour identifier ce phénomène en réalité, pour conforter aussi l'existence de ce phénomène,
03:33à travailler sur un petit groupe de pêcheurs de Wistreham.
03:35Et donc l'OFAST, c'est l'office anti-drogue, l'office anti-stupéfiant.
03:39Ce pêcheur, je crois qu'il se trouve au départ, justement, déjà en détention pour notre problème ?
03:43Oui, en réalité, il est en détention pour des délits de pêche.
03:45Il avait pêché au-delà des quotas ou des choses comme ça, ou dans des zones où la pêche était
03:49interdite.
03:51Et voilà, en gros, quelqu'un...
03:53Il avait déjà franchi la ligne rouge quelque part.
03:55En tout cas, il avait franchi une certaine ligne rouge, oui.
03:57Et voilà, les policiers sont avisés que cet homme-là, selon un renseignement humain,
04:01se livrerait au trafic de cocaïne.
04:04Et ça, c'est quelque chose dont tu parles et dont vous parlez avec tes collègues du Parisien régulièrement.
04:10En prison, les détenus, souvent, je veux dire, les détenus qui sont impliqués dans des affaires de drogue,
04:15peuvent continuer à travailler, entre guillemets, avec leur téléphone.
04:18Oui, ils ont...
04:20C'est un secret de polichinelle de dire qu'il y a des téléphones portables en détention.
04:23Voilà, et donc ce pêcheur qui est en détention pour une affaire qui n'a rien à voir avec de
04:27la drogue,
04:27et au départ, il est placé sur écoute.
04:29Et ces écoutes, elles sont très intéressantes pour les policiers.
04:31Elles vont effectivement révéler qu'il se passe quelque chose.
04:35Il est en contact avec des gens et il évoque des sorties en mer qui ne semblent pas concerner des
04:42sorties de pêche.
04:44Donc, il y a plusieurs personnages clés dans cette affaire, plusieurs marins, deux marins notamment, dont on va parler.
04:50Le premier, c'est Eric B. Son prénom, c'est Eric.
04:53Quel est son profil en quelques mots ?
04:55C'est un homme qui est un quinquagénaire, qui est pêcheur à Trouville, qui a eu...
05:00En Normandie.
05:01Voilà, en Normandie, qui a eu quelques soucis financiers dans le passé en tant que patron de pêche,
05:06parce que c'est un métier difficile où beaucoup de pêcheurs galèrent à boucler les fins de mois.
05:10Et Eric B., il a revendu un bateau de pêche et depuis quelques temps, il a ce qu'on appelle
05:15une vedette rapide.
05:17Et il a un autre petit bateau qui peut servir à faire de la pêche, on va dire, assez proche
05:22des côtes.
05:22L'autre marin qui va intéresser les policiers est prénommé Anthony, Anthony Q.
05:27Lui, il a quel type de bateau ? C'est quel type de marin pêcheur ?
05:31Alors lui, il est intéressant pour les trafiquants de stupéfiants, car c'est lui le propriétaire du Lucky.
05:35Et le Lucky, c'est un chalutier important.
05:38Important, c'est-à-dire quoi ?
05:39Ça veut dire c'est un chalutier de bonne taille.
05:41Gros bateau.
05:41Voilà, c'est un gros bateau pour un bateau de pêche.
05:43Et donc, qui peut naturellement aller plus loin en mer que les petites vedettes rapides.
05:49Donc voilà, c'est un bateau qui est fait pour la pêche au large.
05:52Et donc, sur les écoutes, les policiers entendent, comprennent que les trafiquants à qui ces marins ont affaire
05:59sont des gens potentiellement dangereux.
06:02Ça se comprend quand on écoute les marins se parler au téléphone.
06:05Oui, en fait, les marins, ils racontent ce qui leur arrive à leurs femmes, à leurs amis, parfois à leurs
06:10matelots.
06:11Et effectivement, on sent chez eux une forme d'inquiétude après certaines discussions.
06:16Une fois, un marin accueille du monde sur son bateau.
06:22Il appelle sa femme derrière en disant qu'il voulait tout photographier, il voulait tout savoir.
06:27Et oui, il ressent une forme de pression.
06:29Du monde, c'est-à-dire des gens qui, a priori, sont proches des trafiquants, c'est ça ?
06:33En tout cas, des gens qui ne sont pas des pêcheurs.
06:35Oui.
06:35Et clairement, on sent de la peur des fois dans ce qu'ils disent ?
06:38Oui, ça se perçoit aussi.
06:40Après, elle ne transparaît pas systématiquement.
06:43Mais on a quand même des gens qui vont...
06:46Oui, qui disent être inquiets et qui, à des moments, décident de ne plus répondre au téléphone aux trafiquants
06:53pour tenter de s'en détacher.
06:55Mais certaines fois, les trafiquants viennent même les trouver chez eux ou des choses comme ça.
06:59Et dans cette affaire comme dans d'autres, il y a des intermédiaires, c'est ça ?
07:03Des gens...
07:03Je sais que dans tes articles sur le sujet du Lucky, tu parlais d'un certain Théo qui avait 24
07:07ans,
07:08qui servait un peu d'intermédiaire, qui allait essayer de recruter quelque part des marins.
07:12En réalité, ce ne sont jamais ce qu'on appelle les grossistes en cocaïne qui vont aller traîner sur les
07:19ports recrutés,
07:20que ce soit des dockers, dans le cas du port du Havre, qui est la première plateforme d'entrée de
07:25la cocaïne en France,
07:26ou des pêcheurs.
07:28Ils délèguent ça.
07:29En fait, le trafic de cocaïne, c'est un métier comme un autre.
07:34Et donc, chacun dans ce...
07:36Il est égal, mais comme un autre.
07:37Il est égal, mais comme un autre.
07:38Et dans ce cadre-là, chacun a sa profession.
07:40Donc, on a ceux qui ont des contacts en Amérique du Sud,
07:43on a ceux qui vont être chargés de vendre la cocaïne en métropole,
07:48de la distribuer aux consommateurs.
07:50Et on a notamment des gens, ce que les policiers appellent des sorteurs,
07:53dont le but, c'est de réussir soit à faire sortir de la cocaïne du port du Havre,
07:59en corrompant des dockers, en embauchant des chauffeurs de poids lourd,
08:04ou alors d'aller, par exemple, quand c'est un peu plus difficile au port du Havre
08:08et que les mesures de sécurité se renforcent,
08:11d'aller tamponner, comme ils disent, des pêcheurs
08:13pour trouver d'autres moyens de faire parvenir la cocaïne sur le territoire.
08:17Et les marins pêcheurs qui acceptent d'aller chercher comme ça,
08:20d'aller récupérer de la drogue en mer,
08:21est-ce qu'ils le font pour l'appât du gain
08:24ou par peur des gros trafiquants ?
08:27La réalité, c'est qu'au départ, il y a toujours l'appât du gain.
08:31Les trafiquants, ils ne tamponnent pas n'importe qui.
08:34Ils tamponnent un pêcheur qui peut avoir des difficultés financières
08:38et qui semble intéressé.
08:40Lors de ces auditions, un des pêcheurs dit
08:42qu'on a tous été tamponnés sur le port.
08:45Tous les marins ont peut-être un jour eu un trafiquant,
08:49un intermédiaire qui est venu leur faire comprendre
08:51si tu veux, tu peux gagner de l'argent, machin.
08:53Enfin, la plupart refusent.
08:55Eux, ils ont cédé par appât du gain.
08:58Incontestablement, ils le disent tous,
08:59c'est l'appât du gain qui les a fait basculer,
09:02franchir la ligne jaune.
09:03Ensuite, une fois qu'ils l'ont fait une fois,
09:04ils peuvent être tenus, notamment par des pressions.
09:08Eric B, dont on a parlé un peu plus tôt,
09:09ce qu'il raconte par exemple, c'est qu'une fois,
09:11il a fait une sortie, on lui avait proposé
09:13plusieurs centaines de milliers d'euros.
09:15Dans les 600 000 euros.
09:15Dans les 600 000 euros pour lui et son équipage.
09:17C'est des sommes colossales quand même.
09:20Considérables.
09:21Il faut savoir après que le kilo de cocaïne
09:23a une valeur en France d'à peu près 30 000 euros le kilo.
09:26Malgré tout, on est sur 600 kilos,
09:29on est sur des sommes astronomiques derrière.
09:31Ça va dans les 20 millions à peu près.
09:33600 000 euros pour un intermédiaire
09:34qui permet de récupérer ses 600 kilos de cocaïne,
09:37ce n'est finalement pas énorme.
09:39Et c'est des prix qu'on connaît sur le port du Havre
09:42en ce qui concerne les dockers.
09:43Donc ça, c'est la grosse carotte.
09:44On te dit, tu peux te faire ton équipage 600 000 euros.
09:49Et Eric B, il raconte qu'une fois il est sorti,
09:50il devait récupérer 600 ou 800 kilos de cocaïne.
09:54Et en fait, ils n'en ont récupéré qu'une cinquantaine,
09:56une soixantaine parce que des ballots se sont déchirés,
09:59des choses comme ça.
09:59Et en fait, là, on lui a presque à l'inverse inversé la pression.
10:02On lui faisait comprendre, maintenant, tu nous dois de l'argent.
10:04Donc, il va falloir faire des sorties gratuites
10:06pour rembourser ta dette.
10:07Donc, oui, il y a une forme de pression.
10:10Et un des marins qui a été mis en examen
10:13a aussi expliqué lors d'un interrogatoire
10:17que les trafiquants leur parlaient souvent du Havre.
10:21Le Havre, on sait ce qui s'est passé au Havre ces dernières années.
10:23Des dockers qui refusaient de travailler pour les narcotrafiquants
10:27ou qui avaient travaillé et essayé de sortir,
10:30ont été agressés.
10:31Il y a eu un meurtre.
10:32Il y a eu des dockers torturés.
10:35Et forcément, ça, quand on habite à Wistreham,
10:37quand on habite à Trouville,
10:38on est au courant de ces choses-là.
10:40Et la peur prend parfois le pas sur la pas du grain.
10:42Et dans l'une des écoutes,
10:45apparemment, l'un des marins pêcheurs
10:46dit qu'il a préféré aller dormir ailleurs
10:48parce qu'il avait peur pour sa famille.
10:50Oui, effectivement, un soir,
10:51alors qu'il dit être à ce moment-là.
10:54Après tout ça, ce sont des déclarations.
10:56Ça doit être vérifié, notamment par les enquêteurs.
10:58Parce qu'il y a aussi une facilité
11:01pour les pêcheurs comme pour les dockers
11:02à dire j'ai été menacé.
11:03C'est une manière de dire je n'ai pas eu le choix.
11:06Parfois, on m'a forcé.
11:07Parfois, ce n'est pas toujours le cas.
11:08Mais effectivement, un des suspects dans cette affaire pêcheur
11:12explique un jour être parti de chez lui
11:14parce que les trafiquants le relançaient systématiquement
11:17et il a préféré aller dormir ailleurs.
11:18On va voir comment les policiers
11:21sont intervenus sur l'affaire du lequier.
11:23C'est pour ça qu'il y a eu des mises en examen.
11:25D'abord, en juillet 2024,
11:27il y a eu une première opération de police
11:29qui a été organisée en Normandie
11:31mais qui n'a rien donné, c'est ça ?
11:32En fait, en 2024, les policiers suivent ce groupe de pêcheurs.
11:35Et ce qu'ils constatent,
11:37c'est qu'effectivement, à l'été 2024,
11:40il y a des hommes qui montent sur un bateau
11:41et ils ont le sentiment,
11:43des hommes qui ne sont pas des pêcheurs,
11:45qui montent sur un bateau.
11:45Et par rapport à des écoutes,
11:47parce que le Lucky est à ce moment-là sonorisé,
11:49donc des micros sont posés dans le Lucky
11:51par les policiers.
11:52Sur le bateau.
11:54policiers spécialisés qui s'infiltrent certainement la nuit
11:56pour réussir à cacher des micros sur le bateau.
11:59Et ce qu'on comprend,
12:00c'est qu'effectivement,
12:02une récupération de drogue semble en cours.
12:06Effectivement, ce mois de juillet 2024,
12:07le Lucky va partir en mer,
12:09mais il revient au port
12:11et il n'a pas de cocaïne.
12:13Il n'y a pas de cocaïne dans le bateau.
12:14Les policiers observent le déchargement du bateau.
12:16Ils ne voient pas de cocaïne.
12:17Donc, ils pensent que c'est un des fameux drop-off
12:20qui a raté.
12:21Et dans leur travail de surveillance,
12:23des fois, les policiers voient aussi du coup
12:25des chalutiers ou des bateaux
12:27avoir des navigations.
12:29Je ne sais pas quel est le terme exact,
12:30mais des questions assez surprenantes.
12:31Ils parlent souvent de navigation erratique,
12:33de chalutiers qui vont dans des zones
12:35où par nature,
12:37les autres pêcheurs savent qu'il n'y a pas de poisson.
12:39Enfin voilà, c'est des choses comme ça.
12:41Ils fréquentent des zones
12:44où on ne va pas forcément pour pêcher.
12:47Début avril 2025,
12:49donc plus proche de nous,
12:50les policiers de l'OFAS,
12:51donc l'office anti-stupéfiants,
12:53organisent une nouvelle opération,
12:55grosse opération.
12:57Alors en fait, c'est plutôt l'inverse.
12:59C'est en fait les trafiquants
13:00qui organisent une grosse opération
13:01et donc les policiers s'adaptent.
13:03Oui, donc deux opérations.
13:04Il y avait aussi les policiers
13:05qui regardaient du coup
13:06ce que faisaient les trafiquants.
13:07Les pêcheurs se préparent
13:08à leur grosse opération de récupération,
13:10les policiers à leur opération d'interpellation.
13:13Et donc effectivement,
13:14ce mois d'avril 2025,
13:15les policiers,
13:16ils sont à Ouistreham
13:16et ils observent que le quai part en mer.
13:19Il y a une centaine d'hommes au total.
13:20À peu près, oui, sur l'opération.
13:22Et évidemment,
13:23vu qu'ils ont sonorisé le Lucky,
13:25ils entendent tout à ce moment-là.
13:26Et ils suivent le Lucky par les radars.
13:30Voilà, ils le voient partir en mer
13:32et ils vont constater qu'effectivement,
13:35à un moment, il y a une agitation
13:35et on comprend que des hommes
13:37sont en train de récupérer des choses à la mer
13:39et ça ne semble pas être des poissons.
13:43Ils vont laisser faire
13:44parce que de toute manière,
13:44en mer, c'est extrêmement compliqué
13:46de mener une opération d'interpellation.
13:48On est au large,
13:49on n'est pas au bord des côtes.
13:50On est quand même assez loin de Ouistreham.
13:54Et ce qu'ils comprennent,
13:54c'est qu'ensuite,
13:55après avoir été monté à bord de Lucky,
13:57le Lucky va cheminer plus près des côtes.
14:00Et à ce moment-là,
14:01la cocaïne va être transbordée
14:02dans un autre bateau plus rapide
14:04qu'est celui d'Éric B.
14:05Donc là, c'est la fameuse vedette.
14:07Ces ballots de cocaïne,
14:09on sait d'où ils viennent ?
14:10Alors, ce que l'enquête a démontré,
14:13c'est que le Lucky s'était retrouvé
14:15à un moment en mer,
14:16à proximité, assez immédiate,
14:19d'un cargo qui s'appelle l'Omicron,
14:21qui était un cargo en provenance du Brésil
14:24et que la cocaïne a très certainement
14:28été balancée par-dessus bord,
14:29par des marins philippins
14:30qui étaient embauchés sur ce cargo.
14:32Et donc, la cocaïne est récupérée
14:33par les marins pêcheurs
14:36du chalutier le Lucky.
14:37Est-ce qu'il n'y a que des marins
14:38sur le Lucky à ce moment-là
14:39ou est-ce qu'il y a aussi
14:40vraiment des trafiquants ?
14:42Non, ce que démontre
14:43la sonorisation de ce navire
14:45et ce que vont démontrer
14:46dans quelques minutes,
14:48les interpellations,
14:49c'est qu'il y a deux autres hommes
14:50sur le bateau,
14:51un belge surnommé l'Albanais,
14:53un belge surnommé l'Albanais,
14:55effectivement,
14:56et qui semble,
14:58en tout cas selon les juges d'instruction
14:59et les enquêteurs,
15:01être là pour le compte des trafiquants
15:02et pour superviser
15:04que tout se passe bien.
15:05Et il y a aussi un autre homme,
15:07Bacaride,
15:08qui lui est un homme
15:10qui est considéré,
15:11effectivement,
15:11comme ces gens dont on parlait avant,
15:13un sorteur.
15:14Voilà.
15:14Quelqu'un qui est spécialisé
15:15dans le recrutement
15:18de marins,
15:19de dockers
15:19et d'ailleurs,
15:21plusieurs marins,
15:21après les mises en examen,
15:22diront avoir été recrutés
15:24par Bacaride et son frère.
15:26Et donc,
15:26la drogue a été placée
15:27sur le bateau rapide,
15:29la vedette d'Éric B.
15:30Qu'est-ce qui se passe ensuite ?
15:31Alors ensuite,
15:33le bateau,
15:33la vedette rapide
15:34fait chemin pour Tancarville.
15:36Il y a quelques tensions
15:37à ce moment-là
15:37sur le bateau.
15:39Les deux émissaires,
15:41Orlando Auge et Bacaride,
15:43visiblement,
15:44s'agacent un petit peu,
15:45demandent
15:45à ce que des téléphones
15:46soient jetés à la mer
15:48ou éteints.
15:50Et ils font mer
15:51vers Tancarville,
15:52vers un chantier naval
15:54et arriver à une écluse.
15:56Ils sont à ce moment-là
15:57surpris par les policiers
15:58et à bord,
15:59on trouve 635 kilos
16:00de cocaïne.
16:01Tu le disais tout à l'heure,
16:02ça représente au moins
16:0320 millions d'euros
16:04à la vente au détail,
16:05peut-être jusqu'à
16:0640 millions d'euros.
16:08Et là,
16:08donc,
16:08c'est un coup de filet,
16:09un grand coup de filet.
16:10Oui,
16:11c'est un coup de filet
16:12important pour les policiers.
16:13Donc,
16:14il y a Eric B,
16:15le propriétaire du bateau.
16:17Les deux frères,
16:19Mathieu et Anthony Q,
16:20sont interpellés
16:21quand le Lucky
16:23rentre au port
16:23de Wistreham.
16:24Certaines de leurs
16:25compagnes aussi.
16:27Le marin,
16:28à l'origine de l'affaire
16:29dont on a parlé
16:30un petit peu plus tôt,
16:31est lui aussi interpellé.
16:33Tous ces gens sont mis en examen
16:34et cette affaire,
16:35elle est importante,
16:36pas tant pour les 635 kilos
16:38de cocaïne,
16:39ce qui reste malheureusement
16:41une misère à l'échelle
16:42de l'ampleur du trafic
16:43de cocaïne en France.
16:44Mais c'est surtout important
16:46parce que ça confirme
16:48ce que savaient
16:49et soupçonnaient
16:50les policiers depuis des années,
16:51que oui,
16:52des pêcheurs peuvent aussi,
16:53comme les dockers,
16:53être corrompus
16:54pour permettre à de la cocaïne
16:55de rentrer sur le territoire français.
16:56On en est où au niveau judiciaire ?
16:58Tu disais,
16:58il y a eu les mises en examen.
17:00Il n'y a pas encore eu de procès,
17:01c'est ça ?
17:01Non, non, non.
17:03Après avril 2025,
17:05plusieurs personnes
17:05ont été mises en examen.
17:07Toutes les personnes interpellées
17:08lors de ce premier coup de filet.
17:09Et récemment,
17:104 autres personnes,
17:11dont TOM,
17:12dont on parlait un peu plus tôt,
17:14ont été mises en examen
17:15pour leur rôle aussi
17:15dans ce dossier.
17:16Pas pour eux,
17:17pour importation de stupéfiants,
17:18mais pour tentative d'importation.
17:20Car comme on l'avait dit,
17:21les policiers n'ont jamais réussi
17:22à démontrer
17:23que ces gens-là
17:24avaient effectivement récupéré
17:26lignes.
17:27Il y a un élément intéressant
17:28que tu as bien expliqué
17:30dans tes papiers
17:30sur le sujet dans Le Parisien,
17:32c'est que l'un des hommes
17:33dont on a parlé,
17:35donc celui qui est surnommé
17:36l'Albanais,
17:36qui est belge en fait,
17:38prénommé Orlando,
17:40il a été libéré
17:40pour un problème de procédure.
17:42Oui, il a bénéficié
17:43d'un vice de procédure.
17:44Son avocat a souligné,
17:46à juste titre,
17:47estimé la justice,
17:49que des éléments
17:52ayant conduit
17:53à sa mise en examen,
17:54notamment des écoutes téléphoniques,
17:56en réalité n'avaient pas été
17:58cotés au dossier,
17:59ce qu'on dit,
18:00cotés au dossier.
18:00Donc l'avocat ne pouvait pas
18:02défendre son client
18:03sur ces éléments
18:03parce qu'il n'en avait pas connaissance.
18:06Effectivement,
18:06c'est un cas
18:07qui interpelle.
18:08Donc libéré,
18:09mais sous contrôle judiciaire,
18:10c'est un problème quand même
18:11parce que c'était visiblement
18:13l'un des plus importants
18:15dans ceux qui ont été interpellés.
18:15Son rôle méritera
18:16d'être confirmé,
18:17mais en tout cas,
18:18ce qui est certain,
18:18c'est qu'il avait l'air
18:19d'être en liaison directe,
18:21selon les enquêteurs,
18:22avec les marins présents
18:24sur le cargo
18:26où a été larguée la cocaïne.
18:27Et ils ont même le sentiment
18:29que c'était un émissaire,
18:32ce qu'ils appellent
18:33un témoin,
18:35proche des trafiquants,
18:37sur place pour veiller
18:38à ce que tout se passe bien.
18:38Tu avais été en reportage
18:40sur place à Wistreham
18:41en 2025 pour Le Parisien
18:43et tu avais pu parler
18:44à la femme
18:44de l'un des marins
18:45qui a été interpellé.
18:47Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
18:48Qu'est-ce qu'elle te dit
18:49pour essayer
18:49de défendre son mari ?
18:51Le sentiment,
18:53comme beaucoup,
18:54c'est que la tentation
18:55était trop forte.
18:56En fait,
18:56les sommes proposées
18:58aux pêcheurs
18:58sont tellement dingues
18:59que certains,
19:00malheureusement,
19:01craquent.
19:02C'est le cas de son mari.
19:04Incontestablement,
19:04il semble lourdement
19:06impliqué dans ce dossier.
19:09Après,
19:09les réactions
19:10sur le port de Wistreham
19:11étaient assez contrastées.
19:13D'autres pêcheurs disaient
19:15qu'ils ont totalement déconné
19:17et d'autres disaient
19:18qu'avec la pression
19:20qu'ils sont capables de mettre,
19:22ce n'est pas facile.
19:24Ils devaient être
19:24dans un engrenage.
19:26C'était assez contrasté.
19:27Le chalutier,
19:28le lucky,
19:29dont on a parlé
19:30dans ce podcast,
19:30a été vendu
19:31par la justice
19:32au mois de mars.
19:32Il a été vendu
19:33300 000 euros.
19:34Vincent,
19:35les pêcheurs
19:36qui ont été interpellés
19:37dans cette affaire,
19:37au départ,
19:38il n'avait rien à voir
19:39avec le grand banditisme.
19:40Actuellement,
19:41ils sont en détention provisoire.
19:42Ils découvrent la prison
19:43et tu as eu des infos
19:45sur l'un de ses pêcheurs
19:46qui est détenu,
19:47Eric B,
19:48celui qui a la vedette.
19:50Est-ce qu'on sait
19:50comment il vit
19:51ce moment ?
19:52Le quotidien d'Eric B,
19:54il est extrêmement difficile.
19:55Il est dans une prison
19:56très vétuste.
19:57Il a attrapé la galle
20:00et il demande
20:01à être interrogé
20:02pour pouvoir donner
20:03sa version de l'histoire.
20:05Ce qui est certain,
20:05c'est que pour tous
20:06les pêcheurs
20:07incarcérés dans cette affaire,
20:09le quotidien est difficile.
20:11On ne sait pas du tout
20:12encore quand il pourrait y avoir
20:13un procès dans cette affaire.
20:14Tu le disais tout à l'heure,
20:16les 600 kilos
20:17qui ont été arrêtés,
20:18qui ont été saisis
20:19à ce moment-là
20:20dans l'affaire du Lucky.
20:21Finalement,
20:21c'est une goutte d'eau
20:22dans toute la drogue
20:23qui arrive en France
20:24chaque année ?
20:24Oui, bien sûr.
20:25Il y a eu une augmentation
20:27vertigineuse
20:28des arrivées de cocaïne
20:29en France
20:30depuis 2-3 ans.
20:31Ça s'explique notamment
20:32par la baisse des prix
20:34et la hausse massive
20:35de la production
20:37en Amérique du Sud.
20:38C'est une goutte d'eau
20:39mais malgré tout,
20:40ça met hors d'état de mire
20:42une équipe spécialisée
20:44dans un mode opératoire
20:46nouveau
20:46qui était le drop-off.
20:48Donc, c'est toujours
20:49une victoire
20:49pour les enquêteurs.
20:50Merci beaucoup, Vincent.
20:52Vincent Gautreneau,
20:52on va sans doute
20:53te retrouver bientôt
20:53dans CodeSource Le Talk.
20:55CodeSource Le Talk,
20:56c'est le podcast
20:57hebdo, audio et vidéo
20:59du Parisien.
21:00Il y a aussi CodeSource,
21:01le podcast audio
21:03disponible chaque soir
21:04sur toutes les plateformes.
21:05N'hésitez pas à liker,
21:07à partager
21:07et à vous abonner
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