00:00 Pascal Canfin, bonjour.
00:04 Bonjour.
00:05 Est-ce que vous êtes venu nous annoncer votre candidature comme tête de liste aux européennes
00:08 pour Renaissance ?
00:09 Pas du tout.
00:10 Ça ne sera pas vous.
00:11 Je suis venu parler de l'agriculture, de l'Ukraine, de l'actualité, des choses qui intéressent
00:14 les Français.
00:15 Je vous pose cette question parce que c'est à trois mois des élections européennes,
00:18 votre parti n'a toujours pas de tête de liste, ça va venir, ça commence à urger
00:21 quand même.
00:22 Vous le savez, la date a été annoncée au plus tard le 9 mars, trois mois jour pour
00:26 jour avant les élections européennes, il y aura une tête de liste et il y aura notre
00:29 premier grand meeting de campagne à Lille.
00:32 Ce ne sera pas vous, on l'a bien compris, c'est Emmanuel Macron la tête de liste du
00:36 parti.
00:37 Si vous voulez me faire dire que notre action au Parlement européen pour construire l'Europe
00:41 puissance serait déconnectée de l'action de la France et d'Emmanuel Macron pour faire
00:45 la même chose, je ne vais pas vous dire le contraire.
00:47 Bien évidemment, on travaille ensemble et bien évidemment c'est ce qui fait la force
00:51 de notre capacité à transformer l'Europe depuis 2017 pour Emmanuel Macron, depuis
00:57 2019 pour nous au Parlement européen, on a transformé l'Europe de manière totalement
01:02 inédite.
01:03 Deux exemples, le plan de relance qui a sauvé des milliers et des milliers d'emplois et
01:08 d'entreprises partout en Europe et en France, 750 milliards d'euros, c'est grâce au moment
01:14 du Covid, on l'a oublié parce que c'était il y a quatre ans et là les choses s'accélèrent,
01:19 mais il y a quatre ans on aurait pu simplement tomber dans un trou sans notre relance commune
01:24 européenne.
01:25 Deuxième exemple, la taxe carbone aux frontières, ça faisait 20 ans, 20 ans que Jacques Chirac,
01:31 puis Nicolas Sarkozy, puis François Hollande essayaient de le faire, nous on l'a gagné.
01:35 Ça veut dire que quand vous êtes salarié à ArcelorMittal, à Dunkerque ou à Fos-sur-Mer,
01:40 et bien vous êtes protégé du dumping des Chinois, des Turcs dans leur dumping climatique.
01:46 Ça c'est un exemple concret de la fin de l'Europe naïve et c'est nous qui l'avons fait.
01:49 Mais je vais vous demander ça pour la tête de liste parce que tous vos adversaires sont
01:54 en rang serré.
01:55 Vous prenez par exemple Jordan Bardella, le candidat du Rassemblement National qui la
01:59 semaine dernière s'est affiché avec Fabrice Léguerie, l'ex-patron de Frontex.
02:04 C'était une prise de guerre ?
02:06 Chacun va mener sa campagne, nous la nôtre on la commence le 9 mars.
02:10 Si vous voulez me faire parler précisément du patron de Frontex, le patron de Frontex,
02:15 pourquoi il est parti de Frontex ? Pas parce qu'il était en désaccord, tout simplement
02:19 parce qu'il y avait malversation.
02:21 Et donc on va retourner cette prise de guerre pour montrer qu'en fait, c'est qu'il a pris
02:26 sur sa liste quelqu'un qui avait été accusé de malversation et toutes les enquêtes qui
02:32 ont été menées depuis démontrent que c'était vrai.
02:35 Avec ce qu'on appelle l'OLAF, c'est-à-dire des structures qui au niveau européen guettent
02:39 justement les problèmes de management des structures européennes.
02:41 Donc on va mener cette bataille, on va la mener y compris bien évidemment sur ce point précis
02:45 mais fondamentalement on va la mener contre le Rassemblement National, pourquoi ?
02:49 Parce qu'on est à la croisée des chemins et on va parler de l'Ukraine dans quelques instants.
02:54 On est à la croisée des chemins, on a le retour de la guerre en Europe.
02:57 On sait que soit on construit l'Europe puissance, soit on construit une capacité à peser sur
03:03 les affaires du monde, soit on se fragmente de l'intérieur.
03:06 C'est ça le grand enjeu, le grand enjeu des élections européennes.
03:10 Avant de revenir sur l'Ukraine, je voulais vous parler du salon de l'agriculture qui
03:13 s'ouvre demain, la grogne des agriculteurs ne retombe pas.
03:16 Vous le savez le Président de la République veut organiser un grand débat.
03:20 Il y a eu Tishpouns hier avec une invitation lancée au soulèvement de la terre.
03:26 La FNSEA a menacé de ne pas se déplacer demain au grand débat si les soulèvements
03:31 de la terre étaient présents. Est-ce qu'il fallait les inviter ?
03:34 Les soulèvements de la terre ne sont pas invités.
03:36 En revanche, toutes les ONG y compris celles qui sont très critiques vis-à-vis de la FNSEA
03:43 environnementales, par exemple Génération Futur, sont invitées.
03:48 Pourquoi ? Parce qu'on a besoin, et c'est je pense un très grand moment important
03:53 que le Président de la République va animer demain, ce grand débat au salon de l'agriculture,
03:57 on a besoin de mettre tout le monde autour de la table, de dépolariser et de sortir
04:03 des postures des uns et des autres pour réinventer ensemble le modèle agricole français
04:10 qui permet plus de revenus pour les agriculteurs, par exemple la loi EGalim,
04:15 aller au bout de cette loi qui permet aux agriculteurs d'avoir dans notre campagne
04:21 une proposition très claire, d'avoir une loi EGalim européenne pour au moins éviter
04:25 de contourner que certaines centrales d'achat, certains grands distributeurs
04:29 contournent la loi française en installant et en regroupant leurs centrales d'achat
04:34 dans d'autres pays, en Belgique ou aux Pays-Bas, ce qui fait que ça contourne la loi française.
04:38 Ça, évidemment, c'est une priorité pour nous dans la campagne de faire en sorte
04:42 qu'il y ait une loi EGalim européenne, ça c'est plus de revenus, plus de transition écologique
04:46 pour lutter par exemple contre le dérèglement climatique, on sait que les premières victimes
04:53 du dérèglement climatique aujourd'hui ce sont les agriculteurs, dans leurs revenus,
04:57 dans leur rendement et donc dans notre sécurité alimentaire.
05:00 Les agriculteurs au moment de la crise, fin d'année, début d'année, à un moment
05:05 ils vous ont regardé avec un peu de défiance par rapport notamment aux mesures
05:12 que vous avez prises sur le pacte vert. Est-ce que l'Europe n'est pas devenue le bouc émissaire ?
05:19 Les agriculteurs savent très bien ce qu'ils doivent à l'Europe.
05:22 Le premier budget de l'Europe c'est la politique agricole commune.
05:25 9 milliards pour la France.
05:27 C'est colossal. Les agriculteurs le savent très bien, que sans ce budget
05:31 ils iraient infiniment moins bien.
05:33 Deuxième élément, aucune des lois du pacte vert, aucune des règles environnementales
05:39 supplémentaires n'est encore entrée en vigueur.
05:41 Donc il n'est pas possible d'expliquer la situation actuelle avec des choses
05:44 qui ne sont pas encore entrées en vigueur.
05:46 Par ailleurs dans le pacte vert il y a des choses que les agriculteurs attendaient.
05:51 Je donne un exemple, les nouvelles techniques génomiques, c'est-à-dire des semences
05:55 que l'on va travailler d'un point de vue technologique pour accélérer par exemple
05:59 l'adaptation au changement climatique.
06:01 On voit bien qu'on est face à des événements inédits d'un point de vue climatique,
06:04 des inondations ou des sécheresses et qu'il faut adapter nos semences
06:09 pour les rendre plus résilientes.
06:10 On a changé la loi. C'est ça aussi le pacte vert.
06:12 C'était une attente très forte des agriculteurs. On est au rendez-vous.
06:16 Deux ans de guerre en Ukraine, que peut faire l'Europe de plus aujourd'hui ?
06:20 Déjà l'Europe, si nous n'avions pas réagi de manière unie, forte,
06:25 y compris sur le plan militaire et financier, je pense que la situation
06:30 serait bien pire aujourd'hui en Ukraine qu'elle ne l'est.
06:33 Elle est évidemment dramatique, mais je pense qu'on peut dire que si nous n'avions pas réagi
06:37 aux côtés des Américains comme nous l'avons fait, il est probable que la Russie
06:42 soit aujourd'hui à la frontière de l'Union européenne, en l'occurrence
06:46 et ait envahi l'Ukraine.
06:48 Si on veut éviter que ce scénario ne se produise, il faut continuer à être solidaire
06:53 avec les Ukrainiens et il faut continuer à construire une Europe puissance.
06:57 C'est ça l'enjeu, comme je le disais à l'instant, des élections européennes.
07:02 Soit on construit face aux Chinois dans certains domaines, face aux Russes dans d'autres,
07:06 face aux Américains dans certains, on construit une puissance européenne,
07:12 puissance industrielle, puissance géopolitique, puissance commerciale, puissance militaire,
07:18 soit on disparaîtra de la carte.
07:20 Mais comment convaincre les opinions publiques européennes du bien fondé de ce soutien ?
07:24 Vous avez vu le dernier sondage. Êtes-vous favorable à une armée européenne
07:28 capable d'agir en européen ? 80% des Français sont pour.
07:31 Je pense que les Français ont absolument compris.
07:34 Je parle des Européens aussi.
07:36 Oui, mais c'est pareil partout en Europe. Là, je vous parlais de l'opinion publique française
07:39 puisque nous allons devoir, nous, dans cette campagne, convaincre l'opinion publique française.
07:42 Mais c'est pareil partout en Europe. Parce que face à la menace russe,
07:46 qui peut penser une seconde que chacun chez soi, ça règle le problème ?
07:52 Personne. Tout le monde voit bien que nous sommes, soit nous nous désagrégeons de l'intérieur,
07:57 et c'est le projet des nationalistes d'extrême droite partout en Europe,
08:01 le Rassemblement National chez nous, l'AFD en Allemagne, la Lega en Italie,
08:06 Vox en Espagne, c'est leur projet de désagréger l'Union Européenne.
08:10 En cela, ils sont les meilleurs alliés de Poutine.
08:13 Vous êtes d'accord avec Ursula von der Leyen alors ?
08:15 Et demain, ils sont peut-être les meilleurs alliés de Trump, si Trump revient à la Maison Blanche.
08:19 C'est ça l'enjeu historique. Je n'insisterai jamais suffisamment là-dessus.
08:22 Vous êtes donc d'accord avec la présidente de la Commission, qui a annoncé sa candidature, une nouvelle fois,
08:27 qui refusera de travailler avec ce qu'elle appelle les partis amis du président russe, Vladimir Poutine ?
08:33 Évidemment. Évidemment. Nous, nous sommes pour un arc pro-européen de gestion, de construction de l'Europe,
08:39 qui va du centre-droit au centre-gauche, de façon à stabiliser notre démocratie européenne,
08:46 trouver les compromis, c'est ça la grande différence avec la vie politique française parfois,
08:51 c'est que l'Europe ne se construit que par des compromis et pas par des polarisations et de la conflictualité,
08:56 pour construire avec un objectif extrêmement clair, de construire cette Europe puissante.
09:01 Alors, il n'y a pas d'arc républicain au sein de l'hémicycle européen, comme on a pu l'entendre en France ?
09:06 On ne travaille pas avec les groupes politiques anti-européens.
09:09 Comment voulez-vous construire quelque chose avec un groupe politique qui veut le détruire ?
09:13 D'accord ? C'est juste du bon sens. Donc, on construit l'Europe avec une partie de la droite, le centre,
09:19 et une partie de la gauche, et c'est comme ça qu'on a toujours fait,
09:22 et c'est ça qui a donné des réponses historiques aux crises, celles que je venais de rappeler à l'instant.
09:26 En France, un arc républicain, il existe vraiment ?
09:29 Je pense que le Rassemblement national n'est pas un parti comme les autres.
09:32 Il ne sera jamais un parti comme les autres, et pour moi, il ne fait pas partie de l'arc républicain.
09:37 Merci beaucoup, Pascal Gampin. Bonne journée à tous.
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