00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL
00:06 Les trois questions du petit matin.
00:08 Une élection sous l'oeil de Pékin. Les Taïwanais votent demain pour leur nouveau président.
00:12 C'est un scrutin à un tour, ce qui veut dire que le résultat devrait être connu assez vite.
00:16 Bonjour Françoise Nicolas.
00:17 Bonjour.
00:19 Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin.
00:21 Vous êtes la directrice du Centre Asie Indo-Pacifique à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales.
00:27 D'abord, vu les relations exécrables avec la Chine, qui considère Taïwan 23,5 millions d'habitants comme sa province,
00:34 est-ce qu'on peut parler d'élections libres et indépendantes demain ?
00:38 Oui, les élections sont parfaitement libres, parfaitement démocratiques.
00:43 Là, il n'y a absolument aucun souci de ce côté-là.
00:46 Cela étant, ça ne veut pas dire que Pékin n'essaie pas d'intervenir ou de s'infiltrer, de s'ingérer dans l'élection.
00:55 Ça, c'est vrai.
00:56 De quelle manière ?
01:00 Par des mesures d'intimidation, par des pressions qui sont exercées, avec des intrusions dans la zone d'identification aérienne par exemple.
01:10 Il y a une série de manœuvres qui sont exercées par Pékin pour essayer de faire comprendre aux électeurs taïwanais
01:16 qu'ils n'ont pas intérêt à maintenir au pouvoir le parti qui est actuellement au pouvoir,
01:21 parce que ça risquerait de compliquer leurs relations avec la Chine.
01:25 C'est comme ça que Pékin essaie d'influencer les élections,
01:28 mais les élections demeurent elles parfaitement démocratiques, libres, ouvertes, et donc avec un résultat très incertain.
01:34 Pékin qui a appelé les électeurs de Taïwan à faire le bon choix ?
01:38 Oui, le bon choix pour eux, pour Pékin, je veux dire, aux yeux de Pékin,
01:43 ce serait d'abandonner le parti démocratique progressiste, celui de Madame Tsai, celui du nouveau candidat William Lai,
01:51 qui est actuellement le vice-président.
01:53 Le vice-président qui parle des Chinois comme des envahisseurs.
01:57 Oui, alors il a un petit peu calmé sa rhétorique,
02:01 mais il est clair que ce parti-là n'est pas favorable à un rapprochement avec Pékin.
02:07 Ils veulent rester à distance, ils ne parlent plus d'indépendance maintenant,
02:10 ils ne réclament plus l'indépendance parce qu'ils estiment qu'ils sont déjà indépendants.
02:14 Donc il n'y a plus de réclamation d'une déclaration formelle d'indépendance.
02:18 Mais ils veulent garder leur distance avec Pékin, ce qui est moins le cas du Kuomintang,
02:24 le parti qui est en face, le parti d'opposition,
02:27 qui lui serait plus favorable à réengager des discussions avec Pékin
02:32 et notamment des discussions dans le domaine économique.
02:36 Relancer des négociations pour l'extension d'un accord de coopération économique avec Pékin.
02:43 Mais il ne faut pas s'y tromper, le Kuomintang malgré tout n'est pas un parti qui serait favorable à la réunification.
02:50 Il est favorable à de meilleures relations avec Pékin,
02:53 avec certains rapprochements avec Pékin, mais on ne parle pas quand même de réunification.
02:58 Donc tout ça pour dire que certes Pékin est plus favorable au candidat KMT qu'au candidat DPP,
03:06 mais Pékin voit les deux candidats comme étant de toute façon des ennemis quelque part
03:11 puisque pour Pékin, Taïwan devrait être réintégrée dans le giron de la République populaire.
03:16 Aujourd'hui, est-ce qu'une majorité taïwanaise, pour l'indépendance à l'égard de Pékin, quel est le sentiment dominant ?
03:22 Le sentiment dominant, c'est clairement une indépendance, je vous le dis, pas nécessairement formelle, juridique,
03:29 mais des distances vis-à-vis de Pékin.
03:31 Si vous regardez les sondages qui sont faits, personne n'est favorable à une réintégration de Taïwan dans la République populaire de Chine.
03:39 Ça c'est absolument exclu. C'est pour ça que le KMT lui-même, le Kuomintang, a été obligé de nuancer aussi son discours
03:45 et de ne plus pousser la question de la réunification.
03:48 Je pense que là, le temps a passé, vraiment les choses ont changé et du coup les discours des deux parties ont également évolué.
03:55 Concrètement, qu'est-ce qui se passe demain si le vice-président sortant anti-Pékin est élu ? Qu'est-ce qui se passe ?
04:05 Alors la première chose, c'est que ça ne va pas non plus être une révolution totale parce qu'il faut bien voir qu'il y a l'élection présidentielle
04:14 mais il y a aussi l'élection législative.
04:16 Et ce n'est pas parce que le DPP remporterait l'élection présidentielle qu'il aurait la majorité à l'Assemblée.
04:22 Et même, il y a de grandes chances pour qu'il n'ait pas la majorité à l'Assemblée.
04:26 Donc là, on se trouverait dans une situation un petit peu délicate d'ailleurs pour le DPP.
04:31 Il aurait la présidence et il serait face à un parlement très partagé et donc il n'aurait pas les mains libres pour faire ce qu'il veut.
04:40 Et donc du coup, il sera obligé malgré tout de faire des compromis.
04:45 Mais ça ne va pas être un changement majeur par rapport à ce qu'on observe aujourd'hui.
04:50 Aujourd'hui, c'est le DPP qui est au pouvoir.
04:52 Si il reste au pouvoir, on aura toujours des relations tendues avec Pékin.
04:56 On aura certainement des pressions renouvelées de Pékin sur Taïwan avec des intrusions maritimes, aériennes.
05:03 Mais ça ne sera que la poursuite de la situation actuelle.
05:06 Merci beaucoup. C'était très clair.
05:08 Merci beaucoup, Françoise Nicolas.
05:09 Je rappelle que vous êtes directrice du Centre Asie Indo-Pacifique à l'IFRI.
05:13 Merci beaucoup. Bonne journée.
05:14 Bonne journée.
05:15 Bonne journée.
05:16 Cette interview est à retrouver sur l'appli RTL.
05:19 RTL.
05:21 [SILENCE]
Commentaires