00:00 Quand je regardais Sex and the City, j'étais hyper jeune.
00:02 C'était que des meufs qui allaient chez le psy.
00:04 On voyait encore moins un perso masculin parler de son psy.
00:08 Et j'étais en mode "c'est fou, ils ont tous des problèmes,
00:11 moi, j'ai aucune raison d'aller chez un psy, j'ai aucun problème,
00:13 et je pense même que j'irai jamais chez un psy."
00:15 Cinq ans plus tard, Doctolib et tout.
00:17 Bonjour à tous, je m'appelle Cyrus North,
00:25 je fais des vidéos sur YouTube depuis un peu plus de dix ans,
00:27 donc je parle de philo, sociaux et même psycho.
00:30 Et le sujet de la santé mentale, c'est un sujet qui me touche,
00:32 déjà parce qu'à titre personnel,
00:34 je me pose énormément de questions sur plein de trucs,
00:36 et généralement, quand ça cogite beaucoup,
00:38 il y a des sujets qui prennent trop de place,
00:39 qui peuvent créer une anxiété, créer une tristesse, ce genre de choses.
00:42 Tout ça, c'est des questions de santé mentale.
00:44 Ça fait des années, je crois, que je bosse dessus pour moi,
00:47 et donc, au bout d'un moment, quand on a fait le tour de la question,
00:50 on a envie d'en parler aux autres.
00:56 Je crois que le terme "santé mentale",
00:57 j'ai commencé à l'utiliser, je sais pas, on va dire...
00:59 Il y a cinq ans, un truc comme ça,
01:02 et en fait, j'avoue, aujourd'hui, je l'utilise moins, paradoxalement,
01:05 parce qu'il est très utilisé, mais je pense qu'il est important.
01:08 Mais du coup, c'est cool d'utiliser aussi d'autres termes.
01:11 Enfin, moi, à mon échelle, j'utilise d'autres termes parfois
01:12 pour aller chercher des gens qui sont peut-être réfractaires.
01:15 Ils vont entendre "santé mentale", ça va leur faire peur,
01:17 ils vont dire "bon, ça va très bien, je sens bonne santé".
01:19 La santé mentale, c'est moins manichéen,
01:21 c'est plus une idée de spectre, quoi.
01:23 Et puis surtout, quand ça arrive, on s'en rend pas forcément compte, quoi.
01:26 Et on s'en rend compte peut-être parfois trop tard,
01:28 alors qu'en vrai, un rhume, c'est très clair, quoi.
01:31 Donc, c'est à la fois cette idée de spectre,
01:35 de la même manière qu'il y a pour un rhume, en fait.
01:37 On peut avoir un petit rhume ou un gros rhume, il est clair,
01:39 il y a des symptômes, qu'on voit, j'ai le nez qui coule, voilà.
01:42 La santé mentale, c'est différent,
01:44 et en fait, je trouve que le côté pernicieux, le côté invisible,
01:47 ça fait pas bon ménage avec le terme "santé" dans l'esprit des gens.
01:50 Dans mon éducation, ça a pas toujours eu sa place.
01:57 J'ai aussi grandi dans un environnement
01:59 où c'est pour les faibles, un petit peu, d'aller chez le psy.
02:02 Jamais avec méchanceté, c'était jamais malveillant.
02:05 Et c'est aussi l'ère du temps qui a changé
02:07 et qui nous a vachement décomplexés par rapport à ça.
02:10 Moi, je me souviens, quand je regardais "Sex and the City",
02:11 j'étais hyper jeune, quoi.
02:13 J'avais l'impression qu'à New York, tout le monde avait un psy, quoi.
02:15 Et j'étais en mode "c'est fou, ils ont tous des problèmes".
02:18 Moi, j'avais aucune raison d'aller chez un psy, j'ai aucun problème,
02:20 et je pense même que j'irais jamais chez un psy.
02:22 Cinq ans plus tard, docto libre et tout.
02:25 J'ai l'impression que ça a évolué très vite,
02:27 mais qu'il y a 10-15 ans, c'était très différent, déjà.
02:31 On voyait ça de manière très différente.
02:32 Typiquement, là, j'ai donné l'exemple de "Sex and the City",
02:39 c'était que des meufs qui allaient chez le psy.
02:41 Genre, on voyait encore moins un perso masculin parler de son psy, quoi.
02:45 Même, en fait, dans les conversations entre potes et tout,
02:48 j'ai l'impression que j'ai beaucoup plus de potes meufs
02:51 qui vont chez le psy ou qui sont allées
02:54 ou qui ont eu un psy ou une psy que des potes mecs.
02:58 En fait, entre potes, on n'en parle pas tant que ça,
03:01 alors que la plupart de mes potes, on est assez ouverts sur le sujet.
03:06 En fait, on va vraiment en parler, j'ai l'impression,
03:07 quand il y a un élément marquant, quoi.
03:11 Ça va être une rupture, un changement de job, un déménagement.
03:16 C'est rare que ce soit un truc de...
03:18 "En ce moment, ça va pas et j'ai pas de raison."
03:21 Même moi qui suis hyper sensible à ces questions,
03:24 il y a quelques mois, j'ai été à l'étranger sur une période assez longue
03:28 et j'étais seul.
03:30 Et en fait, je m'attendais pas à me sentir aussi seul, quoi.
03:34 Et j'ai mis du temps à réagir, à me rendre compte que ça va vraiment pas.
03:38 "T'es triste, là, mon pote, là. Faut appeler tes potes,
03:40 faut faire quelque chose, quoi."
03:41 Même toi qui es le nez dedans,
03:43 tu te rends compte à quel point c'est pernicieux.
03:46 Et au moment où ça arrive, c'est pas que c'est trop tard,
03:48 mais en fait, je suis déjà triste, en fait.
03:50 J'ai déjà la flemme de tout.
03:51 Je me dis, est-ce que j'appelle mon pote, je vais râler pour ça,
03:54 est-ce que mon pote, il est là pour ça ?
03:55 Alors qu'en fait, mes potes, ils m'ont tous dit,
03:57 "Mais gars, juste n'hésite pas, la prochaine fois que ça va pas,
04:01 appelle-nous direct et tout."
04:02 C'est pas si facile que ça, d'en parler à ses potes.
04:05 C'est plus simple d'en parler avec un psy, parce que je le paye pour ça.
04:07 Donc clairement, j'ai beaucoup moins de scrupules à l'appeler et dire,
04:10 "Gars, je vais te déverser un seau de merde pendant une heure, accroche-toi."
04:13 Et puis aussi, parce que je me dis, il sait ce qu'il fait.
04:17 C'est-à-dire qu'il va me donner peut-être des conseils
04:19 ou il va me dire des trucs, il va me poser des questions,
04:20 mais les potes, ils font ce qu'ils peuvent.
04:22 Je pense que la question de la pudeur, elle peut jouer,
04:23 ça dépend des potes.
04:24 Moi, j'avoue, j'ai des potes où j'ai vraiment zéro filtre et tout.
04:27 Je pourrais vraiment tout dire, mais c'est très rare, c'est rarissime.
04:30 Le psy, je le vois aussi comme un truc pour décharger mes potes.
04:33 Sur une courte période, c'est pas grave.
04:34 Sur une longue période, si je passe un an à être là sur un fardeau pour mes potes,
04:40 OK, c'est mes potes, donc ils sont là pour moi et tout.
04:43 Mais en vrai, si je pense aussi de manière réciproque,
04:45 j'ai envie de préserver nos moments de ça.
04:47 J'ai envie de garder une sorte d'innocence parfois,
04:52 je dis pas tout le temps, mais parfois, dans nos moments.
04:54 Et donc, le psy, c'est très pratique pour ça.
04:56 Je pense que c'est lié à ce truc,
05:02 cette idée fausse de "si tu veux être fort, tu dois te débrouiller seul".
05:06 Dans une logique de virilité,
05:09 donc d'être fort, protecteur, etc.,
05:12 je dois pouvoir me débrouiller seul et donc pas être accompagné.
05:16 Et donc, pas de psy.
05:17 L'homme viril, l'homme fort, il n'a pas de vulnérabilité.
05:20 Il pleure pas, par exemple.
05:21 C'était très mal vu de pleurer.
05:23 Il y avait des parents qui me disaient "ouais, pleure pas,
05:26 t'es un mec fort, faut que tu te battes, quoi".
05:29 Il y avait pas la place à la vulnérabilité.
05:32 Et donc, au fait de gérer sa santé mentale,
05:35 et potentiellement avec quelqu'un.
05:37 Et ça, c'est en train de changer.
05:39 En fait, c'est marrant,
05:40 parce qu'aujourd'hui, quand je pense à ma vulnérabilité,
05:42 je crois que j'ai même du mal à la voir,
05:46 parce que, justement, je l'ai acceptée,
05:50 et du coup, c'est plus une vulnérabilité.
05:52 En fait, c'est une vulnérabilité
05:53 quand c'est quelque chose avec lequel on n'est pas forcément à l'aise,
05:56 qu'on cache et qui devient un point sur lequel on est sensible.
06:01 Mais une fois qu'on accepte
06:03 que, voilà, il y a des trucs où on est fort,
06:05 il y a des trucs où on est nul,
06:06 il y a des trucs où ça va, il y a des trucs où ça va pas,
06:08 et puis ça change avec le temps aussi.
06:09 Quand on est à l'aise avec tout ça,
06:10 en fait, il n'y a plus vraiment de vulnérabilité,
06:12 il y a juste une forme de sérénité, quoi, j'imagine.
06:15 Il y a cette conception hyper forte de l'artiste torturé
06:24 qui transforme ses vulnérabilités en création et tout.
06:27 Je pense qu'on peut créer des choses incroyables
06:31 en allant très bien,
06:33 en se posant aucune question, d'ailleurs.
06:35 Si j'ai traité mes vulnérabilités ou si j'en suis conscient, etc.,
06:39 c'est que j'ai un regard sur moi-même
06:41 et donc, potentiellement, j'ai un regard sur le monde qui m'entoure, etc.,
06:44 un regard bienveillant, quelque part, un regard accueillant.
06:48 Et ça, c'est aussi une des conditions nécessaires, en fait,
06:52 à la sensibilité et à la création.
06:54 C'est ça qui peut faire le lien, en fait,
06:56 entre la vulnérabilité, la santé mentale, etc.,
06:59 et le côté sensibilité, créativité, etc.
07:03 Mais je ne pense pas que ce soit l'un qui soit la conséquence de l'autre.
07:06 Je pense que c'est plus les deux, ils sont rattachés à autre chose,
07:08 qui est une conscience de soi,
07:10 une conscience des autres et une bienveillance, surtout.
07:14 J'ai envie de dire que c'est que de la vulnérabilité.
07:20 L'exposition, elle est immense.
07:21 Et puis, c'est une exposition dans un cadre que, moi, je trouve violent.
07:27 C'est-à-dire qu'Internet, en vrai, la plupart du temps, c'est violent.
07:31 C'est des gens qui disent des choses et qui le disent, en fait,
07:34 comme si vous n'existiez pas.
07:36 Avant de dire que c'est énormément de vulnérabilité,
07:38 c'est énormément d'exposition et de risques et d'attaques, etc.
07:43 Ça, ça peut créer la vulnérabilité.
07:46 C'est une super école, du coup,
07:48 parce qu'en fait, si on est trop vulnérable
07:50 ou si on n'a pas réglé plein de choses,
07:53 c'est très difficile de survivre dans ce monde-là.
07:57 Donc, ça nous force à régler des choses.
08:00 Moi, à titre personnel, j'avoue, par exemple, il y a trois mois,
08:07 j'ai supprimé Twitter de mon téléphone.
08:09 Ça va très bien.
08:10 Je crois que j'ai rien raté d'hyper important.
08:13 Déjà, je réponds jamais aux commentaires négatifs et tout.
08:17 Mais même les commentaires positifs, quelque part,
08:20 ou les messages, etc., je réponds de moins en moins.
08:23 Je crois que je m'isole.
08:25 Je m'isole d'Internet, quoi.
08:28 C'est vrai que j'essaie vraiment plus de m'ancrer dans la vie réelle.
08:31 J'essaie de créer des vrais moments avec mes potes, ma famille.
08:36 Là, j'étais à l'étranger, je viens de revenir en France.
08:38 Ça fait longtemps que j'ai pas vu certains potes et tout.
08:40 Le premier truc que j'ai fait, c'est caler des dîners,
08:45 des verres, des petits déjeuners, etc.
08:47 Je pense que j'essaie de créer le maximum possible d'événements
08:51 dans la vraie vie, qui soient pas derrière un écran.
08:54 Moi, c'est ça, ma manière de gérer le truc.
08:58 Je pense que pour moi, ce qui me touche là-dedans,
09:03 ma démarche première, c'est s'explorer, c'est travailler sur soi.
09:07 C'est devenir un meilleur humain, quelque part.
09:10 Pas dans une logique productiviste ou quoi.
09:12 Meilleur pour soi, être plus heureux dans sa vie.
09:14 Et la santé mentale se trouve sur le chemin.
09:16 Parce que quand on commence à s'explorer, on voit aussi ce qui va pas.
09:19 Et on est beaucoup plus lucide sur ce qui nous attrisse,
09:23 ce qui nous trouble, ce qui nous rend anxieux, ce qui nous stresse.
09:27 Et donc, la santé mentale, elle arrive très vite, en fait,
09:31 quand on commence à s'explorer et à travailler sur soi.
09:33 Donc, c'est plus dans ce sens-là, je pense.
09:35 Je pense pas avoir un message particulier à passer.
09:43 J'ai plus une question, en fait, qui est pourquoi ?
09:46 Si on se tutoie, je me permets, mais qu'est-ce qui te retient ?
09:49 Pourquoi t'y vas pas ?
09:51 De quoi t'as peur, en fait ?
09:53 C'est ça, la question.
09:55 [Musique]
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