00:00 ...
00:04 En faisant des tests, j'étais à 8 sur 10
00:06 sur l'échelle des états de stress post-traumatique,
00:08 et j'avais plein de séquelles,
00:11 où pour moi, c'était devenu normal, alors qu'en fait, c'était pas normal.
00:14 ...
00:25 Moi, j'ai grandi dans un milieu chrétien,
00:27 mais très pratiquant,
00:29 et je sais que ça m'a souvent bloquée en termes de santé mentale,
00:33 parce que, par exemple, j'ai subi plusieurs agressions,
00:36 et la première agression que j'ai subie,
00:41 j'étais en stage à l'étranger, quand c'est arrivé,
00:43 et la première personne vers qui je me suis tournée,
00:45 c'est quelqu'un de la communauté chrétienne
00:48 dont je faisais partie à ce moment-là, dans ce pays-là,
00:50 et la réponse que j'ai eue, c'est "de toute façon, t'es une fille,
00:53 t'en montrais trop, donc tu la cherchais".
00:56 Donc déjà, pour moi, ça a été un gros...
00:58 Gros...
01:01 Gros chamboument, gros choc,
01:02 et je pense que c'est ça qui m'a empêchée de parler,
01:04 déjà, de prime abord,
01:06 et d'entrer vraiment plus en profondeur.
01:08 Et ensuite, ça a été...
01:11 J'ai souvent entendu "oui, mais il faut pardonner à ceux qui vous font du mal",
01:15 "il faut tendre l'autre joue", qui sont des versets de la Bible
01:19 qu'on a souvent tendance à entendre, en fait, dans les milieux chrétiens,
01:22 et...
01:23 Sauf qu'on oublie le contexte dans lequel ils ont été donnés,
01:27 on oublie l'époque, on oublie toutes les règles,
01:31 en fait, on sort vraiment quelque chose,
01:33 on applique sur une citation sans en tenir compte.
01:35 Et moi, ça m'a énormément bloquée dans mon cheminement,
01:38 surtout sur la dernière année, là,
01:44 parce que je suis arrivée à un point
01:47 où je sentais que ces traumatismes, ces abus, les agressions,
01:51 ça me bloquait.
01:53 Et en fait, je culpabilisais.
01:54 Je me sentais coupable pour quelque chose que j'avais pas fait.
01:57 Et ça se répercutait sur mes relations,
02:00 sur la façon dont même moi,
02:04 j'entrais en relation avec les gens, en fait,
02:06 parce que je me sentais tout le temps coupable,
02:09 j'osais pas dire non, j'osais pas m'affirmer.
02:12 Et en creusant avec la psychologue, en fait,
02:14 c'est ressorti très fort que ces valeurs chrétiennes,
02:18 ces croyances-là,
02:20 parce qu'elles ont mal été transmises et mal enseignées,
02:22 en fait, elles créent une chape de plomb
02:25 qui te pousse à rester silencieux.
02:29 Et en santé mentale,
02:31 et notamment quand il y a une question de trauma,
02:33 libérer la parole, c'est hyper, hyper important.
02:36 Et le fait de pouvoir sortir de son état de victime...
02:39 Alors, lui, on est victime d'une agression,
02:41 mais on n'est pas que victime.
02:43 Et en fait, tant qu'on ne parle pas,
02:44 tant qu'on s'affirme pas
02:46 et tant qu'on cherche pas, en fait,
02:49 à retrouver ce droit d'être qu'on est,
02:53 on peut pas transcender cet état de victime.
02:55 Et donc, on peut pas faire preuve de résilience,
02:57 on peut pas se relever.
02:59 On a toujours un pied avec un boulet attaché derrière.
03:02 Et il y a un an, je me suis fait agresser,
03:05 et en fait, j'ai été portée plainte.
03:07 Et les remarques que je me suis prises, en fait,
03:10 elles ont été hyper violentes.
03:12 Hyper violentes,
03:14 alors que pour moi, en fait, c'est un droit que de se défendre,
03:17 c'est un droit que de dire "on m'a fait du mal".
03:21 Et en fait, on n'est pas dans un esprit de vengeance.
03:23 Et je me suis rendue compte qu'on confond souvent, en fait, le pardon,
03:27 qui, pour moi, lui, est une notion clé pour se relever,
03:31 et même quelque chose de très utile en termes de santé mentale.
03:34 On pardonne à l'autre avant tout pour soi.
03:37 On pardonne à l'autre parce qu'en fait, au final,
03:39 c'est nous-mêmes qui restons attachés au passé
03:42 en s'accrochant à une situation sur laquelle on peut pas revenir.
03:47 Et pour moi, le pardon, c'est plus un cadeau qu'on se fasse à soi-même
03:50 qu'un cadeau qu'on fait à l'autre.
03:52 C'est "je décide", en fait, de ne plus regarder sans arrêt
03:55 à ce qui m'a été fait pour pouvoir avancer, justement, de façon libre,
03:59 apaisée, pouvoir guérir
04:01 et pouvoir avoir une santé mentale assainie.
04:03 Pour moi, en fait, le fait de ne pas parler,
04:06 ça m'a enfermée dans cet état de traumatisme.
04:10 Ça m'a laissée baigner dedans et j'osais pas parler
04:12 parce que j'avais peur du jugement.
04:14 Parce qu'à un moment donné, on m'a dit que si je parlais,
04:18 alors j'étais pas en accord avec les valeurs qui m'ont enseignées.
04:21 Si je parlais, j'étais pas en accord avec ma foi.
04:24 Si je parlais, j'étais pas en accord avec ma communauté.
04:29 Et en fait, j'avais vraiment honte.
04:31 J'avais honte de...
04:33 Ben, ça fait pas si longtemps que ça, en fait,
04:35 que j'ose parler vraiment de ces agressions,
04:40 des abus que j'ai subis.
04:41 Et pourtant, c'est ça qui, pendant dix ans...
04:45 Là, ça va faire dix ans cet été,
04:47 où, pendant dix ans, j'ai développé des addictions,
04:49 j'ai développé des comportements qui étaient dangereux,
04:52 au final, quand on y regarde,
04:54 et très, très violents vis-à-vis de moi-même.
04:56 Personne n'a remarqué.
04:58 J'ai traîné ça jusqu'au point où j'explose,
05:00 mais parce qu'on m'a pas laissé l'espace de parler.
05:07 Alors, est-ce que j'avais de l'appréhension d'aller chez la psy ?
05:10 J'avoue que oui, au début, parce que pour moi, c'était vraiment...
05:13 Si tu vas chez la psy, c'est que t'es fou.
05:15 Et j'entendais souvent des gens qui me disaient...
05:17 Parce que j'ai un caractère assez fort,
05:19 donc j'ai souvent des envolées autant colériques que de joie,
05:23 j'ai quelqu'un qui exprime de façon générale,
05:28 de façon assez intense, les choses.
05:29 Donc souvent, les gens me disaient
05:31 "Ah, mais t'es folle, ta place, c'est à l'asile."
05:33 Et en fait, je disais...
05:35 Je le disais pas forcément, mais moi, ça me blessait, ça me touchait.
05:38 Et j'avais très, très peur d'être folle.
05:42 Ça m'arrivait dans mes coups de déprime de me dire "Mais en fait, je suis folle."
05:47 Et c'est un truc qui m'angoissait.
05:49 Et donc oui, pour moi, aller chez la psy,
05:51 et surtout quand j'ai été voir le premier psy qui m'a dit que façon,
05:55 on pourrait rien faire avec moi,
05:57 que je serais sous médicaments toute ma vie,
05:59 en fait, vraiment, ça a juste matérialisé...
06:02 C'est comme s'il avait verbalisé, en fait,
06:04 cette autodiagnostique que j'ai m'était faite de moi-même.
06:07 "Je suis folle."
06:08 Et au fur et à mesure, en fait, des séances chez la psy,
06:13 au fur et à mesure de mon programme de développement personnel,
06:16 je me suis juste rendue compte que j'étais pas folle, en fait.
06:19 Je suis pas la... J'étais pas la seule, en fait, à avoir des états dépressifs,
06:24 j'étais pas la seule à avoir faim burnable,
06:26 j'étais pas la seule à avoir des difficultés à dealer avec mes émotions,
06:30 j'étais pas la seule à être abusée, à avoir été abusée,
06:33 j'étais pas la seule qui avait du mal à dire non.
06:36 Et en fait, le fait de me rendre compte que j'étais pas la seule
06:38 et qu'en fait, c'est quelque chose de normal,
06:41 ça m'a apaisée sur mon rapport à la psy.
06:44 Et aujourd'hui, en fait, même si j'ai plus forcément besoin d'aller voir la psy,
06:49 de moi-même, j'ai décidé qu'à minimum,
06:52 quatre fois par an, j'irais voir la psy,
06:53 parce que je pense que c'est important, en fait, à un moment,
06:55 de faire un point avec un professionnel
06:58 qui sait remettre en perspective
07:01 et apporter un autre regard que celui qu'on se pose sur nous-mêmes.
07:05 Et ça, pour moi, c'était hyper important,
07:06 le fait d'avoir quelqu'un qui me dise,
07:08 et quelqu'un de professionnel qui me dise "non, tu n'es pas folle",
07:10 "non, tu n'es pas bipolaire", "non, tu n'es pas schizophrène",
07:14 "non, tu n'as pas besoin de médicaments pour aller bien,
07:16 il y a plein de solutions naturelles pour aller bien",
07:19 moi, ça m'a vraiment, vraiment soulagée, en fait.
07:21 Aujourd'hui, je vais bien,
07:27 et je suis même parfois étonnée.
07:29 Parfois, je vis des trucs et je suis dans des situations
07:33 où là, j'ai une pensée qui vient,
07:35 où je me dis "oh, punaise, tu gères !"
07:38 Et en fait, je me sens bien.
07:39 Et c'est presque étonnant pour moi,
07:41 parce qu'en fait, j'avais pris l'habitude d'avoir le mal,
07:44 et pour moi, le mal, c'était aller bien.
07:45 Donc je me souviens que même une fois, j'avais dit "oh, punaise",
07:48 je pensais pas qu'être heureux ou le bonheur, c'était ça.
07:50 Pour moi, le bonheur, c'était être au sommet,
07:53 quelque chose d'une espèce d'extase ou un sentiment ultra fort,
07:57 et en fait, je me suis rendue compte
07:58 qu'être bien, être heureux, le bonheur,
08:00 ben, c'est presque banal,
08:03 dans le sens où ça crée pas forcément une émotion intense,
08:07 mais ça se retrouve au quotidien dans plein de petites choses,
08:10 et ça ressemble plus à une rivière tranquille
08:13 qu'à une cascade tumultueuse.
08:15 La première chose que j'ai appris,
08:21 et je l'ai appris en faisant l'erreur,
08:23 c'est au début, je voulais convaincre tout le monde
08:25 qu'il fallait absolument aller voir chez le psy,
08:27 qu'on avait tous des traits toxiques,
08:30 qu'on avait tous des choses qui n'allaient pas,
08:32 qu'il fallait y aller.
08:33 Et j'étais plus en mode activiste, "Allez, vas-y !"
08:37 Et en fait, je me suis rendue compte, au fur et à mesure,
08:40 après beaucoup de débats intenses,
08:41 qu'on peut pas forcer quelqu'un à prendre soin de sa santé mentale,
08:45 c'est un parcours personnel.
08:46 Et je pense que le meilleur exemple qu'on puisse donner,
08:48 j'ai pas vraiment d'argument qui soit entendable.
08:50 En fait, pour moi, quand quelqu'un a décidé
08:52 que le psy, c'était pour un fou,
08:54 que la santé mentale, c'était pas important,
08:56 tous mes arguments ne servent à rien.
08:58 Ce qui sert le plus, c'est, je pense, ma propre histoire
09:01 et mon expérience, et c'est aussi pour ça
09:03 que j'ai envie de parler de la santé mentale et de mon vécu,
09:07 parce qu'en fait, je pense qu'il y a pas de meilleur exemple que ça,
09:10 de dire "J'étais là, et grâce à ça, maintenant, je suis là et je vais mieux",
09:13 parce qu'en fait, les mots, il y a un moment où on tourne juste au débat.
09:17 Après, moi, je reste convaincue qu'on a tous...
09:20 Qu'il y a pas de honte, en fait, à aller mal,
09:24 et je pense que...
09:25 Si je devais peut-être dire quelque chose pour convaincre quelqu'un,
09:30 en fait, le conseil d'oser être vulnérable et authentique.
09:34 Et je pense qu'un des facteurs
09:36 qui fait qu'aujourd'hui, la santé mentale, ça reste quand même tabou,
09:39 c'est parce qu'en fait, on est dans une société
09:41 où, encore plus avec les réseaux sociaux,
09:43 c'est l'image de la perfection,
09:45 tout est beau, tout est joli, tout semble facile, tout semble rapide,
09:49 on a ces influenceurs qui, en quelques jours,
09:52 atteignent des milieux d'abonnés,
09:54 et en fait, on a l'impression que le succès, le bonheur,
09:56 c'est quelque chose qui vient avec l'apparence et la rapidité.
09:59 Et la santé mentale, en fait, c'est pas quelque chose qui est rapide,
10:03 c'est quelque chose qui prend du temps,
10:05 c'est un chemin, il faut être patient.
10:07 Moi, j'ai appris la patience au travers de ce chemin,
10:10 et j'aime bien dire qu'aller en thérapie, c'est pas pour les faibles.
10:13 Ça demande vraiment du courage, parce qu'en fait,
10:16 on se retrouve face à soi, face à ses ombres, face à ses peurs,
10:20 face...
10:22 Ouais, face à parfois cette noirceur qu'on a en nous,
10:24 et en fait, admettre qu'il y a une part d'ombre en nous
10:28 et reconnaître qu'on a besoin d'aide,
10:31 ou reconnaître même juste qu'elle est là,
10:32 en fait, c'est hyper difficile dans une société
10:35 où on est toujours en train de mettre en avant ce qui va bien.
10:38 Une personne qui m'a aidée à comprendre
10:43 que la vulnérabilité, c'était pas quelque chose de mauvais,
10:46 mais au contraire, c'était une force et ça demandait du courage,
10:48 c'est Brené Brown.
10:49 C'est la queen de la vulnérabilité,
10:51 je crois qu'elle a le TEDx le plus vu au monde sur ce thème.
10:55 Je crois que ça s'appelle "Le courage d'être vulnérable".
10:58 Donc, j'ai écouté pas mal de podcasts de Brené Brown.
11:03 Après, plus j'ai évolué, plus j'ai avancé,
11:06 plus je me suis tournée vers...
11:08 Surtout sur Instagram, en fait.
11:10 Donc, David Laroche,
11:11 même si c'est souvent très tourné "succès, entrepreneuriat",
11:14 il y a une Instagrameuse québécoise que j'aime beaucoup
11:18 et qui parle pas mal de la santé mentale,
11:20 toujours en lien avec le travail et sur le fait de se foutre la paix.
11:23 Elle s'appelle Annie, Annie au jour le jour, je crois.
11:27 Et puis après, je suis des contes comme Nusaé,
11:30 je suis tombée...
11:31 Voilà, j'aime bien suivre, en fait.
11:33 Je suis plutôt sur Instagram,
11:35 j'ai pas forcément une personne favorite.
11:37 Après, qu'est-ce qui m'a aidée ?
11:39 Moi, ma ressource principale, en fait, ça a été le sport et l'art.
11:43 [Musique]
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