00:00 Je m'ennuyais beaucoup, donc j'ai énormément lu
00:02 et j'ai énormément accumulé de livres dans ma bibliothèque.
00:05 Et par le fruit des hasards et des rencontres,
00:09 j'ai décidé de faire de ces livres mon métier.
00:12 Benjamin Duquesne est un passionné de littérature, de polard essentiellement.
00:21 Adolescent, il vit avec ses parents d'Ordogne, loin des terres familiales bretonnes.
00:27 Petit à petit, il commence à se constituer une bibliothèque digne de ce nom.
00:33 À la fin des années 90, il décide donc d'en faire son métier.
00:38 Trente ans plus tard, Benjamin Duquesne dirige Book Hemisphère,
00:43 une entreprise de 32 salariés, dont 15 en insertion,
00:48 basée dans le Morbihan, près de l'Orient.
00:51 Je m'appelle Elisabeth Assayag et vous écoutez Impact Solidaires,
00:56 le podcast des entrepreneurs engagés.
00:59 Vous êtes un acteur de l'économie sociale et solidaire.
01:02 Vous avez envie d'entreprendre, mais vous hésitez encore à vous lancer dans l'aventure.
01:07 Bienvenue dans ce podcast produit par Europe 1 Studio, en partenariat avec France Active.
01:15 J'étais reparti en Bretagne en 98 et j'étais dans une maison dans laquelle
01:21 effectivement, les livres se sont accumulés jusque dans le grenier,
01:24 où j'avais jusqu'à 50 000 livres dans la maison.
01:27 À un moment donné, on s'est dit que ce n'était pas possible,
01:28 il faut qu'on achète un bâtiment parce que ça ne va pas être jouable.
01:32 Il y en avait dans le grenier, il y en avait dans la cuisine, il y en avait partout.
01:35 Donc, c'était une maison que je louais en tant que célibataire entrepreneur.
01:39 Et donc, j'ai commencé à accumuler les livres,
01:42 donc à les stocker, à les référencer sur le site Internet pour proposer ces livres à la vente.
01:47 Et donc, j'ai commencé à en mettre dans le salon, à mettre dans la chambre,
01:51 dans le grenier, à investir la maison familiale qui était à 300 mètres de là
01:55 où je louais et à remplir la salle, à remplir la chambre.
02:00 Et là, mes parents m'ont dit "ça va être bon là, il faut que tu bouges".
02:04 Et on a donc acheté notre premier entrepôt
02:07 où il y avait 200 m² de stock qui a été vite trop petit.
02:10 Donc, on l'a agrandi, agrandi, agrandi, etc.
02:13 Jusqu'à avoir le stock actuellement où on a 600 000 livres à présenter à la vente.
02:20 L'aventure Bout de Chémisphère, en fait,
02:21 est née de l'idée de déjà qu'est-ce qu'on fait des livres une fois qu'on les a lus.
02:26 La deuxième, c'était "Cordonnier le plumage chaussé".
02:28 J'avais transformé ma passion en métier et du coup, je ne lisais plus.
02:33 Donc, je ne partageais plus l'idée de lecture.
02:37 Donc, naturellement, l'idée d'une association tournée vers la lecture,
02:40 tournée vers l'accessibilité à la lecture,
02:42 tournée vers la possibilité pour les personnes de se débarrasser gratuitement
02:46 de la société, de se débarrasser de la société.
02:50 C'est une finalité, je dirais, sociale aînée comme ça.
02:55 Donc là, on est en 2009-2010.
02:57 On est passé par tous les états, c'est-à-dire le fait de se dire c'est dommage.
03:04 Il y a plein de gens qui ont plein d'idées,
03:06 mais les méandres administratifs sont tellement compliqués que je pense
03:09 qu'il y a plein de gens qui ont dû lâcher.
03:11 Heureusement, j'avais mon père qui m'a ouvert des portes,
03:13 il était administratif. Pour l'anecdote, les banques ont plutôt fait grisemines
03:18 puisque Internet était un gros mot.
03:20 Donc, j'ai fait, je ne sais plus,
03:22 alors je ne sais plus, 7 ou 8 banques et autant d'assureurs.
03:26 Voilà tout ça pour trouver un banquier amoureux des livres
03:29 et un assureur qui connaissait ma petite copine de l'époque.
03:34 À la fin des années 90,
03:36 le livre d'occasion n'est pas encore aussi répandu qu'aujourd'hui.
03:40 Et l'idée de Benjamin Duquesne est de vendre toutes sortes d'ouvrages à petit prix.
03:45 Après son site Internet LivreEnPoche.com,
03:49 il obtient en 2003 le prix JPG des jeunes entrepreneurs.
03:53 Puis, il se lance dans l'aventure Book Hemisphère en 2010.
03:57 La première boutique ouvre en 2012 à Cernignac,
04:00 perdu au milieu de la campagne lorientaise.
04:04 Au début, ce n'était qu'une braderie, donc tous les derniers dimanches du mois.
04:08 Et puis, au fur et à mesure, on a ouvert une boutique
04:10 qui a permis d'accueillir du public tous les jours.
04:12 Quand on a commencé, on récupérait entre 10 et 20 000 livres par mois.
04:16 Donc, tous ces livres là sont traités un par un.
04:19 On regarde leur état, sachant que nous, on ne répare pas des livres.
04:23 On regarde leur état.
04:24 Et donc, sur ces 20 000 livres, on arrive à remettre en circulation 45%.
04:29 Et 55% sont recyclés en pâte à papier.
04:32 Donc, 100% de ce qu'on nous donne a une finalité connue.
04:36 On n'est pas loin du million de livres collectés annuellement.
04:39 Voilà, avec des hauts et des bas.
04:40 Mais franchement, ça tend plutôt à accélérer,
04:44 puisqu'on a ouvert un entrepôt à Carré
04:48 dans l'objectif d'aller chercher des livres dans la Bretagne Nord.
04:51 Dans les valeurs qu'on préconise, c'est essentiellement la valeur insertion,
05:01 c'est-à-dire que la valeur sociale, puisque nous sommes à but non lucratif.
05:05 Donc, on évoquera la suite de l'association,
05:07 mais on est dans nos objectifs coopératifs.
05:10 Et donc, l'objectif, c'est de vendre des livres afin de créer des emplois.
05:14 Donc, nous sommes toujours en entreprise d'insertion.
05:17 La moitié de l'équipe est en insertion.
05:19 Alors maintenant, effectivement, nous sommes en coopérative.
05:22 Alors, le cheminement de pensée s'est fait en plusieurs étapes.
05:25 Le premier, c'est que j'étais toujours gérant de la SARL LivreEnPoche.com,
05:29 qui avait toujours pour vocation de vendre des livres sur Internet,
05:32 qui était client de Book Hemisphere.
05:34 L'un sans l'autre n'aurait jamais pu exister.
05:36 Et c'est des reproches qui m'ont été formulés souvent,
05:39 puisque j'étais aussi président d'une association à but non lucratif.
05:43 Et donc, l'idée du rapprochement s'est faite très, très vite.
05:47 Et le format SIC, Société Coopérative d'Intérêt Collectif,
05:51 commençait vraiment à prendre de l'essor,
05:53 bien que créé depuis une quinzaine d'années.
05:55 Et c'était vraiment le type de société
05:57 qui nous permettait de regrouper une association et une entreprise.
06:00 En 2018, on a transformé l'association en Société Coopérative.
06:04 On a été accompagnés par France Active Bretagne essentiellement.
06:08 On a été accompagnés par la région.
06:10 On a été accompagnés par la Fédération des entreprises d'insertion.
06:13 Ça a été très compliqué pour nous, pour plusieurs raisons.
06:16 La première, c'est qu'il a fallu acculturer des gens qui travaillaient
06:20 dans une SARL et des gens qui travaillaient dans une association
06:23 pour les faire travailler en commun sur un même projet commun.
06:25 Donc, France Active Bretagne nous a accompagnés dans le cadre d'un DLA,
06:30 dispositif local d'accompagnement, je crois que c'est ça,
06:32 qui a fait qu'on s'est posé et a fait venir un cabinet de gestion
06:36 pour nous montrer nos faiblesses et voir aussi quelles étaient nos forces
06:40 pour pouvoir avancer dans l'activité.
06:42 Ça a été extrêmement utile. Sans ça, je pense qu'on serait morts.
06:46 Pendant un an et demi,
06:47 Benjamin Duquesne ne se verse pas de salaire ou à peine.
06:50 Mais malgré les difficultés financières,
06:53 malgré le casse-tête administratif, il n'a rien lâché.
06:57 Et avec le recul, il est persuadé que son engagement avait du sens.
07:02 On est chef d'entreprise, on porte sur ses épaules,
07:06 on est H24 dans le projet,
07:08 et c'est son propre moral qui a influence sur l'ensemble de l'équipe.
07:11 Donc, il faut avoir l'air insolide,
07:13 il faut être bien accompagné personnellement aussi, je dirais.
07:16 Sans ma femme, je pense que je n'y serais pas là non plus.
07:19 J'ai eu la chance d'être accompagné par mon père aussi.
07:21 Donc, voilà, c'est quelque chose de très familial,
07:23 mais très professionnel.
07:25 Pour ceux qui ont peur, il y a toujours des solutions.
07:28 Il y a toujours des gens très compétents,
07:30 dans plein de domaines, il faut savoir les trouver.
07:32 Il faut se donner la peine, il ne faut pas baisser les bras,
07:35 parce que c'est effectivement un combat, je ne peux pas dire autrement.
07:39 Mais si les valeurs sont là, si les objectifs, si la volonté est là,
07:43 il n'y a aucune raison que ça ne fonctionne pas.
07:44 La dimension territoriale est très importante pour moi
07:52 parce que déjà, je n'ai jamais eu la vocation de faire un Jeff Bezos.
07:56 Pour l'anecdote aussi, à l'époque où j'ai démarré,
07:59 en fait, il n'y avait qu'une société qui faisait des livres d'occasion
08:02 et sinon, Amazon ne faisait pas encore de l'occasion.
08:04 Moi, ce que je voulais, c'était avoir cette résonance sociale, engagée, locale.
08:08 Et ce qui reste encore actuellement de résonner sur la Bretagne,
08:12 c'était aussi ne pas se laisser dépasser,
08:15 être capable d'assumer des flux, d'être capable d'assumer des rentrées,
08:19 des sorties, sachant que les moyens dont j'y disposais étaient relativement faibles
08:24 et d'être vraiment sûr de ce que je pouvais engager.
08:27 Nos deux points de vente, c'est Carvignac et Carré.
08:30 Alors nos points de collecte, oui, on en a 250 en Bretagne.
08:33 Ce sont des partenariats qu'on fait avec des villes, des collectivités
08:36 ou des structures privées comme les Biocop,
08:39 qui nous permettent de déposer une boîte, ce qu'on appelle boîte à culture,
08:43 en carton ou en bois, qui permet au public de déposer leurs livres
08:48 ou leurs produits culturels dans cette boîte-là.
08:50 Et nous, on a plusieurs camions qui sillonnent la Bretagne
08:53 de manière optimisée pour éviter l'impact carbone,
08:56 pour aller collecter et chercher ces livres-là.
08:59 Si les Français se sont remis à la lecture pendant le Covid,
09:03 il y a eu un retour de bâton pour Book Hemisphere.
09:06 De nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché du livre d'occasion
09:10 après la crise sanitaire.
09:11 Une concurrence avec des finalités plus ou moins sociales,
09:16 difficile à encaisser pour Benjamin Duquesne.
09:19 Nos marges ont fondu comme neige au soleil.
09:22 Donc, c'est vrai qu'on se pose la question de la suite.
09:25 Ça a été aussi la raison de la création du bâtiment à carré,
09:28 pour faire du volume, pour conserver ces marges-là.
09:31 Et c'est aussi la raison pour laquelle on commence une diversification,
09:35 notamment via les produits culturels qui sont CD, DVD, vinyles et cassettes.
09:40 Puis, depuis quelques mois, l'ouverture d'une recyclerie localement.
09:45 Donc, on a monté un second projet, en lien toujours,
09:48 en insertion aussi, de récupération de tout objet,
09:52 meubles, vaisselles, textiles, tout,
09:56 en ouvrant un entrepôt et une boutique.
09:59 Cette recyclerie, c'est à Merlevenais, à 15 km de chez nous.
10:04 Elle s'appelle Chouette Cop Recyclerie,
10:06 qui d'ailleurs va être le nom général de l'entreprise.
10:08 Book Hemisphere va "mourir" par son nom, en devenant Chouette Cop.
10:14 Mourir pour mieux renaître, pour pouvoir aller chercher une autre communication,
10:18 aller se donner la possibilité de créer des synergies
10:21 avec d'autres structures de réemploi, par exemple,
10:22 d'ouvrir vers d'autres horizons, tout en continuant notre travail d'insertion
10:26 et de notre démarche sociale et écologique.
10:28 Ces entrepreneurs qui ont envie de se lancer dans l'aventure solidaire,
10:38 il faut y aller, il ne faut pas avoir peur.
10:40 Il y a tellement de structures qui peuvent accompagner ces personnes,
10:44 de plus en plus maintenant.
10:45 Ce n'est pas que le réemploi, c'est le social, c'est l'environnement.
10:48 À tout niveau, on peut apporter sa pierre à l'édifice.
10:51 Mais si on ne fait rien, c'est sûr, on ne pourra que regretter.
10:54 Donc, il faut y aller.
10:55 Vous venez d'écouter Impact Solidaire,
11:02 un podcast européen studio en partenariat avec France Active.
11:07 Production Sébastien Guyot, réalisation Victor Nolo.
11:12 À très vite pour un prochain épisode sur le site et l'appli Europe 1
11:16 et toutes vos plateformes d'écoute.
11:18 [Musique]
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