00:00 Bonjour, c'est Elisabeth Assayag. Dans ce podcast, je donne la parole aux acteurs de l'ESS, l'Economie sociale et solidaire.
00:08 Toutes et tous sont des passionnés. Que ce soit pour lutter contre l'obsolescence programmée de vos smartphones, aider les 10 millions d'aidants en France,
00:21 éviter le gaspillage alimentaire ou donner une seconde vie à vos livres, pour tous ces projets, les entrepreneurs ont reçu le soutien de France Active, partenaire de notre podcast Impact Solidaire.
00:35 Et pour en savoir plus sur ce réseau associatif dans la finance solidaire, j'ai fait appel pour ce nouvel épisode à l'expertise de Fanny Jérôme,
00:44 directrice générale adjointe de France Active et historienne de l'Economie sociale et solidaire.
00:51 Ce que je trouve intéressant dans l'Economie sociale et solidaire, c'est l'organisation d'une certaine manière de la société civile pour répondre à des besoins qui ne sont pas ou mal couverts.
01:01 La société civile, c'est vous, c'est moi. On cherche à trouver d'autres réponses.
01:06 Et quand on regarde dans le temps, sur les dernières décennies, les créations de structures, on se rend compte que c'est le reflet des préoccupations des époques.
01:16 Les années 50, c'est le tourisme social. C'est après-guerre, les gens partent en vacances, on a les congés payés.
01:22 Quand on regarde les années 80, on est sur des enjeux d'insertion par l'activité économique, parce qu'il y a la montée du chômage, il y a la question de formation professionnelle.
01:29 Les années 90 marquent toute la partie écologique, il y a la préoccupation environnementale qui est vraiment très émergente dans les années 90.
01:38 Les années 2000, on sera plus sur des enjeux autour du vieillissement de la population.
01:42 Et moi, c'est ce que je trouve vraiment intéressant, c'est... Je ne suis pas sûre que j'ai des projets que je préfère par rapport à d'autres.
01:48 Je pense que c'est intéressant et c'est important que la société civile, elle ait une place en fait dans notre économie.
01:55 Le SS, c'est 10% de l'emploi en France, 22 millions de bénévoles. On est présent dans tous les secteurs d'activité, que ce soit l'enseignement, la culture, le sport.
02:07 6 emplois sur 10 sont associatifs dans le sport. L'agriculture avec toutes les coopératives, l'économie circulaire.
02:16 Voilà, c'est ce que je trouve très fort, c'est dynamique, c'est une vraie particularité française.
02:25 Aujourd'hui, on recense en France 220 000 structures de l'ESS dont 80% sont des associations.
02:39 Toutes cherchent à produire, à consommer et à décider autrement, avec trois exigences au cœur de leur projet.
02:47 La gouvernance démocratique, l'utilité sociale et le partage des richesses avec un encadrement des salaires.
02:55 Mais une fois la stratégie mise en place, il faut se donner les moyens de la mettre en œuvre.
03:01 Et pour franchir un cap, elles ont besoin d'investissements indispensables à leur développement.
03:07 Et c'est là que France Active a un rôle à jouer.
03:10 On les suit dans le temps, on est aussi présents à tous les moments de la vie de leur entreprise,
03:16 au moment de l'émergence de leur projet, quand ils se créent, quand ils se développent, quand ils connaissent des difficultés.
03:22 On est présents, on est capables de passer du temps avec eux dans l'analyse, dans la construction de leur projet.
03:30 C'est ce qui permet de leur donner de la force et du "crédit" à ce projet pour trouver d'autres financeurs.
03:39 On essaye d'être au plus près et de passer le temps qu'il faut pour pouvoir les aider à grandir dans le temps.
03:45 Donc forcément, ça crée des relations très fortes entre nous parce qu'on se connaît, on existe depuis 30 ans
03:53 et finalement on a financé des milliers et des milliers de projets d'intérêt général.
03:59 Qu'est-ce que France Active ?
04:03 France Active, c'est un réseau qui s'est monté dans les années 80,
04:08 à un moment où on fait le constat que le chômage est durable en France et il faut trouver de nouvelles réponses.
04:16 Et France Active aujourd'hui, c'est 850 salariés, 2000 bénévoles au travers de toute la France,
04:23 y compris dans les territoires d'Outre-mer, on est maintenant à Mayotte, en Guyane.
04:28 On est un mouvement décentralisé, on a 35 associations territoriales.
04:33 Les équipes sont en prise directe avec les besoins des entrepreneurs,
04:36 elles connaissent les acteurs de terrain, les dynamiques économiques.
04:39 C'est au niveau local que se prennent les décisions et c'est ce qui nous donne une très belle agilité dans notre action.
04:44 On va apporter des conseils à l'investissement, on va les aider à se structurer.
04:48 On va apporter des financements. Au-delà des financements qu'on apporte, notre enjeu à nous, il est de faire levier sur d'autres.
04:54 C'est-à-dire qu'une fois que nous on a dit oui, on va apporter du crédit à ce projet.
04:59 Et finalement, les banques vont se suivre, on peut avoir des fondations qui vont suivre,
05:03 des collectivités qui vont aussi intervenir sous forme de subventions d'investissement.
05:07 L'idée, c'est qu'on soit un certain nombre d'acteurs autour de l'entreprise,
05:10 dans cette phase qui peut être des phases un peu difficiles.
05:13 Et puis, on va chercher aussi à les mettre en réseau.
05:15 On sait que les dirigeants, les entrepreneurs ont besoin aussi de voir d'autres modèles, d'autres façons de faire,
05:22 de rencontrer d'autres acteurs pour se nourrir et pouvoir évoluer.
05:30 Nous, on pense que l'investissement, ça peut permettre de renforcer notre utilité sociale
05:35 et d'assurer l'avenir de l'association dans le temps.
05:38 Investir, se lancer dans l'aventure de l'économie sociale et solidaire,
05:43 vous en avez peut-être envie et il faut y croire,
05:46 même si, comme le concède Fanny Jérôme, le contexte actuel est difficile.
05:51 En gros, on a des besoins sociaux qui augmentent en France et on a des modèles économiques qui sont tendus.
05:56 On a des financements publics contraints, on est face à une crise énergétique,
06:00 on a des difficultés d'embauche, face à des rémunérations qui ne sont pas toujours attractives.
06:05 Je trouve que les Restos du Coeur, tout à fait dernièrement,
06:08 quand le président des Restos du Coeur, il prend la parole,
06:11 c'est bien ça qu'il illustre.
06:13 Aujourd'hui, les Restos du Coeur, c'est 142 millions de repas par an,
06:16 ils donnent à manger deux fois à la France par an, c'est colossal.
06:21 Et il y a 30 ans, ils devaient servir 8 millions de repas.
06:24 Donc, on voit bien l'évolution et la place aujourd'hui que prend le monde associatif.
06:29 Et donc, finalement, ces dirigeants associatifs et d'entreprises solidaires,
06:34 ils sont face à une question, c'est "comment je fais ?".
06:36 Comment j'adapte mon modèle pour répondre à ces contraintes ?
06:40 Tout en maintenant mon utilité sociale.
06:42 C'est assez facile de partir sur un projet d'entreprise plus classique,
06:46 c'est vraiment comment, finalement, je laisse bien l'utilité sociale au cœur de mon projet.
06:50 A celles et ceux qui veulent se lancer dans l'entrepreneuriat solidaire,
06:57 je leur dirais de ne pas hésiter à se faire accompagner,
07:01 de ne pas hésiter à savoir investir dans les bons moments.
07:05 On a parfois des difficultés, j'ai un peu envie de dire ça comme ça,
07:09 quand on est dans l'économie sociale et solidaire,
07:12 à copier ce qu'on peut faire dans l'économie plus classique.
07:15 Je pense qu'on peut prendre les outils, mais l'aborder de manière différente.
07:20 Notamment, investir.
07:22 Je pense qu'on peut voir l'investissement comme un sujet éthique.
07:25 Finalement, quel futur on souhaite ?
07:28 Et comment est-ce qu'on investit en étant cohérent avec le futur qu'on désire ?
07:34 Je pense qu'il y a une question derrière tout ça.
07:36 On pense toujours à l'économie sociale et solidaire comme une économie de réparation.
07:40 C'est aussi un autre modèle d'entreprendre.
07:43 Et si on veut garder une place importante de l'économie sociale et solidaire dans notre pays,
07:46 il faut pour ça qu'on se donne collectivement les moyens de nos ambitions.
07:51 Et pour ça, oui, investir et se faire accompagner.
07:54 C'est la fin de cette première saison d'Impact Solidaire,
08:02 un podcast Europe 1 Studio en partenariat avec France Active.
08:07 Production Sébastien Guyot. Réalisation Christophe Daviau.
08:12 À très bientôt sur le site et l'appli Europe 1 et toutes vos plateformes d'écoute.
08:18 [Musique]
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