00:00 Aujourd'hui, nous sommes des milliers.
00:03 Quelques semaines à peine, nous étions seuls à rêver d'un peuple vigneron
00:09 qui se lèverait comme un seul homme pour dire à la France entière
00:15 "La viticulture se meurt, Paris doit répondre !"
00:20 Les viticulteurs crient leur désespoir et ce n'est pas les raisons qui manquent.
00:23 Aléas climatiques, hausses des charges, baisse du prix du vin.
00:26 La viticulture française vient de connaître une autre année extrêmement difficile.
00:30 Alors aujourd'hui en Occitanie, région très touchée par la sécheresse,
00:33 de nombreux exploitants manifestent à Narbonne pour réclamer au gouvernement un plan marchal du vin.
00:38 L'Aude compte parmi les départements où le déficit de pluie est le plus criant.
00:45 Depuis trois ans, les agriculteurs doivent composer ici avec 30% moins d'eau.
00:49 C'est le cas de Sylvain, désespéré par l'état de ses vignes.
00:52 Il n'avait jamais connu une situation aussi difficile depuis qu'il a repris une entreprise familiale il y a une vingtaine d'années.
00:58 Le pire c'est...
01:00 Il y a deux ans ou trois c'était comme ça.
01:05 Et là...
01:07 Ça n'a pas poussé.
01:10 Quel impact ça a eu sur votre production ?
01:12 Là entre 20 et 30% je pense de même.
01:16 Voilà.
01:17 Même s'il pleut l'année prochaine c'est sûr qu'on ne produira pas.
01:20 Et c'est pour les autres années.
01:22 S'il n'y a pas de pluie dans deux ans, il n'y a plus aucune récolte ici.
01:27 Même si la vigne est une plante peu gourmande en eau,
01:30 certains vignerons réclament donc eux aussi leur retenue d'eau pour récolter les pluies durant la période hivernale.
01:36 De toute façon, les derniers aqueducs je crois que c'est les Romains qui les ont faits.
01:39 Les canaux je crois que c'est le 14, le canal du Midi.
01:44 Et les barrages de Sénégal depuis.
01:46 Donc il vous faut des solutions pour irriguer c'est ça ?
01:48 Oui.
01:49 Sinon il n'y aura plus d'agriculture, la lutte aura l'eau d'or.
01:53 Les déboires des vignerons sont aussi financiers.
01:58 Leurs charges ont explosé avec la guerre en Ukraine et l'inflation qui a suivi.
02:02 Et pendant ce temps le prix du vin lui baisse car la consommation des Français est diminue.
02:06 Mais aussi en raison de la concurrence étrangère qui tire les prix vers le bas.
02:10 Cela fait 15 ans que le prix d'achat de nos vins n'a pas bougé.
02:15 Ce n'est plus tenable.
02:17 Nous devons avoir des prix qui doivent nous permettre de vivre de nos produits en intégrant nos coûts de production.
02:26 On souhaite que la communauté européenne soit tous sur le même pied d'égalité.
02:30 Les salaires, les cotisations.
02:33 Et là peut-être qu'on serait au niveau commercial on serait compétitifs voire meilleurs que les autres.
02:38 Si je suis là c'est surtout aussi pour l'augmentation de toutes les charges.
02:43 C'est le gasoil pour ce qui nous concerne à nous.
02:46 Le gasoil, tous les produits phytosanitaires.
02:49 Puisque le ministre ne veut pas nous entendre, je pense qu'on a qu'une seule solution.
02:54 C'est faire péter quoi.
02:57 Dans la région les vignerons utilisent des méthodes radicales pour se faire entendre.
03:01 En octobre des camions transportant du vin espagnol ont été stoppés à la frontière et leurs cargaisons détruites.
03:06 Des locaux de négociants ont été vandalisés et incendiés aussi ces dernières semaines.
03:11 Mais ces actions et les solutions défendues, notamment sur l'irrigation ou l'usage de produits phytosanitaires,
03:16 ne font pas l'unanimité au sein de la profession.
03:19 Pour ce reportage je devais rencontrer un viticulteur en désaccord.
03:22 Mais celui-ci a fait marche arrière par crainte, je cite, de s'attirer les foudres de la profession
03:27 dans un climat particulièrement tendu.
03:29 Mais une autre vigneronne a accepté de me rencontrer.
03:32 Normalement les ferments ils devraient faire 1m50.
03:35 Et là il n'y a rien.
03:36 Ça n'a vraiment pas poussé autant que d'habitude.
03:40 Du coup les grappes étaient toutes petites et il y en avait 2 à 3 fois moins.
03:44 C'est quoi votre philosophie par rapport à ces aléas climatiques ?
03:46 Je pense qu'on peut refaire venir sur des petites surfaces l'eau,
03:52 et en tout cas la préserver et la garder.
03:55 Ça fait 10 ans qu'on ne travaille plus les sols sur cette parcelle
03:58 et on voit bien que l'herbe est déjà verte, elle est déjà en train de repousser.
04:01 De toute façon c'est la seule solution, travailler avec la nature.
04:03 Pour vous construire des retenues d'eau par exemple, ce n'est pas la solution ?
04:07 Des mars, des fossés, faire des haies.
04:11 Mais des grands bassins qui vont s'évaporer plus vite que ça va se reremplir,
04:15 pour moi c'est un peu une hérésie.
04:18 Donc si on ne peut plus faire de vignes dans la région, on fera autre chose.
04:23 Mais on ne va pas changer le climat, en tout cas c'est trop tard.
04:26 Le monde de l'écologie c'est aussi un monde qui use de méthodes radicales
04:33 que vous critiquez parfois, mais vous aussi vous avez votre radicalité aujourd'hui.
04:36 Les méthodes sont radicales parce qu'on s'aperçoit qu'eux sont entendus parce qu'ils sont radicaux.
04:41 Que nous en étant dans l'écoute et surtout d'obéir aux règles,
04:45 au final on est des grands oubliés.
04:47 Là ça va continuer, tu vous croyez ?
04:48 Ça va monter crescendo, forcément.
04:50 À moins que l'État prenne le problème à bras le corps,
04:54 mais je ne sais pas, il sait que ça ne sera pas le cas.
04:56 Malheureusement il va falloir amener à des actes beaucoup plus virulents,
05:03 à notre grand désespoir, mais à un moment donné, le désespoir t'amène à ça.
05:08 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
05:11 "La voix et la musique ne sont pas indistinctes"
05:14 Merci.
Commentaires