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00:09 Troisième cancer le plus fréquent en France, le cancer du poumon est donc répandu.
00:14 Quand on est considéré comme personne à risque,
00:16 faut-il prendre des mesures particulières pour surveiller son état de santé ?
00:21 C'est le sujet que nous allons aborder aujourd'hui en compagnie du professeur Anne-Claire Taufard,
00:26 pneumologue au CHU de Grenoble.
00:28 Alors professeur, en premier lieu, est-ce qu'on peut revenir sur les symptômes,
00:32 les points de vigilance à avoir face au cancer du poumon ?
00:36 Le cancer du poumon, c'est un cancer qui, dans la majorité des cas,
00:39 au stade localisé, ne fait aucun symptôme.
00:41 C'est pour ça que dans près de deux tiers, dans plus de 60% des cas,
00:45 il est diagnostiqué à un stade métastatique, c'est-à-dire à un stade qui n'est plus curable.
00:50 Donc des symptômes qui peuvent alerter les patients,
00:52 il peut y avoir des symptômes qui vont être respiratoires avec une toux qui persiste.
00:56 Quand on a une toux dans les suites d'un épisode infectieux, c'est normal.
01:00 Par contre, si elle dure plus de six semaines,
01:02 il faut commencer à se soucier et à envisager de faire des examens complémentaires,
01:07 des imageries du thorax.
01:09 Et ensuite, sinon, c'est quand le cancer a commencé à atteindre d'autres organes,
01:13 donc des douleurs qui persistent, la fatigue aussi.
01:18 Si on est plus fatigué, si on perd du poids de façon inexpliquée,
01:22 d'un coup on perd 10 kg en deux mois,
01:25 alors que ça fait 10 ans qu'on essaie de faire un régime et qu'on n'y arrive pas,
01:28 il faut commencer à s'inquiéter.
01:31 Donc voilà, maintenant, comme on l'a dit, le cancer,
01:34 l'idéal c'est de le diagnostiquer quand il est localisé,
01:38 à un moment où on peut le guérir.
01:40 Et c'est pour ça qu'il y a des volontés des instances, des sociétés savantes,
01:47 d'arriver à mettre en place un dépistage systématisé.
01:52 Alors justement, veuillez revenir docteur, vous parliez de dépistage systématisé.
01:55 Quand on est population à risque, j'entends parler à peut-être les fumeurs,
01:58 les personnes qui ont été exposées à des produits toxiques au cours de leur carrière,
02:03 est-ce qu'on peut justement avoir un espèce de dépistage précoce,
02:09 comme on a un frottis par exemple chez les femmes,
02:12 est-ce que ça existe ce type d'examen ?
02:14 Aujourd'hui, le dépistage systématisé n'est pas encore validé,
02:18 n'est pas encore autorisé par les autorités françaises,
02:20 même si on sent qu'il y a du mouvement et il y a une forte pression des sociétés savantes.
02:24 Ce qui peut être proposé, c'est un dépistage individuel,
02:27 c'est-à-dire que c'est la personne qui dit "j'ai vraiment beaucoup fumé, ça m'inquiète"
02:32 et qui demande à son médecin généraliste ou son pneumologue s'il est suivi,
02:35 s'il peut avoir un scanner de dépistage.
02:37 En ce qui concerne les expositions professionnelles,
02:39 c'est normalement des personnes qui sont suivies avec des images refaites régulièrement.
02:44 L'examen, c'est le scanner absolument ?
02:46 Tout à fait, l'examen de dépistage,
02:49 l'objectif c'est de dépister des nodules,
02:51 de dépister le cancer du poumon quand il est tout petit.
02:54 L'examen, c'est un scanner qu'on appelle un scanner base dose
02:57 et qui est sans injection de produits de contraste.
03:01 C'est très important quand même de noter que quand on veut rentrer
03:04 dans un programme de dépistage individuel, puisque c'est le seul qui est possible aujourd'hui,
03:10 il est fortement recommandé de démarrer une débarque d'aide au sevrage thavagique.
03:16 L'aide au sevrage thavagique, le sevrage thavagique va vraiment avec le dépistage
03:22 dans la diminution du risque de décès par cancer.
03:24 On sait aussi professeure que la recherche a heureusement beaucoup progressé
03:28 au cours des dernières années.
03:30 Est-ce qu'aujourd'hui on arrive à avoir des protocoles,
03:33 quel que soit le stade finalement de cancer auquel on se trouve ?
03:37 C'est vrai que la grande classe de molécules qui a un peu révolutionné
03:41 l'oncologie thoracique ces dernières années, c'est l'immunothérapie.
03:45 L'immunothérapie qui a déjà d'abord été proposée chez des patients avec un cancer métastatique,
03:50 c'est-à-dire non éligible à un traitement curatif,
03:53 c'est qu'on garde sa maladie toute sa vie, qu'on soit traité ou en phase de surveillance.
03:58 Avant l'ère de l'immunothérapie, les patients avec un cancer métastatique
04:02 avaient une médiane de survie autour de un an.
04:05 Aujourd'hui, on dépasse les deux ans et on retrouve même des patients
04:09 qui sont avec une maladie parfaitement contrôlée à cinq, six, sept ans
04:13 et l'impression que peut-être ils pourraient être guéris, c'est l'avenir qui nous le dira.
04:17 Ça c'est pour les patients avec une maladie métastatique.
04:19 Ça a tellement été une révolution que les industriels qui développent ces molécules
04:23 ont commencé à l'avancer dans d'autres stades.
04:26 Aujourd'hui, l'immunothérapie est aussi un standard dans les maladies
04:30 qu'on appelle localement avancées, c'est-à-dire celles qui n'ont pas de métastase,
04:34 donc qui sont quand même localisées mais qu'on ne peut pas opérer,
04:37 parce qu'elles sont quand même un peu trop grosses.
04:39 C'est des cancers qu'on traite par chimiothérapie et radiothérapie
04:41 et après, les patients ont de l'immunothérapie pendant un an.
04:46 Et le dernier stade de cancer, c'est les maladies localisées,
04:50 donc c'est les patients qu'on peut opérer.
04:52 Aujourd'hui, il y a un certain nombre d'essais cliniques,
04:54 dont on a beaucoup parlé dans les derniers congrès,
04:57 qui montrent l'intérêt de l'immunothérapie,
04:59 que ce soit en pré-opératoire ou en post-opératoire.
05:02 Et bien, beaucoup d'espoir professeur.
05:03 Je vous propose de rester avec moi encore quelques minutes.
05:06 On va passer maintenant aux questions de nos internautes.
05:08 Intéressant d'ailleurs, est-ce qu'on peut demander soi-même
05:12 à faire un scanner, parce qu'on a 40-50 ans,
05:15 qu'on a été fumeur et qu'on veut savoir,
05:17 est-ce qu'on a le droit de nous prescrire cet examen ?
05:20 Alors oui, on a le droit.
05:22 Il faut en discuter avec son médecin généraliste.
05:24 Il faut quand même que le médecin généraliste soit informé que c'est possible.
05:28 Ce qui est considéré dans le dépistage, c'est quand même des gens,
05:31 dans ce qu'on propose, des gens qui ont fumé une certaine quantité de cigarettes.
05:37 Ce n'est pas des gens qui fument modérément, qui ont fumé juste 10 années.
05:41 Mais bien sûr que c'est possible de leur demander.
05:44 On est plutôt à partir de 50 ans quand même,
05:47 de 45-50 ans, moins chez les plus jeunes.
05:49 Qu'est-ce qu'un cancer du poumon détecté à temps ?
05:53 Un cancer du poumon détecté à temps, c'est un cancer du poumon qu'on peut guérir.
05:57 Et donc, auquel on peut proposer un traitement qui peut guérir.
06:01 Le traitement qui guérit le mieux, c'est la chirurgie.
06:04 Donc pour ça, c'est important de le diagnostiquer quand il ne fait que quelques centimètres qu'on peut l'opérer.
06:09 Et quand à ce stade-là, ça ne fait pas de symptômes.
06:12 Donc c'est ce que je vous disais, le cancer du poumon localisé, il ne fait pas de symptômes.
06:17 Au milieu du poumon, il n'y a pas de nerfs, il n'y a rien.
06:20 Il peut faire tousser, mais c'est tout.
06:22 Donc c'est un cancer qu'on peut guérir, qu'on peut opérer,
06:25 en sachant que l'alternative à la chirurgie qui peut guérir aussi, c'est la radiothérapie.
06:29 Dernière question, mais vous y avez répondu.
06:32 Pourquoi avec un cancer aussi fréquent, troisième cancer le plus fréquent en France,
06:36 il n'existe pas de dépistage organisé ?
06:40 C'est à voir avec les autorités françaises, pourquoi elles n'ont pas accepté.
06:43 C'est vrai que le bénéfice, on a montré que le dépistage, ça améliorait la survie globale des patients.
06:49 Donc ça diminuait le nombre de décès de toutes causes confondues.
06:52 Et ça diminuait le nombre de décès liés au cancer du poumon.
06:57 Donc le bénéfice, il y est.
06:58 Maintenant, la méthodologie du dépistage, c'est un scanner.
07:02 Et c'est quand même un peu plus compliqué d'organiser des campagnes de dépistage,
07:05 je pense, quand c'est un scanner par rapport à une mammographie ou à l'hémateste pour le cancer du cou.
07:11 Merci infiniment, professeure.
07:13 Merci à vous.
07:14 Merci à vous tous de nous avoir suivis.
07:16 Et je vous dis à très vite pour de nouvelles expertises santé.
07:19 Prenez soin de vous.
07:20 [Musique]
07:24 Pour mieux comprendre et agir face au cancer du poumon,
07:27 participez aux journées d'information Cap Poumon, organisées par MSD.
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