00:00 Nicolas Gaube, merci beaucoup d'être avec nous.
00:02 Vous êtes professeur de SVT dans l'Hérault et vous étiez en lice pour, écoutez bien,
00:07 le titre du meilleur prof au monde.
00:09 C'est le très sérieux Global Teacher Prize qui a remis le prix hier soir à Paris.
00:13 Alors c'est la pakistanaise Sister Steph qui a été récompensée,
00:16 mais vous faisiez partie des dix finalistes et c'est une grande première pour un Français.
00:22 Comment vous vous sentez ?
00:24 Très bien, très fatigué parce que la soirée s'est prolongée, voilà,
00:28 et qu'il était un petit peu tôt, mais très très bien, très très content.
00:32 Vous n'êtes pas trop déçu ?
00:33 Pas du tout, pas du tout parce qu'en fait on dit le meilleur prof, etc.
00:38 mais en fait ce n'est pas une compétition.
00:40 Quand on rencontre les neuf autres finalistes, on a passé toute la journée ensemble hier.
00:44 Vous étiez à la remise de prix hier.
00:45 Oui, oui, et donc du coup on crée des liens et on se rend compte qu'il n'y a pas de compétition entre nous.
00:52 Donc pas déçu, non, non, et puis elle le mérite largement avec tout ce qu'elle a fait, c'est extraordinaire.
00:56 C'est la première fois qu'un Français arrive en finale du Global Teacher Prize,
01:00 le prix qui existe depuis 2015.
01:02 C'est un concours qui récompense chaque année un enseignant aux méthodes innovantes.
01:06 Alors c'est quoi vos méthodes ?
01:07 Je tiens à préciser que l'année dernière c'était une Française qui était parmi les dix premières,
01:12 donc voilà, disons-le quand même.
01:14 Il y a déjà eu une Française ?
01:16 Il y a eu une Française, oui, l'année dernière, la dernière session en fait,
01:18 donc voilà, je pense à elle.
01:20 Vous disiez donc c'est quoi un professeur avec des méthodes innovantes ?
01:24 Qu'est-ce que c'est vos méthodes à vous ?
01:26 Mes méthodes à moi ?
01:27 C'est un travail d'équipe en fait, autour des sciences cognitives,
01:32 qu'on essaie d'appliquer en classe avec beaucoup de mes collègues du collège,
01:36 où on essaie d'apprendre aux élèves comment travailler à la maison,
01:39 comment apprendre leurs leçons.
01:41 On se réunit beaucoup entre nous aussi, on va s'observer en classe,
01:44 et on essaie d'impliquer les parents aussi dans tout ça,
01:48 pour qu'ils aident leurs enfants à aussi mieux apprendre leurs leçons.
01:52 Vous avez été choisi parmi 7000 candidats dans 130 pays différents.
01:57 Comment ça se passe déjà ? Vous avez candidaté ?
01:59 Oui, j'ai candidaté, parce qu'en fait j'ai des collègues australiens
02:04 que je connais grâce à YouTube,
02:06 et quand je les ai vus, eux, candidater l'année dernière,
02:08 je me suis dit pourquoi pas, allons-y.
02:10 Donc oui, j'ai candidaté.
02:11 Vous avez envoyé quoi, un dossier ?
02:13 Il y a beaucoup de questions.
02:15 Ça m'a pris deux, trois jours pour remplir tout le truc.
02:17 Donc un dossier, oui, et c'est l'occasion de revenir sur 22 ans de carrière,
02:21 donc ça commence à faire un petit peu,
02:23 et de faire le point aussi sur tout ce qu'on a fait.
02:26 Ce sont deux projets pédagogiques qui vous ont démarqués.
02:29 Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont ces projets-là ?
02:31 Le premier, c'est ce que j'évoquais tout à l'heure,
02:33 c'est "Et si on apprenait ensemble ?"
02:35 Donc c'est à la fois les professeurs ensemble,
02:38 les professeurs et les élèves, professeurs et les parents,
02:41 donc tous ensemble on essaie d'apprendre.
02:42 Le deuxième, c'est "Déplace la classe",
02:44 que j'ai mis en place avec ma collègue d'histoire-géographie,
02:47 Charlotte Soulier, et où en fait on essaie de réorganiser la salle de classe
02:51 autour de différents pôles en ce qui me concerne,
02:55 puisque je suis professeur de sciences,
02:57 j'ai organisé trois pôles différents.
02:59 Un pôle laboratoire où on va faire toutes les expériences classiques
03:02 de sciences de la vie de la Terre,
03:04 pas seulement les dissections de grenouilles, je vous rassure,
03:06 on fait aussi d'autres choses.
03:08 Après on a un pôle documentaire où on va travailler
03:10 la maîtrise de la langue française.
03:12 Et enfin j'ai un troisième pôle numérique,
03:14 où en fait on va apprendre aux élèves à utiliser les outils numériques,
03:17 ils ont tous un smartphone, mais ils ne savent pas forcément
03:19 comment l'utiliser pour travailler, et on essaie de leur apprendre ça.
03:22 Pourquoi c'est important que ce concours existe selon vous,
03:24 justement c'est pour mettre à l'honneur le métier de professeur ?
03:27 Exactement.
03:29 Vous êtes quoi comme genre de prof vous ?
03:31 Quel genre de prof ? Un prof heureux ?
03:34 Vous êtes un prof heureux ?
03:35 Oui, c'est le nom que j'ai donné à ma chaîne YouTube,
03:38 donc oui je suis un prof heureux.
03:40 Parce qu'aujourd'hui on parle quand même souvent de la latitude des professeurs,
03:43 c'est un métier qui est difficile, c'est pas du tout votre cas ?
03:46 Ah bien sûr que si.
03:47 C'est un métier très difficile, c'est un métier épuisant,
03:50 qui demande beaucoup, qui est très exigeant.
03:52 Mais si je veux véhiculer un message, c'est qu'on peut aussi,
03:55 malgré tout, malgré ses difficultés, être épanoui professionnellement
03:58 et être un prof heureux.
04:00 Donc ouais, c'est mon message, et c'est ce que j'essaie de transmettre.
04:04 Le concours pour devenir enseignant a été prolongé jusqu'au 7 décembre,
04:08 ça devait s'arrêter normalement aujourd'hui, ça fait la une de l'Ardenais.
04:11 Ça veut dire qu'on ne trouve plus personne,
04:13 plus personne n'a envie d'être prof aujourd'hui ?
04:15 Ah le concours, pardon, je confondais le concours.
04:18 C'est très très difficile, et en fait ce qui est intéressant,
04:21 c'est que c'est un phénomène international.
04:23 Ils en ont parlé hier à la conférence de l'UNESCO,
04:25 justement, ils se sont posé la question comment expliquer cela.
04:28 Oui, donc la difficulté du métier fait que ce n'est pas aussi attirant.
04:33 L'image qu'on en a, l'image qui est véhiculée aussi, est fausse.
04:39 Soit négative, soit fausse.
04:41 Quand vous prenez un article qui parle d'un professeur,
04:44 si on lit la section commentaires, il faut avoir le cœur bien accroché
04:47 pour supporter tout ça.
04:49 Alors comment on est un prof heureux aujourd'hui en France ?
04:51 Je ne peux parler que pour moi.
04:53 Moi ce qui me fait avancer, c'est la relation qu'on peut avoir avec les élèves,
04:57 les voir évoluer, voir qu'on a un impact sur des jeunes vies,
05:03 des jeunes individus qui sont en train de devenir adultes.
05:06 C'est ça qui est mon moteur et c'est ça qui me fait avancer.
05:10 Alors, je reviens quand même sur ce prix.
05:12 Il y avait quand même un million de dollars à la clé.
05:14 Donc vous êtes quand même passé sous ce prix.
05:17 Vous aviez annoncé qu'en cas de victoire, vous auriez partagé la somme
05:20 avec les dix autres finalistes.
05:22 Est-ce que vous attendez la même chose de la gagnante ?
05:24 Oh absolument pas.
05:26 Non, je n'attends rien en général.
05:30 Pas du tout.
05:32 Je sais qu'elle a construit sa propre école pour aider les petites filles au Pakistan
05:39 pour qu'elles aient accès à l'éducation.
05:41 Donc, qu'elle garde tout son argent et qu'elle mette tout ça dans son projet
05:44 pour construire une école encore plus grande,
05:46 aider les femmes pakistanaises parce qu'elle s'occupe aussi de l'éducation
05:49 des femmes pakistanaises.
05:51 C'est tellement extraordinaire.
05:53 Vous trouvez que c'est mérité en fait ?
05:55 Mais largement mérité.
05:57 Alors, vous n'avez pas gagné le titre de meilleure prof du monde,
05:59 mais pour TéléMathens, c'est tout comme.
06:01 Alors, pour vous encourager dans vos projets, on vous distribue deux bons points.
06:04 Mon Dieu, je suis très touché.
06:06 Merci beaucoup.
06:07 C'est presque pareil que le prix.
06:08 Merci beaucoup Nicolas Gaube d'avoir été avec nous.
06:10 Je rappelle que vous êtes professeur d'SVT et vous êtes le meilleur prof du monde.
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