00:00 place aux nouvelles têtes, Mathilde Serrel, ce matin, un illustrateur qui, de son propre
00:04 aveu, n'aurait jamais dû le devenir.
00:05 Mathieu Persan est dans notre studio.
00:08 Portrait sonore !
00:10 729 moins 285 divisé par 37 multiplié par 13 plus 156 divisé par 3.
00:16 104 ?
00:17 Oui !
00:18 Ben oui !
00:19 Dans sa famille, c'était des chiffres et des chiffres.
00:26 Fils de prof de maths, maths-chup, maths-p, études de maths, bac +4,5 en maths et un
00:32 premier job de gestionnaire de données dans le milieu bancaire à la clé.
00:35 La Défense, c'est le plus gros quartier d'affaires d'Europe.
00:38 Avec ses 40 tours et ses 160 000 salariés, ce temps peu du business génère à lui seul
00:44 un quart de la richesse nationale française, soit 500 milliards d'euros.
00:48 Et oui, dans les tours de la Défense, il ne rêve que d'une chose, s'évader de ce
00:52 travail absurde qu'il considère comme un impôt sur le temps.
00:56 Mais on ne jette pas un CDI doré dans un monde d'insécurité.
00:59 En 2008, pourtant, tout va changer à la faveur d'une nouvelle salle de réunion et de l'affiche
01:04 qui s'y trouve.
01:05 C'est l'Atlantique.
01:07 Un gros paquebot signé du maître des affichistes français des années 30, A.M.
01:15 Cassandre.
01:16 Voilà qu'il se prend à rêver.
01:17 Pourquoi pas lui ? En quelque forme, délivrer un message, une idée, il se lance en autodidacte
01:23 comme un DJ, apprivoisant les logiciels d'illustration grâce à des tutos sur internet.
01:27 C'est le début du reste de sa vie.
01:30 A 35 ans, il devient illustrateur.
01:38 Des journaux aux couvertures des éditions Gaillemester, de la revue America à la pochette
01:42 d'albums d'un Benjamin Biollet.
01:43 Dix ans plus tard, c'est l'un des meilleurs du secteur et publie Rétrovision, un regard
01:48 illustré sur notre époque chez Hachette.
01:50 Mathieu Persson, vous êtes content d'être devenu vous-même ?
01:52 Bonjour !
01:53 Vous avez reconnu la musique ?
01:56 Oui, évidemment.
01:57 C'est ?
01:58 C'est Lilanon, c'est Divine Comedy, c'est Dieu sur Terre.
02:02 C'était votre rêve adolescent de rencontrer Lilanon qui a emmené The Divine Comedy,
02:09 groupe mythique de pop symphonique.
02:10 Et puis en 2019, vous avez carrément réalisé le clip de The Divine Comedy.
02:14 Là, vous avez dit que vous en aviez vraiment fini avec votre bullshit job ?
02:18 Non, parce que je continue à travailler dans un bullshit job.
02:21 Parce qu'on a beau rencontrer ses héros, on a beau travailler pour eux, c'est pas
02:24 ça qui va payer le loyer.
02:26 Et élever les enfants.
02:27 Par contre, ça a été un rêve absolu.
02:30 À vrai dire, j'avais fait ces affiches au départ uniquement pour le rencontrer.
02:33 Il n'y avait pas d'autre but.
02:35 C'était vraiment dans un côté très fanatique.
02:39 C'était une raison très simple.
02:40 On dit toujours qu'il ne faut pas rencontrer ses héros.
02:42 Moi, j'avais envie de remercier mes héros.
02:44 On en parlera peut-être après.
02:46 Au-delà de sa musique, c'est quelqu'un qui a une vision de l'artisanat, à travers
02:53 sa musique.
02:54 Quelqu'un qui, il y a 17 ans, a décidé de faire la musique tout seul.
02:56 Et moi, c'est quelque chose qui m'a inspiré.
02:57 Parce que moi, quand je me suis retrouvé à 23 ans dans les couloirs de la défense,
03:02 je me suis dit qu'il va falloir que je m'en sorte tout seul.
03:04 Et ça ne va pas être simple.
03:05 Et je ne savais absolument pas dans quelle direction creuser.
03:06 Et donc, c'est vrai, cette histoire de changement de salle de réunion.
03:10 Tout d'un coup, vous retrouvez un étage en dessous, il y a une autre affiche et ça
03:13 vous déclenche.
03:14 Oui, tout à fait.
03:15 Parce qu'il faut imaginer ce que sont les bullshit jobs.
03:18 On en a parlé pas mal, on en parle un peu moins maintenant.
03:20 Mais c'est vraiment, j'oserais dire, l'enfer du devoir.
03:24 C'est-à-dire le devoir de la consommation, le devoir du travail, le devoir du CDI.
03:29 Mais qui n'a aucun sens, qui n'est absolument pas épanouissant.
03:32 Et quand je me suis retrouvé dans cette affiche, je me suis dit que c'était comme une porte
03:35 ouverte finalement, sur ce mur blanc qui ne menait nulle part.
03:38 Il y avait quelque chose qui s'ouvrait.
03:40 Et puis après, j'ai découvert l'illustration un petit peu par hasard finalement.
03:44 Et on remercie la personne qui était chargée de décorer les bureaux qui a mis cette affiche.
03:48 Je ne sais pas si…
03:49 Je ne sais pas qui c'est.
03:50 Mais vous savez qu'il y a des gens dont c'est le travail aussi.
03:52 Ou on peut remercier ou la remercier.
03:55 On vous connaît tous sans le savoir.
03:56 Deux couvertures de livres de Guillaume Musso en 2019 et 2020 qui tranchent d'ailleurs
04:00 avec son univers habituel.
04:02 Les illustrations de l'album de Benjamin Biollet, Grand Prix, la collection Totem qui
04:05 est le format poche des éditions Gallmeister qui sont des livres d'histoire américaine.
04:09 C'est un peu votre rêve aussi l'Amérique.
04:11 Mais c'est en 2020 que vous allez exploser.
04:13 Vous allez poster une affiche juste avant l'annonce de confinement de Macron.
04:16 On est le 13 mars 2020.
04:18 Oui, tout à fait.
04:19 J'ai posté une affiche comme je le faisais régulièrement.
04:22 C'est-à-dire que moi, j'aime bien utiliser ce format affiche parce que j'ai envie de
04:25 m'exprimer, j'ai envie de raconter des choses, j'ai envie de donner mon point
04:27 de vue très personnel.
04:28 Et en postant cette affiche, elle est devenue complètement virale.
04:31 Je ne m'attendais absolument pas à ce retentissement.
04:34 C'est rester chez vous avec une petite maison tranquille.
04:37 Et un message qui n'est pas anxiogène, c'est jouer de la musique, écouter de la
04:43 musique, chanter, danser dans le salon, rester à la maison.
04:46 Ça n'a jamais été aussi facile de sauver des vies.
04:48 Vous serez traduit dans 25 langues.
04:50 Le message fait le tour du monde.
04:51 Oui, c'était très étonnant.
04:53 Et puis c'était très touchant de voir, surtout avec le regard qu'on a aujourd'hui
04:57 sur tout ce qui se passe dans le monde, de voir qu'il y avait une espèce de cohésion.
04:59 J'ai pris un malin plaisir dans le livre à mettre la traduction arabe et hébreu
05:04 à côté.
05:05 Je pense que c'était important comme symbole.
05:06 Et puis, il y avait une espèce de cohésion un peu mondiale face à ce virus qui touchait
05:14 tout le monde indistinctement.
05:15 Donc, d'un seul coup, on oubliait un peu les différences.
05:17 Ça faisait du bien.
05:18 Alors depuis, vous faites la carrière qu'on a un petit peu égrénée sur cette antenne,
05:22 vous avez aussi sorti votre premier roman.
05:24 C'est un roman qui s'appelle "Il ne doit plus jamais rien m'arriver".
05:28 Et c'était là, en 2023, cette année, au hommage à votre mère disparue, vaincue
05:32 par le cancer.
05:33 Vous évoquez notamment ce souvenir.
05:34 L'explosion a eu lieu aux alentours de 18h45 à la synagogue israélite libérale de la
05:42 rue Copernic, au numéro 24 de cette rue Copernic.
05:46 Le 3 octobre 1980, vous n'avez pas encore deux ans.
05:49 Votre frère en a six.
05:50 Votre soeur en fait.
05:53 Les deux vont être emmenés par votre mère et par vous dans une stratégie pour vous
05:58 baptiser.
05:59 Parce que pour votre mère, la conséquence de votre nom, à ce moment-là, c'est désormais
06:03 vu comme une cible dans votre dos.
06:05 Ça va être trop compliqué pour votre frère et votre soeur d'y arriver.
06:09 Parce qu'il y a énormément de prérequis.
06:11 Votre mère dit "j'essaie de sauver mes enfants, l'église me met des bâtons dans
06:13 les roues".
06:14 Elle s'énerve.
06:15 Et puis vous, finalement, vous arrivez à être baptisé puisque vous êtes plus petit.
06:18 Elle vous dit "j'étais donc enfin de fait désigné comme le survivant potentiel de
06:22 la famille en cas de retour des nazis".
06:24 C'est un message extrait de votre roman que vous publiez le 1er novembre sur votre compte
06:29 Instagram.
06:30 Quel était le sens de cette republication et le souvenir qui remontait à ce moment-là ?
06:34 Le sens de la republication, c'est tout ce qu'on voit aujourd'hui.
06:39 A savoir que les personnes de confession juive se sentent en danger aujourd'hui.
06:44 Et je pense que le danger qu'avait senti ma mère à ce moment-là, c'est exactement
06:47 le même que ressentent ces personnes aujourd'hui.
06:49 C'est-à-dire qu'effectivement, quand on voit des tags, quand on voit des insultes,
06:54 quand on voit des choses comme ça, c'est extrêmement traumatisant.
06:56 Et on se dit qu'effectivement, le pire peut revenir.
06:58 Oui, tout peut revenir.
07:01 Tout, écrivez-vous sur Instagram.
07:02 Oui, parce que je le vois aussi quand je poste mes images.
07:05 Je vois parfois des réactions qui sont complètement épidermiques et surtout qui vont bien au-delà
07:10 de ce que j'ai voulu dire dans les images.
07:12 "Je me suis fait traiter de fasciste, je me suis fait traiter de nazi parce que j'utilisais
07:17 de la couleur rouge avec du noir".
07:19 C'est une espèce de méconnaissance complète du graphisme.
07:22 Mais c'est aussi d'une violence assez inouïe.
07:26 Vous avez commenté d'ailleurs à votre manière sur votre compte Instagram l'actualité
07:29 depuis un mois de la guerre d'Israël contre la mâche.
07:32 J'invite les auditeurs à aller voir.
07:34 Mais vous avez une solution de paix, c'est la International Cocktail for Peace Association
07:39 dont le but est de boire à la santé de la paix dans le monde.
07:43 Ça vous la relancez du coup là ?
07:45 Oui, c'est le moment parce que je crois qu'on en a tous besoin.
07:48 Les Chaim !
07:50 Alors, c'est l'heure de votre sujet libre.
07:54 Mathieu Persan, vous êtes venu avec une surprise pour France Inter.
07:57 Oui, tout à fait.
07:58 J'ai fait une affiche pour rendre hommage au 7/9.
08:00 Non, au 7/10.
08:01 Ah oui, 7/10, je suis désolé.
08:03 La pilule miracle qui vous aide à ouvrir les yeux ?
08:07 Exactement.
08:08 Parce que parmi toutes les choses absolument effrayantes du monde, il y en a une qui m'effraie
08:11 particulièrement.
08:12 C'est la désinformation.
08:14 C'est le fait qu'on peut potentiellement vivre bientôt dans un monde où on ne sait
08:17 plus ce qui est vrai, ce qui est faux.
08:18 Et comment on se débrouille là-dedans ?
08:20 Donc, je me suis dit qu'il fallait absolument qu'on ait un remède à ça.
08:23 Et le remède, je suis désolé si la pression va retomber sur vous, c'est vous.
08:26 C'est le service public, c'est l'information de qualité.
08:29 Donc, la pilule miracle, l'affiche pour la décrire, c'est un peu compliqué à la radio,
08:32 mais c'est une grosse pilule qui remplace un micro.
08:35 Un micro très années 50.
08:37 Derrière, il y a des ondes et surtout le slogan dans une typographie très années 50.
08:42 7/10, l'heure des professionnels de l'information.
08:44 Il y a un clin d'œil.
08:45 Je peux même vous la faire à la sauce radio des années 50.
08:49 On va la poster immédiatement sur Instagram.
08:52 Hop, c'est fait.
08:54 Merci.
08:55 Merci beaucoup Mathieu Persson.
08:56 Rétrovision, un regard illustré sur notre époque.
08:59 C'est sorti chez Hachette le 15 novembre et bonne route.
09:01 Merci beaucoup.
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