00:00 Votre invité média Céline Baydarcourt combat depuis 15 ans maintenant les théories du complot avec son site
00:05 Conspiracy Watch et notamment des théories qui fleurissent sur les réseaux sociaux
00:09 X en premier lieu, le nouveau nom de Twitter
00:14 d'où l'appel d'un collectif à boycotter la plateforme aujourd'hui c'est le No Twitter Day.
00:20 Bonjour Udi Rachetat.
00:21 Vous êtes l'une des personnalités à l'origine de ce mouvement de grève si on peut
00:24 utiliser ce terme là. Ce jour a été choisi car c'est le 27 octobre 2022 qu'Elon Musk a pris possession
00:29 de ce qui était encore Twitter. Qu'est ce qui a changé concrètement depuis ?
00:33 Plusieurs choses. D'abord l'équipe de modération qui était déjà pas très
00:37 importante, il y avait moins de 2000 personnes qui s'occupaient de la modération physiquement de la plateforme, a été réduite de l'ordre de 80%
00:43 donc il y a quasiment plus de modération sur Twitter au moment où on parle. Ensuite on a un système de certification
00:49 qui a complètement été bouleversé. Les comptes qui étaient certifiés, donc qui avaient une forme de fiabilité, on savait qui était derrière en tout cas,
00:58 ont perdu leur certification et au profit d'un système de certification payant
01:03 8 dollars par mois où lorsqu'on est un compte de désinformation on peut non seulement
01:10 payer et se voir certifié et donc avoir une prime de visibilité algorithmique par la plateforme mais en plus on peut
01:17 monétiser son activité sur Twitter. On peut gagner de l'argent avec la désinformation.
01:21 Une désinformation toxique qui pousse au harcèlement, à la haine en ligne et ça c'est quand même particulièrement
01:28 inquiétant. Et ces comptes avec ce badge bleu selon la société NewsGuard il y a quelques jours
01:34 ce sont les plus gros propagateurs de fake news. Ils sont à l'origine de trois quarts de la désinformation sur par exemple le conflit Israël/Hamas.
01:42 Elon Musk assure qu'il lutte contre les fake news. C'en est une ça de fake news ?
01:47 Ecoutez il y a de l'auto-régulation qui est faite par toutes les plateformes y compris par Twitter. Il y a effectivement des retraits
01:54 par l'IA d'ailleurs de contenus pédopornographiques par exemple. Mais ça ne suffit pas l'auto-régulation.
01:59 Il faut une régulation externe qui est une régulation démocratique et aujourd'hui Twitter est la plateforme
02:05 qui est la moins
02:07 disposée à se mettre en conformité avec la loi européenne.
02:12 Oui. Non mais justement une régulation démocratique vous dites c'est aussi quelque chose qu'a voulu apporter Elon Musk avec un système de notes, de
02:18 contributions des utilisateurs de son réseau pour apporter des précisions. Absolument mais ça c'est pas la démocratie. La démocratie ce sont des citoyens nous
02:24 qui sommes ou pas sur Twitter et qui décidons
02:28 collectivement où est-ce qu'on met le curseur en matière de liberté d'expression, si on pénalise la haine en ligne, le négationnisme, le racisme, l'homophobie
02:33 ou pas. En l'occurrence nous on a des lois contre ça et ne s'appliquent pas aujourd'hui en pratique sur Twitter. C'est tout ce qu'on demande à
02:39 Twitter qui s'est retiré par ailleurs ces derniers mois du code de bonne conduite de l'union européenne en matière de
02:44 désinformation. Donc tous les signaux qui sont envoyés par ces plateformes sans même parler de l'empreinte numérique de son patron Elon Musk sur Twitter qui
02:52 particulièrement problématiques, complotistes en l'occurrence
02:54 sont des signaux très négatifs. Alors un no Twitter day ok mais franchement ça sert à quelque chose, il en a quelque chose à faire Elon Musk ?
03:02 Ça sert à prendre conscience
03:04 collectivement que d'abord il n'y a pas de fatalité à ce que cette plateforme se transforme en une sorte de cloaque
03:09 indescriptible en matière de désinformation et en égoût à ciel ouvert parce que c'est ça aujourd'hui Twitter pour beaucoup.
03:16 Ensuite de dire que nous en tant qu'utilisateur nous avons un pouvoir. Ce qui fait la richesse de Twitter c'est
03:22 ses utilisateurs. C'est ça qu'on vient chercher sur Twitter.
03:26 Donc on a un pouvoir quand même pour dire on n'a pas envie que cette plateforme prenne
03:31 cette direction là. On a envie de corriger ça quitte à aller se retrouver
03:35 aujourd'hui en tout cas sur d'autres plateformes et ou demain.
03:38 Mais pourquoi vous ne citez pas Twitter aujourd'hui ? Parce qu'il faut bien commencer par quelque chose et parce que
03:43 quitter Twitter individuellement en ordre dispersé ça n'aura aucun effet.
03:46 Donc il faut créer un débat public sur tout ça. La désinformation nous en payons tous
03:51 utilisateurs de Twitter ou pas le prix.
03:54 Nous payons la désinformation en matière de santé, en matière
03:58 géopolitique etc. Il n'y a pas de raison que les bénéfices reviennent à une plateforme qui ne respecte pas la loi.
04:04 Alors justement comment on oblige Elon Musk à respecter ses obligations de lutte contre la désinformation ? Est-ce que la réglementation
04:10 européenne va assez loin ? Une amende pouvant aller jusqu'à 6% de son chiffre d'affaires mondial et en cas de récidive une interdiction sur le marché
04:17 européen. C'est suffisamment dissuasif ?
04:19 En tout cas ça a le mérite d'exister. On verra si c'est dissuasif.
04:24 Si des sanctions sont prises elles le seront au mois de février prochain parce que nous sommes dans un état de droit donc
04:29 il y a des règles et puis on laisse les plateformes
04:33 se mettre en capacité de respecter ces règles. Ce qui est tout à fait normal qu'il y ait des recours etc.
04:38 Donc c'est un texte qui est rentré en vigueur en août dernier, c'est très récent,
04:43 qui produira ses effets
04:45 éventuellement à partir du mois de février. Donc on verra ce qui se passe. On est en fait là au coeur d'un bras de fer en réalité.
04:51 Il y a votre confrère Tristan Mendes France qui écrivait hier sur X que votre appel à ne pas utiliser les réseaux sociaux aujourd'hui
04:57 hystérisait la conspisphère et la fachosphère
05:00 qui mènerait du coup une campagne de harcèlement et d'intox. Vous l'avez constaté vous aussi ?
05:04 Alors curieusement ils se sentent très visés. Oui oui je l'ai constaté à mes dépens d'ailleurs.
05:09 Mais c'est pas très grave, c'est une sorte de harcèlement assez quotidien.
05:14 Mais oui ils se sentent visés, c'est à dire qu'ils voient bien que
05:18 tous les efforts en matière de régulation contre la désinformation
05:21 est dirigé contre eux parce que concrètement on a des gens aujourd'hui qui répandent la désinformation,
05:26 qui gagnent de l'argent comme ça et donc tout ce qui vient contrer cela nuit à leur business.
05:32 Mais il y a une étude médiamétrique quand même qui montre que l'audience mensuelle de X en France
05:36 progresse depuis le rachat d'Elon Musk. 20 millions de visiteurs uniques en août, c'était 16 millions avant le rachat.
05:42 Comment vous l'expliquez ? Notamment par le fait que tout le monde peut venir.
05:46 Il y avait des dizaines de milliers de comptes qui avaient été déplatformés par Twitter, qui étaient des comptes dangereux.
05:51 Tous sont revenus, tous sont revenus. Il y avait une grande migration par exemple des complotistes en
05:56 2021, ils sont tous revenus et maintenant ils ont une audience captive
06:00 à base de fausses informations et de harcèlement, de calomnie, de diffamation.
06:05 Twitter, rue Dirichetag, c'est votre lieu de travail.
06:08 Comment vous faites aujourd'hui pour ne pas y aller ?
06:12 Je n'y vais pas, les gens de mon équipe non plus. On ne
06:15 publie rien sur Twitter par le compte de Conspiracy Watch. Moi je ne publie rien, je ne m'y connecte pas.
06:19 Non non non, aujourd'hui je ne vais pas m'y connecter et c'est pas très grave.
06:25 C'est-à-dire qu'on peut vivre 24 heures sans Twitter. Je sais qu'il y a une forme d'addiction
06:30 mais c'est tout à fait possible.
06:31 A une question plus personnelle, rue Dirichetag, vous subissiez déjà des injures, des menaces antisémites sur les réseaux avant la guerre
06:38 au Proche-Orient. Est-ce monté d'un ou plusieurs crans depuis le 7 octobre ?
06:42 C'est monté d'un cran mais je ne suis pas sûr que ce soit lié à ça. Je ne suis pas sûr que ce soit lié au conflit
06:47 Israël/Hamas.
06:49 Vous savez, l'antisémitisme, les injures, la diffamation, quand on travaille sur le complotisme, c'est malheureusement quotidien.
06:56 Vous portez plainte ou vous laissez faire ?
06:58 Là, il y a une plainte en cours. Une seule ? Il y a quelques jours, une plainte contre un compte particulièrement toxique
07:03 qui diffuse littéralement n'importe quoi et des choses graves, y compris pour mes proches.
07:09 Voilà donc à ce moment-là, il faut avoir recours à la loi.
07:12 Voilà, c'est ce que vous conseillez à ceux qui sont visés par ce type de...
07:15 Oui, même si c'est une réponse largement insatisfaisante parce que la loi, c'est un procès.
07:20 Ça va prendre des années d'instruction pour mettre les gens face à leurs responsabilités.
07:25 Il faut pouvoir les retrouver et je ne suis pas sûr que Twitter collabore beaucoup avec les pouvoirs publics aujourd'hui pour savoir qui est derrière un compte.
07:31 Donc, il y a beaucoup d'embûches mais c'est malgré tout le seul moyen qu'on a.
07:36 Merci beaucoup.
07:37 Merci à vous.
07:37 Et je rappelle le titre de votre dernier livre, "Au cœur du complot", publié aux éditions Grasset.
07:42 Merci à vous Céline.
07:43 Merci beaucoup.
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