00:00 - Vos invités médias, Laurent Vallière signe un documentaire en trois parties diffusé ce soir sur Arte.
00:05 "Tant qu'il ne retrouve pas le corps", explore l'un des faits divers les plus marquants de l'histoire judiciaire,
00:10 la mystérieuse disparition d'Agnès Leroux en 1977.
00:13 - Bonjour Pascal-Robert Diar. - Bonjour.
00:15 - Vous êtes chroniqueuse judiciaire au quotidien Le Monde et bonjour Rémi Lenné. - Bonjour.
00:19 - Vous êtes documentariste, on vous doit Justice en France avec Daniel Carlin ou des documentaires sur l'Ekmer Rouge.
00:24 Mais quelle force ce documentaire qu'on va voir ce soir sur Arte.
00:28 Même si les deux protagonistes sont morts, vous les faites revivre.
00:32 Agnès Leroux mystérieusement disparue, jeune et riche héritière d'un casino de Nice qui trahit sa famille.
00:39 Et puis celui qui est poursuivi pendant 37 ans pour son meurtre.
00:43 37 années de procédure, Maurice Agnele jusqu'au coup de théâtre final devant la cour d'assises de Rennes.
00:49 Il a 76 ans et son fils crie sa vérité.
00:52 Alors au départ c'est un livre que vous écrivez, Pascal-Robert Diar.
00:56 Parce que quoi ? Vous écrivez à ce fils après sa déposition,
00:59 vous écrivez souvent aux gens que vous croisez dans les prêtoirs, Pascal-Robert Diar ?
01:04 - Non, je n'écris jamais et je ne l'ai fait qu'une fois.
01:08 C'était effectivement à Guillaume Agnele.
01:10 Après que ce garçon que j'avais vu défendre son père aux deux premiers procès de Maurice Agnele
01:17 soit venu assister et demander à être entendu une troisième fois devant la troisième cour.
01:24 Pour cette fois déposer un secret de famille.
01:26 Donc effectivement je voulais comprendre ce qui se passait dans la tête de ce fils
01:32 qui était un homme de 45 ans.
01:34 Et comprendre la deuxième tragédie qui était liée à cette affaire.
01:40 - Ce fils qui dit que c'est son père qui a tué Agnès Leroux ?
01:43 - Voilà, ce fils qui accuse son père, pardon, j'aurais dû le préciser évidemment.
01:47 Après l'avoir défendu aux deux premiers procès.
01:49 - Et il vous répond ? - Et il me répond.
01:51 - Ça c'est surprenant.
01:52 - Il me répond en fait, je pense qu'il l'avait déposé.
01:55 Il avait sans doute peut-être besoin de parler.
01:58 Enfin il n'avait plus jamais parlé.
02:00 Et la deuxième fois où il parle c'est dans le film qu'a réalisé Rémi.
02:03 - Rémi Lénet c'était facile de le faire parler devant caméra.
02:06 Parce que c'est une chose entre le moment où vous le croisez Guillaume Agnele
02:10 et qu'il vous invite chez lui quoi, Pascal Robert-Diard.
02:13 Ça c'est pour écrire votre livre "La déposition".
02:15 Et puis après il y a la caméra.
02:17 Il accepte facilement de parler Rémi Lénet ?
02:19 - C'est tout un chemin mais qui a été, je dirais, exploré par Pascal.
02:23 Parce qu'effectivement elle a établi un premier récit
02:27 qui nous a permis ensuite, nous, de...
02:29 C'était le fil directeur de notre travail documentaire en film.
02:32 Mais non ça n'a pas été facile.
02:34 Parce qu'il y a deux frères qui s'opposent dans cette histoire.
02:37 C'est-à-dire que Maurice Anglais avait trois fils.
02:39 L'un est mort et les deux survivants.
02:41 L'un finit par trahir son père.
02:43 Et l'autre reste fidèle.
02:44 Et donc il fallait très clairement les associer tous les deux au film.
02:48 Mais c'est compliqué parce qu'ils ne sont pas du tout d'accord.
02:50 Et même ils se haïent s'ils étaient à couteau tiré.
02:53 Et donc il a fallu, pas à pas, en disant systématiquement
02:58 ce que l'on faisait et ce que l'on allait faire.
03:00 C'est-à-dire qu'il était tout à fait possible de ne pas être d'accord, de s'opposer.
03:04 Et pour peu que la parole de chacun soit respectée,
03:07 on pouvait, je pense, raconter une histoire.
03:10 Et chacun pouvait garder sa vérité.
03:12 - Alors vous avez rencontré tout le monde.
03:15 Les frères et sœurs d'Agnès Leroux, de la disparue.
03:17 Les deux fils de Maurice Agnelet.
03:19 Les avocats d'Elle Leroux, Julien Minkowski et Hervé Themim.
03:22 - Et François Saint-Pierre pour Maurice Agnelet.
03:25 - Alors en fait, votre documentaire c'est aussi un portrait en creux de Maurice Agnelet.
03:31 C'était un gourou, il avait complètement sous emprise plein de gens, c'est ça ?
03:35 - Alors c'était un homme assez fascinant.
03:37 Les méchants c'est toujours plus séduisant en documentaire que les gentils.
03:43 Maurice Agnelet, clairement, je crois, était un immense manipulateur.
03:47 La ville ne l'avait pas aménagé, on va le découvrir dans la progression de notre récit du film.
03:52 Mais c'était un immense manipulateur, mais qui avait cette particularité de laisser des traces.
03:56 C'est-à-dire qu'il enregistrait toutes ses conversations,
03:59 que ce soit dans son cabinet, que ce soit les conversations téléphoniques.
04:02 Et même, il a laissé une trace quand même assez précieuse pour nous,
04:05 c'est qu'il s'est entraîné à se défendre face à son fils qui finira par le trahir.
04:10 Et son fils filmait.
04:12 Donc on a récupéré toutes ces bandes.
04:14 Et l'avantage, c'est que comme nous avions fait alliance avec Guillaume,
04:18 le fils qui a trahi et qui filmait son père lorsqu'il le défendait,
04:22 on a aussi une sorte de "making of" en direct.
04:25 C'est-à-dire que Guillaume commente, explique ce qui se passe dans sa tête au moment où il filme son père.
04:29 - Et par exemple, on a une discussion entre, qu'il a enregistrée lui-même,
04:32 entre Maurice Agnelet et la disparue Agnès Leroux.
04:36 - Bonjour. - Bonjour.
04:37 - Comment vas-tu ?
04:39 - Je vais. Et toi ?
04:41 - Moi je vais parce que je suis content de libérer,
04:43 mais je m'emmerde avec les tas de difficultés.
04:46 - T'es au bureau là ? - Oui.
04:48 - J'arrive. - D'accord, à tout de suite.
04:51 - Pascal Robert-Guerre, elle était complètement folle amoureuse de lui en fait.
04:55 - Elle était complètement folle amoureuse de lui et je voudrais dire quelque chose,
04:58 parce que c'est ce moment-là, cette voix-là,
05:03 elle a été diffusée au procès.
05:06 Elle a été diffusée à Nice, elle a été diffusée à Aix,
05:08 elle a été diffusée ensuite au 3e procès à Rennes.
05:11 Ce moment-là, dans la salle d'audience, je peux vous dire que sur les jurés,
05:15 ça a un impact incroyable parce qu'on l'entend.
05:17 On la voit, cette femme amoureuse, on la voit complètement dépendante,
05:21 complètement amoureuse, malheureuse.
05:24 Et on le voit, lui, très très très méprisant en fait.
05:30 Et ce moment-là, diffusé dans une salle d'audience,
05:32 je peux vous dire que ça fait de l'effet. Et donc c'est dans le film.
05:34 - Rémi Lenné, Pascal Robert-Guerre, il y a de plus en plus de séries documentaires,
05:37 sur Netflix, avec Grégory.
05:39 C'est votre première série documentaire.
05:42 Pourquoi en faire une série documentaire de cette affaire ?
05:44 Alors jusqu'à présent, c'était plutôt des documentaires de 52 minutes
05:48 sur un fait divers, par exemple.
05:50 - Oui, mais cette affaire-là, s'il prête un merveille,
05:53 si j'ose dire, d'abord par sa durée.
05:55 C'est une affaire qui dure 40 ans.
05:57 Et puis c'est une affaire qui confine un peu à la mythologie avec des actes.
06:00 C'est-à-dire qu'à un moment donné, au départ, il y a cette disparue,
06:03 c'est déjà, pardon, assez romanesque.
06:06 Et puis ensuite, c'est accusé qui va avoir main-revirement
06:09 dans sa vie, dans le déroulé de la procédure.
06:14 Donc ça s'y prête un merveille.
06:15 Mais personnellement, ce qui m'a intéressé dans le boulot de Pascal,
06:18 et pourquoi je me suis investi, bon ça a duré 3 ans quand même ce boulot,
06:21 c'est parce qu'il y a quelque chose qui dépasse l'histoire.
06:24 C'est-à-dire qu'une histoire m'intéresse à partir du moment
06:27 où elle me parle, mais au plus profond de moi-même,
06:30 où elle répond à des questions que je peux me poser.
06:32 Mon ami Pierre-Carl, le cinéaste, citait Bourdieu et disait
06:35 "Attention, le fait divers fait diversion et nous détourne des conflits sociaux,
06:39 des conflits mondiaux, etc."
06:41 Non, s'il y a une morale, une vraie morale, et là, en l'occurrence, il y en a une.
06:45 – Merci Rémi Lenné, merci Pascal Robert-Diar.
06:49 – Tant qu'il ne retrouve pas le corps, c'est ce soir sur Arte à 20h50.
06:53 Merci à tous les deux, merci Laurent.
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