00:00 Bonjour à tous, ravie de vous retrouver pour ce numéro très spécial d'Afrique Hebdo,
00:07 car nous avons le plaisir de recevoir Youssou N'Dour.
00:09 Bonjour.
00:10 Bonjour.
00:11 Merci d'être avec nous.
00:12 Merci, c'est avec plaisir.
00:13 On se retrouve ici sur la terrasse du Théâtre du Châtelet,
00:17 où sont données les toutes premières représentations de votre conte musical Birima.
00:21 Quelle est l'histoire que vous racontez avec ce conte musical ?
00:24 C'est un nouveau show.
00:26 C'est un nouveau show inspiré de la grande soirée que Birima organisait, c'est le 1859.
00:33 Le roi Birima qui régnait dans le Kadior et qui organisait une sortie par an.
00:41 Et donc un nouveau spectacle construit autour de cette soirée-là de Birima,
00:48 avec effectivement des chansons classiques.
00:51 Il y a par exemple le cultivateur qui est avec le berger, ils ont un problème.
00:55 Et moi j'ai écrit une chanson pour les cultivateurs,
00:58 j'ai aussi une chanson pour les bergers.
01:01 Donc vous voyez, c'est comme ça qu'on a retenu les chansons qu'on interprète dans le conte.
01:08 On va regarder à quoi ça ressemble et on en reparle juste après.
01:11 C'est un reportage réalisé avec Armel Co, Valentin Erba et Elodie Radnac.
01:17 * Extrait de « Birima » de Birima *
01:27 Les paroles de Birima résonnent sur la scène du célèbre théâtre du Châtelet.
01:32 Le conte musical revisite les tubes du Rossignol de Dakar
01:36 et l'histoire du souverain Birima N'Gonela Tirfal
01:39 qui régnait de 1855 à 1859 au Kadior,
01:44 un royaume précolonial situé à l'ouest de l'actuel Sénégal.
01:49 On a travaillé déjà avec une bonne base, c'est la discographie de Yusundur
01:56 et le morceau « Birima » qui est très très connu.
01:59 Et donc il fallait trouver un fil conducteur
02:04 et après trouver une base par rapport à l'histoire
02:10 et essayer de créer un fil rouge en fait de narration.
02:14 Le spectacle mêle chant, théâtre et danse.
02:18 Maguette Gueye s'est inspirée des archives nationales
02:21 pour créer des tenues qui allient coupe moderne et tissu traditionnel.
02:25 En faisant les costumes, je voulais bien ajouter la petite touche de modernité qu'il faut
02:31 tout en restant dans l'époque de Birima.
02:34 Donc ce qui était surtout important c'était d'utiliser des matières du Sénégal,
02:38 de faire travailler les artisans.
02:40 Tous les tissus ont été teints par les artisans,
02:42 il y en a qui ont été tissés à la main.
02:45 Il fallait représenter les couleurs, la chaleur du Sénégal et de l'Afrique.
02:50 « Je suis le témoin de l'histoire. »
02:56 Un conte musical coloré qui permet de transmettre des valeurs.
03:02 « Le conte c'est aussi un moyen d'éduquer.
03:05 Alors les enfants bien sûr, mais aussi les adultes.
03:10 Et l'éducation elle passe par entendre, écouter et entendre. »
03:16 Écouter et entendre, une invitation notamment au public français
03:20 à découvrir un pan de l'histoire du Sénégal.
03:24 « Près de 50 ans de carrière, une trentaine d'albums à votre actif.
03:31 Vous avez aussi fait de la politique et vous êtes un entrepreneur à succès.
03:35 Est-ce qu'avec Birima, vous écrivez un nouveau chapitre de votre carrière internationale ?
03:39 Est-ce que vous aviez besoin d'un nouveau challenge ? »
03:41 « Oui, c'est une nouveauté.
03:43 Nous avons conçu, je dis nous parce que j'ai conçu ce spectacle avec Papou Margom.
03:48 Et Madjaou qui est... »
03:49 « Qui est notamment connue pour sa contribution à Kirikou. »
03:51 « Voilà, à Kirikou on a eu à travailler,
03:54 toujours dans les films c'est avec Papou Margom que je travaille.
03:57 Nous travaillons aussi avec Madjaou qui est le metteur en scène.
04:01 Effectivement c'est une nouveauté.
04:03 Vous savez quand on cherche toujours de l'inspiration
04:08 ou à écrire des choses, présenter de la nouveauté,
04:11 c'est comme un nouvel album pour moi.
04:13 C'est un nouveau spectacle que je présente effectivement,
04:16 qui peut aller très loin, qui peut aller parcourir le monde et tout. »
04:20 « Justement il est prévu qu'on le retrouve sur d'autres scènes du monde,
04:23 à Broadway, sur la West End de Londres,
04:25 dans les grandes villes d'Afrique, je pense, Dakar, Lagos ? »
04:28 « Ah si, on nous invite.
04:29 Mais bon, on est 50 personnes quand même,
04:31 c'est un truc énorme. »
04:33 « Il faut un grand théâtre. »
04:34 « Voilà, c'est les grands théâtres, mais avec plaisir, c'est l'objectif. »
04:37 « On l'espère.
04:39 Et quel est le message que vous souhaitez faire passer
04:41 avec votre compte musical Birima ? »
04:44 « Vous savez, on vit dans un monde aujourd'hui très très très très speed.
04:51 Les jeunes et autres ont besoin aussi de connaître l'histoire,
04:56 parce que le compte a toujours été la base
05:00 pour donner des valeurs à notre éducation, à notre génération et tout.
05:04 Et nous pensons aujourd'hui, avec tout ce qui se passe,
05:07 il faut mettre sur la table aussi ce qui se faisait avant
05:12 pour que les jeunes aient des repères.
05:15 Ça leur permet de mieux comprendre le monde d'aujourd'hui et le monde d'avant.
05:21 Et avant la colonisation, nous fonctionnions autrement.
05:28 Et je pense que les jeunes ont besoin de connaître cela. »
05:31 « Mieux connaître le passé aussi pour inspirer le présent et l'avenir ? »
05:35 « Oui, je ne suis pas en train de dire que le passé est meilleur et tout.
05:39 Je pense qu'aujourd'hui, il faut présenter cela
05:43 pour que ces jeunes-là se disent que « ok, ça c'est mon histoire,
05:47 ça peut me servir, j'ai bien compris cela, je peux vibrer »
05:52 et je pense que c'est important. »
05:54 « Et il y a aussi le cadeau, la parole donnée et à respecter ? »
05:58 « Oui, Birame avait une parole.
06:03 La parole raisonnait chaque année,
06:09 mais aussi tenait ses promesses et doit tenir ses promesses.
06:14 Le cadeau est très important.
06:18 Dans les temps actuels, tous les conflits qu'on a,
06:21 c'est des problèmes de respect de sa parole,
06:25 des problèmes de communication qu'il y a.
06:26 Je pense que c'est important de ressortir cela
06:29 et de le mettre là pour que les gens sachent
06:33 que la parole donnée, c'est une chose sacrée. »
06:36 « Le roi Birima, qui était aimé de tous ces sujets,
06:39 au point qu'il le surnommait le porteur d'allégresse,
06:41 Borom Baburmi, vous excuserez ma prononciation. »
06:45 « C'est joli et c'est incroyable parce que l'histoire de ma chanson Birima est née
06:52 par une grande cantatrice sénégalaise, Ndaembae Ginma Ginma,
06:55 qui était dans mon studio en train d'enregistrer une chanson pour Birima.
06:59 Et moi, j'ai trouvé l'inspiration de mettre dans sa chanson le refrain.
07:05 Après, c'est devenu une chanson.
07:07 C'est ça mon lien avec l'histoire de Birima. »
07:11 « Le conte musical présenté aujourd'hui.
07:13 Est-ce qu'il y a aussi un message aux personnalités politiques
07:16 qui s'accrochent au pouvoir ou qui briquent des troisièmes mandats
07:19 sur le continent africain ? »
07:20 « Il y a une scène, effectivement, quand on a fait le spectacle,
07:25 on ne pensait pas à ça. »
07:26 « Vous l'avez créé en plein confinement quand la crise du coronavirus a commencé. »
07:30 « C'est là où on a écrit le spectacle.
07:32 Mais il y a une scène dans le spectacle où, effectivement,
07:36 il y a une lutte pour essayer de garder le pouvoir.
07:38 Et c'est très intéressant. Je ne vais pas interpréter ici. »
07:42 « On ne va pas tout dévoiler. »
07:43 « Il faut regarder. »
07:45 « Une bonne partie de Birima est jouée en Wolof.
07:48 C'était important pour vous de créer ce spectacle en Wolof, justement ? »
07:51 « Parce que c'était en Wolof.
07:53 C'était en Wolof, les gens utilisent cette langue-là depuis très, très longtemps.
07:59 Et nous avons pensé qu'il faut rester original,
08:03 même si nous avons fait beaucoup d'efforts pour essayer de faire comprendre
08:06 au public qui vient voir le Comte musical, de comprendre ce qui se passe. »
08:11 « C'est aussi l'occasion pour les publics français et européens,
08:14 on l'espère, internationaux, de découvrir un chapitre de l'histoire du Sénégal ? »
08:19 « Oui, je pense que c'est important que les gens sachent qu'avant la colonisation,
08:24 on avait des modes de fonctionnement dans nos pays.
08:27 Et je pense que voilà, présenter cela aussi à l'extérieur
08:32 pour comprendre que vous avez des rois, vous avez eu des rois.
08:35 On a eu des rois aussi.
08:37 Je pense qu'il y a énormément de messages qui peuvent parler aux Occidentaux. »
08:41 « Vous avez aussi lancé récemment votre fondation,
08:44 la Fondation Youssou N'Dour pour les industries culturelles et créatives.
08:47 Quels sont vos objectifs ? »
08:49 « L'objectif, c'est d'abord d'essayer d'amener une réponse à la grande question de l'emploi.
08:56 La grande question de l'emploi en Afrique, on a besoin vraiment de créer des emplois.
09:00 Et moi, j'ai vu que dans le secteur de la culture, des industries culturelles créatives,
09:06 il y a beaucoup de possibilités de créer des emplois
09:09 parce que c'est un secteur où il y a des chaînes,
09:13 beaucoup de sous-métiers qui dépendent des uns des autres.
09:16 Et ça, c'est la première réponse.
09:19 La deuxième réponse, c'est aussi qu'on puisse avoir nos produits un peu partout,
09:24 distribués un peu partout dans le monde
09:26 pour avoir la possibilité de nos artisans, de nos artistes, de nos créateurs
09:33 aussi de gagner bien leur vie.
09:35 Nous pensons que c'est un secteur qui peut amener une réponse
09:41 sur le manque d'emploi qu'il y a aujourd'hui en Afrique. »
09:43 « Vous ambitionnez d'ailleurs de donner des opportunités professionnelles
09:46 à 100 000 jeunes du continent ? »
09:48 « Oui, parce que d'abord, il faut les former.
09:51 La formation, elle est très importante.
09:53 Donc, créer des niches de formation qui permettent à ces jeunes-là d'être prêts,
09:58 de comprendre que les industries culturelles et créatives,
10:01 c'est un travail de chaîne et qu'après,
10:06 ces jeunes-là sont préparés pour être dans le marché du travail. »
10:11 « Quels sont les besoins et les priorités, justement,
10:14 pour renforcer les industries créatives sur le continent africain ? »
10:17 « Je pense qu'il y a le côté juridique parce que quelqu'un qui crée,
10:21 qui a trouvé une idée doit être encadré juridiquement. »
10:27 « Protéger les droits d'auteur. »
10:29 « Protéger les droits d'auteur et tout.
10:30 Le permettre aussi de vendre cela parce que créer quelque chose,
10:34 être dans un village en Afrique, créer quelque chose qui se vend au Japon
10:37 à un prix exorbitant et que vous, vous recevez que des miettes,
10:42 ce sont aussi ces questions-là qu'il faut répler au départ.
10:46 Et après, que tout le monde ait la possibilité de présenter
10:50 ou de travailler en chaîne pour que les industries culturelles
10:53 rapportent aux acteurs, aux créateurs. »
10:56 « Et toutes les filières, tous les arts sont représentés,
10:59 ça va même jusqu'à la gastronomie, le design ou encore la mode et l'édition ? »
11:03 « Le ciel est la limite. »
11:06 « Super ! »
11:07 « Génial ! Et vous misez aussi sur les partenariats entre l'Afrique et l'Europe ? »
11:12 « Oui, je pense que ce partenariat doit être gagnant-gagnant.
11:18 Et effectivement, nous voulons faire des plaidoyers,
11:22 expliquer bien que ce secteur-là a besoin de financement,
11:25 ce secteur-là a besoin d'appui.
11:28 Et je pense qu'en Europe, nous rencontrons déjà beaucoup de gens qui nous écoutent. »
11:33 « Merci, Yusundur, d'avoir été notre invité. »
11:36 « Merci beaucoup, c'est moi. »
11:37 « Et si je peux me le permettre,
11:39 est-ce que je peux vous demander de terminer en musique
11:41 et de nous interpréter un extrait de Birima a cappella ? »
11:44 « Oh Birima, Fumuyendu mayendu fayendo nane. »
11:52 « Oh Birima, Fumuyendu mayendu fayendo nane. »
12:02 « Merci, c'était un plaisir. »
12:03 « C'est moi. Merci, Afrikendo. »
12:07 « Merci, merci à vous de nous avoir suivis. À très vite sur France 24. »
12:11 ...
Commentaires