Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 ans
Transcription
00:00 12h-13h30, les midis d'Occulture. Géraldine Mosnassavoy, Nicolas Herbeau.
00:18 Vous en avez pris l'habitude à présent.
00:23 Mercredi, jour de sortie cinéma, nous passons en revue deux films qui ont retenu notre attention.
00:28 Le premier film, France, celui du réalisateur protéiforme Guillaume Niclou, avec au casting Fabrice Luchini.
00:34 Et un film qui n'aurait jamais dû voir le jour, puisqu'on son réalisateur avait décidé de prendre sa retraite.
00:39 Le retour d'Akikoris Maki avec Les Feuilles Mortes.
00:43 Et on en parle avec vous Muriel Joudet, bonjour.
00:46 Vous êtes critique de cinéma au journal Le Monde.
00:49 Et on en parle avec vous Antoine Leiris, bonjour.
00:51 Bonjour.
00:52 Journaliste, vous êtes journaliste, auteur et rédacteur en chef du trimestriel Respect.
00:56 Et nous sommes tous les deux dans les midis de culture.
00:58 Et nous commençons par un film français, La Petite, réalisé par Guillaume Niclou.
01:08 J'ai toujours su qu'il était homosexuel.
01:14 Mais ça, ça m'était égal.
01:16 Ils attendaient un enfant.
01:19 La mère porteuse n'était pas dans l'avion, le bébé vivant.
01:22 Les garçons tenaient à ce qu'elle reste anonyme.
01:25 On ne va quand même pas abandonner ce bébé.
01:27 Et Joseph, incarné par Fabrice Luckini, ne compte donc pas abandonner ce bébé
01:31 contre la vie de son entourage.
01:32 Il va tout faire pour retrouver le nom de la mère porteuse que son fils et son compagnon
01:37 mordent dans un accident d'avion sollicité en Belgique pour une gestation pour autrui.
01:41 Une jeune flamande avec un sacré caractère qui se retrouve avec ce bébé qu'elle n'a pas voulu.
01:46 Mais Joseph veut assumer son rôle de grand-père.
01:49 La Petite de Guillaume Niclou.
01:51 Film adapté du roman de Fanny Chenel, Le Berceau.
01:54 On commence avec vous, Antoine Léris.
01:56 Avez-vous été séduit par ce film français ?
01:59 Mon petit cœur d'artichaut, l'a été.
02:02 Je trouve que c'est un film qui est vraiment très mignon.
02:06 J'ai commencé en fait avant la projection en me demandant
02:09 est-ce que ça va être un film de Guillaume Niclou ou est-ce que ça va être un film avec Fabrice Luckini ?
02:14 Puisque Guillaume Niclou peut être très très créatif et très présent avec sa caméra.
02:18 Et Luckini, on le connaît, il a l'habitude de cabotiner.
02:21 En fait, en sortant de la projection, je me suis dit que c'était ni l'un ni l'autre.
02:25 Que celle qui émergeait réellement, c'était justement cette jeune femme qui porte ce bébé.
02:29 Et cette actrice marataquin que j'ai trouvé très juste, très puissante dans ce rôle-là.
02:35 Et ensuite, voilà, c'est un très bon téléfilm.
02:39 Ça n'est pas du tout péjoratif dans ma voix.
02:41 C'est une émotion qui va rester dans la salle.
02:43 Ça n'est pas une grande œuvre de cinéma, mais c'est un moment assez émouvant qu'on passe avec Luckini.
02:48 Muriel, je vous dis, qu'est-ce que vous en avez pensé ?
02:50 Vous aussi, c'est un bon téléfilm ?
02:52 Oui, je trouve aussi que c'est un téléfilm.
02:55 Et dans ma bouche, c'est péjoratif.
02:57 Mais c'est vrai que Guillaume Niclou, pour essayer de voir ce que ce cinéaste essaye de faire,
03:03 il a une carrière un peu bizarre.
03:05 Ça fait un moment qu'il enchaîne des films plus ou moins intéressants.
03:09 Mais en tout cas, il a vraiment un style qui n'appartient qu'à lui.
03:12 Et il essaye de documenter comme ça la vieillesse de certains acteurs.
03:16 Il a fait « Valley of Love » avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.
03:20 Ça reprenait le duo de Loulou de Maurice Pialat.
03:23 Il a fait « Talasso » avec Depardieu et Welbeck.
03:26 Il me semble que c'est lui qui a vraiment inauguré la carrière cinématographique de Welbeck.
03:31 Déjà, il y a beaucoup de malice. Il peut y avoir beaucoup de malice dans son cinéma.
03:34 Et j'aimais beaucoup, à intervalles réguliers, retrouver comme ça ces montages d'acteurs, même de monstres.
03:41 Parce que « Talasso » avec Depardieu et Welbeck en « Talasso », ça peut être juste une blague.
03:46 Mais il y avait quelque chose de complètement monstrueux,
03:48 sur une sorte d'aphasie de l'acteur français et de l'écrivain français.
03:52 Qui finissait par être un portrait de la France et de ses célébrités.
03:59 Et du coup, quand j'ai vu débarquer « La Petite »,
04:02 il n'y a pas eu beaucoup d'ambiguïté vu l'affiche.
04:05 Parce qu'aujourd'hui, dès l'affiche, on comprend ce que va être le film.
04:09 Mais je me suis quand même dit, deux secondes, peut-être qu'il va faire pareil avec Luchini.
04:14 Qui est aussi une de ces célébrités un peu insupportables, un peu à blurb, au parleur, qui aime faire le show à télé.
04:21 Est-ce qu'il va prendre cette énergie-là, luchinienne, pour en faire quelque chose ?
04:24 Et en fait, il me semble que le film est complètement ailleurs.
04:28 C'est un film de commande, que c'est l'adaptation d'un roman, ou peut-être d'un essai, je ne sais pas.
04:34 D'un récit, d'un roman. Et que du coup, j'ai l'impression que Guillaume Niclous s'est vraiment glissé dans les chaussons de l'artisan qui réalise son film.
04:45 Le film n'est pas vraiment signé de lui. Moi je vois surtout la commande, le film vite fait, bien fait.
04:51 Lui-même dit qu'il a mis un an entre le moment de l'écriture et du montage.
04:56 Ce qui est peu, il dit que c'est peu.
04:57 Oui, c'est très peu. Et du coup, pour moi, le scénario écrase toute possibilité d'apparition de quelque chose dans le film.
05:02 Alors, on va peut-être revenir dans un deuxième temps sur Guillaume Niclous et ses films précédents.
05:07 Mais pour rester sur ce film d'appetit, Antoine Lérisse, le personnage tout de même de Fabrice Lucchini, ce grand-père un peu bourru,
05:15 qu'on voit quand même métamorphosé avec une barbe, des cheveux mi-longs. Est-ce qu'il est convaincant ?
05:21 Est-ce qu'il vous a surpris ? Est-ce qu'il est dans une sorte de performance un peu hors des clous ?
05:27 Ou est-ce que vous vous attendiez au Fabrice Lucchini que vous imaginiez ?
05:30 Alors, c'est déjà un personnage très attendu.
05:33 Et justement, c'est ça qui fait que ce film restera une émotion qu'on va vivre dans la salle.
05:40 Et c'est là où je dis que c'est un téléfilm.
05:42 Rien dans ce film n'est pas finalement attendu.
05:46 Rien ne se déroule pas exactement comme on l'avait prévu, juste en voyant l'affiche ou en entendant les premières notes de piano au début du film.
05:53 Et rien, y compris Fabrice Lucchini, qui très honnêtement se laisse aller.
06:00 Mais Fabrice Lucchini, en fait, la question c'est va-t-il surjouer ?
06:05 Va-t-il être Fabrice Lucchini ou va-t-il résister à cette tentation-là ?
06:09 Et justement, sa qualité de comédien dans ce film-là, c'est de savoir ne pas être Fabrice Lucchini uniquement
06:17 et d'essayer de rester dans les clous d'un personnage hyper formaté.
06:20 Encore une fois, au service de cette histoire très simple qui va se dérouler très simplement, exactement comme on attend.
06:26 Ensuite, sur la crédibilité, j'ai remarqué qu'il y a juste un petit truc qui m'a fait rire au tout début.
06:31 C'est qu'il est censé être ébéniste et qu'il scie un morceau de bois, mais à côté du trait qui était tracé.
06:38 Niveau crédibilité, quand on voit Fabrice Lucchini sortir de son atelier, on l'imagine plutôt sortir d'une très belle maison du 9e arrondissement
06:46 que d'un petit atelier d'une ville de province.
06:48 Mais voilà.
06:50 L'œil d'Antoine Léris, donc un peu fact-checker sur ce coup-là.
06:53 Il y a tout de même, et vous en avez parlé tout à l'heure, cette actrice.
06:57 Ce film est centré aussi sur une rencontre, cette rencontre entre le personnage de Joseph Muriel Judet et Rita,
07:04 cette jeune femme incarnée par Marat Akin.
07:07 Il n'y a rien qui vous touche dans cette rencontre ?
07:11 Si vous dites que c'est un peu plat ce scénario, est-ce que c'est l'adaptation d'un roman qui veut ça ?
07:17 Est-ce qu'on peut complètement sortir de ce roman pour proposer autre chose ?
07:21 En tout cas, pour vous, Niclou n'a pas mis sa patte.
07:23 Pour moi, le problème qui est un problème général et extrêmement français du scénario,
07:29 qui vraiment neutralise la possibilité qu'il se passe quelque chose au niveau des acteurs.
07:34 On voit, je pense, dès la première séquence, on sait que ça va être ce fameux "la lumière au bout du tunnel".
07:43 Cette quête de lumière qui est devenue un cliché cinématographique.
07:49 D'ailleurs, je crois que c'est cette semaine que sort "Last Dance" avec François Berléand.
07:52 Pareil, c'est une histoire de deuil et de Berléand, jeune veuf, qui va retrouver le goût de la vie par la danse.
07:59 C'est exactement le même film.
08:00 Donc voilà, c'est juste que dès que je vois le début du film, je sais à peu près comment va se terminer le film.
08:07 Parce que le scénario est cousu de fil blanc.
08:11 Donc à l'intérieur de ça, évidemment, Mara Takin est superbe.
08:15 Mais elle est superbe à l'intérieur aussi d'un cliché, c'est-à-dire mettre l'un en face de l'autre la vieille garde
08:20 avec une jeune pousse prometteuse.
08:23 Ça aussi, pour moi, c'est des clichés cinématographiques et journalistiques.
08:26 Ce qu'on peut dire quand même, ce qui est assez intéressant, c'est que pour le coup, autant les personnages sont assez attendus,
08:31 autant ils ne sont pas caricaturaux.
08:34 C'est-à-dire la question de l'acceptation de l'homosexualité de son fils n'est pas dans le film.
08:38 C'est un père qui l'accepte très bien.
08:41 On est plus d'ailleurs sur la questionnement du relation père-fils, mais même presque inversé.
08:45 C'est-à-dire que c'est le père qui est transparent par rapport à son fils.
08:51 Son fils qui ne l'a jamais reconnu en quelque sorte, ne s'est jamais vraiment intéressé à lui.
08:55 En fait, il y a une chose qui est très belle dans ce film, c'est que le film n'étant pas sur le thème de la gestation pour autrui,
09:01 ni sur la question de ce couple homosexuel décédé,
09:05 mais bien uniquement sur un grand-père qui cherche quel est ce lien avec cette petite fille qui est censée arriver,
09:12 ça permet de parler indirectement de ces sujets-là, sans plaquer des réflexions toutes faites,
09:18 et sans plaquer une idéologie qui aurait pu être un peu simpliste autour de ça.
09:23 Je trouve que c'est la partie qui est hyper intéressante.
09:26 Muriel en parlait, le fait que ce soit dommage que ce ne soit pas signé Guillaume Niclou,
09:32 c'est peut-être aussi la qualité du film que ce soit pas signé Guillaume Niclou,
09:36 parce que c'est un réalisateur qui est capable de faire un peu tout et n'importe quoi aussi,
09:40 quand bien même nous en tant que critique qui voyons beaucoup de films, on va trouver certaines choses intéressantes,
09:45 mais c'est un réalisateur qui aussi dans la discrétion, je trouve une certaine qualité,
09:52 enfin moi quelque chose qui me plaît aussi.
09:55 Est-ce qu'on ne peut pas se dire que Guillaume Niclou a voulu tenter ça ?
09:57 C'est-à-dire que c'est un cinéaste qui tente des choses,
10:00 et là il s'est dit "je vais tenter le mélodrame téléfilm un peu guimauve, très écrit,
10:05 et je vais voir ce que ça donne avec moi"
10:07 et puis finalement il n'a pas réussi à en faire quelque chose, il fait quelque chose de propre.
10:11 Je pense qu'il y a le côté presque "bon voilà, il faut faire ses heures quelque part dans le film",
10:16 c'est-à-dire que c'est pas grave de consacrer un an à réaliser "La Petite" pour ensuite...
10:22 Les vies de cinéaste c'est très compliqué, peut-être qu'il a un projet très ambitieux qui demande beaucoup d'argent,
10:27 donc en attendant il va tourner ça, on ne sait pas, mais moi c'est l'effet que ça me fait.
10:29 C'est-à-dire d'un film... Parce que je vois la mise en scène, il n'y en a pas...
10:33 Ou juste peut-être une tentative artistique avant même d'avoir de l'argent.
10:35 Non, je trouve que vraiment en termes de mise en scène, c'est vraiment le minimum,
10:39 en termes de direction d'acteur, en termes de scénario, je trouve que personne ne s'est foulé.
10:43 Je ne vois pas où il est, donc à partir de là, je ne vois pas quelqu'un qui serait frustré de ne pas être arrivé là où il voulait arriver.
10:51 Il dit Guillaume Niclou en parlant de ce film qu'il n'a pas voulu diriger les acteurs, qu'il les a aussi laissés s'exprimer.
10:57 Peut-être qu'on aurait eu un Fabrice Luchini tout autre si c'était lui qui l'a...
11:02 C'est une manière de se déresponsabiliser ?
11:03 Vous croyez ?
11:04 Non, mais là je trouve que même le contre-emploi de Luchini, c'est du Luchini, le côté "voilà, j'ai des cernes et je fais la gueule et j'essaye de pas crier".
11:12 Pour moi, une star comme ça, une personnalité comme ça, on ne voit que ça pendant le film.
11:19 Vous n'avez pas voulu vous laisser attendre rire par...
11:22 Je ne me laisse jamais attendre rire, surtout pas par Luchini, qui me fait rire.
11:26 Mais qu'est-ce qui aurait pu vous surprendre de Luchini ?
11:28 C'est peut-être ça aussi, de toute façon avec Luchini, forcément il ne s'est pas trompé.
11:32 Qui joue le salaud de droite qui n'en a rien à faire de la mère porteuse.
11:37 Qui joue les parents.
11:38 Ce serait beaucoup plus rigolo.
11:39 Vous auriez été moins surprise aussi ?
11:42 Si, ça m'aurait surprise parce que ça aurait été un film un peu plus sale.
11:46 Mais bon, je sais que ce film n'existera jamais.
11:48 La patte de Guillaume Niclou, pour terminer, qu'est-ce que c'est la patte de Guillaume Niclou ?
11:52 On a parlé de ses films précédents.
11:54 Il y a eu "La Tour", un thriller violent, il y a quelques mois.
11:57 Il y a eu l'enlèvement de Michel Houellebecq avec "Le Dite Écrivain" en 2014.
12:02 On a parlé de Gérard Depardieu aussi avec ces monstres qu'il a portés à l'écran.
12:08 Il parle aussi d'écriture automatique, d'expérimentation dans sa façon de faire.
12:12 Quelle patte il aurait pu mettre sur ce film ?
12:15 En fait, c'est très difficile de définir la patte de Guillaume Niclou
12:18 parce qu'il y a une première partie de sa carrière de réalisateur qui est centrée sur le polar.
12:22 Là, il est vraiment très doué, mais très dans la mécanique du polar.
12:26 Ensuite, il y a toute une partie d'expérimentation qui est parfois merveilleuse.
12:31 "Valet au fleuve", moi, je me souviens, m'a marqué énormément sur cette solitude,
12:36 sur cette décrépitude, sur comment il interroge les corps.
12:39 Parce que les corps sont très présents chez lui.
12:41 Il filme la laideur du corps quelque part.
12:44 Il lui donne une dimension très poétique, très puissante.
12:48 Après, il y a des expérimentations.
12:50 "T'as la sceau", moi, je reste complètement absent.
12:52 Ou "La tour", voilà.
12:54 C'est un réalisateur qui tâtonne, qui cherche.
12:57 Et là, effectivement, il fait un film de commande.
13:00 Mais il ne cherche pas beaucoup.
13:02 En fait, ce n'est pas qu'il ne cherche pas beaucoup, c'est qu'il suit l'histoire.
13:04 On lui donne une histoire qui est tellement écrite
13:06 qu'il n'y a rien d'autre à faire pour lui que de placer sa caméra
13:08 et de suivre l'histoire, d'être derrière l'histoire.
13:10 Parce que l'écriture automatique à un roman à adapter,
13:14 il faut rester dans les pages.
13:16 C'est très compliqué.
13:17 Après, je pense que c'est un truc aussi qui a à voir avec ce qui est devenu la littérature.
13:21 C'est-à-dire des livres qui sont écrits pour être adaptés
13:23 et qui finissent en adaptation.
13:25 Il y a aussi ce truc-là.
13:26 Je pense que vous les voyez, ces livres-là.
13:28 C'est un scénario qui aurait pu faire une intelligence artificielle.
13:30 Et après, juste peut-être, il y a le petit duo Maud Weiler
13:33 qui est une actrice que j'aime beaucoup, qu'on voit très peu au cinéma.
13:35 La fille de Luchini dans le film.
13:36 Qui ressemble à Catherine Deneuve, qui est plutôt au théâtre.
13:40 Le petit duo qui forme ensemble, un peu improbable.
13:43 On n'est pas d'accord avec cette comparaison ?
13:45 Avec Catherine Deneuve, non, pas exactement.
13:47 Avec François Dornier, non ?
13:48 Je ne ressens pas la même chose du tout.
13:49 Peut-être. Ça va, c'est à côté.
13:51 Donc ce duo ?
13:52 Je trouve qu'il y a un truc qui peut se passer.
13:54 C'est-à-dire deux endroits de cinéma qui se rencontrent.
13:57 Mais pour moi, ce n'est pas assez exploité.
14:01 Ce que la petite, petite, décide, décide, elle le fait.
14:08 Et quand la petite, petite, commande, commande, on se tait.
14:16 Voilà pour la petite du réalisateur Guillaume Niclou
14:19 qui sort en salle aujourd'hui avec au casting,
14:21 on en a parlé, Fabrice Luchini, Marat Takin et Maud Weiler, on dit.
14:25 C'est comme ça, hein, qu'on prononce ?
14:27 Weiler.
14:28 Je ne sais pas.
14:30 Jusqu'à 13h30, les midis d'Occulture.
14:34 Nicolas Herbeau, Géraldine Mosna Savoie.
14:37 Et maintenant, c'est un film attendu car inespéré,
14:40 les feuilles mortes du réalisateur finlandais Aki Korismäki.
14:44 On part.
14:45 Où ?
14:46 Au Karaoke.
14:47 C'est un dimanche.
14:50 * Extrait de « The Man Who Drank The Most » de The Man Who Drank The Most » *
15:08 Toute l'histoire débute donc dans ce club de karaoké, une nuit à Helsinki.
15:12 C'est là que les deux personnages principaux du film s'aperçoivent pour la première fois.
15:16 Elle s'appelle Hansa, lui n'a pas de prénom, en tout cas pas tout de suite, dans le film.
15:20 Deux personnes solitaires, embourbées dans la précarité dont le quotidien est bousculé.
15:24 Aussi par le début de la guerre menée par Moscou en Ukraine.
15:28 La Finlande a une longue frontière avec la Russie.
15:31 C'est cette angoisse qui a poussé le réalisateur finlandais Aki Korismäki à reprendre du service.
15:36 Un film poétique, mélancolique, salué à Cannes en mai dernier par le prix du juré Muriel Joudet.
15:42 Vous n'avez pas été surprise par la proposition du Finlande ?
15:48 - Toujours pas ! - A tenderie !
15:51 On va commencer par le positif.
15:53 Moi je suis une très grande fan d'Aki Korismäki.
15:55 C'est un immense cinéaste qui a fait d'immenses films.
15:58 Mais qui a, s'il fallait le présenter, un univers complètement verrouillé.
16:01 C'est-à-dire que c'est un peu tout le temps la même chose.
16:04 Pour moi c'est un peu une sorte d'almodovar finlandais.
16:06 Parce que c'est vraiment un cinéaste...
16:08 C'est quelqu'un qui fait un cinéma de spectateur.
16:11 Il aime les films, il aime le rock.
16:14 Et donc les films sont là pour contenir tout ce qu'il aime dans la vie, dans l'art.
16:19 Donc il y a tout le temps du rock, on voit beaucoup d'affiches de vieux films.
16:24 Et il recombine comme ça sans cesse des influences.
16:28 Dont la plus grande serait sans doute Chaplin.
16:31 Et ça c'est quelque chose que je trouve magnifique.
16:34 C'est la manière dont il a réussi à réinvestir Chaplin, à le réactualiser.
16:39 Avec cette idée magnifique qui n'appartient qu'à lui.
16:42 C'est-à-dire qu'il a toujours filmé une seule classe, c'est-à-dire les prolos.
16:46 Et de la même manière que ces personnages vivent chichement, ces personnages jouent chichement.
16:52 C'est-à-dire que c'est comme s'ils gardaient leur jeu en réserve, comme s'ils faisaient des provisions.
16:57 Donc ils sont toujours comme ça sur quelque chose qu'on a souvent comparé à du Brecht.
17:02 Parce qu'il y a beaucoup de distanciation.
17:04 Mais il y a vraiment ce côté, ce jeu chorismatique qui n'appartient qu'à lui.
17:08 C'est un des points de plus de Bresson.
17:10 Dès la bande-annonce, on sait qu'on est chez lui.
17:13 Une fois qu'on a dit ça, évidemment dès qu'il y a la mise en place,
17:17 que ce soit sur ce jeu-là, sur la musique, sur la manière, les couleurs chorismachiennes,
17:24 les décors, les costumes, tout est absolument sublime.
17:27 Évidemment pendant 30-40 minutes, je retrouve un cinéaste que j'adore.
17:33 Et je crois qu'il y a un moment où je me rends compte que chorismachie est juste peut-être un peu désinvestie sur le plan du scénario.
17:41 C'est-à-dire qu'il sait pertinemment qu'on aime son cinéma.
17:44 Donc il nous refait son tour de magie.
17:46 Mais je sens que sous les signes extérieurs de chorismachisme, il n'y a plus grand monde.
17:52 Il y a peut-être même juste un algorithme chorismachien.
17:55 L'intelligence artificielle est donc dans tous les films cette semaine.
17:59 Antoine Léris.
18:01 Comment dire ?
18:03 Après ça, c'est pas facile.
18:05 Tout à l'heure, Muriel Joutel nous disait "je ne retrouve pas Fabrice Luquid dans le film".
18:08 Là, vous le retrouvez avec Icori Smacchi.
18:10 Donc c'est un plaisir d'abord.
18:12 Scène d'ouverture du film, c'est très simple.
18:15 Vous fermez les yeux et vous entendez le bruit de la viande qui arrive sur le tapis de la caisse enregistreuse.
18:23 Vous entendez le bip bip des articles qui passent, le clac de l'étiqueteuse, les portes du casier métallique, la porte du bus.
18:30 Puis ensuite, il y a le ronron du micro-ondes, puis il y a la radio qui s'allume.
18:33 Et puis, le personnage d'Anza éteint cette radio.
18:37 Elle regarde vers l'extérieur, elle cherche un ailleurs.
18:40 Et en une minute, quelques sons, vous avez un personnage qui est raconté.
18:44 Pas une parole.
18:45 Je dirais que moi, je ressens dans cette première minute là simplement le plaisir du cinéphile et du cinéma.
18:53 Parce que c'est du pur cinéma de la première à la dernière minute.
18:57 Voilà moi comment je vois Akiko Rishimaki comme quelqu'un qui va désinvestir un peu le récit, qui est finalement assez banal.
19:06 C'est une comédie romantique des plus banales.
19:08 Deux personnes un peu perdues qui vont essayer de vivre leurs sentiments, mais qui vont en être empêchées par des événements extérieurs à eux.
19:18 C'est vraiment la comédie romantique pure et simple.
19:21 Ensuite, dans le jeu des comédiens, effectivement, il va être vraiment réduit au minimum.
19:26 Les silences vont être très présents alors que la musique va s'imposer.
19:30 Mais ce que je trouve merveilleux, c'est que justement, l'enjeu du cinéma de Rishimaki n'est pas là-dedans.
19:35 C'est dans comment est-ce que sa caméra arrive à nous parler directement.
19:40 Et ce que je trouve merveilleux, c'est que la plupart des cinéastes qui font des films pour les cinéphiles vont chercher chez eux le plaisir cérébral.
19:49 Et que lui va les chercher par une forme d'émotion.
19:52 Il va vous chercher par l'estomac et pas par l'intellect.
19:55 Et ça, je trouve ça absolument magnifique de bout en bout.
19:58 Et en même temps, tout est à distance.
19:59 Ça passe quand même par une rigidité quasi cadavérique.
20:02 Bien sûr.
20:03 Donc c'est ça l'émotion qui passe par là.
20:05 En fait, Akikori Shimaki, c'est vraiment l'enfant qu'aurait eu Wong Kar-wai et Robert Bresson.
20:09 Et donc, il y a ce mélange à la fois de sensualité, de personnes qui se frôlent et d'amour qui n'aboutit jamais vraiment.
20:17 Et à la fois, ces dialogues presque désincarnés, très intellectuels, des situations très posées.
20:22 Moi, je trouve ce mélange d'abord unique dans le cinéma.
20:26 Et que même si on peut essayer de critiquer des petits morceaux de scénario, on peut quand même saluer le fait qu'Akikori Shimaki existe.
20:33 Et qu'il fasse encore des films.
20:34 Et qu'on puisse les voir dans une salle de cinéma.
20:37 Je célèbre le fait qu'il existe, mais le fait que pour moi, il y a quelqu'un qui sait comment plaire à son public.
20:48 Qui a réuni tout ce qu'on aime dans son cinéma.
20:51 Mais en fait, les écrivains font toujours le même livre.
20:54 Les cinéastes font toujours le même film.
20:56 Oh non, là, moi, je ne suis pas d'accord.
20:58 Ça fait partie du plaisir d'aller retrouver un réalisateur.
21:03 Si vous parlez trop de ce... Comme si n'importe quel spectateur connaissait déjà tout le cinéma d'Akikori Shimaki.
21:09 Ça n'est pas mon cas. J'en ai vu un seul.
21:12 Donc, je ne suis ni contente de le retrouver, ni contente de l'avoir perdu.
21:15 Et je n'ai pas l'impression qu'il soit un pilote automatique.
21:17 C'est pour ça que je vous ai raconté cette première scène.
21:19 Justement pour vous dire que, très simplement, en une minute, vous allez ressentir ce qu'est le cinéma d'Akikori Shimaki.
21:24 Vous n'avez pas besoin d'avoir vu tous ses films avant.
21:26 Vous ne verrez peut-être pas tous ses films après.
21:28 Mais rien que pour vivre ce moment de cinéma, je trouve ça absolument merveilleux.
21:32 C'est un film lent.
21:34 Silencieux.
21:35 Silencieux, laconique. Il y a peu de dialogue. Rhythmé par la musique, ça aussi on l'a dit.
21:39 Vous avez parlé de comédie, Antoine Léris.
21:42 On en a beaucoup discuté dans le tip des médias de culture.
21:46 À quel moment on rit dans ce film ?
21:49 Est-ce que vous avez ri ?
21:51 Oui, c'est toujours très drôle.
21:54 Il y a une sorte d'ironie du désespoir qui est extrêmement forte et qui est vraiment chapelinienne.
21:59 C'est-à-dire, dans la mécanique des journées et des corps rassés par le travail,
22:05 qui va à un moment créer un à côté, un grain de sable qui va enrayer.
22:10 C'est vraiment les temps modernes, à l'échelle d'un film et d'une filmographie.
22:15 Comment l'humain va venir de recombiner la mécanique du quotidien ?
22:21 C'est toujours drôle, par des petits détails, des petites scénettes, des burlesques et de surréalisme.
22:30 C'est toujours très beau chez lui.
22:33 Et que je retrouve, évidemment, même si comme vous l'avez dit, on peut le découvrir pour la première fois.
22:38 Donc on peut l'aimer sans le connaître ?
22:40 On peut aimer ce film, mais justement, tout ce qui vous déplaît dans le côté retrouvé, attendu,
22:47 peut plaire à un spectateur qui ne connaît pas Corysthean Akini ?
22:50 C'est une bonne question.
22:52 Je pense qu'on peut avoir vu deux films de Corysthean Akini, et trouver celui-là un peu en dessous.
23:01 Je pense qu'on peut en avoir vu zéro et se dire, c'est très compliqué.
23:07 On ne peut pas ne pas se dire qu'il ne se passe pas quelque chose sur l'écran.
23:11 Y compris quand on le découvre pour la première fois.
23:14 En tant que personne qui va au cinéma régulièrement, on se retrouve régulièrement devant un écran en se disant qu'il ne se passe pas grand chose.
23:23 C'est un flux tout à l'heure.
23:25 Là, au moins, dès les premières images, vous savez qu'il va se passer quelque chose.
23:29 Il est évidemment dans une forme de continuité, vous l'avez dit sur la forme, sur le fond aussi,
23:33 puisqu'il classe ce film comme le quatrième volet de sa trilogie sur le prolétariat.
23:40 Le jour où les personnages subissent la loi du marché, on en a parlé,
23:46 elle se fait licencier de son métier dans ce supermarché parce qu'elle vole une dent les périmées.
23:53 Lui, profondément ancré dans son alcoolisme, peut-être aussi pour survivre à ce travail harassant qu'il produit,
24:01 il va se faire lui aussi licencier.
24:04 Et puis la nuit, tout de même, où il se retrouve, c'est en plan dans la pénombre, dans la ville d'Elsincki,
24:12 il se passe quelque chose aussi à ce moment-là.
24:14 En vous écoutant, je me disais, il y a quelque chose de très important à dire sur Coristen Alkis.
24:18 Je pense que c'est le seul cinéaste qui nous a fait comprendre, à la suite de Chaplin et d'autres aussi qui existent,
24:28 un des rares qui nous a montré qu'on pouvait parler des classes pauvres, des prolos,
24:35 sans passer par le réalisme social, sans passer par la caméra qui tremble, sans passer par la laideur,
24:41 mais par la stylisation, la beauté, la couleur, quelque chose qui viendrait du mélodrame hollywoodien.
24:47 Et ça, pour le coup, tout ça est dans le film.
24:50 Et rien que pour ça, évidemment, ça nous nettoie les yeux d'énormément de films
24:55 qui considèrent que filmer les pauvres, c'est tout de suite faire un film moche.
25:00 Ou c'est filmer la misère. Je suis vraiment d'accord à 100% avec ce que vient de dire Muriel.
25:05 La rencontre dans le karaoké, vous en parliez, enfin on les voit, c'est Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.
25:10 On n'est pas du tout dans quelque chose de misérable.
25:14 Et quand ils présentent cette pression du capitalisme, comme vous en parlez,
25:18 il faut bien comprendre que ça n'est pas omniprésent, que c'est une touche,
25:22 et que c'est une touche merveilleuse, puisqu'elle se fait virer du supermarché
25:26 parce qu'elle a gardé un sandwich qui est périmé, et que le contrôleur vient lui dire
25:30 "ce sandwich appartient à la poubelle".
25:35 Et en une phrase, plutôt que de nous faire des sanglots longs,
25:39 il nous raconte justement cette absurdité du capitalisme dans lequel on est.
25:45 Et c'est en ça, vous disiez, quand est-ce qu'on rit ?
25:48 Là, par exemple, sur cette scène-là, on peut rire jaune, mais on peut rire de l'absurdité de ce monde.
25:53 - Alors j'ai une dernière question, par quel Cory Smaky on peut commencer ?
25:58 - Par celui-là, au cinéma !
26:00 Parce que justement, avec Cory Smaky, je crois que ce qui est important,
26:03 c'est que l'expérience de la salle est très importante, puisque d'une salle de cinéma, on ne sort pas.
26:08 On ne se dit pas "oh, ça m'ennuie" ou "oh, je vais mettre en vitesse 2,5".
26:11 - On est obligés, on est captifs.
26:13 - La Vie de Bohème, qui est un film en noir et blanc, avec Jean-Pierre Alléot, qui est magnifique,
26:17 La Fille aux Allumettes, qui, moi, sont des grands chocs esthétiques de jeunesse.
26:23 - Je note, merci.
26:25 - Théophile, un film d'espoir, moi j'avoue, je l'ai beaucoup aimé.
26:28 Et notamment parce qu'on est renvoyé dans le monde actuel,
26:33 avec cette guerre en Ukraine qui est présente par le biais de la radio.
26:36 Et comme on est à la radio, ça m'a aussi touché, ça m'a fait plaisir.
26:40 Merci à tous les deux d'être venus dans les médias de culture nous parler.
26:43 Cinéma, Muriel Joudet, on vous lit dans le monde.
26:46 Vous, merci également, Antoine Léris, journaliste, auteur et rédacteur en chef du magazine Respect.
26:54 Trimestre Iguel, effectivement.
26:56 On retrouve toutes les références sur le site de France Culture, moi je l'ai bien noté.
27:02 A la page de l'émission, les midis de culture.
27:04 - Quel bon élève !
Commentaires

Recommandations