00:00 et France Roi Occitanie comme chaque matin avec, sur le coup de 7h15, notre rendez-vous
00:04 qui s'appelle l'Éco d'ici. On vous présente des éroltés qui ont une passion. C'est le
00:09 cas j'imagine ce matin avec Marie-Laure Tanguy qui est avec nous. Bonjour !
00:13 - Bonjour ! - Bienvenue sur France Bluéro !
00:15 - Merci de me recevoir ! - Bah écoutez, ça nous fait plaisir, merci
00:17 d'être là en tout cas. Alors Sébastien Guillaume, je vais vous dire la vérité, je
00:22 le savais pas, j'avais pas capté, mais en fait je connais Marie-Laure Tanguy.
00:25 - Ah mais vous connaissez tous les jours les invités de l'Éco d'ici vous !
00:28 - En fait je me souviens vous avoir vu à la télé et justement sur France 3, il y avait
00:31 eu un reportage sur vous. Je me trompe ou pas non ?
00:34 - Hum ? - Ah je me suis trompé en fait ! Vous n'êtes
00:38 pas passée à la télé, vous n'avez pas fait un reportage pour France 3 où on vous
00:41 voit justement en train de restaurer vos livres ?
00:42 - Alors écoutez, je ne crois pas. - Ah bon bah voilà, j'ai fait une erreur,
00:47 excusez-moi, je suis désolé. - Est-ce que c'était dans mon atelier peut-être ?
00:49 Est-ce que j'étais dans mon atelier ? - Oui vous étiez dans votre atelier, vous
00:52 étiez en train de parler même. - Ah bon ?
00:54 - En train de ? - Bravo !
00:55 - Ah bah voilà c'est ça ! - D'accord.
00:56 - Parce que je me souviens être en train de parler, je ne connaissais pas ce terme,
00:59 je ne connaissais pas ce verbe "parer". - Parer ?
01:00 - Parer, voilà. - Bravo, vous vous en souvenez ?
01:01 - Et en fait dans ce domaine-là, oui oui oui, en fait je me souviens bien parce que je me
01:05 suis dit "mais ce mot je ne le connais pas". Et en vous revoyant en rentrant dans ce studio,
01:08 je me suis dit... - Vous avez une bonne mémoire.
01:09 - Bah oui j'ai une très bonne mémoire. Et pourtant, je vais vous dire la vérité, j'ai
01:13 pas beaucoup de livres à la maison. Mais bon, voilà.
01:15 Vous venez d'où donc, de Montpellier ? - À Montpellier, je suis installée, l'atelier
01:18 du livre se trouve tout près de la place de la Canau, rue Jean-Jacques Rousseau.
01:21 - D'accord, ça c'est votre atelier, mais vous personnellement, vous venez de Montpellier,
01:24 vous êtes montpellierenne ? - Montpellier, oui j'en suis très proche,
01:26 voilà. - Voilà, depuis toujours vous êtes montpellierenne,
01:27 vous êtes érorotiste ? - Voilà, il y a une trentaine d'ans, mais
01:29 je me sens montpellierenne, voilà. - D'accord, bah écoutez...
01:31 - Je pense être adoptée. - Bienvenue parmi vous, parmi nous pardon,
01:34 effectivement je ne suis pas celui qui a le plus de livres, mais mes camarades...
01:37 - Les plus vieux bouquins c'est des boules et billes.
01:39 - Ouais, moi je suis plus boules et billes. - Ah mais c'est intéressant, ça se restaure,
01:41 les premiers boules et billes se restaurent. - Ah bah oui, c'est vrai qu'ils ne sont pas
01:44 en très très bon état, mes boules et billes. - Voilà, prends soin.
01:46 - J'ai aussi un club des cinq, mais alors ça je ne m'en rappelle plus.
01:49 - Les albums de Tintin, ça se restaure ? - Oui, bien sûr, oui.
01:53 - Les mecs qui sont dans un sale état. - Il y a une technique de restauration particulière,
01:55 mais on ne les restaure pas tous, il faut qu'ils soient suffisamment anciens pour être
01:58 restaurables. - Bon, parlons en tout cas de restauration
02:00 de livres, puisque c'est le thème ce matin dans l'écoute d'ici Guillaume.
02:07 C'est une passion que vous avez depuis le plus jeune âge en fait, je crois.
02:10 - Oui, tout à fait, oui. J'ai toujours aimé écrire, j'ai toujours aimé le papier, j'ai
02:15 toujours aimé lire et écrire. Le contact, surtout dans l'écriture, ce que j'aime beaucoup,
02:20 c'est le contact du stylo, du feutre, de la plume qu'on va choisir pour tel papier. Et
02:26 voilà, il y a un contact un peu charnel, sensuel avec le papier. Et du coup, petit à petit,
02:34 je suis venue à la reliure dès l'âge de 12-13 ans.
02:38 - Oui, parce qu'enfin, vous vouliez relier vos carnets.
02:41 - Voilà, exactement. Et ces livres secrets, après je me suis rendu compte que je devais
02:46 les confier à un relieur pour qu'il les relie, qu'il les mette ensemble. Et là, c'était
02:53 hors de question que je confie ces ouvrages à quelqu'un. Et je me suis dit, tiens, tu
02:57 pourrais le faire. Et voilà, j'ai commencé à prendre des cours en maison pour tous.
03:02 - À 14 ans, je crois, vous prenez des cours de reliure à Échirol, au Pays de Grenoble.
03:07 - Voilà, exactement, où j'habitais en MJC.
03:10 - C'est vraiment une idée que vous aviez en tête.
03:13 - Voilà, une idée fixe. Et voilà, mon père m'a dit, passe ton bac d'abord, on verra
03:18 après. Et puis, il a sûrement bien fait. Et j'ai passé mon CAP après le bac. Et voilà,
03:25 après je me suis installée, j'ai créé mon atelier.
03:28 - Dans l'église, donc, à Montpellier.
03:29 - Alors non, j'ai créé ce premier atelier à Échirol.
03:32 - Et Montpellier, depuis combien de temps, donc ?
03:34 - Montpellier, ça fait 30 ans que je suis à Montpellier. La vie familiale m'a amenée
03:39 jusqu'ici. Et j'ai eu la chance de travailler aux archives départementales, à l'atelier
03:43 de restauration. Parce qu'à la base, je suis reliure et pas restaurateur, donc on n'a pas
03:48 le même esprit. Et j'ai pu me former, grâce aux archives départementales, à la Bibliothèque
03:53 nationale, aux archives nationales, à ce métier de restaurateur.
03:56 - Alors c'est un métier qui a tendance à disparaître, peu à peu, au fil du temps.
04:00 Je crois que sur Montpellier, vous étiez 4 avant, vous n'êtes plus que 2 aujourd'hui ?
04:04 - Oui, tout à fait, oui. On n'est pas très nombreux, effectivement.
04:08 - Parce que quoi ? Moins de demandes, moins de clients ?
04:10 - Alors, je pense qu'il y a un coût qui était différent il y a 50 ans. Parce que pour l'artisanat,
04:18 de toute façon, tous les métiers de l'artisanat sont plus chargés qu'avant. Donc je pense
04:23 que c'est ce coût-là. Il y a le numérique, qui fait que les gens lisent beaucoup, mais
04:29 peut-être plus sur tablette, plus sur livre de poche, livre brochet. En tout cas, moi,
04:35 j'ai suffisamment de travail pour travailler, pour moi seule, en tant qu'artisan.
04:41 - Alors, qui sont vos clients aujourd'hui ? Parce que le livre ancien, c'est souvent
04:45 un objet de collection, mais ce n'est pas quelque chose qu'on va consommer, qu'on consomme
04:49 comme bouquin, qu'on va acheter aujourd'hui avec une simple relure en carton. Mais vous
04:54 avez quand même des clients qui restent attachés au livre ancien, et qui ont besoin de le
04:59 restaurer. - Oui, alors il y a des bibliophiles, parce
05:03 que je fais de la relure et de la restauration. Voilà, c'est pas tout à fait le même esprit.
05:06 - C'est quoi la différence ? - Alors, la relure, on part d'un livre brochet,
05:09 c'est-à-dire un livre en cahier, qu'on va coudre, et habillé de carton, et puis après
05:15 de toile, de cuir, suivant le budget, le souhait du client. Et la restauration livre ancien,
05:20 on prend un livre qui est déjà relié, ou qu'on veut conserver dans son état. Ça
05:27 peut être aussi un livre brochet qu'on veut conserver, ils peuvent avoir énormément
05:30 de valeur financière et affective, qu'on veut conserver dans son état. Et sur un livre
05:35 lié, on va garder toutes les techniques anciennes. C'est-à-dire, si on a un livre du XIIe siècle,
05:40 il est hors de question de changer la couture. Si la couture est en bon état, on va la conserver.
05:44 Si les plats peuvent être en bois, on va garder un maximum des techniques et des matériaux
05:50 d'origine. - La restauration, ça peut aller jusqu'au
05:53 papier, la couleur du papier, ou ça vous y touchez pas trop parce que c'est risqué ?
05:56 - Tout à fait. Alors après, je peux travailler, je restaure bien entendu les déchirures, les
06:00 lacunes sur le papier, mais si un ouvrage est trop endommagé, je fais appel à une restauratrice
06:05 qui travaille uniquement le papier. Quand vous avez un ouvrage qui fait 500 pages ou
06:09 Camille Feuillet, moi je ne suis pas équipée pour restaurer ce papier, donc je fais appel
06:15 à une collègue qui restaure uniquement le papier. - Et comment on redonne une seconde
06:18 jeunesse à un livre que le temps a abîmé, jauni ? Il y a des produits pour ça ? Il
06:24 y a des techniques ? Il y a évidemment un savoir-faire, j'imagine ?
06:27 - Moi j'utilise très peu de produits chimiques. Mes colles sont réversibles, elles ont un
06:32 pH neutre. Il peut y avoir des lavages de papier, mais on n'utilise pas, on utilisait
06:37 le chlore il y a quelques années, mais ça on ne le fait plus parce qu'on s'est rendu
06:42 compte des dégâts que ça créait sur les ouvrages. On fait un état des lieux du livre
06:49 quand il arrive à l'atelier, et après cet état des lieux, on décide de refaire la
06:54 couture ou non, si on la refait, on la refait à l'identique. C'est vrai que les techniques
06:58 ont évolué au fil des siècles, donc la couture est différente au Moyen-Âge que
07:05 celle qu'on fait actuellement. - Marie-Laure Tanguy, vous disiez que vous
07:07 aviez suffisamment de travail pour vous, moi je me posais la question, est-ce qu'on arrive
07:12 à vivre de ça ? Ça coûte cher de faire un livre de restauration ?
07:17 - Ça semble toujours cher. - Ça va de combien à combien pour connaître
07:20 une ordre d'idée ? - Ça peut être de 80, 90 euros, ça peut
07:26 être des sommes importantes. Déjà l'état de l'ouvrage quand il arrive à l'atelier,
07:31 s'il y a beaucoup de restauration à faire sur le papier, et après du souhait aussi
07:37 du client, s'il veut du cuir, de la toile. - J'ai une dernière question, quel est le
07:41 livre ancien le plus précieux, le plus rare que vous ayez eu entre les mains au point
07:47 de presque d'entrembler et de vous dire "ouh là là, ça c'est quand même..."
07:51 - Alors le livre qui a créé le plus d'émotions, c'est quand je travaillais aux archives départementales,
07:58 c'est le Cartulaire de Valmagne, qui est un manuscrit du XIIIe siècle, que l'abbaye de
08:03 Valmagne avait... c'est un don qu'elle avait fait au département, et il est constitué
08:08 de deux ouvrages, c'est un recueil de chartes, le cartulaire, écrit sur parchemin, puisqu'au
08:15 XIIe siècle on n'avait pas de papier encore, en France en tout cas, et donc il a fallu...
08:22 il y avait des plats en bois, cuir, donc ça a été un grand moment d'émotion, ça a
08:26 vraiment été une belle confiance qui m'a été faite.
08:30 - Et en deux mots, parce que je me rappelle quand même du coup du verbe "parer", ça
08:34 veut dire quoi alors du coup "parer" ? - Alors "parer" c'est "amassir", c'est amassir
08:38 le cuir, parce que le cuir on a besoin... le tanneur, bon j'essaie de travailler uniquement
08:43 avec des artisans français, dans les matériaux que j'utilise, donc le cuir vient du tarn,
08:50 et il a une certaine épaisseur quand il arrive à l'atelier, et pour pouvoir plier à certains
08:55 endroits, il faut qu'il soit plus fin, donc c'est l'accent de "parer", d'amassir avec
09:00 un couteau à parer.
09:01 - Voilà, vous avez une espèce de raclette pour...
09:03 - Voilà, c'est un couteau.
09:04 - Ah c'est un couteau, oui, voilà, je ne fais pas le terme technique, je ne suis pas
09:08 dans ce domaine-là moi.
09:09 - Mais aussi au niveau de l'émotion, c'est vrai qu'il y a des ouvrages au quotidien,
09:14 je relis très souvent la Bible, il y a toujours au moins une Bible à l'atelier, et ça c'est
09:17 toujours un moment d'émotion, parce que c'est souvent des gens que je ne reverrai pas, et
09:21 ils me confient cette Bible qui a été transmise dans la famille, et ils tiennent à la transmettre
09:27 eux-mêmes en bon état.
09:28 - Ça s'appelle "L'Atelier du Livre", c'est dans l'écusson, juste à côté de la place
09:32 de la Canourgue.
09:33 Merci Marie-Laure Tanguy d'être venue nous parler de votre métier passion, ce matin
09:37 dans l'Écodici, merci.
09:38 - Merci à vous.
09:39 - A très bientôt sur France Bleu et sur France 3 Occitanie, 7h21, vous retrouvez tout
09:42 ça sur francebleu.fr, évidemment.
09:44 On écoute ensemble "Sa raison d'être", et juste après on va au Pasino de la Grande
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