00:00 Nous sommes le lundi 18 septembre, un peu plus de 8h15, alors que le gouvernement présente
00:06 un plan pour la planification écologique.
00:07 On se demande comment notre agriculture va s'adapter à tous les changements climatiques.
00:12 On en parle ce matin avec un expert Clémence.
00:13 Oui, le président de l'INRAE à Toulouse, l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture,
00:17 l'Alimentation et l'Environnement.
00:18 Bonjour Pierre-Benoît Joly.
00:19 Bonjour.
00:20 Merci d'être avec nous ce matin.
00:22 Le gouvernement veut donc réduire les gaz à effet de serre de 50% d'ici 2030.
00:27 Comment est-ce que vous, à l'INRAE, vous contribuez à lutter contre ce réchauffement
00:31 climatique ?
00:32 Alors pour lutter contre le réchauffement climatique, le rôle de l'agriculture c'est
00:37 un, de fixer du carbone.
00:39 Et donc c'est toute la problématique du carbone, de la matière organique dans les
00:43 sols.
00:44 Et donc les pratiques agroécologiques vont dans ce sens, la culture sans labours, les
00:49 cultures associées, les cultures sous couverts, remettre en place des prairies, la forêt.
00:55 Donc il y a vraiment le rôle plus de carbone.
00:58 Donc vous, vous préconisez aux agriculteurs par exemple d'arrêter le labo, qui se pratique
01:01 encore énormément dans l'orague.
01:03 Alors on le préconise là où c'est possible.
01:06 Voilà, ça dépend des situations.
01:08 Évidemment la diversité des terroirs est à prendre en compte, mais partout où c'est
01:12 possible, oui, c'est une pratique qui est vertueuse.
01:14 Pourquoi ?
01:15 Pourquoi ? Parce qu'on utilise moins de pétrole, donc ça c'est un souci.
01:19 Et puis ensuite, on sait que les vers de terre, donc toute la vie microbienne, peut faire
01:24 un travail en fait sur le sol.
01:25 Et donc c'est vraiment important de laisser ça un peu tranquille, si on peut se débrouiller
01:30 avec le couvert.
01:31 Donc du coup, il y a beaucoup de situations où effectivement il faut le faire.
01:35 Vous travaillez aussi sur les semences, notamment sur le tournesol, l'adaptation du tournesol.
01:41 Depuis 2016, vous avez un laboratoire spécifique.
01:45 Qu'est-ce que vous faites dans ce laboratoire ? Expliquez-nous.
01:47 Alors effectivement, en Toulouse, on est le centre de référence pour la sélection, la
01:52 génétique et l'amélioration des plantes du tournesol.
01:54 Donc on a eu la responsabilité d'un gros programme européen où on a fait un travail
01:59 sur toute la diversité génétique du tournesol, de façon à voir quelles sont les caractéristiques
02:04 de tolérance à la sécheresse ou au stress hydrique.
02:07 Donc il y a différentes atteintes du stress hydrique, différents stress hydriques.
02:12 Et donc on a fait un travail sur l'ensemble des ressources génétiques pour caractériser
02:18 la capacité du tournesol à subir ce stress hydrique.
02:23 Ça veut dire que vous les sélectionnez les semences pour qu'elles soient le plus performantes ?
02:26 Alors nous on fait un travail en amont, c'est-à-dire de repérer dans le génome du tournesol
02:31 quelles sont les caractéristiques qui permettent de donner une plus grande résistance au stress hydrique.
02:38 Et ensuite, ça veut dire quoi ? On obtient des outils qui permettent de caractériser
02:43 l'ensemble des semences et on obtient des semences qu'on peut...
02:47 Alors nous notre rôle c'est pas de produire des semences mais c'est d'aider la filière
02:52 à adapter les semences pour faire face à la sécheresse.
02:57 Et donc vous avez avancé depuis 2016 sur le tournesol, vous avez trouvé des choses
03:00 qui permettraient aux agriculteurs d'avoir des tournesols ?
03:04 Oui alors absolument, donc un, le tournesol est déjà une plante par rapport au maïs
03:09 ou au soja qui est beaucoup plus adaptée à la sécheresse.
03:12 Et deux, effectivement on a pu repérer dans les collections génétiques des tournesols
03:18 qui sont beaucoup plus efficaces.
03:19 Alors c'est des questions de précocité, donc quand les stades critiques de développement
03:28 de la plante tombent par rapport aux probabilités de sécheresse, donc si on a des plantes qui
03:33 sont plus précoces ou plus tardives, elles vont s'adapter plus ou moins.
03:37 Et puis ensuite c'est des caractéristiques vraiment florales, biologiques.
03:41 Et donc ça c'est repéré et donc c'est aujourd'hui en cours d'utilisation.
03:45 Est-ce qu'il faut aller jusqu'à changer carrément les cultures ? Par exemple privilégier
03:50 le sorgho qui est moins gourmand ?
03:52 Oui c'est vraiment une réflexion actuelle, parce qu'on sait que la biologie des espèces
03:58 est plus ou moins adaptée.
03:59 On parle beaucoup du sorgho, en fait une différence entre le sorgho et le maïs c'est que le
04:04 maïs vous avez une foraison qui est vraiment très groupée, alors que le sorgho il est
04:09 beaucoup plus réparti dans le temps.
04:10 Donc si on a des événements climatiques adverses, en fait, évidemment, statistiquement,
04:15 le sorgho va mieux résister.
04:17 Donc il y a vraiment une réflexion là-dessus, sachant qu'il y a les plantes annuelles,
04:20 mais il y a aussi les plantes pérennes.
04:21 Donc sur la vigne par exemple, on a fait un gros programme de travail pour voir quels
04:27 sont les plants de vigne, les cépages, qui sont les plus résistants.
04:31 Mais on peut penser aussi à de nouvelles espèces.
04:34 Mes collègues à Toulouse travaillent par exemple sur le niébé, qui est une légumineuse
04:39 qui est beaucoup utilisée en Afrique et qui naturellement a des caractéristiques résistantes
04:44 à la sécheresse.
04:45 Donc il faut être très ouvert parce que les changements sont massifs.
04:48 Et plus rapides que ce qu'on pensait.
04:51 Merci beaucoup Pierre-Benoît Joly, président de l'INRA et l'Institut National de Recherche
04:55 pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement à Toulouse.
04:58 Bonne journée.
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