00:00 "Les détenus vivent 21h/24 à 3/4 dans des cellules avec des matelas au sol,
00:05 il y a de la vermine qui court partout, c'est une vision d'enfer."
00:09 74 237 détenus pour 60 629 places de prison.
00:15 C'est la situation de la population carcérale,
00:17 ou plutôt de la surpopulation carcérale en France au 1er août.
00:21 Un niveau record qui inquiète la contrôle générale des lieux de privation de liberté Dominique Simono.
00:27 Elle a pu observer les conditions d'incarcération des détenus, elle nous raconte.
00:31 "Moi j'ai visité des endroits surpeuplés jusqu'à 245%.
00:35 Dans ces conditions, les détenus vivent 21h/24 à 3/4 dans des cellules avec des matelas au sol,
00:43 il y a de la vermine qui court partout,
00:45 ils sont obligés de se mettre du papier toilette dans les oreilles et dans le nez pour pas que les cafards rentrent.
00:51 On y voit des souriants qui vous disent "moi détenu, je refuserai de rentrer dans ces cellules".
00:55 On y voit des détenus qui vous disent "les souriants, pardon, ils pètent les plombes mais c'est normal,
01:02 il y a des violences, c'est normal, on est trop".
01:04 Dans ces cellules, vous entrez, les détenus disent "asseyez-vous" puis ils disent "non,
01:08 vous asseyez-vous, c'est surtout pas un bon conseil, vous n'asseyez pas parce que vous allez rentrer avec des punaises de lit".
01:12 Vous voyez trois grands gaillards avec moins d'un mètre carré par personne pour se mouvoir,
01:18 obligés d'aller aux toilettes devant les autres,
01:21 souvent les portes sont battantes ou n'existent plus,
01:23 elles ont été dégondées pour servir de table parce que dans ces cellules prévues pour un,
01:28 la table est minuscule, donc pour trois ou quatre,
01:32 ils servent de la porte comme d'une table pour pouvoir manger dessus.
01:36 Leurs affaires sont roulées en boule sous des lits superposés.
01:40 Il y a des caillebottis, vous savez, ces grillages très très serrés aux fenêtres qui empêchent la vue,
01:45 qui empêchent l'air et les détenus, ils n'ont d'autre solution que quand il y a la canicule,
01:50 de mettre des serviettes ou des draps mouillés pour se rafraîchir un peu.
01:53 C'est une vision d'enfer.
01:55 Il y a plein d'activités en prison qui se développent,
01:58 seulement un nombre infime de détenus, il y a accès parce qu'il y a trop de monde
02:02 et même pas assez de surveillants pour les y accompagner.
02:05 Parfois ils doivent choisir entre le parloir et la promenade,
02:07 entre la promenade et un cours dispensé par un professeur.
02:14 La prison, moi je suis tout à fait d'accord, elle est là pour punir.
02:17 C'est normal de punir des gens qui ont commis des infractions, des délits,
02:22 mais ce n'est pas normal, la forme que ça prend c'est celle d'une vengeance
02:26 et souvent je le dis, de châtiment corporel.
02:29 Or, la façon dont les gens sont détenus et enfermés,
02:32 forcément elle rejaillira sur la façon dont ils vont se conduire dehors.
02:36 Je veux bien qu'une partie de la population dise que les détenus c'est bien fait pour eux.
02:40 Bon, peu importe ça, ce n'est pas ça le problème.
02:44 Le problème c'est que toute la société va payer ça.
02:47 On paye déjà 110 euros par jour par détenu.
02:50 Combien nous coûte la récidive quand ils sortent ?
02:52 Combien nous coûte l'état dans lequel ils sortent ?
02:54 Ça, ce n'est pas calculé et ça j'aimerais bien qu'on y réfléchisse.
02:58 C'est quelque chose de pragmatique.
02:59 On dirait qu'il n'y a que la prison qui vaille, que seule la prison compte.
03:03 Il faut mettre en place des mécanismes,
03:05 comme ça a été fait pendant la crise sanitaire,
03:07 que quelqu'un sorte 15 jours, 2 mois, 1 mois avant sa fin de peine,
03:12 ce n'est pas un drame, c'est une sortie contrôlée,
03:14 aidée par le juge d'application des peines.
03:16 Le but c'est d'atteindre 100%.
03:18 Ce serait déjà un immense progrès par rapport à 140, 180, 190, 200%.
03:24 Voilà, et c'est arrivé comme ça,
03:27 à desserrer les taux et à faire sortir des gens.
03:30 Le garde des Sceaux nous dit,
03:31 il y a déjà un mécanisme comme ça, d'accord, mais ça ne marche pas.
03:34 Pourquoi ? Parce que ça n'est pas contraignant, parce que ce n'est pas la loi.
03:37 Il dévide tout ce qu'il a fait.
03:39 Mais finalement tout ce qu'il a fait,
03:41 des circulaires, des directives, des incantations,
03:44 des… ça ne servait à rien, la preuve, ça sert grave.
03:48 Je dirais que ni pour lui ni pour moi, c'est un grand succès.
03:51 Moi je l'ai entendu plaider, Eric Dupond-Moretti,
03:54 avec son talent qu'on lui connaît, les conditions indignes de détention,
03:59 c'est paradoxal, n'est-ce pas ?
04:02 Et puis il nous répond, il y aura un grand plan de construction de prison.
04:06 Moi je veux bien, mais en 2010, depuis 2010,
04:10 il y a eu 4 annonces successives par différents gouvernements
04:14 de la création de 15 000 places de prison.
04:16 Vous savez à combien on en est aujourd'hui, en 2023 ?
04:19 De ces annonces successives, si je compte bien, ça fait 60 000 places annoncées.
04:24 On en est à 3 000.
04:25 Je ne comprends pas pourquoi la France rate,
04:27 là où nos voisins européens comme l'Allemagne, l'Espagne, la Hollande,
04:31 je ne vais même pas parler des pays du Nord, parce que réussissent.
04:36 L'Allemagne, ils ont 20 millions d'habitants de plus que nous
04:39 et 15 000 détenus de moins.
04:41 Là, c'est la route des États-Unis, c'est-à-dire plus on punit,
04:43 plus on est content et vous avez vu la catastrophe aux États-Unis.
04:48 C'est un pays qui est rongé par la délinquance et la criminalité.
04:52 [Générique]
04:55 [SILENCE]
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