00:00 ...
00:07 -Bonjour à toutes et à tous.
00:08 Je suis ravie de vous retrouver
00:10 pour une nouvelle saison d'Envie d'agir sur C8.
00:13 Pour notre rentrée, nous recevons une association clé
00:16 intervenant dans l'univers médical pour les enfants.
00:19 Une association qui fait rire,
00:21 une association qui fait sourire et même parfois guérir.
00:26 Bonjour, Caroline Simon,
00:28 je suis avec Lothil Mala. -Bonjour.
00:30 -Le Rire médecin, c'est votre asso.
00:32 32 ans d'existence,
00:34 135 clowns,
00:36 90 000 enfants qui ont ri,
00:39 dans 70 services pédiatriques.
00:42 Déjà, expliquez-moi qui est à l'origine
00:44 de cette jolie idée, de ce beau concept.
00:47 -Tout a commencé à New York City,
00:49 il y a un bon moment de temps, en 1988,
00:54 et c'était le Big Apple Circus de New York City.
00:58 J'ai postulé pour être clown à l'hôpital
01:00 car une petite équipe commençait à cette époque.
01:03 J'étais la sixième sur une équipe de six.
01:06 J'ai tellement adoré,
01:08 j'ai été bouleversée par le besoin des enfants
01:12 de rire parmi l'angoisse de l'hôpital et tout ça.
01:16 Et comme je suis hyper francophile,
01:19 je me suis dit qu'il fallait filer en France,
01:21 proposer ça au ministère de la Culture.
01:24 Et très vite après, qui l'eût cru,
01:27 ce petit projet qui naît quelque part
01:30 dans mon salle de bain allait grandir petit à petit.
01:34 Je me suis engagée au départ pour trois ans,
01:37 et nous voilà 32 ans après,
01:40 avec une équipe de grands professionnels
01:44 bien formés à la spécificité
01:46 d'adapter leur jeu pour l'hôpital,
01:50 avec des formations régulières tous les mois,
01:53 avec un code d'endologie,
01:55 avec une complicité absolument fantastique avec les soignants.
01:58 Que de bon le peuple !
02:00 -Est-ce qu'il a été prouvé scientifiquement
02:03 que le rire a un apport thérapeutique,
02:06 permet des rémissions ?
02:08 -Alors, nous sommes assez modestes sur le sujet,
02:12 mais effectivement, il y a un certain nombre
02:14 d'études scientifiques.
02:17 Le "British Medical Journal", par exemple, fin 2020,
02:22 a publié une synthèse de plus d'une trentaine d'études
02:27 qui ont été réalisées dans différents services,
02:29 différents hôpitaux, différents pays,
02:31 et qui montrent,
02:34 sur plus de 1 600 enfants et adolescents,
02:37 une diminution du stress,
02:41 de l'anxiété des enfants.
02:43 Et lorsque les Comedia Clones,
02:45 à la demande de l'équipe soignante,
02:47 sont sollicités pour accompagner un soin douloureux,
02:50 il est aussi montré que le niveau de douleur diminue.
02:54 On a un chef de service dans un des hôpitaux
02:58 dans lesquels nous intervenons, par exemple,
03:00 à l'hôpital de Bondy, en région parisienne,
03:04 qui dit que lorsque les Clones sont présents
03:07 auprès des enfants pour un accompagnement de soins,
03:10 la dose d'anthalgique est diminuée
03:13 de deux à quatre fois.
03:15 Donc ça, c'est vraiment formidable.
03:18 Et donc, une étude, d'autres études,
03:21 une étude américaine, PLOS,
03:23 qui est sortie récemment, le montre également.
03:26 -Oui, j'avais aussi entendu que,
03:28 par exemple, sur des chimiothérapies,
03:30 le fait de pouvoir rire et être détendu avant,
03:33 ça a plus d'impact.
03:35 Le corps est davantage préparé,
03:36 donc votre intervention...
03:38 De toute façon, si vous existez depuis 32 ans,
03:41 c'est que ça a un effet.
03:42 -C'est un effet démontré, je pense.
03:44 -En même temps, nous, on s'adresse
03:46 à tout ce qui va bien chez l'enfant.
03:48 Notre travail n'est pas intentionnel,
03:50 elle est attentionnelle.
03:52 Et mon plus grande...
03:55 Je veux dire, moi, je suis clone,
03:57 mon plus grand plaisir, c'est d'être juste
04:00 là où est l'enfant,
04:01 dans son état médical, psychologique et même social.
04:04 -De se connecter à cet être à chaque fois.
04:07 Et à son environnement, à ses parents aussi,
04:09 parce que les parents, c'est hyper dur.
04:12 Tout le monde pense, l'infirmière, si on la fait danser,
04:14 si je peux faire décoller la Barbie
04:17 et atterrir sur la tête du papa et faire pipi,
04:19 c'est la plus grande joie de tout le monde,
04:22 surtout la petite fille qui perd ses cheveux,
04:24 mais qui va oublier, dans ce moment-là,
04:26 son angoisse, sa douleur, l'inquiétude de ses parents.
04:29 Voir ses parents rire est un des plus grands cadeaux
04:32 qu'on puisse faire à un enfant.
04:34 -Caroline, avez-vous eu l'impression
04:36 de vivre des miracles grâce au rire ?
04:38 -Vous savez, je suis dedans,
04:40 je suis un peu un pompier du bonheur.
04:42 -C'est joli, ça, comme métier.
04:44 -J'ai eu un petit peu de l'angoisse et de la tristesse.
04:47 Je me disais, peut-être après,
04:49 c'est pas possible, cet enfant,
04:51 il a pas parlé depuis deux semaines,
04:53 là, il souffle des boules.
04:55 Je me souviens de l'enfant qui était opéré de mâchoire,
04:58 qui voulait plus parler, plus boire, rien.
05:01 Et rien, avec la simplicité de faire des bulles,
05:04 il a recommencé à parler, à souffler.
05:07 Et les infirmières ont pris le relais.
05:10 Le week-end, je les ai données,
05:12 tous des petits flacons de bulles,
05:14 et il y avait un relais.
05:15 Il y a un tel amour, je veux dire,
05:18 et respect du travail avec les soignants
05:21 que c'est ça, le miracle.
05:23 Le miracle n'est pas nous, toutes seules,
05:25 les soignants, toutes seules,
05:27 les parents, les pauvres parents, toutes seules,
05:30 c'est vraiment cette communauté,
05:32 cet issue de, je veux dire,
05:33 à 360 degrés,
05:34 une communauté de soins, quelque part.
05:37 -Votre engagement, en plus,
05:39 suscite vraiment de l'intérêt,
05:40 beaucoup, chez des personnalités qu'on connaît,
05:43 je vais en citer quelques-unes.
05:45 Annie Dupéret, Sarah Giraudeau,
05:47 François-Xavier Demaison,
05:50 Luc Péry, plus récemment,
05:52 Gérard Juniau, également.
05:53 -J'y ai noté.
05:55 C'est très important, le "gnu".
05:57 -On a entendu quelques secondes,
05:59 et on va entendre plus amplement
06:01 un des derniers arrivés, en l'occurrence,
06:04 Reda Kateb, qui va partager avec nous
06:06 son message engagé.
06:08 -J'ai choisi de venir vous parler
06:09 du RIRE Médecins, l'association Le RIRE Médecins,
06:12 qui a été fondée par cette personne,
06:14 qui s'appelle Caroline Seidmans,
06:16 qui est clown dans les hôpitaux.
06:19 Cette femme est une véritable fée.
06:21 On la voit, elle, mais aussi l'enfant,
06:23 qui est placé au centre,
06:24 et c'est vraiment le travail que font ces gens.
06:27 Et pas seulement,
06:28 puisque leurs actions ne sont pas uniquement destinées
06:31 aux enfants, mais aussi aux familles.
06:33 On voit une maman ou une soeur,
06:35 quelqu'un de la famille,
06:37 et c'est vraiment le travail de ces gens,
06:39 qui est d'apporter de la couleur, de la vie, de la joie,
06:42 dans des lieux qui en ont besoin,
06:44 et pour des enfants qui en ont absolument besoin.
06:46 Ils prennent, chambre par chambre, enfant par enfant,
06:50 comment est-ce que ça va aujourd'hui,
06:52 est-ce que peut-être il vaut mieux le laisser dormir,
06:55 un tel, il a demandé après les clowns,
06:57 il vous attend, allez le voir,
06:59 donc le clown est encore un soignant parmi les soignants.
07:02 Puis, ensuite, ils passent au vestiaire,
07:04 et là, c'est la transformation.
07:06 C'est une espèce de parade musicale.
07:08 Ils jouent tous du ukulélé, de la flûte,
07:11 ou d'autres instruments,
07:12 et ils passent dans les couloirs de l'hôpital.
07:15 Régulièrement, il y a des enfants,
07:17 ceux qui peuvent, qui sortent de leur chambre
07:19 et qui se mettent à suivre les clowns dans leur parade.
07:22 La chambre d'hôpital, vous avez deux clowns pour un enfant.
07:26 C'est le seul endroit que j'ai vu au monde
07:28 où il y a plus d'acteurs que de spectateurs.
07:30 Une de mes premières immersions,
07:32 je me suis retrouvé face à une petite de 8 ans en soins palliatifs.
07:36 Une clown, au bord de son lit, a chanté "Une souris verte qui courait dans l'herbe".
07:40 Et tout d'un coup, cette gamine a planté ses yeux dans les miens.
07:44 Elle ne parlait pas.
07:45 Elle m'a regardé droit dans les yeux.
07:48 J'avoue que ça m'a...
07:50 Enfin, là, du coup, j'ai plus le sourire quand je vous en parle.
07:54 Ça m'a...
07:56 Ça m'a bouleversé, quoi.
07:59 Je suis sorti de cette chambre.
08:01 Je suis allé vers la fenêtre pour regarder,
08:03 me reprendre un peu, et les clowns m'ont dit "Ca va ? C'est dur, un peu ?"
08:07 Je fais "Ouais, c'est dur."
08:09 Ils m'ont dit "Tu te rends pas compte ? Elle a souri et a réagi avec les yeux."
08:14 Ils étaient hyper contents. Ils sont dans la vie.
08:18 Heureusement, parce que je voudrais quand même
08:21 mettre aussi de l'espoir dans ce que je vous raconte,
08:25 les courbes se sont inversées à l'hôpital.
08:27 Grâce à la recherche,
08:29 il y a plus d'enfants qui sortent pour rentrer chez eux
08:32 que d'enfants qui sortent pour... Vous imaginez, quoi.
08:35 -Merci, Reda Kateb. Il décrit bien ce que vous faites.
08:38 -Il est dedans à fond.
08:40 Mais à fond, à fond.
08:42 Il est venu à l'hôpital plein de fois.
08:44 Il a tout compris.
08:46 -Est-ce que vous savez pourquoi des artistes comme lui
08:50 viennent s'engager auprès de vous ?
08:52 Est-ce qu'il y a des histoires personnelles ?
08:55 Qu'est-ce qui fait qu'il vienne dans les hôpitaux ?
08:58 -Reda, sa mère était infirmière à Ivry.
09:01 Donc, elle était naturellement très touchée par ce qu'on fait.
09:05 Annie, c'était une rencontre sur un plateau.
09:09 Française Zavier de Maison, c'était une rencontre
09:12 dans une conférence. Je le trouvais intelligent.
09:14 Gérard Juniau était modestement un donateur.
09:19 Donc, petit à petit,
09:20 les relations sont faites vraiment par des vrais rencontres.
09:23 Je suis jamais allée chercher des vedettes
09:27 pour voir, comment dire, quelqu'un de connu pour nous.
09:31 C'était des rencontres.
09:33 Et puis, il y avait quelque chose qui allait bien entre nous.
09:37 Ils ont compris rapidement ce qu'on fait.
09:40 Comme parle Reda,
09:42 moi, je suis très touchée par sa façon de voir les choses.
09:46 -Oui, et il dit d'ailleurs qu'il est bouleversé.
09:49 Est-ce que ça vous arrive encore, toutes les deux, d'être bouleversée ?
09:53 -Oui, mais je suis tellement dans le moment...
09:58 Je suis très ici, maintenant, avec les enfants.
10:01 Je ne pense pas après, je ne pense pas avant.
10:04 Je suis avec eux.
10:05 -Dites-moi, les pompiers du bonheur,
10:07 c'est quoi, votre envie d'agir pour les cinq prochaines années ?
10:11 -Pour les cinq prochaines années,
10:13 vous avez indiqué, on est présents
10:16 sur une vingtaine de villes en France,
10:18 on voit 90 000 enfants chaque année.
10:21 Notre objectif, c'est de passer le cap des 100 000 enfants,
10:24 si nos ressources le permettent,
10:26 donc potentiellement, de pouvoir répondre
10:28 aux demandes des équipes soignantes.
10:31 Ici, on n'a pas eu l'occasion de le dire,
10:33 beaucoup d'histoires avec d'anciens internes
10:36 qui ont connu les clowns lorsqu'ils démarraient
10:39 leurs études de médecine, qui, 20 ans plus tard,
10:42 sont chefs de service et nous disent qu'on voudrait
10:45 que le RER médecin vienne. -C'est une grande famille.
10:48 -On aimerait pouvoir avoir les moyens,
10:50 les ressources nécessaires pour ouvrir
10:52 dans de nouveaux services et dans de nouvelles villes.
10:55 -On peut aller sur votre site pour voir comment on peut vous aider.
10:59 -Merci infiniment à toutes les deux.
11:02 Malheureusement, l'émission touche à sa fin.
11:05 -Merci à toi.
11:06 -Je voudrais vous parler de l'agenda de fin d'émission.
11:10 Maintenant, vous commencez à connaître cette rubrique.
11:13 D'abord, un livre super de Moussa Kamara,
11:16 que j'avais reçu en saison 1 d'Envie d'agir,
11:18 qui a lancé une association déterminée.
11:21 Le livre s'appelle "Déterminés", évidemment.
11:24 Les presses de la cité, ça vient de sortir.
11:28 D'ailleurs, mesdames, je vous emmène.
11:30 -Merci.
11:31 -Je vais pas pouvoir jeter.
11:33 -Vous avez des bras très longs.
11:35 -Et puis, je vous rappelle que le 18 septembre,
11:38 donc dans deux jours,
11:39 c'est le début des semaines du développement durable.
11:42 Normalement, c'est une semaine.
11:44 Maintenant, c'est trois semaines,
11:46 tellement cette thématique est importante.
11:49 Vous savez à quel point on s'y engage, nous aussi.
11:52 Je vous rappelle aussi, bien sûr, nos podcasts "Envie d'agir",
11:55 disponibles sur Deezer, Spotify, Apple
11:59 et bien sûr, MyKanal.
12:01 Et on se retrouve très vite sur C8 pour plus d'Envie d'agir.
12:06 Merci.
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