00:00 J'ai été amputé le 16 juin dernier de ma jambe droite après la récidive d'un cancer.
00:04 Il y a beaucoup de combats à mener, notamment sur l'accessibilité, sur le coût des prothèses aussi.
00:08 Je vais vous en parler.
00:09 J'ai eu un cancer du genou lorsque j'étais adolescent.
00:13 Et puis j'ai appris il y a quelques mois, en avril dernier,
00:17 que j'étais victime d'une récidive avec un sarcome un petit peu différent et encore plus agressif.
00:22 Il n'y a pas eu beaucoup de suspense.
00:23 Moi, je m'étais déjà préparé à ce verdict de l'amputation.
00:27 Puisque j'avais une jambe qui était déjà très abîmée.
00:30 Et je savais que l'une des possibilités, c'était qu'un jour, on soit obligé de m'amputer.
00:34 Même si le cancer n'était pas revenu.
00:36 Le plus difficile, en règle générale, quand on perd un membre, c'est le réveil.
00:41 Et moi, le réveil, je m'y étais préparé.
00:43 Donc, je n'ai pas eu d'appréhension au moment où on nous propose de regarder sous le drage.
00:48 Deux heures et demie après mon retour en chambre,
00:50 je me suis mis debout immédiatement sur des béquilles.
00:54 Puis, j'ai commencé à béquiller comme ça dans ma chambre pour m'habituer à un nouvel équilibre.
00:58 En attendant un appareillage, dans un premier temps, on reste plusieurs semaines sur une jambe.
01:02 Moi, j'ai eu énormément de chance parce que j'ai cicatrisé très rapidement.
01:06 On m'a enlevé les fils au bout de 16 jours.
01:08 Ce qui m'a permis tout de suite de commencer un travail sur la tonicité du moignon.
01:12 La partie de jambe qui me reste et qui fait donc 14 cm.
01:16 L'appareillage a été relativement rapide.
01:19 Un mois et six jours après l'amputation, très exactement,
01:22 je déambulais pour la première fois dans les rues de Paris en béquille.
01:26 Lorsqu'on marche pour la première fois dans les rues parisiennes avec une prothèse,
01:30 on prend un petit peu de plein fouet.
01:32 Ce que peuvent vivre les personnes à mobilité réduite
01:35 ou les personnes handicapées dans les rues de la capitale aujourd'hui,
01:39 c'est-à-dire des trottoirs qui ne sont pas droits,
01:42 des routes pavées à de nombreux endroits,
01:45 des accès aux transports en commun qui sont très difficiles.
01:49 Et on se dit qu'il va falloir trouver des astuces pour vivre le quotidien au mieux.
01:54 La rééducation avec une prothèse, c'est une rééducation qui est longue.
01:59 C'est très énergivore.
02:00 Marcher avec une prothèse, il faut déployer une énergie
02:03 que les personnes valides ne peuvent même pas s'imaginer.
02:06 Les prothèses de genoux pour des amputs éphéméraux, comme c'est mon cas,
02:10 la sécurité sociale, qui est quand même très bien faite en France,
02:13 rembourse les prothèses qui coûtent environ entre 15 000 et 25 000 euros.
02:17 C'est le palier. C'est aujourd'hui l'une des prothèses que je porte.
02:21 La prothèse la plus sophistiquée coûte aujourd'hui 100 000 euros.
02:24 Moi, ce que je dénonce là-dedans, c'est qu'il y a une injustice immense.
02:27 Parce qu'en réalité, aujourd'hui, les gens qui peuvent accéder à ces prothèses de 100 000 euros
02:32 sont souvent des gens qui ont été accidentés de la route.
02:34 Et c'est tant mieux pour elles parce qu'il y a un tiers et parce qu'il y a des assurances.
02:38 Un gamin de 15 ans qui est renversé en scooter par une voiture
02:41 et qui perd l'usage de sa jambe va pouvoir vivre avec cette prothèse à 100 000 euros.
02:46 Et ce sera tant mieux pour lui parce qu'il pourra s'insérer le plus rapidement dans la vie active.
02:50 Mais le même jeune qui a 15 ans a un ostéosarcome.
02:54 Eh bien lui, il n'y a pas d'assurance.
02:55 Je me suis dit que je lancerais très probablement une association ou un fonds d'action
02:59 pour aider les gamins souvent victimes de cancers pédiatriques.
03:03 Ça va être l'un de mes combats dans les mois qui viennent.
03:06 On reste toujours sous la menace parce que ce sont des maladies sournoises
03:11 et qu'on est sous une étroite surveillance.
03:13 Pour moi, ce sera mon cas. Je vais être surveillé tous les trois mois
03:15 avec pas mal d'examens à passer.
03:17 Ça va durer dix ans.
03:18 Voilà, on ne crie pas victoire.
03:20 Moi, il y a plusieurs raisons pour lesquelles j'ai rendu publique cette annonce.
03:22 La première, avant toute chose, c'était de protéger mes enfants et mon entourage.
03:27 Je savais très bien qu'en me retirant des antennes de France Télévisions,
03:30 des commentaires seraient faits et je ne voulais pas qu'on soit dans l'approximation.
03:33 La deuxième, c'est de pouvoir mettre les choses sur la table
03:37 et de dire qu'on est malade du cancer aujourd'hui.
03:39 Ça fait partie de la vie.
03:41 Donc, il n'y a pas à avoir honte d'être malade et d'être victime d'un cancer.
03:45 J'ai un rôle à jouer peut-être par rapport à tous ces gens qui vivent ça,
03:49 eux, dans leur coin, qui se sentent isolés.
03:51 Moi, je me souviens très bien que quand j'ai acheté mon premier appartement,
03:54 il y avait cette crainte qu'on ne m'accorde pas un crédit
03:57 parce que j'avais été victime d'un cancer, parce que ça existe.
04:00 Et effectivement, on a souvent tendance, quand on ouvre tous les journaux,
04:04 à lire que telle ou telle personne est décédée d'une longue maladie.
04:07 Souvent, cette longue maladie, c'est un cancer.
04:09 Je ne vois pas pourquoi en 2023, on ne le dit pas plus ouvertement.
04:13 Alors, la parole se libère, c'est tant mieux.
04:15 Il y a des gens qui, aujourd'hui, en parlent très librement, comme je le fais.
04:19 Je trouve que c'est important, tout simplement.
04:20 Alors, évidemment que la Coupe du monde de rugby a été un moteur très important pour moi
04:25 parce que j'avais cet objectif-là de revenir dans les temps
04:28 pour pouvoir assurer les commentaires en direct pour France Télévisions.
04:31 Le 10 septembre, ce sera mon retour pour le match Afrique du Sud-Écosse à Marseille,
04:35 au Stade Vélodrome.
04:36 Maintenant, il y aura des batailles à mener.
04:39 Sur la Coupe du monde de rugby, on sait que les enceintes qui accueillent ces matchs-là
04:43 sont des grands stades, évidemment très bien équipés pour recevoir des gens handicapés
04:47 ou à mobilité réduite.
04:49 Ça ne sera pas toujours le cas et j'en ai bien conscience.
04:52 Évidemment que le mouvement sportif, notamment celui du rugby,
04:55 mais je pense à d'autres disciplines, vont devoir se mobiliser pour parfois changer
04:58 aussi un petit peu les infrastructures, rénover certains stades pour accueillir au mieux les gens.
05:03 Parce que le sport aujourd'hui est un spectacle et que quand on veut organiser un spectacle,
05:07 il faut pouvoir accueillir au mieux les gens qui se rendent dans ces spectacles.
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