00:00 En août 2000, la compagnie Dupont obtient un brevet relatif à un procédé lui permettant d'obtenir des variétés de maïs.
00:06 Ces dernières sont particulièrement élevées en acide oléique.
00:10 Cependant, ce type de maïs existait déjà à l'état naturel.
00:13 En théorie, ce brevet pouvait empêcher toute commercialisation du produit,
00:16 dont les teneurs en acide oléique correspondaient à celles protégées par l'entreprise.
00:20 Cela comprenait aussi sa mise en vente par les petits producteurs.
00:24 Mais qu'est-ce que réellement le biopiratage ?
00:27 En réalité, il s'agit de l'appropriation du vivant et de la limitation de son exploitation par le dépôt de brevet.
00:33 Le biopiratage menace donc à la fois le travail des petits producteurs et la biodiversité.
00:38 Ce phénomène est beaucoup plus fréquent dans les pays en voie de développement.
00:41 En effet, dans la course effrénée au dépôt de brevet, ces derniers ne font pas le poids face aux grandes firmes des pays riches.
00:47 La méthode du biopiratage représente-t-elle un danger pour la nature en elle-même ?
00:54 Pour commencer, il faut avoir conscience que le biopiratage est présent dans beaucoup de domaines.
00:59 Par exemple les cosmétiques, tout comme les produits ménagers, qui contiennent des ingrédients dits « naturels dérivés ».
01:05 Cela signifie qu'ils contiennent plus de 50% de matières premières naturelles.
01:09 Le biopiratage nous vient des colonisations.
01:11 Les empires pillaient alors les territoires qu'ils occupaient.
01:14 Le café, le sucre et le cacao sont des produits directement issus de pays colonisés.
01:19 Effectivement, l'Afrique, l'Amérique du Sud ou l'Asie ont été extrêmement pillées par les pays riches qui ont profité de leurs ressources sans discontinuer.
01:27 Brevetées et exportées, ces ressources ont permis des découvertes révolutionnaires dans de nombreux domaines.
01:32 Pourtant, ces avancées n'auraient pas été possibles sans les connaissances traditionnelles des communautés autochtones locales.
01:38 Elles sont très rarement rémunérées ou même reconnues pour cela.
01:42 Comment la nature réagit-elle à ce pillage permanent ?
01:45 Lorsque l'on remonte dans l'histoire, il est évident que les relations entre les populations locales et les chercheurs ont été marquées par une forme de violence.
01:53 C'est aussi le cas en ce qui concerne la nature.
01:56 On peut parler de vol à proprement dit.
01:58 Les savoirs traditionnels ont aussi toujours subi une exploitation abusive.
02:02 Encore aujourd'hui, nous sommes face à cette situation particulièrement délicate.
02:06 Il est aussi important de faire la différence entre biopiratage et bioprospection.
02:11 Cette dernière correspond à la recherche de composés actifs naturels, mais elle est totalement légale, à l'inverse du biopiratage.
02:18 En 1993, la Convention sur la diversité biologique avait pour principal objectif
02:23 « le partage juste et équitable des bénéfices découlant de l'utilisation des ressources génétiques ».
02:28 Malgré cela, les actes de biopiratage n'ont pas cessé de se multiplier.
02:32 Les biopirates sont toujours des entreprises pharmaceutiques, cosmétiques ou agroalimentaires.
02:37 Certains instituts décident de s'approprier la ressource en elle-même, ainsi que les connaissances qui en découlent.
02:42 Cela a donc trait à la propriété intellectuelle.
02:45 En effet, beaucoup de communautés rurales et locales vivent particulièrement proches de leur environnement.
02:50 Elles développent ainsi des connaissances très poussées sur la biodiversité qui les entoure.
02:54 Lorsque certains acteurs s'approprient ces connaissances sans avoir le consentement des communautés, on parle de biopiratage.
03:00 Par conséquent, il n'y a aucun partage des bénéfices réalisés grâce à l'utilisation du savoir des populations autochtones.
03:06 Telle plante a des propriétés médicinales, telle autre a des vertus cosmétiques.
03:10 Le savoir de ces populations est immense.
03:12 De ce fait, elles sont considérées comme des informatrices de taille pour les scientifiques.
03:16 Dans la plupart des cas, elles ne sont pas informées des débouchés des projets de recherche.
03:21 Ces savoirs pourtant très utiles sont vus comme librement exploitables et à la portée de tous.
03:25 Les entreprises ont tendance à légitimer le dépôt de brevets en fonction de l'argent dépensé.
03:30 Rares sont ceux qui évaluent la valeur du travail collectif sur le long terme.
03:34 C'est une vraie forme d'injustice.
03:36 Les pays considérés comme des utilisateurs de ressources biologiques sont des pays développés.
03:40 On parle ici des États-Unis, de l'Europe ou du Japon.
03:43 La demande en produits cosmétiques et pharmaceutiques dits « naturels » explose.
03:47 Pour y répondre, les entreprises ne cessent de puiser dans les grandes réserves mondiales de biodiversité.
03:52 D'un autre côté, elles mettent en place différentes stratégies
03:55 pour se donner une image d'entreprise respectueuse de l'environnement.
03:58 Le but étant d'attirer des clients supplémentaires.
04:01 40% de l'économie mondiale repose sur les ressources biologiques.
04:05 L'exploitation croissante des ressources naturelles par les marchés de l'alimentation,
04:09 de la santé et du bien-être est une véritable menace.
04:11 De ce fait, la biodiversité biologique se trouve en péril.
04:15 Certes, l'industrie pharmaceutique représente 1,42 trillion de dollars.
04:19 Cependant, la destruction de la nature vaut-elle un tel prix ?
04:22 La réponse est non.
04:24 Lorsque les ressources naturelles seront épuisées,
04:26 il ne sera plus possible de revenir en arrière.
04:28 Au vu du besoin que nous avons de l'écosystème, il est primordial de le préserver.
04:33 Afin de protéger les peuples et la biodiversité des biopirates,
04:36 les États ont élaboré quelques textes fondamentaux.
04:39 Deux événements sont donc à retenir,
04:41 la Convention de la diversité biologique de 1992 et le Protocol de Nagoya de 2010.
04:46 Le principe dit « désaccès et partage des avantages » est alors mis en place.
04:51 Cela signifie que les acteurs doivent demander une autorisation
04:54 pour avoir accès aux ressources génétiques d'un État.
04:56 En cas de savoir traditionnel associé,
04:58 le consentement des communautés concernées doit être obtenu.
05:01 Le partage est un principe fondamental dans toute forme d'action.
05:04 Sharing is caring.
05:06 Il est évident que ces textes marquent une avancée certaine,
05:09 malgré le fait qu'ils restent soumis à la bonne volonté des États de les appliquer.
05:13 En 2005, des chercheurs français publient les résultats préliminaires de leur voyage en Guyane.
05:18 Ils auraient mené des entretiens afin d'en apprendre un peu plus
05:21 sur les remèdes locaux contre le paludisme.
05:23 En 2015, l'Institut français de recherche pour le développement
05:26 a obtenu un brevet pour un composé dérivé de la quinine de Cayenne.
05:30 Il s'agit d'une plante originaire d'une certaine région d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.
05:35 La même année, la fondation Daniel Mitterrand dépose un recours contre ce brevet,
05:39 dénonçant un cas de biopiratage.
05:41 Les chercheurs ont découvert le composé antipaludique dans la plante
05:44 en utilisant une extraction à base d'alcool.
05:47 Néanmoins, c'est en grande partie le savoir local qui a permis de parvenir à cette découverte.
05:52 Finalement, un accord a fini par être trouvé.
05:54 L'Institut se devait de partager tous bénéfices scientifiques et économiques liés à ce composé.
05:59 En 2018, ce brevet a été approuvé en commission.
06:03 Le système mondial semble considérer la nature comme un ensemble de ressources inépuisables.
06:07 Cependant, de nombreux pays souhaitent prendre des mesures pour la protéger.
06:11 Par exemple, le 20 juillet 2016, la France vote la loi sur la biodiversité.
06:15 Elle comprend tout un volet sur le biopiratage.
06:17 Quant aux pays comme l'Inde ou le Pérou, ils sont beaucoup plus avancés.
06:21 Effectivement, ils ont fait le choix de se lancer dans des actions de recensement
06:24 des savoirs traditionnels liés à leur biodiversité.
06:27 Il s'agit d'un travail que l'on pourrait qualifier de titanesque.
06:31 L'objectif est de prouver l'antériorité des savoirs traditionnels.
06:34 Cela a déjà permis d'enregistrer un très grand nombre de connaissances traditionnelles.
06:38 Par la suite, des demandes de brevets ont été invalidées.
06:41 De manière générale, les pays du Sud exigent que les nations favorisées
06:44 partagent les bénéfices des ressources biologiques extraites sur leur territoire.
06:48 En effet, le biopiratage est un obstacle majeur à la biodiversité.
06:52 Prenons l'exemple du margousier, cet arbre de vie indien aux propriétés médicinales incroyables.
06:57 Exploité par des grandes firmes,
06:59 cette ressource miracle est également utilisée pour créer des pesticides.
07:03 Une notion de moralité entre alors en jeu.
07:05 Est-il envisageable d'utiliser la nature pour procéder à sa destruction ?
07:10 L'information de séquençage numérique, ou ISN, des données génétiques,
07:13 a permis la découverte de nouvelles thérapies révolutionnaires.
07:16 Cependant, les bénéfices de la recherche utilisant des bioressources
07:19 doivent revenir au pays d'origine afin de préserver sa biodiversité.
07:23 Avec l'ISN, la traçabilité devient floue.
07:26 Les scientifiques sont donc tenus de divulguer et de télécharger leurs données
07:30 sur des bases de données publiques.
07:31 Certaines grandes entreprises utilisent l'ISN en libre accès
07:34 pour éviter de partager leurs bénéfices.
07:36 D'un autre côté, le protocole de Nagoya connaît certaines failles.
07:40 Effectivement, certains pays ne réglementent pas l'accès à leurs ressources génétiques.
07:44 Pour éviter toute inégalité, il est nécessaire que les mêmes règles s'appliquent à tous.
07:49 Le saviez-vous ?
07:50 La biotechnologie marine est un puits de ressources naturelles.
07:53 Les organismes marins sont généralement plus spécialisés que les organismes terrestres.
07:57 En effet, ils évoluent dans un environnement plus hostile.
08:01 Les ressources maritimes peuvent néanmoins avoir de multiples usages.
08:04 Des matériaux compatibles avec des usages alimentaires ou cosmétiques
08:07 peuvent ainsi être produits à base de dérivés d'algues.
08:10 Des principes actifs issus des huîtres peuvent avoir un effet
08:13 sur le ralentissement du vieillissement cutané notamment.
08:16 Cependant, la protection des espèces joue un grand rôle dans la biodiversité
08:20 et le bien-être de la nature, tout comme de la planète.
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