00:00 Cette semaine, mesdames, messieurs, l'idée à la con, c'est le tourisme.
00:08 Alors vous allez encore me dire que je râle, que je ne suis jamais content, que je ne sais
00:12 pas m'amuser.
00:13 Car nous tous, pauvres occidentaux, ne pensons qu'à ça, les prochaines vacances.
00:18 C'est vrai que, selon le sociologue Jean Vier, le loisir est devenu notre priorité.
00:23 En devant le travail, nous travaillons 10% de notre temps de vie contre un quart en 1945.
00:30 Un vrai débat, c'est comment on donne du contenu positif au temps libre, comment on
00:34 favorise dans les quartiers populaires des sorties, des activités, la lecture, la culture.
00:38 Il faut plutôt se baser sur ça que sur des discours du Moyen-Âge qui ne correspondent
00:42 plus à la masse de la société.
00:44 Notre espérance de vie aujourd'hui, elle est de 700 000 heures.
00:46 En 45, elle était de 500 000 heures.
00:48 La durée légale du travail en France par endroit à la retraite, c'est 70 000 heures
00:52 aujourd'hui.
00:53 Donc on baisse un dixième de notre temps de travail.
00:55 Donc ça veut dire quoi ? Alors qu'après-guerre, la durée du travail c'était 120 000 heures,
00:59 essentiellement masculine, sur une vie de 500 000 heures.
01:01 Quand vous avez dormi 200 000 heures, en gros une fois que vous avez fini de dormir
01:04 et de travailler, vous ne restez pas énormément de temps.
01:06 Nous, quand on a fait 30 000 heures d'études, 70 000 heures de travail, 200 000 heures de
01:10 sommeil, 300 000 heures.
01:11 Quand on vit 700 000 heures, il en reste 400 000.
01:13 Alors partons en vacances, découvrir d'autres cultures, se ressourcer, respirer un air pur
01:18 parce que, oh là là, notre vie, qu'est-ce qu'elle est difficile, c'est vraiment plus
01:21 possible.
01:22 C'est vrai que c'est vraiment plus possible.
01:24 Le tourisme, le sur-tourisme même, comme on l'appelle aujourd'hui, est devenu une
01:28 plaie.
01:29 Parce que le touriste est un mouton, il aime suivre les autres touristes, aller là où
01:32 on lui dit d'aller, il s'entasse toujours aux mêmes endroits.
01:35 Vous voyez non quoi, le tourisme abîme les paysages, dégrade les chemins de randonnée,
01:40 répand bouteilles en plastique et emballage, fait fuir les poissons, arrache les fleurs,
01:45 tire beaucoup, la chasse d'eau, prend trop de douches, a besoin de piscine et émet du
01:49 carbone.
01:50 Alors, il ne faut pas aller très loin pour observer tout cela.
01:54 D'après diverses études, dont une de l'ADEME, le tourisme est chez nous en France
01:59 responsable de 11% des émissions de gaz à effet de serre.
02:03 On était là où le touriste aime à s'agréger, à s'agglutiner, la consommation d'eau
02:08 triple par rapport à la moyenne nationale alors que la consommation d'énergie quadruple.
02:13 Quant à la production d'eau déchets, c'est 27% en plus par rapport à la moyenne nationale.
02:18 Alors, pour s'adapter, les communes touristiques surdimensionnent leurs usines de traitement
02:23 d'eau déchets et de traitement des eaux usées et de potabilisation pour les seuls
02:27 besoins des touristes, au frais des contribuables locaux.
02:30 En 2012, l'école de commerce de l'université Linné en Suède avait évalué les consommations
02:37 d'eau des touristes dans une soixantaine de pays.
02:39 Bilan, 350 litres par nuitée.
02:42 En France, on en serait aujourd'hui à seulement 230 litres par touriste et par nuitée selon
02:47 le centre d'information sur l'eau.
02:49 Je rappelle que notre consommation, à nous autres simples citoyens, est de 150 litres
02:54 par jour.
02:55 Allons en mer maintenant.
02:57 En France, pays maritime s'il en est, 13 millions de personnes font du bateau à voile
03:03 ou à moteur.
03:04 Cela représente un peu plus d'un million de bateaux immatriculés qui ne sortent qu'entre
03:08 10 et 30 jours par an depuis 500 installations portuaires et autant de portions du littoral
03:15 qui ont été bétonnées, polluées, qui s'envastent au dépens des écosystèmes
03:19 littoraux.
03:20 Au dépens, par exemple, des herbiers de posidonie de Méditerranée.
03:23 Alors les posidonies, ce sont des plantes à fleurs, et oui, ce ne sont pas des algues,
03:27 sans lesquelles les trois quarts des espèces littorales de la Méditerranée n'auraient
03:31 ni gîte ni couvert.
03:33 Or, la posidonie est arrachée par, devinez quoi, les encredés bateaux.
03:37 À force, la posidonie disparaît et alors les poissons s'en vont et avec eux, le sédiment
03:42 marin qui n'est plus retenu par les racines de la posidonie.
03:44 Voyez donc quoi, le parc national de Port-Cro, après une bonne vingtaine d'années de
03:49 réflexion, a décidé enfin en 2022 d'imposer aux plaisanciers de réserver longtemps à
03:53 l'avance la bouée flottante sur laquelle ils viendront désormais obligatoirement s'accrocher.
03:59 Les eaux du parc national de Port-Cro regorgent d'une biodiversité exceptionnelle.
04:04 L'herbier de posidonie qui recouvre ses fonds est un écosystème vital pour la Méditerranée
04:09 mais vulnérable aux encres des navires.
04:11 C'est pourquoi le parc national, avec le soutien de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse,
04:17 la région Sud-Paca et le Life Mara mettent en place une zone de mouillage et d'équipement
04:22 léger, la Zmelle.
04:24 Qu'est-ce que ça change ? Le mouillage étant interdit toute l'année dans la Zmelle,
04:28 le parc national met à disposition des bouées à ancrage écologique du 15 avril au 15 octobre.
04:33 Comment ça marche ?
04:34 La réservation de nuée est payante et s'effectue sur le site internet du parc national ou
04:40 en flashant le QR code.
04:41 Quant au parc national des Calanques, lui, il a mis en place en 2023 une réservation
04:47 pour simplement se promener sur les chemins.
04:50 Car avec 2500 promeneurs par jour, les chemins des Calanques de Sugitons et des Piers-Tombées
04:56 avaient tendance à partir à l'eau.
04:58 C'est ma femme qui a réservé il y a trois jours les billets parce qu'on était au
05:02 courant que maintenant c'était réglementé et que pour préserver la nature il fallait
05:07 réguler le flux qui est vraiment très intense.
05:10 Je trouve que c'est une très bonne chose.
05:12 On a ouvert les places à la réservation jeudi à 9h et l'ensemble des places étaient
05:27 parties autour de 16h.
05:29 Tout ça, mesdames, messieurs, je vous le dis, c'est un premier pas, n'en doutez pas,
05:33 vers la tarification prochaine des sites naturels et même pourquoi pas de certaines plages.
05:38 Impensable, vous allez dire, révolutionnaire, car la nature est le bien commun de la nation.
05:44 Elle doit donc rester accessible à chacun de nous, quels que soient ses revenus.
05:47 Certes, mais on y va tout droit.
05:50 Comme le dit Jean-François Rial, le PDG de Voyageurs du Monde dans ses dents l'air
05:54 l'autre jour, il faut ou bien des quotas ou des droits d'entrée et en tout cas arrêter
06:00 de faire des selfies qui attirent les touristes toujours au même endroit et dégradent tout.
06:05 Alors c'est déjà le cas d'une certaine façon.
06:13 Pour accéder à la Dune du Pila, il faut payer très cher le parking, entre 6 et 8
06:18 euros les 4 heures, ou alors vous venez à vélo.
06:20 Mais ça monte.
06:21 En tout cas, ce parking, c'est une façon de faire payer le droit d'aller voir un
06:25 peu de nature.
06:26 C'est une forme de privatisation de la beauté, accélérée déjà par Airbnb.
06:31 Nous revenons tout doucement au début du tourisme, au XIXe siècle, quand il était
06:35 un loisir onéreux de gens aisés qui s'appropriaient des lieux dont ils privaient de fait la population,
06:40 chassés par la hausse des prix.
06:42 Le tourisme de masse, c'est vraiment une idée à la con.
06:46 Merci.
06:47 Au revoir.
06:47 [SILENCE]