00:00 La faillite de l'Union européenne sur l'immigration est illustrée par ces images venues de l'Empedusa
00:11 où on voit encore arriver massivement des migrants en l'espace de quelques jours. Mais
00:16 en réalité, depuis le début de l'année, plus de 130 000 migrants sont arrivés sur
00:21 les côtes italiennes. Ce sont les chiffres du gouvernement italien.
00:25 Alors, quelle est la réaction des gouvernements européens ? On voit ici en France qu'Emmanuel
00:29 Macron veut absolument faire voter une loi sur l'immigration, notamment pour faciliter
00:33 les reconduites à la frontière. Mais cet aspect est vraiment une goutte d'eau par
00:37 rapport à l'ampleur de la vague migratoire qui arrive sur l'Europe et les enjeux qui
00:43 du coup sont européens, c'est-à-dire le contrôle aux frontières extérieures de
00:48 l'Union européenne et la répartition de ceux qui sont déjà là, comme à l'Empedusa.
00:53 D'ailleurs, c'est assez significatif. Même Giorgia Meloni, qui est issue de l'extrême
00:58 droite et qui est la présidente du Conseil italien, en a appelé à l'Union européenne.
01:03 Elle s'est rendue à l'Empedusa. Et qui était à ses côtés ? Ursula von der Leyen,
01:09 la présidente de la Commission européenne.
01:10 La présidente de la Commission exhorte les Etats membres à utiliser le mécanisme de
01:32 solidarité volontaire pour répartir une partie des migrants de l'Empedusa.
01:37 Le problème derrière ces grands mots d'Ursula von der Leyen, c'est que l'Union européenne
02:03 n'en finit plus de palabrer, de discuter sur une réforme de ses dispositifs en matière
02:09 migratoire.
02:10 Petit retour en arrière, c'est en septembre 2020, il y a trois ans déjà, que la Commission
02:15 européenne a présenté ce pacte migration, cette réforme. Et c'était déjà cinq ans
02:20 après la grande crise migratoire de 2015.
02:24 Alors en gros, quelles sont les grandes lignes de cette réforme ? C'est d'imposer une
02:29 solidarité entre les pays, c'est-à-dire que les pays européens soulagent les Etats
02:35 d'arrivée, comme l'Italie, la Grèce, reprennent des réfugiés ou des migrants
02:42 chez eux, ou alors versent une contribution financière si elles refusent de prendre des
02:48 migrants à leur charge.
02:49 Cet aspect viendrait remplacer le fameux règlement de Dublin, qui est complètement caduc, et
02:54 qui a eu pour effet que des migrants erraient entre différents pays d'Europe sans qu'on
02:59 sache exactement où ils étaient, si on allait les renvoyer ou s'ils pouvaient rester.
03:03 L'autre aspect du pacte migration européen, c'est d'organiser un examen accéléré
03:09 des demandes d'asile aux frontières de l'Union européenne, c'est-à-dire dès que les
03:13 migrants arrivent, acter le fait qu'ils puissent rester ou qu'ils soient renvoyés
03:18 immédiatement chez eux.
03:20 Sauf que l'Union européenne, c'est compliqué.
03:23 Le fonctionnement législatif prend énormément de temps, parce qu'il faut d'un côté
03:28 que les États, c'est-à-dire le Conseil, se mettent d'accord, et de l'autre côté
03:33 que ces États négocient avec le Parlement européen, qui doit donner son aval.
03:38 Et tous ces allers-retours entre les États, le Parlement et évidemment la Commission
03:43 européenne, prennent énormément de temps, particulièrement sur ce texte-là.
03:47 Oui, parce qu'il y a déjà un bras de fer entre les États, les États d'arrivée
03:51 comme l'Italie et la Grèce, qui veulent absolument le secours des autres pays de
03:55 l'Union européenne, les États de destination, à commencer par la France, l'Allemagne,
03:59 les pays nordiques, qui veulent évidemment réguler les arrivées et que tous les migrants
04:04 ne viennent pas chez eux, et puis les États qui ont adopté une politique clairement
04:08 anti-immigration, on pense bien sûr à des États de l'Europe de l'Est, comme la
04:12 Pologne et la Hongrie, en première ligne, qui refusent le mécanisme prévu par le pacte
04:17 asile-immigration.
04:18 Et puis en plus de ce bras de fer, ce n'est pas le seul, ce serait trop simple, il y a
04:22 aussi le bras de fer entre les États d'un côté et le Parlement européen de l'autre.
04:26 Oui, parce que la position du Parlement européen est en général moins orientée sur la fermeté
04:32 que les États.
04:33 Il y a au Parlement européen un peu plus de bonnes âmes qui expliquent qu'il faut
04:39 moins de fermeté dans le traitement des migrants, des demandeurs d'asile qui arrivent
04:44 en Europe, et tout cela complique évidemment la discussion du pacte asile-immigration.
04:48 En plus de cela, l'Union européenne tente de mettre en place des accords avec les pays
04:54 tiers, notamment avec la Turquie, c'est-à-dire qu'il y a le versement d'une aide financière
05:02 en échange du fait que ces États retiennent les migrants chez eux et donc limite les
05:06 arrivées vers les côtes européennes.
05:08 Cela s'est passé aussi récemment avec la Tunisie, un accord a été signé, mais
05:12 on voit avec la arrivée à Lampedusa que la mise en œuvre de cet accord est très compliquée
05:18 et que le président tunisien semble jouer double jeu entre l'Union européenne et
05:23 sa propre gestion des migrants subsahariens qui arrivent dans son pays.
05:26 Bref, l'Union européenne n'arrive pas à traiter ce sujet efficacement et rapidement.
05:31 Et c'est répétitif sujet après sujet, comme face à la puissance des géants américains
05:36 de l'Internet ou à l'industrie chinoise et ses automobiles électriques qui risquent
05:41 de déferler à des prix défiant toute concurrence sur l'Europe, l'Union européenne est beaucoup
05:46 trop lente face à cet immense défi qu'est l'immigration.
05:49 Merci.
05:50 Merci.
05:50 [SILENCE]
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