00:00 [Musique]
00:06 Il y a 40 ans, avant une obscure élection municipale partielle à Dreux, personne ou presque ne connaissait le Front National.
00:13 Bien avant de compter 88 députés à l'Assemblée, bien avant d'espérer remporter la prochaine présidentielle,
00:19 le parti n'était qu'un groupuscule d'extrême droite, un rassemblement de nostalgiques de Vichy, d'anciens de l'OAS et de catholiques tradis fondés en 1972.
00:29 Le FN reste donc insignifiant jusqu'à un épisode fondateur, le teneur de Dreux. Jean-Pierre Stirbois, son secrétaire général,
00:36 se qualifie pour le second tour des municipales et remporte l'élection le 11 septembre 1983 en s'alliant avec le candidat du RPR.
00:45 Jean-Pierre Stirbois, un primeur de profession, est le mirodeau du parti en 1983. C'est un pur homme d'appareil qui s'attache à structurer le mouvement.
00:54 Il s'est implanté à Dreux à la fin des années 70 avec sa femme. Et il fait de cette ville de Réloir, dirigée par les socialistes, le laboratoire de ses idées.
01:02 Le contexte est idéal, puisqu'il y a alors 10% de chômage, 25% d'immigrés à Dreux. Et Stirbois martèle son message.
01:10 Il quadrille les quartiers populaires de la ville pour faire le lien entre le chômage et l'immigration.
01:16 « Malheureusement, beaucoup de gens sont armés à Dreux, que ce soit des immigrés maghrébins notamment,
01:22 puisque lorsqu'on demande à un armurier à qui ils ont des armes, 80% des gens qui achètent des armes, et notamment des rayons de gomme,
01:29 sont des maghrébins. Je pense pas que ce soit pour tirer le pigeon, que ce soit dans n'importe quelle ville de France,
01:34 quand on fait une enquête auprès des armuriers, on sait que ce sont eux qui s'arment en priorité. Bon, alors il y a les Français qui s'arment aussi, forcément. »
01:42 Il ne va pas dans la dentelle. En public, il affirme qu'il dit tout haut ce que les Drouets pensent tout bas.
01:46 En privé, il avoue à un militant du FN « Je fais ce qui marche. Je sais comment il faut parler aux petits gens.
01:52 Ce n'est pas une campagne d'intellectuels qu'il faut faire ».
01:55 Autre anecdote, la technique du démarchage. Des militants du FN venaient frapper à la porte des gens dans les immeubles
02:01 pour leur proposer un magnétoscope à un prix très élevé. Les habitants essayaient de négocier.
02:06 Les militants s'étonnaient alors en leur répondant qu'ils venaient de vendre le magnétoscope pour ce prix
02:11 à leur voisin maghrébin. Et quelques jours plus tard, les boîtes aux lettres de l'immeuble recevaient les tracts anti-immigration de Stirbois.
02:19 Au niveau local, l'élection est rocambolesque. L'opposition RPR s'allie avec le FN au premier tour en mars 1983.
02:27 La gauche l'emporte de 8 voix. Mais l'élection est annulée pour des irrégularités. On revote le 4 septembre 1983.
02:34 Et cette fois-ci, Jean-Pierre Stirbois y va tout seul face aux socialistes et à la droite. Et c'est le tonnerre de Dreux.
02:40 Il se qualifie pour le second tour avec 16,72% des voix. C'est une première dans l'histoire politique française.
02:48 Entre les deux tours, le candidat du RPR, Jean Hiau, décide de faire un accord avec Stirbois. La gauche s'indigne.
02:54 Elle organise une manifestation à Dreux en présence d'Yves Montand, Simone de Beauvoir et Michel Rocard.
03:00 À droite, ils sont très peu à vraiment protester, même si Simone Veil se démarque dans l'émission L'heure de vérité.
03:06 {Alors tout d'abord, je voudrais dire que ce qui m'inquiète le plus, c'est effectivement ce score de plus de 16%...}
03:14 {16,16.}
03:15 {...pour l'extrême droite. Je trouve que c'est très préoccupant en soi. Et c'est très préoccupant aussi lorsque l'on sait que ce score
03:23 a été réalisé grâce à une campagne qui visait les immigrés.}
03:29 Rien n'y fait. Le 11 septembre 1983, l'alliance RPR-FN l'emporte avec plus de 55% des voix.
03:36 Stirbois entre à la mairie comme adjoint, tandis que le Front intègre avec Fracas la scène politique nationale,
03:42 qui ne le quittera plus jusqu'à aujourd'hui.
03:44 {Stirbois, indigne et assassin ! Non à Macron ! Non à Macron ! Non à Macron !}
03:55 [SILENCE]
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