00:00 La première chose que me disent les jeunes quand je vais le soir dans les quartiers,
00:03 ils me parlent d'amour.
00:04 Ils me disent de toute façon personne ne nous aime.
00:05 Regardez comment on parle de nous à la télé,
00:07 regardez comment ils parlent des musulmans, des quartiers, des pauvres.
00:09 Que des choses négatives.
00:10 Le métier de médiateur, c'est améliorer les relations entre les uns et les autres.
00:15 Notamment par exemple entre les jeunes, la police, les jeunes, les adultes.
00:19 On met des tables dehors comme une terrasse de café,
00:21 on fait du thé à la menthe, de la musique, des jeux de société
00:23 et on crée des espaces de parole.
00:25 En partant du principe que la parole est plus forte que la violence.
00:27 C'est souvent les mairies qui appellent ou des animateurs, des associations ou des parents.
00:31 Je travaille la nuit parce qu'il y a une demande.
00:32 Quand on regarde les statistiques, c'est souvent la nuit
00:35 qu'il y a le plus de problèmes de toxicomanie,
00:37 problèmes d'alcoolisme, des violences,
00:39 des rapports entre les jeunes et la police.
00:41 Et quand on prend les chiffres également,
00:43 la nuit, à part la police, il n'y a pas beaucoup d'acteurs.
00:45 Quand je parle des acteurs, des animateurs, des médiateurs,
00:46 des adultes bienveillants qui soient sur l'espace public.
00:48 Parce que si nous on n'y va pas,
00:50 il y en a d'autres qui occupent le terrain et qui endoctrinent nos jeunes.
00:53 Moi j'étais pendant 15 ans délinquant,
00:55 j'ai fait en tout 5 années de prison.
00:56 À ma dernière peine de prison, le ministère de l'Intérieur a dit,
00:59 de toute façon il y a Zidkerfi,
01:00 c'est un irrécupérable, il faut le renvoyer en Algérie.
01:03 Parce qu'avant je n'étais que nationalité algérienne,
01:05 pourtant je suis né en France.
01:06 Le maire de Mante-la-Jolie, le maire socialiste Paul Piccard,
01:08 est venu à la barre, il a dit au juste que j'étais un mec intelligent,
01:11 que j'avais des capacités, que je n'étais pas irrécupérable.
01:14 Et à partir de là, il s'est passé un déclic.
01:15 Parce que pour une fois, on a plutôt mis en avant mes qualités que mes défauts.
01:18 Moi dans ma famille, ça n'allait pas très bien.
01:20 Donc quand tu n'es pas bien chez toi, tu as tendance à être dehors.
01:22 J'étais dans la rue, et les seuls qui m'ont tendu les bras dans le quartier,
01:25 c'est les voyous.
01:26 J'aurais bien voulu que ce soit un médiateur, un éducateur ou quelqu'un de bien.
01:29 C'est les voyous qui m'ont tendu les bras, c'est pour ça qu'il faut occuper le terrain.
01:31 Les jeunes qui sont dehors s'ennuient.
01:32 Et les jeunes qui s'ennuient ont tendance à faire des bêtises.
01:34 Quand tu t'ennuies, tu vas rencontrer d'autres jeunes qui s'ennuient,
01:37 et au bout d'un moment, tu peux faire des mauvaises rencontres.
01:39 Les jeunes nous ont dit, ce qui est arrivé à Nahel,
01:41 ça pourrait très bien m'arriver.
01:42 Et c'est ça qui a créé ce sentiment d'émotion, de révolte et de violence collective.
01:47 Je peux comprendre l'émotion par rapport à Nahel et tout ça,
01:49 mais les violences, les pillages derrière, c'est ce qu'on appelle de l'auto-destruction.
01:53 Il faudrait qu'il y ait beaucoup plus de médiateurs.
01:55 On met beaucoup plus de moyens dans la sécurité, dans la police,
01:58 que dans les médiateurs, les animateurs, les éducateurs.
02:00 L'important, c'est de convaincre aussi bien les policiers que les jeunes,
02:03 qu'à un moment donné, on résoudra ces problèmes par le dialogue,
02:06 y compris le dialogue conflictuel.
02:08 En général, quand je discute avec les jeunes,
02:09 ils veulent vraiment discuter avec les policiers,
02:10 mais à condition que les policiers leur disent la vérité.
02:12 Parler du racisme, parler des discriminations,
02:15 parler que parmi les policiers, il y en a qui agissent mal, qui se comportent mal.
02:18 Et ce que demandent les jeunes, c'est qu'à un moment donné, on puisse parler vraiment.
02:20 Pourquoi la fois, vous m'avez frappé ? Pourquoi vous m'avez insulté ?
02:23 Mais que les policiers aussi, à un moment donné, peuvent dire,
02:25 oui, mais on est arrivé dans le quartier, vous nous avez lancé des pierres.
02:27 Chacun peut se dire les vérités.
02:29 C'est pour ça qu'il faut accepter le conflit, créer à un moment donné ce dialogue.
02:32 Mais ça passera par une phase de conflit au départ.
02:34 La violence ne résout rien.
02:36 Quand on choisit la violence, c'est un échec.
02:38 [Sous-titres par Christophe Chassol]
02:42 [Musique]
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