00:00 *L'invité éco, Olivier Delagarde*
00:04 Et on s'intéresse souvent aux résultats de Parcoursup du vu du côté des bacheliers,
00:09 moins du côté des établissements d'enseignement supérieur.
00:12 C'est pour ça qu'on va faire ça avec vous. Bonsoir Emmanuel Mettez.
00:15 Bonsoir Olivier Delagarde.
00:16 Vous êtes directeur général de l'EDEC.
00:18 L'EDEC c'est l'une des grandes écoles de commerce et de gestion française,
00:22 la quatrième selon les classements.
00:24 Vous avez des campus à Lille, Nice, Londres, Singapour, Paris.
00:28 Campus qui accueille près de 10 000 étudiants.
00:31 Alors la plupart de vos étudiants ne sont pas concernés par Parcoursup.
00:34 Vous recrutez beaucoup à Bac +2, Bac +3, mais quand même il y a les bachelors,
00:38 pas loin d'un millier.
00:39 Comment est-ce que vous, de votre côté, vous voyez le système Parcoursup, ça fonctionne ?
00:43 Ça fonctionne. C'est un système assez lourd, mais ça fonctionne.
00:48 De notre côté, c'est 7 000 candidatures qu'il faut traiter.
00:52 Et puis, c'est vrai que du côté des familles, on voit l'algorithme, la plateforme.
00:56 Mais de notre côté, c'est des êtres humains, effectivement,
00:59 qui doivent étudier les dossiers, trier, sélectionner les meilleurs, les retenir.
01:03 Et évidemment, leur ouvrir les portes de l'EDEC.
01:06 Alors, vous cherchez à vous positionner comme une référence en matière de finances durables.
01:13 Finances dans le climat, pourquoi ? C'est à la mode ?
01:16 Alors, c'est plus qu'à la mode.
01:18 Bon, la finance à l'EDEC, déjà, ça a démarré il y a 20 ans.
01:20 On est devenu une marque mondiale en fait, en gestion d'actifs.
01:24 Et puis, effectivement, aujourd'hui, on voit bien les grandes transformations du monde auxquelles nous sommes confrontés.
01:30 Et la raison d'être de l'EDEC, c'est de former des futurs dirigeants
01:33 qui vont précisément s'emparer des grandes transitions, des grandes transformations du monde.
01:37 Donc, la finance et les grandes transformations du monde.
01:40 Mais c'est quoi la finance durable, finalement ?
01:42 La finance durable, c'est une finance...
01:44 Alors, la finance, c'est des milliers de milliards de dollars qui sont investis tout autour du monde.
01:48 Et ce qu'on veut, c'est que ces milliers de milliards de dollars soient orientés
01:52 de manière à lutter contre le changement climatique.
01:54 Alors, à l'EDEC, c'est un centre de recherche.
01:56 20 millions d'euros qu'on va dépenser sur les cinq prochaines années
01:59 pour avoir des chercheurs sur nos campus de Nice, de Londres et de Singapour
02:02 qui vont essayer de bien comprendre, finalement,
02:04 d'une part, l'influence du changement climatique sur la finance
02:07 et d'autre part, comment la finance, effectivement, peut avoir un impact positif sur le changement climatique.
02:12 Alors, vous dites que c'est important pour la planète, on vous entend.
02:15 C'est important pour vos élèves ? Il y a une appétence pour ce type de formation ?
02:18 Alors, la chance qu'on a, c'est que nos élèves, aujourd'hui, ils veulent changer le monde.
02:21 Et surtout, ils ont confiance dans l'entreprise pour changer le monde.
02:24 Quand on interroge nos élèves, 95, 98% d'entre eux ont confiance dans l'entreprise pour changer le monde
02:30 et en particulier pour faire face au changement climatique.
02:33 Par contre, ils sont conscients qu'il faut changer l'entreprise.
02:35 Alors, certains vont se lancer dans des carrières traditionnelles pour, effectivement, changer le monde.
02:40 D'autres vont créer des entreprises. D'autres vont travailler dans des ONG.
02:43 Mais la chance qu'on a, c'est qu'ils sont prêts.
02:45 Emmanuel Mettet, quand on travaille dans la finance, quand on veut devenir trader, c'est qu'on veut gagner de l'argent ?
02:51 C'est en train d'évoluer. C'est en train d'évoluer.
02:53 Bien sûr, ils veulent gagner de l'argent et ce n'est pas incompatible avec le fait de défendre des grandes causes.
02:58 Ce n'est pas impossible.
02:59 Alors, on a, par exemple, créé, il y a deux ans de cela, un master avec l'école des mines de Paris en finance du climat.
03:06 Et il y a aujourd'hui plus de 50 étudiants qui sont rentrés dans ce master.
03:10 Et les mines de Paris font le climat, nous on fait la finance.
03:13 Et puis, au sortir de cela, il y a des élèves qui vont se positionner partout, y compris dans des grandes banques,
03:18 pour faire en sorte que ces banques, effectivement, se mettent au service de la lutte contre le changement climatique.
03:23 Donc, l'argent, mais pas seulement.
03:24 Vous avez l'impression que les étudiants ont changé depuis 10, 20 ans ?
03:27 Absolument, clairement.
03:29 Chaque génération a ses côtés très positifs, mais la génération d'aujourd'hui a ce site particulier que vraiment, elle veut changer le monde.
03:36 Et effectivement, nous, il faut qu'on les prépare à cela.
03:39 Alors, je le disais, vous avez des campus en France, mais aussi à Londres, à Singapour.
03:44 Les étudiants sont les mêmes partout ou est-ce que vous les sentez plus enclins en France qu'ailleurs ?
03:50 Alors, en France, il y a vraiment une forte appétence pour justement ces questions, ces grandes transitions.
03:56 Je dirais que quand même, on sent dans le monde entier cette volonté de cette génération des 20 à 25 ans à transformer le monde.
04:04 J'allais dire, c'est une espèce d'invariant, quels que soient les pays, on le retrouve un peu partout.
04:09 On parle finance et on parle d'argent.
04:11 Un mot des frais de scolarité à l'EDEC qui s'élève quand même à 50 000 euros pour les trois ans d'études.
04:16 Alors certes, il y a des emprunts étudiants, mais est-ce que ça ne freine pas quand même la mixité sociale ?
04:22 Est-ce que ça ne fait pas de vous une école de gosses de riches ?
04:25 Alors d'abord, l'EDEC, c'est une association loée 1901, but non lucratif.
04:30 Donc on n'est pas là pour faire de l'argent ou pour servir de l'argent à des actionnaires.
04:34 C'est un point important. On est reconnu d'intérêt général.
04:36 Notre mission, c'est l'éducation et la recherche. C'est pour ça qu'on se lève tous les matins.
04:40 Mais ça ne rend pas les frais de scolarité élevés ?
04:42 Les frais de scolarité sont élevés parce qu'effectivement, on est quand même une institution privée, certes à but non lucratif, mais privée.
04:47 On a un budget à équilibrer. L'État ne nous donne quasiment pas d'argent.
04:50 Et 80% de notre budget, finalement, c'est ce que nous donnent les frais de scolarité que nous donnent les familles.
04:56 Juste un point, c'est l'EDEC redistribue sur ses frais de scolarité qu'elle prélève chaque année 10 millions d'euros sous forme de bourses pour aider les étudiants boursiers.
05:05 L'école prend sur son budget. Et puis la fondation EDEC, de plus en plus de diplômés de l'école, nous donne parfois 500 000 euros, 1 million d'euros.
05:14 Vous avez des dons d'un million d'euros ?
05:16 Absolument, pour notamment financer des bourses et aider des étudiants défavorisés.
05:20 Alors, vous souhaitez également former de futurs entrepreneurs, pas seulement des traders et des banquiers. Pour quelle raison ?
05:29 On a besoin de changer le monde, je l'ai dit tout à l'heure. Et quand même, un des bons moyens de changer le monde, c'est l'entrepreneuriat, c'est la création d'entreprises.
05:36 Aujourd'hui, l'EDEC, c'est trois grands incubateurs, donc à Lille, à Nice et puis à Paris. On est à Station F. On a la chance d'être à Station F, une centaine de places à Station F.
05:45 On incube à peu près 120 startups par an. Et aujourd'hui, ce qu'on veut, c'est incuber des startups qui vont à la fois avoir une dimension technologique de développement et de recherche de profit, bien sûr, mais aussi travailler sur des causes sociétales fortes.
06:04 Par exemple, Yuka a été incubée à l'EDEC, je pense que tous nos auditeurs connaissent. Par exemple, on a aujourd'hui, alors je vais en parler d'une qui est moins connue, qui s'appelle Abracadabra.
06:13 Et qu'est-ce qu'ils font ? Ils reconditionnent des soutiens-gorge. Ce sont deux filles étudiantes à l'EDEC qui reconditionnent des soutiens-gorge et qui ont énormément de succès.
06:20 Donc, développement entrepreneurial, profit, mais aussi et surtout impact sociétal positif.
06:25 Et puis, un petit mot de votre diversification. Vous vendez de la data maintenant et des travaux de recherche aux entreprises. C'est pour vous une obligation de trouver des moyens de financement supplémentaires ?
06:34 Absolument. On parlait de financement tout à l'heure. On vend de la data. On le fait depuis maintenant un certain nombre d'années et on le fait sur la base de la recherche de nos professeurs.
06:42 On a créé une startup qui vend des indices à des financiers tout autour du monde. Startup qu'on a revendu 200 millions d'euros il y a de cela deux ans. 200 millions d'euros au profit de la fondation EDEC.
06:52 Donc, 200 millions d'euros qui vont financer des bourses, qui vont financer le centre de recherche sur la finance climatique dont je parlais tout à l'heure. Un modèle vertueux qu'on essaye évidemment de faire grandir.
07:02 Merci Emmanuel Mettez, directeur général de l'EDEC. Merci d'avoir été ce soir l'invité de l'écho sur France Info.
07:08 Merci Olivier de Moyne.
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