00:00 Sophie m'a proposé ce projet, j'ai voulu absolument l'illustrer,
00:03 ça a été un énorme coup de cœur parce que ça me parlait à moi aussi énormément,
00:08 parce que c'est l'histoire de toutes les mères.
00:10 J'ai eu l'idée d'écrire "La Remplaçante" lorsque j'étais à la maternité
00:23 après la naissance de mon deuxième enfant.
00:25 J'ai croisé dans le couloir une jeune mère qui ne parvenait pas à sourire
00:29 et je me suis revue trois ans plus tôt, après la naissance de mon premier bébé,
00:34 juste avant de plonger dans une dépression postpartum longue durée.
00:38 J'ai décidé que cette fois, les choses seraient différentes
00:41 et j'ai voulu écrire le livre qui m'aurait fait du bien à ce moment-là.
00:46 Sophie m'a proposé ce projet à l'occasion du premier confinement.
00:49 Elle m'a envoyé par mail le scénario en me disant "Voilà, j'ai ce projet,
00:53 j'aurais bien aimé que tu l'illustres".
00:55 J'ai voulu absolument l'illustrer,
00:57 ça a été tout de suite un énorme coup de cœur
00:59 parce que ça me parlait à moi aussi énormément
01:02 parce que c'est l'histoire de toutes les mères.
01:05 Donc j'ai été très touchée d'avoir été choisie par Sophie.
01:07 Je suis très heureuse de pouvoir y participer,
01:09 d'y mettre aussi toutes mes émotions et toute mon histoire à moi aussi dans ces dessins.
01:14 Le postpartum est un sujet qui est discuté,
01:17 qui est au cœur de l'actualité depuis quelques mois, voire quelques années
01:21 et c'est tant mieux.
01:21 J'en suis très heureuse et très fière
01:23 parce que moi, quand j'ai eu mon enfant il y a près de dix ans maintenant,
01:27 c'était pas du tout le même discours
01:29 et on était encore dans cet idéal d'avoir un BBC magique,
01:34 qui n'est pas effectivement le cas pour tout le monde et tout le temps.
01:39 Donc il y a des moments magiques et il y a des moments moins magiques.
01:42 Je trouve ça super chouette que cette parole se libère,
01:46 que toutes ces femmes se lèvent et se disent
01:49 "Ben voilà, c'est pas forcément drôle tout le temps".
01:53 Ce qui permet finalement à toutes les mères en devenir,
01:59 d'être mieux préparées et de mieux vivre ce moment ensuite après.
02:03 En libérant la parole, on permet aux futures mères de savoir à quoi elles doivent s'attendre
02:07 et je suis convaincue que la connaissance et l'information
02:10 sont des choses au moins aussi importantes que les body-tie zéro
02:13 ou la crème anti-crevasse à mettre dans sa valise pour la maternité.
02:16 Je trouve ça tout à fait nécessaire aujourd'hui
02:19 qu'on puisse mettre fin à cette idée qu'en fait,
02:24 finalement, avoir un enfant c'est vivre le plus beau jour de sa vie,
02:28 c'est vivre les meilleurs moments de sa vie, etc.
02:31 Parce que je trouve que c'est important de dire et de prévenir
02:35 que ça peut ne pas bien se passer, qu'il peut y avoir des moments compliqués.
02:40 Il y en aura et que c'est pas grave et que c'est OK
02:43 et que c'est pas pour ça qu'on est une mauvaise mère
02:45 et que c'est pas pour ça qu'on va tout rater.
02:48 Bien au contraire, c'est une expérience
02:50 qui s'apparente à des vraies montagnes russes émotionnelles
02:53 et qu'il est nécessaire de savoir que ça va monter très haut et descendre très bas.
02:58 Et c'est OK, c'est OK de pleurer, c'est OK de ne pas toujours vivre ça bien.
03:03 Je trouve que c'est une très bonne chose que la vérité soit enfin dite et entendue,
03:07 parce qu'entretenir le mythe d'un postpartum lisse, sans difficulté,
03:11 et fait uniquement de bonheur pur, ça peut que déstabiliser,
03:14 voire briser complètement les femmes qui vivent cette période autrement.
03:17 Et c'est quand même le cas de la plupart d'entre nous.
03:20 Devenir mère, ça peut être instinctif, mais ça peut aussi s'apprendre.
03:24 Il n'y a pas de règles.
03:26 Alors concernant la planche où l'on voit pour la première fois la remplaçante
03:30 et où l'on comprend finalement tout le sens, où toute la BD prend sens.
03:35 Moi, j'ai vraiment visualisé mon double.
03:37 J'ai visualisé un double qui aurait su tout bien faire du premier coup,
03:40 à l'été, changer la couche, donner le pain, endormir son bébé.
03:43 Aussi, qui aurait su quoi faire avec son corps transformé,
03:46 qui aurait continué d'être dans la séduction au sein de son couple,
03:49 comme c'était le cas avec la naissance.
03:50 Finalement, l'idée de la remplaçante m'est apparue dans la vraie vie,
03:53 avant que je la mette dans le scénario.
03:55 La remplaçante, c'est né vraiment de l'imagination de Sophie.
03:57 Quand elle a accouché de son premier enfant, c'est ce qui lui est venu en tête.
04:01 C'était son désir imaginaire d'avoir cette personne-là qui ferait tout bien et tout.
04:07 Et je pense que finalement, c'est assez universel comme réflexion, comme idée.
04:11 Ça fait partie de ce sentiment de culpabilisation.
04:14 C'est qu'on culpabilise parce qu'on se dit que quelqu'un d'autre
04:17 ferait toujours de toute façon mieux.
04:18 Alors qu'en fait, finalement, on fait tout comme on peut et c'est pas grave.
04:23 Et de fait, on va rater un peu.
04:24 Et je suis sûre que la remplaçante, en vrai, elle aurait raté aussi
04:27 et qu'elle n'aurait pas été si parfaite.
04:30 Mais j'aime beaucoup cette idée de cette perfection de papier glacé,
04:34 de personne imaginaire, mère parfaite.
04:36 Je trouve ça super chouette qu'elle arrive par petites touches comme ça
04:40 pour vraiment préciser le niveau de culpabilisation qu'a Marqueta,
04:45 de préciser ses doutes, ses questionnements, etc.
04:49 Et elle l'accompagne comme ça tout au long de la BD.
04:52 Et je trouve que c'est vraiment un ajout narratif hyper pertinent
04:56 et qui donne beaucoup de profondeur au sujet et au scénario.
05:02 [Musique]
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