00:00 Avec notre invité ce matin, nous parlons de ces maisons médicales de jour qui ont ouvert dans le département de la Loire.
00:05 Il y en a deux à l'hôpital Nord de Saint-Etienne et à Saint-Chamond à l'hôpital du Gier,
00:09 présentées comme une solution pour désengorger les urgences et les cabinets de médecins.
00:13 Alors qu'en pensent-ils ces médecins ?
00:15 Bonjour Yannick Fraiset.
00:16 Bonjour.
00:17 Vous êtes médecin à Rive-de-Gier et président de la Confédération des syndicats médicaux français dans la Loire.
00:23 On connaît les difficultés à prendre rendez-vous chez un médecin généraliste en ce moment.
00:28 Est-ce que ces maisons médicales de jour sont une bonne chose ?
00:32 Je dirais oui et non.
00:34 Oui dans le sens où vous répondez à un besoin, où les patients ont besoin quand leur médecin traitant n'est pas disponible,
00:40 de pouvoir consulter pour eux-mêmes, pour leur enfant, pour une autite, pour une angine.
00:45 Donc dans ce cadre-là, ça s'inscrit dans une offre de soins qui est nécessaire sur notre territoire de la Loire,
00:50 qui est en difficulté bien évidemment comme tous les autres au niveau français.
00:54 J'aurais tendance à vous dire non.
00:56 Pourquoi non ? Parce qu'une fois de plus, on crée un millefeuille supplémentaire avec un dispositif nouveau
01:02 porté par les hôpitaux publics cette fois-ci et le groupement hospitalier Territoire de la Loire
01:07 sur des réflexions qui ont été menées quand même de façon bien isolée initialement.
01:12 On a été, nous médecins de ville, conjointement associés à ce projet tardivement,
01:16 mais il était déjà bien fixé initialement, qui est fait uniquement pour désengorger les urgences,
01:21 qui n'est pas fait forcément pour axer son orientation uniquement sur la médecine de ville.
01:26 - Mais alors tous ces patients qui vont aux maisons médicales,
01:29 est-ce que vous par exemple, vous auriez le temps de les prendre en charge ?
01:31 Est-ce que ce n'est pas mieux qu'ils se reportent finalement sur cette solution ?
01:34 - Il y a un dispositif déjà qui est existant et que je porte moi,
01:37 puisque c'est moi qui en ai la responsabilité, qui s'appelle le service d'accès aux soins,
01:40 que le président de la République veut déployer dans l'intégralité des départements français,
01:45 c'est-à-dire la collaboration ville-hôpital des patients que nous réadressons de la part du 15 ou du 18
01:53 vers la médecine de ville, vers des médecins généralistes volontaires
01:56 qui s'organisent pour prendre en charge ces fameux soins non programmés,
01:59 ce dispositif existe déjà.
02:01 Et je le redis, malheureusement ces médisons médicales de jour ont été initialement portées par les services d'urgence
02:06 qui n'ont pas forcément eu la bonne idée de venir nous solliciter pour travailler conjointement sur ce réadressage.
02:13 - Mais on sait aussi Yannick Fraiset que certains médecins ne prennent pas de nouveaux patients
02:18 et donc du coup qu'il est un peu essentiel de se tourner vers d'autres solutions de soins
02:22 et donc souvent vers les urgences au final.
02:24 - Il faut bien dissocier deux choses.
02:26 Le fait de ne pas prendre forcément de nouveaux patients n'implique pas la prise en charge des soins non programmés.
02:30 Dans le dispositif que je porte du service d'accès aux soins,
02:33 vous avez plus de 25% des médecins généralistes de la Loire, ce qui est absolument gigantesque,
02:38 qui prennent tous les jours en charge des patients que nous leur réadressons.
02:41 Pourquoi ? Parce que ce sont des consultations dans lesquelles le patient est réinséré dans son parcours de médecine de ville,
02:48 des consultations qui sont valorisées, des consultations qui ne sont pas forcément chronophages
02:53 et tout le monde fait l'effort et joue le jeu pour ces soins non programmés.
02:57 La problématique après est autour de la prise en charge médecin-traitant
03:01 sur des consultations et des patients polypathologiques lourds
03:04 et c'est tout le débat de la convention nationale qui a été rejeté et du règlement arbitral mis en place
03:08 depuis quelques jours avec des consultations non valorisées et non reconnues à leur juste valeur.
03:14 Donc d'après vous, avec ces maisons médicales de jour, on ne fait que traiter l'urgence,
03:19 ce n'est pas une solution qui est pérenne ?
03:21 Non, vous traitez l'immédiateté. Je vous le redis, il y en a un besoin très certainement.
03:25 Je ne pourrais pas moi dans mon cabinet et ma maison de santé de Drift2J absorber l'intégralité des demandes.
03:30 Donc ça répond à une demande immédiate, ce qui je vous le redis encore une fois,
03:33 qui peut être une bonne chose pour certains, mais qui malheureusement va aggraver ce désintérêt
03:38 pour la médecine de ville, cette prise en charge de patients sur la recherche d'un médecin-traitant
03:42 et c'est là où il y a le vrai besoin actuellement en médecine de ville,
03:46 en complément de ces soins non programmés.
03:48 Tant que vous n'aurez pas un vrai travail de fond sur cette réflexion-là,
03:51 sur la formation, sur la valorisation des consultations
03:54 et sur l'intérêt du métier de médecin généraliste actuellement,
03:58 malheureusement vous verrez naître tous ces centres de soins non programmés,
04:01 divers et variés, mais qui ne feront que malheureusement aggraver cette situation
04:05 de manque de médecins-traitants.
04:07 - Et alors est-ce que donner peut-être des nouvelles compétences aux professions paramédicales,
04:11 aux kinés, aux infirmières, il y a une nouvelle loi qui prévoit ça, la Loiriste récemment,
04:16 j'imagine que vous n'êtes pas tellement compte, ça va aussi enlever des prérogatives
04:19 aux médecins généralistes, Yannick Fraiset ?
04:21 - La Loiriste, la problématique c'est qu'elle est tombée un peu du chapeau
04:25 et qu'initialement avant qu'elle soit modifiée, elle mettait en avant
04:31 les professions paramédicales sans aucune coordination, information
04:35 et protocolisation avec les médecins.
04:37 C'était ça la grosse problématique que nous avons mise en avant.
04:41 Si effectivement l'organisation territoriale entre les différents partenaires
04:46 paramédicaux, infirmiers, médecins, kinés, sages-femmes et autres se met en place
04:51 et que chacun a un système d'information commun pour avoir un retour
04:54 pour une bonne prise en charge de patients, cette coordination il faut la développer.
04:58 Si elle est isolée et que le kiné a un accès direct sans en faire un retour
05:02 à qui que ce soit, la sage-femme pareil, l'infirmier pareil, ça ne pourra jamais marcher
05:07 et le patient là c'est une vraie perte de chance puisque certains pourront voir le médecin
05:11 pour des problèmes alors que pour les mêmes problèmes d'autres ne pourront consulter
05:14 "sans cette préjoratif" que l'infirmière, que la sage-femme, que le kiné
05:19 et ça peut poser des différences de prise en charge.
05:21 Donc il faut réorganiser tout le système de santé dans la Loire, c'est ce que vous nous dites
05:25 en tout cas Yannick Fraiset, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.
05:28 Je rappelle que vous êtes médecin généraliste à Rives-de-Gillet
05:31 et le président dans la Loire de la Confédération des syndicats médicaux français.
05:34 Bonne journée à vous !
05:35 Merci !
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