00:00 - François Soudan, bonjour. Cette semaine dans Jeune Afrique, le Cameroun,
00:04 Sage Justice et ses prisonniers de marque.
00:06 Vous avez notamment enquêté sur la prison des secrets, le CED,
00:10 où sont incarcérés les détenus les plus sensibles.
00:12 Quelle est la particularité de ce CED et pourquoi la prison des secrets ?
00:17 - Alors Norbert, ce qu'il faut savoir c'est qu'il y a deux prisons emblématiques
00:20 alimentées, si l'on peut dire, en prisonniers VIP,
00:23 par le tribunal criminel spécial, le TCS,
00:26 lequel a deux caractéristiques.
00:28 D'abord son extrême lenteur, on peut faire jusqu'à six ans de préventive
00:31 avant d'y être jugé.
00:32 Ensuite, son extrême sévérité, il n'y a pratiquement jamais d'acquittement
00:36 et les peines sont systématiquement très lourdes.
00:38 Il y a d'abord la prison centrale de Kondengui, que tout le monde connaît,
00:41 où est incarcérée la majorité des détenus de l'opération anti-corruption épervier.
00:45 Et bien sûr, 3 à 4 000 détenus de droit commun.
00:47 Et puis, il y a une seconde prison, qui est le secrétariat d'État à la Défense, le CED.
00:51 Alors là sont enfermés les détenus les plus sensibles,
00:54 ceux dont on considère qu'ils détiennent des secrets sur l'État
00:57 ou tout ce qui touche à la présidence.
00:59 Cette prison secondaire, elle est née de l'imagination, si je puis dire,
01:03 d'une forte personnalité à l'ancien ministre de la Défense,
01:06 aujourd'hui décédé, Ahmadou Ali, lorsque Paul Biya, en 1997,
01:09 fait procéder à l'arrestation de l'ancien secrétaire général de la présidence,
01:13 Ittussef Zoha, lequel passera 17 ans en prison,
01:15 se pose la question de son lieu de détention.
01:17 On ne peut pas le mettre, ce type de détenu, n'importe où,
01:19 le mêler avec n'importe qui.
01:21 D'où l'idée, je le dirais par Ali, d'utiliser pour ça la cellule du CED,
01:24 qui est alors le siège de la gendarmerie, dirigé par un secrétaire d'État.
01:28 Et depuis, au fil des ans, le CED a été aménagé pour recevoir une poignée de détenus
01:32 qui y vivent complètement coupés du monde,
01:34 dans des conditions certes moins mauvaises que celles qui sont le lot commun
01:37 des prisonniers commandés, mais qui n'ont qu'un seul but,
01:39 celui de les maintenir pour l'isolement le plus total.
01:42 Alors certains ne font que passer comme les inculpés
01:44 dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Martin Azouro,
01:47 qui sont restés un mois avant d'être transférés à Kondingui,
01:50 mais d'autres y éternisent.
01:51 - Alors au-delà des détenus VIP, il y a le fonctionnement du CED qui est particulier.
01:57 D'à quelle mesure les prisonniers, qui sont notamment sous la bonne garde
02:01 des militaires en violation du droit international, le sont-ils ?
02:06 - Ils sont détenus dans des conditions, je dis, qui sont relativement correctes.
02:10 Mais ils sont surveillés jour et nuit, écoutés, leurs conversations sont suivies.
02:15 Ils ont quelques heures de liberté internes par jour.
02:19 Ces conditions sont surtout des conditions de très grand isolement,
02:21 qui sont beaucoup plus fortes que si on est par exemple détenu à Kondingui,
02:25 où il y a possibilité beaucoup plus large de recevoir sa famille, par exemple.
02:28 - Des informations ont fuité, que vous avez publiées en leur temps.
02:31 Est-ce qu'on peut dire que Jeune Afrique est dans le secret des lieux ?
02:34 - On a essayé, donc, effectivement, c'est ce qu'on a fait à Yankté.
02:38 Mais ce qu'il faut dire, Norbert, moi je crois que c'est important de le dire,
02:41 il y a des dossiers de détournement qui sont avérés, y compris pour ceux qui sont au CED.
02:45 Et c'est pour cela que l'opération Hypervia, son lancement en 2006,
02:48 a été quand même bien accueilli par l'opinion.
02:50 Mais il y a une disproportion entre les délits reprochés et les peines,
02:54 qui sont tels qu'on ne peut pas ne pas se poser la question de l'instrumentalisation politique
02:59 et de la volonté pour le pouvoir de neutraliser ceux qui avaient l'ambition de briguer.
03:03 - Reste une question qui me taraude quand même, François Soudan.
03:06 Pourquoi un papier sur le CED aujourd'hui ? Qu'est-ce qui le rende d'actualité ?
03:11 - Ce qui le rende d'actualité, c'est que les détenus,
03:14 les présumés coupables de l'assassinat de Martinez Zogho qui sont passés là,
03:19 et tout le monde en a parlé à Yandé, effectivement.
03:22 - François Soudan, merci.
03:23 - Voilà, François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique,
03:25 interrogé par Norbert Navarro.
03:27 La Une de Jeune Afrique à retrouver sur rfi.fr.
03:30 - Merci.
03:32 Sous-titrage ST' 501
03:35 ...
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