00:00 Le Club de la presse européen, que va-t-il bien pouvoir dire ce soir pour recoller les
00:06 morceaux après des semaines de crise politique ? Emmanuel Macron va s'adresser aux Français
00:10 ce soir 20h, opération reconquête de l'opinion qui ne va peut-être pas tourner la page avec
00:16 autant d'empressement que le Président le souhaiterait.
00:18 La relation entre les Français et leur chef de l'État est très envenimée en ce moment.
00:22 On en parle avec nos deux plumes du lundi.
00:24 Bonjour Charlotte Dornelas.
00:25 - Bonjour Sylvie.
00:26 - Pardonnez-moi, Valeurs Actuelles, Géraldine Bosner avec nous, journaliste au point.
00:31 - Bonjour Dimitri.
00:32 - Géraldine, est-ce qu'Emmanuel Macron peut renouer le fil ? On voit que même la promulgation
00:36 du texte samedi soir s'est mal passée.
00:38 - Oui, ça va être très difficile.
00:42 Il est frappant de voir que c'est sa relation à lui avec les Français qui est très abîmée,
00:48 davantage encore que cette réforme.
00:50 Il s'est un peu mis tout seul dans la nasse avec une réforme qui était mal préparée,
00:56 des troupes peu motivées.
00:57 Il avait promis un exercice plus horizontal du pouvoir après sa défaite au législatif.
01:02 Patatrin, c'est exactement l'inverse qui s'est produit.
01:05 Et aujourd'hui, c'est vrai qu'il est en chute de popularité très marquée dans les sondages.
01:11 Donc pour renouer le lien avec les Français, il va quand même falloir un petit peu plus
01:15 qu'une simple intervention télévisée.
01:18 Alors, il est important qu'il s'exprime, qu'il essaye de tracer une feuille de route.
01:23 Maintenant, ça va être très compliqué de savoir vers quoi il souhaite emmener les
01:27 Français.
01:28 Pour l'instant, on a entendu parler de réformes un peu à la marge, si vous voulez, de choses
01:35 sur l'éducation.
01:36 Un professeur dans toutes les classes, ce n'est pas les grandes réformes qu'on attend.
01:40 - Oui, on a entendu ça.
01:41 Et vendredi, on a eu Papendia et dans les colonnes du Figaro qui annonçaient que le
01:43 grand combat à l'école, c'était la mixité sociale dans le privé.
01:46 Donc, on a le sentiment qu'il serait tenté de se reporter vers un agenda sociétal qui
01:55 n'est clairement pas, qui peut faire diversion, mais qui n'est clairement pas ce qu'attendent
01:58 les Français.
01:59 - Charlotte Dornelas ?
02:00 - Je suis absolument d'accord.
02:01 C'est-à-dire qu'il n'a pas le choix de s'exprimer parce qu'en effet, tout est extrêmement personnalisé
02:04 avec Emmanuel Macron.
02:05 D'ailleurs, je suis d'accord, bien avant cette réforme et bien après.
02:08 - Personnalisation rarement vue quand même.
02:10 - Oui, c'est ça.
02:11 - Peut-être avec Nicolas Sarkozy éventuellement.
02:12 - Nicolas Sarkozy, c'était à travers la personnalité du président, mais il y avait
02:18 quand même des troupes autour d'Emmanuel Macron.
02:20 Si vous voulez, à chaque fois qu'on se pose la question du remaniement, on se demande
02:22 avec qui, c'est même pas qui pourrait aller à quel poste, c'est qui pourrait rejoindre
02:26 ce gouvernement.
02:27 Donc, c'est vraiment difficile d'imaginer.
02:29 Il l'a voulu.
02:30 Il a voulu absolument être seul.
02:32 Il fait tout.
02:33 Il prend toutes les décisions.
02:34 Il les annonce lui-même.
02:35 Pendant le Covid, il en était quasiment à nous expliquer lui-même s'il fallait ouvrir
02:39 ou fermer la fenêtre.
02:40 Il est omniprésent depuis le début.
02:44 Il est forcément omniprésent au moment où ça se passe très mal aussi.
02:47 C'est sur lui que se cristallise la détestation d'une partie des Français.
02:51 - Détestation, oui.
02:52 - Clairement, là, Emmanuel Macron, c'est vraiment de cet ordre-là, ce qu'il génère
02:57 dans le discours.
02:58 Ce n'est pas un jugement de ma part, c'est plus un constat.
03:01 C'est vraiment sur lui que se cristallise en effet cette détestation politique.
03:05 Qu'est-ce qu'il pourrait annoncer ?
03:06 Je suis d'accord, la seule chose qui pourrait tourner réellement la page, qui à mon avis
03:11 ne peut pas être réellement tournée sur ce sujet-là, mais ce serait un autre débat
03:15 politique.
03:16 Et là, on le voit mal parce qu'en effet, on évoque vite fait l'école, mais le ministre,
03:20 à chaque fois qu'il prend la parole, c'est soit sur les discriminations, les associations
03:23 dans l'école, encore les discriminations et en effet, la mixité sociale dans le privé
03:29 dont on ne sait jamais exactement ce que recouvre ce terme-là.
03:34 Donc on ne sait pas ce qu'il va annoncer ce soir, il va probablement expliquer que tout
03:38 ça est très légitime et que le processus démocratique était absolument parfait, ce
03:44 que personne ne remet en cause, simplement la légitimité.
03:46 Le désaccord est politique, il n'est pas institutionnel ou il n'est même pas juridique
03:50 en réalité.
03:51 - Alors il est prévu que le président ressorte de l'Elysée dès cette semaine pour aller
03:55 échanger avec les Français, ça va secouer sans doute.
03:59 Et on voit qu'avec les syndicats, c'est aussi très loin d'être fait.
04:01 Ils les avaient invités à venir demain à l'Elysée, ils ont refusé, comme si le président
04:06 se retrouvait un peu mis en quarantaine.
04:08 - Je pense qu'Emmanuel Macron, pour le coup, paye au-delà de la réforme des retraites
04:15 un peu tout l'agenda social du quinquennat aussi précédent.
04:18 Les grandes réformes d'Emmanuel Macron ont été des réformes économiques, fiscales
04:24 et sociales.
04:25 Il y a eu les lois de travail, la réforme de l'assurance chômage, ça ne s'est pas fait
04:28 sur un lit de rose.
04:29 Donc on est encore dans un jeu de théâtre, on instaure un port de force pour la suite.
04:35 Maintenant, je ne pense pas que la situation soit totalement bloquée.
04:37 Laurent Berger a donné une interview qui était intéressante dans Le Parisien ce week-end
04:42 où on lisait en creux qu'il serait prêt à revenir à une table de négociation dans
04:47 quelques semaines sur ces sujets précis.
04:50 Le Conseil constitutionnel a écarté d'ailleurs de la réforme des retraites des sujets qui
04:55 sont importants pour les syndicats, notamment sur l'index senior, un CDI senior, sont des
04:59 éléments sur lesquels on va pouvoir, comme on dit, reprendre l'angle.
05:03 Il est logique que ça ne se fasse pas tout de suite.
05:05 Vous avez invoqué Laurent Berger qui appelle à casser la baraque le 1er mai prochain,
05:12 un défilé qui se veut unitaire.
05:14 Un 1er mai unitaire, je crois que ce sera une première en plus de 20 ans.
05:17 2002, la dernière fois c'était quelques jours après le fameux 21 avril, le choc du
05:21 21 avril.
05:22 Parce qu'on sent qu'il y a des sujets importants.
05:25 La difficulté, encore une fois, c'est que le gouvernement n'a pas le pouvoir de répondre
05:31 à toutes ces demandes.
05:32 Le partage de la valeur, le pouvoir d'achat, c'est un sujet d'entreprise.
05:37 - Alors justement, vous parlez de ça, Olivier Véran, justement sur la question que faire
05:42 après, comment on reprend la main politiquement, qu'est-ce qu'on met en avant ? Les ministres
05:45 s'expriment.
05:46 Alors Gabriel Attal, lui, il pense que c'est la remontée des services publics.
05:49 On ne lui donnera pas tort.
05:51 Pour Olivier Dussopt, c'est une nouvelle loi travail qu'il faut faire.
05:54 Et pour Olivier Véran, tenez-vous bien, la mer des réformes, voilà l'expression qu'il
05:57 a employée, c'est le versement des prestations sociales à la source.
06:01 - Charlotte Dandelaas.
06:02 - Eh bien, vous voyez toute la complexité de gérer la Macronie, par ailleurs.
06:06 - Tous ces chantiers sont pertinents.
06:09 - Mais en fait, c'est ça le problème aussi.
06:10 Et c'est ce que j'allais dire, c'est que, prit un nain, vous pouvez trouver une idée
06:13 par personne de quelque chose qu'il faut faire aujourd'hui dans ce pays.
06:17 Et le problème, c'est que là, on a beaucoup parlé de la cristallisation, on va dire, de
06:21 la colère sur Emmanuel Macron, mais elle dépasse de loin, si vous êtes parfaitement
06:25 juste sur ce qui est en train de se passer, elle dépasse de loin Emmanuel Macron, très
06:28 bizarrement.
06:29 C'est-à-dire que là, aujourd'hui, c'est lui l'interlocuteur, on va dire, de cette colère.
06:33 Mais le problème, c'est quand vous voyez les Gilets jaunes, une colère qui venait
06:36 déjà de très, très loin, qui continue à se recycler au moment de la réforme des
06:41 retraites sur un sujet qui est apparemment différent, mais avec des gens qui continuent
06:45 à vous dire "on vit pas correctement de notre travail, il y a la question de l'inflation,
06:49 la question du pouvoir d'achat, la question même de la place dans ce pays-là, la question
06:53 de la représentativité, la question de la légitimité politique, cette fois-ci des
06:57 institutions et donc de notre place dans la vie politique de ce pays, tout ça c'est
07:01 autant de chantiers, autant de chantiers par déclaration que vous avez au moment de ces
07:05 manifestations.
07:06 Donc tous ces ministres ont à la fois raison et en même temps, en effet, par où commencer,
07:10 c'est sans doute Emmanuel Macron qui décidera et jusqu'à maintenant il ne nous a pas éclairé
07:13 sur ce qu'il voulait faire, en tout cas l'ordre dans lequel il voulait faire les choses.
07:16 Est-ce que vraiment, c'est ça les questions, je vous donne un baromètre politique via Voice
07:20 pour Libération ce matin, plus de 3 Français sur 4, 76% jugent la démocratie française
07:26 en mauvaise santé, vous en avez 1 sur 2, 49% qui pensent que les institutions de la
07:30 Ve République sont inadaptées, doivent être profondément réformées.
07:34 Donc on a l'impression finalement que l'école, le travail, effectivement, sont des sujets
07:37 importants, mais les Français ont-ils la tête, précisément ?
07:40 Non mais ce sont encore une fois des sujets importants, mais il ne les prend pas par le
07:44 bon bout, on a le sentiment que la promesse de transformation est en train de s'effacer
07:49 derrière une espèce de politique gestionnaire, il n'y a plus l'élan, il n'y a plus la
07:52 scie politique et une majorité pour porter des réformes réellement structurantes.
07:57 Évidemment, le prelèvement, enfin le versement des prestations sociales à la source, c'est
08:03 important, mais ce qui est encore plus important, alors qu'on vient de dépasser le record
08:07 absolu du prélèvement obligatoire, c'est de les remettre sur la table et de voir où
08:12 faire des économies dans la dépense publique.
08:14 Ça n'est absolument pas à l'ordre du jour, on met des rustines sur des systèmes
08:18 qui fonctionnent mal, une grande réforme de l'éducation, excusez-moi, ça va beaucoup
08:24 plus loin que la seule mixité.
08:26 Quand on est dernier dans tous les classements européens en mathématiques, même en lecture,
08:33 on devrait se tirer un signal d'alarme beaucoup plus fort, ça n'est plus pas seulement
08:37 un problème de mixité.
08:38 C'est ça aussi qui s'exprime dans la rue, ce déclassement social, c'est quasiment
08:44 une promesse de déclassement pour les classes moyennes qui voient l'état de l'école
08:48 publique.
08:49 Est-ce qu'on leur répond avec aussi peu ? Ça va être très difficile.
08:52 - Mais vous prenez Géraldine Vosner, les propositions ministérielles au sérieux,
08:57 moi le sentiment que j'ai, c'est qu'en fait, toutes ces propositions de réformes
09:02 sont un peu là pour occuper la galerie.
09:04 - Oui, on n'en a pas d'idées.
09:05 - C'est pour gagner du temps, afin d'éviter le vrai sujet, la vraie réforme qui est la
09:09 crise politique profonde et le fait qu'aujourd'hui il y a un problème de confiance qui s'est
09:13 installé entre le gouvernement et les Français.
09:16 - Il y a aussi dans sa majorité, Emmanuel Macron a une majorité relative, qui est encore
09:23 plus relative après la réforme des retraites, puisque les socialistes, le groupe Lyo avec
09:27 lesquels il arrivait, a voté quelques réformes au cas par cas, ont voté la motion de censure,
09:31 beaucoup plus difficile maintenant de trouver des accords sur des textes donnés, et il continue
09:37 à se comporter comme s'il avait une majorité absolue.
09:40 Donc évidemment la question institutionnelle est au cœur des discussions, mais avec qui
09:46 voter une réforme ? Emmanuel Macron aujourd'hui, il est tiraillé entre son aile gauche et
09:50 son aile droite, et on ne voit pas dans quelle direction il va s'engager pour proposer des
09:58 textes.
09:59 Et là pour l'instant, je ne suis pas capable, je n'ai pas la réponse, et je ne pense pas
10:02 qu'on l'aura ce soir.
10:03 - Non mais surtout la question de l'éducation, elle est assez éclairante, parce que quand
10:09 le ministre nous dit "on va accélérer la mixité sociale dans l'école privée", c'est
10:15 exactement tout ce qu'on entend depuis des années et des années, c'est le même vocabulaire,
10:19 c'est comme quand Elisabeth Borne nous dit "on va accélérer les réformes", mais par
10:22 pitié en fait, par pitié, changer de vocabulaire, changer d'obsession, essayer de dire des choses
10:28 extrêmement concrètes, et parfois sur certains sujets, d'ailleurs Emmanuel Macron avait
10:31 en partie été élu là-dessus sur la première fois, ce sont des ruptures radicales dans
10:35 la manière de penser ces sujets-là.
10:37 À l'école, en effet, ce n'est pas la mixité sociale le sujet, ça fait 40 ans qu'on vit
10:40 là-dessus, 40 ans qu'on est sur cette obsession-là, et en l'occurrence, la question à l'école
10:44 c'est peut-être plus la lecture que les discriminations et la mixité sociale.
10:47 Mais ça ne vient toujours pas dans le discours du ministre en question.
10:50 - Voilà, même Elisabeth Borne qui disait samedi qu'il n'y aurait pas de pause dans
10:53 la réforme, disait qu'il fallait un temps de convalescence quelques jours plus tôt.
10:56 Voilà, merci à toutes les deux, Géraldine Vosner, Du Point, Charlotte Dornelas, Valeurs
11:00 Actuelles, merci à toutes et tous de notre équipe du Club de la Presse du lundi, à
11:03 la semaine prochaine.
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