00:00 C'est une première en France.
00:01 Le maire d'une commune change de genre en cours de mandat.
00:04 Ça se passe à Estevel dans le bassin minier.
00:06 Estelle Zabot, qui a été élue en tant qu'homme en 2016, va désormais se faire appeler Madame la maire.
00:12 Bonjour Estelle Zabot.
00:13 Bonjour.
00:14 Pour ceux qui nous écoutent à la radio, est-ce que vous me permettez de vous décrire ?
00:17 Vous avez des cheveux longs, du maquillage, un tailleur.
00:20 Jusqu'à présent, les habitants d'Estevel vous croisaient avec un costume cravate.
00:24 Donc vous êtes vous-même aujourd'hui, est-ce que vous êtes soulagé ?
00:26 Soulagé, je ne dirais pas que c'est le bon terme.
00:31 En fait, je suis plutôt conforté dans ma décision, puisque les nombreux messages de
00:37 soutien que j'ai pu avoir depuis hier vont, au-delà d'être rassuré, je me sens vraiment
00:45 réconforté.
00:46 Et le message que je pourrais peut-être faire passer tout simplement, parce que je ne vais
00:51 pas vous parler de transidentité ici, on en parle suffisamment ailleurs.
00:54 Il y a des articles de presse, des films, des documentaires, tout ça est très bien
00:59 décrit par des spécialistes, moi je la vis simplement.
01:02 Eh bien c'est que aujourd'hui il est possible, quand on a la confiance de ses pairs, la confiance
01:09 des autres, la confiance en soi-même, de poursuivre un parcours public, politique,
01:16 tout en ayant une différence.
01:17 Et ma différence, c'est effectivement d'être entré dans un parcours de transition de
01:24 genre.
01:25 - Vous avez quand même attendu 63 ans pour officialiser, en tout cas auprès de vos administrés,
01:29 votre transition.
01:30 Depuis quand est-ce que vous savez que vous êtes une femme née dans un corps d'homme?
01:34 - Je pense que ça naît vraiment dans la petite enfance.
01:37 Tout ça n'est pas encore démontré scientifiquement, mais il y a des études en cours.
01:43 Pour moi, ça s'est révélé, vous savez, quand on a eu 3-4 ans, quand vous prenez
01:49 connaissance qu'il y a des filles et des garçons.
01:51 Dans mon esprit, j'étais une fille.
01:56 Évidemment, j'ai été corrigé, puisque j'étais un garçon.
01:59 Et donc j'ai reçu une éducation de garçon et une vie d'homme.
02:04 Et cette vie d'homme m'a passionné.
02:06 J'ai eu une vie d'homme très intéressante, très satisfaisante.
02:11 Et aujourd'hui, je ne fais certainement pas le deuil de mon passé.
02:15 Ce n'est certainement pas une renaissance.
02:17 Estelle Zabeau est née qu'une seule fois, il y a très longtemps.
02:21 Et je suis dans un parcours de vie.
02:26 - 7h48, vous êtes sur France Bleu Nord et nous sommes en direct avec la maire d'Estevel,
02:31 Estelle Zabeau.
02:32 Estelle Zabeau, si on médiatise aujourd'hui votre transition, votre changement de genre,
02:35 c'est que vous êtes maire d'une commune, donc Estevel, entre Lancet-Carvin et le Pas-de-Calais.
02:39 Est-ce que changer de genre, c'est compliqué d'un point de vue pratique, légal, quand
02:42 on est maire?
02:43 Est-ce que vous avez dû demander l'autorisation en préfecture, à votre conseil municipal?
02:46 Comment ça s'est passé?
02:47 - Alors la transition de genre, la transidentité n'est pas une pathologie, ce n'est pas une
02:53 maladie.
02:54 Mais la non-acceptation sociale aujourd'hui des personnes transidentitaires fait que de
03:02 la souffrance psychologique est générée, on appelle ça la dysphorie de genre, la souffrance
03:06 liée au fait de ne pas être dans le bon genre.
03:09 Et celle-ci conduit souvent au suicide.
03:11 Et donc, elle doit être prise en charge pour être intégrée.
03:17 Dans la transidentité, en fait, il y a plusieurs transitions.
03:19 Il y a une transition psychologique, il faut comprendre ce que l'on est, mais ça c'est
03:26 pour tout individu.
03:27 Donc on fait un travail en psychothérapie pour pouvoir avancer.
03:31 Ensuite, il y a la transition gérée physique, l'apparence.
03:35 Et là, on est soutenu par le dispositif de santé, puisque ici au CHU, il y a un service
03:41 dédié lié à la transidentité.
03:44 Ensuite, il y a la transition sociale et professionnelle, c'est ce qu'on fait là maintenant.
03:49 Et puis, il y a la transition qui est la plus difficile, c'est la transition familiale.
03:53 - On a entendu votre épouse ce matin dans le journal de 6h notamment, qui vous soutient,
03:59 ça a toujours été le cas, et ça facilite cette transition.
04:01 - Ah bien oui.
04:02 - Ça se passe bien avec tout le monde d'ailleurs ? Parce qu'on a entendu votre épouse soutient
04:06 inconditionnel, mais est-ce qu'il y a des gens dans votre entourage qui comprennent
04:09 moins ? Ou est-ce que non ?
04:11 - Qui comprennent moins ? Peut-être, parce que c'est quand même un choc, vous savez,
04:16 par exemple pour vos enfants.
04:17 Mais mes enfants m'appellent papa, il n'y a rien de changé.
04:20 Donc sur le fait après de...
04:24 Quand le tsunami est passé, et en général il passe, comme tous les autres, eh bien
04:33 la vie reprend doucement et puis tout se passe bien.
04:35 Toute ma famille, mes soeurs, mes frères, mes enfants, mes proches, etc.
04:40 Me soutiennent dans le parcours.
04:42 - Et vous êtes engagé vous-même dans des associations pour soutenir les gens qui sont
04:46 engagés dans des parcours similaires.
04:47 Pourquoi est-ce que vous avez choisi comme prénom Estelle ?
04:49 - Comme ça, je ne peux pas vous expliquer, ça m'est tombé dessus.
04:53 La chance pour une personne transidentitaire c'est de pouvoir choisir son prénom.
04:58 On peut souvent en revenir dessus, moi je l'ai depuis que je suis rentré dans mon parcours,
05:04 j'y tiens.
05:05 Par contre, dans le changement d'identité, je garderai en deuxième prénom le prénom
05:11 d'Alain, c'est le prénom qui m'a été donné par mes parents.
05:13 Donc je serai Madame Zabo Estelle Alain.
05:17 - Estelle Alain Zabo.
05:19 Est-ce que vous allez vous représenter en tant que maire, puisque là vous avez obtenu
05:23 le soutien de votre conseil municipal pour poursuivre votre mandat en tant que femme.
05:28 On a entendu à 7h des administrés qui vous soutiennent également.
05:31 Est-ce que vous allez continuer ou est-ce que vous avez d'autres projets de vie maintenant ?
05:34 - Cette mandature s'arrête dans 3 ans.
05:39 3 ans c'est court et c'est long.
05:40 Je n'ai pas vraiment pris de décision pour la suite.
05:45 C'est le parcours de vie qui décidera.
05:49 Et puis vous savez, il y a une constante incontournable, c'est la santé.
05:54 Donc on verra ça.
05:56 Après vous me posez la question sur les difficultés liées au changement de genre.
06:01 Je ne peux pas parler de difficultés mais le parcours est quand même complexe.
06:06 Et sur le plan de l'état civil, le changement de genre se fait par une demande auprès du
06:13 tribunal de rattachement.
06:15 Le changement de prénom peut se faire en mairie.
06:18 Quelquefois on fait les deux au tribunal.
06:20 Je trouve qu'on pourrait améliorer un peu la prise en charge de ces dossiers, les simplifier
06:27 un peu.
06:28 Ce que je trouve anormal complètement c'est qu'aujourd'hui il faut fournir des attestations
06:32 de témoins.
06:33 Donc il faut aller demander à des amis de démontrer que vous vivez en femme.
06:39 Je ne vois pas en quoi ça peut concerner le tribunal qu'on fournisse des attestations
06:44 de médecins, de psychiatres, de psychologues attestant le parcours transidentitaire.
06:51 Je suis complètement d'accord.
06:52 Mais vous savez, ça me rappelle l'époque où il y a plusieurs années il fallait fournir
06:58 des attestations pour divorcer.
06:59 En tout cas vous pourrez renvoyer comme attestation cette interview sur France Bélord.
07:03 Merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation ce matin.
07:07 Bonne journée et bon courage.
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