00:00Bonjour Sandrine Lévesque. La santé des femmes en Haute-France, c'est le titre de ce livre blanc auquel vous
00:05avez participé,
00:06qui est destiné à être représenté au pouvoir public. C'est un travail qui allise, sciences sociales et sciences de
00:10la santé.
00:11Comment est né ce projet ?
00:12Alors ce projet, il est né au sein d'une chaire qui a été financée par l'université de Lille,
00:18et qui, voilà, dans le cadre du programme d'excellence, qui est une chaire qui s'appelle Santé, vulnérabilité, territoire,
00:24qui touche aussi, l'idée c'était aussi de participer en quelque sorte du point de vue académique à l
00:30'action des pouvoirs publics,
00:32des politiques publiques, et d'améliorer en quelque sorte la question de la prise en charge de la santé sur
00:37les Hauts-de-France.
00:38Et dans ce cadre-là, on a travaillé sur, on a choisi un thème parmi d'autres, qui était celui
00:42de la santé des femmes,
00:44qui nous semblait très important.
00:45Avec donc le résultat de ce travail qui propose une approche genrée des questions de santé,
00:50c'est-à-dire spécifiquement consacrée à la santé des femmes.
00:51En quoi est-ce utile d'avoir cette approche genrée de dissocier les hommes et les femmes sur ces questions
00:55de santé ?
00:56Alors, c'est vrai que c'est une approche sur la santé des femmes,
01:01mais ça renseigne aussi sur la santé des hommes, d'une certaine manière.
01:04Donc l'idée, c'était évidemment de voir quelles étaient les différences entre la santé des femmes et la santé
01:10des hommes.
01:10Et c'est vrai que c'est un enjeu, cette santé des femmes,
01:13parce que c'est quelque chose qui a été un peu ignoré,
01:15et on le voit bien dans les résultats du livre blanc,
01:20c'est-à-dire que les femmes sont souvent moins bien diagnostiquées,
01:24les femmes sont souvent moins prises au sérieux par les médecins,
01:29on ignore un peu leurs symptômes,
01:31elles sont des raisons psychologiques, sociologiques,
01:36qui font que leur santé est moins prise en charge.
01:38Et donc, notre idée, et en particulier sur les Hauts-de-France,
01:42c'était de partir de la santé des femmes,
01:44pour aussi pointer la question des différences de santé sur le territoire.
01:49Avec de vraies différences, vous nous donnez beaucoup d'exemples,
01:52effectivement, dans cette étude.
01:54Par exemple, les maladies cardiovasculaires,
01:56vous écrivez que les femmes représentent environ un tiers des patients hospitalisés pour infarctus,
02:00mais leur taux de mortalité hospitalière est plus élevé que chez les hommes,
02:03pour atteindre 41%.
02:05Quels sont les mécanismes sociaux qui expliquent cela ?
02:08Alors, c'est vrai que l'idée de l'approche du livre blanc,
02:11c'était à la fois d'allier des raisons qui étaient des raisons plutôt biomédicales,
02:15donc c'est pour ça que la chaire est portée aussi par quelqu'un qui est médecin,
02:20moi je ne suis pas médecin,
02:21et des raisons qui sont plutôt des raisons sociologiques.
02:23Et c'est vrai que les raisons sociologiques, on les voit bien ici,
02:27sur le sous-diagnostic,
02:28c'est-à-dire quand une femme arrive aux urgences,
02:30on va lui dire, finalement, est-ce que vraiment tu es vraiment malade,
02:34ou est-ce que tu es un peu angoissée,
02:36cette douleur à la poitrine,
02:37est-ce que ce ne serait pas finalement un peu de stress,
02:41et c'est vrai que les hommes sont régulièrement amenés sur les plateaux d'opérations,
02:47alors que les femmes, elles vont peut-être être ralenties dans le diagnostic.
02:51Donc typiquement, là, ça tient à des questions de genre,
02:53des stéréotypes, où les femmes seraient plus angoissées, etc.
02:56Et il y a des idées aussi sur, évidemment, les symptômes qui ne sont pas les mêmes.
02:59Donc là, on a aussi des raisons qui sont des raisons biomédicales.
03:02Il est 7h47, nous sommes en direct avec Sandrine Lévesque,
03:05professeure de sciences politiques et directrice adjointe de Sciences Po Lille,
03:08chargée de la recherche.
03:09– Sandrine Lévesque, ce livre blanc, c'est une approche genrée de la santé,
03:11c'est ce que nous venons d'expliquer.
03:13Il y a également une approche territoriale,
03:14puisque toutes les données que vous avez sont issues de notre région,
03:18les Hauts-de-France, sont davantage touchées par l'obésité,
03:21l'espérance de vie est plus faible, il y a aussi la précarité.
03:23Il est écrit quelque chose de terrible dans ce livre blanc,
03:25« Une femme dans le bassin minier perd trois ans d'espérance de vie,
03:28et les chances d'être atteinte de diabète sur ce territoire sont 40% supérieures à la moyenne. »
03:33C'est-à-dire que les déterminismes se cumulent quand c'est comme ça le sexe,
03:36mais aussi là où on est, là où on habite.
03:39– Oui, c'est vrai que les facteurs aggravants, d'une certaine manière,
03:43sont plus importants et les indicateurs sont très mauvais sur les Hauts-de-France.
03:47Il y a à la fois des déterminants qui sont effectivement sociaux,
03:51la précarité, le fait, voilà, mais aussi des déterminants qui sont territoriaux,
03:56c'est-à-dire l'idée par exemple de vivre dans un territoire qui serait un territoire pollubé.
04:03On sait par exemple que les femmes sont beaucoup plus exposées aux polluants que les hommes,
04:08et par exemple dans certaines professions, on évoquait hier pour la remise du Livre Blanc,
04:15les soignantes par exemple, qui sont exposées à des polluants,
04:22et ça c'est vraiment davantage que les hommes.
04:24Et donc sur les territoires à la fois, mais qui se cumulent avec des questions qui sont des questions sociales,
04:30les types d'emplois occupés, etc.
04:33Mais c'est vrai que le Livre Blanc, il a aussi eu pour origine un village santé des femmes
04:39qui était dans le Hainaut, et c'est vrai que c'est important.
04:41Parce qu'effectivement, vous donnez énormément d'initiatives qui sont déjà prises,
04:45justement spécifiquement sur ce sujet.
04:48On parlait aussi dans ce Livre Blanc, on ne peut pas tout donner bien évidemment,
04:51mais d'errance thérapeutique pour ce qui concerne l'endométriose,
04:54il y a aussi de différences pour les victimes de violences,
04:58les femmes sont beaucoup plus victimes de violences,
04:59donc de problèmes de santé supplémentaires rapport à tout cela,
05:02quelles préconisations formulez-vous une fois qu'on a dit tout ça ?
05:05Comment le système de santé doit-il évoluer ?
05:07Alors, on a 15 préconisations, donc je ne vais pas les détailler ici,
05:10mais c'est vrai que l'une des préconisations, c'est peut-être d'interpeller sur cette question-là,
05:15c'est-à-dire de dire, finalement, il y a peut-être un souci sur la santé des femmes,
05:19ce serait peut-être la première préconisation,
05:22de se dire, est-ce qu'on va prendre en compte tous ces éléments-là,
05:26à un moment donné, du côté des soignants, du côté des pouvoirs publics,
05:29qui doivent aussi, eux, être interpellés sur le fait que la santé des femmes,
05:33c'est peut-être aussi un problème qui est un peu spécifique par rapport à la santé en général.
05:37Donc, que des actions de prévention, ensuite, soient axées spécifiquement sur la santé des femmes.
05:41Voilà. Donc, nous, parmi les préconisations, on prend évidemment cette première préconisation,
05:46qui est de lutter contre les stéréotypes,
05:49de lutter contre les stéréotypes, qui sont en fait aussi une sorte de maladie sociale,
05:53et ensuite, évidemment, axer sur la prévention,
05:56c'est-à-dire ne plus être simplement dans le curatif, mais aussi être dans le préventif.
06:00Et là aussi, il y a des facteurs qui sont des facteurs qui ralentissent la prévention.
06:05Ça ne va pas de soi d'aller se faire dépisser d'un cancer du sein.
06:07Et donc, il faut absolument aller vers cette prévention qui est très importante.
06:14Parmi les préconisations, je les ai sous les yeux déployés,
06:16des fonds prioritaires pour la santé des femmes également en région.
06:20Tout cela, on le retrouve dans ce livre blanc qui est disponible,
06:24notamment, moi, je l'ai trouvé sur le site de l'Université de Lille.
06:26On peut le télécharger pour le lire dans son intégralité.
06:28Merci beaucoup, Sandrine Lévesque, de nous l'avoir présenté ce matin,
06:31professeure de sciences politiques à l'IEP de Lille.
06:34Merci encore et bonne journée.
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